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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Quelques conséquences de la défaite de l'OTAN en Ukraine

 

 

Risquons-nous pour une fois à faire des prospectives. C'est un exercice dangereux qui souvent peut se retourner contre vous parce que la réalité se déroule rarement comme on l'imaginait. C'est que le réel est toujours infiniment plus complexe que l'image que nous pouvons nous en faire même pour les plus sages et les plus avertis des penseurs. Que dire, même Emmanuel Todd, notre Hari Seldon contemporain, se trompe parfois. Il va sans dire que n'ayant pas la prétention d'égaler notre démographe préféré, je ne m'offusquerai guère si vous ne preniez pas très au sérieux le texte suivant. D'ailleurs, je m'étais déjà amusé à faire quelques prospectives et ce n'était pas forcément très concluant. Pour les plus anciens qui suivent le blog depuis longtemps, savent qu'en 2017, au premier tour des élections, j'avais appelé à voter Macron par cynisme. Mais il ne s'agissait pas vraiment d'un engouement pour sa personne et son programme, c'était simplement parce qu'il était le seul candidat capable d'unifier le camp bourgeois, et donc de mettre fin à l’essuie-glace droite-gauche qui paralysait le pays alors. En 2017, le RN parlait encore d'une sortie de l'euro et l'espoir pouvait nous faire penser que la domination d'un néolibéral comme Macron mettrait le RN au pouvoir en moins de 5 ans. Je ne me suis guère trompé sur l'agenda macroniste, par contre le RN n'est pas encore passée en 2022 et il a même tourné casaque en devenant européiste ce qui est le comble.

 

Vous le voyez, on peut donc se tromper même en réfléchissant beaucoup. C'est pourquoi il est sage de toujours prévoir ses propres erreurs et de comprendre que le monde est soumis à des facteurs qui sortent généralement de nos propres prédictions. Comme disait Keynes, il faut prendre en compte l'incertitude radicale et ce n'est pas facile. Une chose que les dirigeants occidentaux sous influence américaine ont largement oubliée, la sagesse n'étant plus une vertu pour eux. Le texte d'aujourd'hui se consacre donc à la guerre en Ukraine. Enfin, pas à la guerre en elle-même, je ne suis pas spécialiste, ni au fait des dernières manœuvres, et encore moins adepte de stratégie militaire. Je laisse ça aux gens qui sont plus compétents ou à ceux qui prétendent savoir en faisant de grandes déclarations tonitruantes sur les antennes de LCI ou BFM. Sortons du discours lénifiant sur la nullité russe et leur effondrement immédiat qui doit se produire depuis le début du conflit et imaginons maintenant que tous nos spécialistes, souvent trop atlantistes pour être indépendants, se soient trompés . Imaginons un instant qu'en réalité ce pays perde, même avec tous les soutiens de l'OTAN, qui est pratiquement en guerre ouverte avec la Russie puisque fournissant des tonnes de matériel et de soutien économique à l'Ukraine. Notre président vient même tout seul de décider d'envoyer des missiles SCALP en Ukraine nous impliquant dangereusement dans le conflit.

 

La défaite de l'OTAN

 

C'est avec cette hypothèse hautement improbable si l'on en croit nos nombreux spécialistes de plateau télé que nous allons réfléchir ici. Quelles seraient les conséquences pour notre pays, pour l'Europe, les USA et pour le reste du monde ? La première conséquence bien évidemment serait un découpage probable de l'Ukraine. Je doute fortement que la Russie cherche à s'accaparer les terres hostiles de l'ouest. On irait probablement vers un partage de l'Ukraine entre plusieurs partis en fonction du peuplement culturel local. Je ne serais d'ailleurs pas étonné que la Hongrie ou même la Pologne en profite. Ils ont des territoires peuplés avec des populations de leur culture sur ces terres. Rappelons d'ailleurs que la Pologne avant son partage en 1795 entre la Prusse, l'Autriche, et la Russie avait un immense territoire. Une bonne part de l'Ukraine actuelle en faisait d'ailleurs partie. Ce n'est pas un hasard si les Polonais sont si bruyants dans ce conflit, ils détestent les Russes, mais ils ont aussi des intérêts en Ukraine si je puis dire. Donc on peut dire que la victoire russe sonnerait le glas de l'Ukraine actuelle qui serait probablement réduite à une petite proportion de ce qu'elle est aujourd'hui. On n'est pas non plus à l’abri d'un déplacement massif de population comme on l'a connu lors du tracé des frontières actuelles entre l'Allemagne et la Pologne. Plusieurs millions d'habitants avaient dû être déplacés pour permettre un tracé de frontière simple dans une région où l'histoire avait laissé des mélanges complexes de populations. Après guerre, c'est près de 12 millions d'Allemands qui ont été déplacés de force pour donner un ordre d'idée.

 

Le plus dramatique dans l'affaire n'est pas tant la perte de territoire que l'Ukraine aurait pu facilement éviter en ne cherchant pas le conflit, c'est plutôt l'immense coût humain pour eux. Dans un pays qui a subi déjà une hémorragie démographique avec des fuites de population par l'émigration depuis la fin de l'URSS, une natalité dramatiquement basse s'ajoute maintenant une quantité épouvantable de morts. Tout ça pour probablement finir découpé en morceau. Il n'y a pas à dire, les gens qui ont encouragé ce pays à faire monter les tensions avec la Russie sont des criminels. Je pense notamment à monsieur Hollande et à madame Merkel qui ont avoué n'avoir jamais eu l'intention de faire appliquer les accords de Minsk. Car de toute manière, que l'Ukraine perde ou non ses territoires de l'Est, elle aura quand même perdu parce qu'elle n'est pas près de se remettre de l'énorme hémorragie démographique à laquelle ce conflit, qui était pourtant largement évitable, l'a conduite.

 

Plus près de nous les conséquences sur l'Europe, elles sont déjà là en fait. On en a déjà parlé, mais la rupture avec la Russie est un drame économique massif pour le continent en particulier pour l'Allemagne où la situation de l'industrie surtout celle de la chimie est catastrophique. La combinaison d'un choix énergétique douteux, celui des énergies « renouvelables » intermittentes couplées au gaz s'est révélé dramatique avec la coupure brutale de la Russie. L'explosion du prix de l'énergie alimenté par la spéculation et les effets du stupide marché européen de l'énergie ont fait le reste. C'est simple, cette crise a fait de la zone euro une zone en déficit commercial, alors qu'elle avait des excédents jusque là. En cas de victoire russe, rien ne va s'arranger. La Russie a compris que les états européens n'étaient que des vassaux sans aucune autonomie décisionnelle. S'ajoute à cela une forte hostilité de certains membres comme les pays scandinaves ou la Pologne qui rend tout réchauffement diplomatique improbable. L'Europe sera donc laissée à son sort par la Russie. Plus vassalisée que jamais, l'UE prendra probablement dans un premier temps une apparence de plus en plus ouvertement américaine. On le voit justement en ce moment avec la nomination d'une citoyenne américaine Fiona Scott Morton à la tête des affaires européennes chargée de la concurrence. L'empire US ne prend même plus la peine de cacher la réalité de la construction européenne à ses membres.

 

 

Le destin de l'Europe ne s'écrit plus sur cette partie du monde, malheureusement d'autres l'écriront à sa place. C'est donc aux USA chez nos maîtres que nous allons tourner maintenant notre regard. A première vu, la défaite en Ukraine n'est pas une mauvaise chose pour les USA, dans un premier temps tout du moins. En effet, leur but réel a été de couper le lien entre les Européens de l'Ouest et la Russie et c'est un succès que la guerre soit gagnée ou pas. De plus, la peur de l'ogre imaginaire russe permet d'étendre l'OTAN et donc en apparence de sauver la structure. Mais en réalité à long terme cette défaite est une catastrophe pour les USA. Tout d'abord d'un simple point de vue du matériel miliaire, qui va acheter des armes à un pays qui perd sans arrêt ? L’Ukraine a été largement alimentée par du matériel US, si elle perd c'est donc que ce matériel ne vaut pas grand-chose. Que ce soit vrai ou non, c'est l'image que va renvoyer cette défaite. Ensuite d'un point de vue diplomatique, cette défaite s'ajoute à la débâcle récente en Afghanistan que les gens n'ont pas oublié. On peut donc imaginer que la défaite provoque une accélération du recul des USA sur le plan international en dehors de ses satellites directs (UE, Japon, Corée du Sud). Mais n’oubliez pas que l'épée de Damoclès du statut monétaire du dollar est toujours au-dessus d'eux. Ils ne peuvent se permettre de trop reculer. Or ici la plupart des pays qui comptaient sur le parapluie américain pour les protéger ou ceux qui avaient peur d'une intervention US vont réfléchir à cet aveu pratique de faiblesse.

 

Les USA vont donc probablement perdre encore plus rapidement leur contrôle sur le reste du monde. Ils pourraient donc être tentés d'un redressement avec un conflit direct avec la Chine qui est leur véritable adversaire stratégique en mettant le feu sur la question taïwanaise. Provoquant en fait leur propre mort en réalité, car je ne vois pas très bien comment ils pourraient gagner un tel conflit. Étrangement de la vitesse à laquelle l'Empire US et le dollar s'effondreront dépendra le sort de l'Europe. Un effondrement du rôle du dollar et un retrait de l'Empire US rapide permettraient aux Européens de peut-être revenir en scène et de reprendre leur indépendance. Si la mort de l'Empire est plus lente, un effondrement qui est à mes yeux inéluctable, quelle que soit l'évolution en Ukraine, l'Europe de l'Ouest risquerait de ne jamais se relever. Les USA vont littéralement nous piller pour résoudre leurs propres problèmes et cela déjà commencés. Réduire les Européens à la misère pourrait relancer un processus d'émigration massif vers les USA en vidant l'Europe de sa population. Les USA espérant ainsi contrebalancer leur propre déclin démographique pour peser plus face à la Chine et demain à l'Inde.

 

Pour le reste du monde il est clair que la défaite de l'OTAN en Ukraine sera vue comme un coup de sifflet international pour vomir l'occident et les USA. Et cela a déjà commencé. On voit même des aberrations nationalistes comme le président Lula qui intime aux Européens de verser des réparations aux nations colonisées d’Amérique du Sud, oubliant que les descendants des colonisateurs vivent en fait chez lui et dans le reste de l’Amérique latine. On voit également Erdogan donner des leçons d'humanisme à la France qui serait incroyablement raciste avec son passé esclavagiste. Alors même que les Ottomans ont été le plus grand trafiquant d'esclaves de l'histoire et qu'ils ont massacré bon nombre de peuples y compris musulmans comme les mamelouks d’Égypte. Ces attaques grotesques et fausses montrent que ces pays ne craignent plus les pays occidentaux ou d'éventuelles représailles. En cas de défaites en Ukraine on devrait connaître un redoublement de violence verbale et politique, les Occidentaux jouant les boucs émissaires bien pratiques pour certains régimes. On voit ici le désastre pour la France qui jusqu'à Sarkozy avait réussi à maintenir une relative liberté de ton. En faisant réintégrer la France au commandement intégré de l'OTAN nos élites ont sabordé notre avantage qui aurait permis justement à l'Europe de sortir son épingle du jeu en ce moment. Mais voilà, on ne refait pas l'histoire.

 

On ne sait pas encore quelle organisation économique et politique succédera à l'ordre américain. Les BRICS sont bien placés pour restaurer un nouvel ordre après la fin de la guerre en Ukraine. Mais n'imaginez pas par contre un paradis pacifique. La disparition de l'Empire américain ou sa simple rétractation sur son île- continent avec ses vassaux qu'il conduira à l'agonie, ne conduira pas à un moment pacifique. Dès l'ennemi commun disparu, les nouvelles puissances commenceront à se chamailler. On voit poindre à long terme un conflit au moins économique et politique entre la Chine et l'Inde. Les deux superpuissances du 21e siècle n'ont aucune raison de se comporter différemment de celles du passé, le monde est ainsi fait. Quoiqu'il en soit, on peut considérer que le conflit actuel est un nexus historique. Si dans tous les cas l'occident et l'empire américains sont condamnés à court terme à un fort déclin politique et économique. La vitesse à laquelle ce déclin se ferra dépendra du conflit ukrainien. Les USA vont probablement chercher un statu quo, un moyen de perdre en pratique, mais sans perdre médiatiquement. De façon à ralentir leur recul impérial et éviter la chute immédiate du dollar. Il est possible que les russes acceptent une telle chose, ce qui compte pour eux étant la fin de la menace sur les populations du Dombass et la neutralité de l'Ukraine. Mais si la défaite est officialisée, les choses pour les USA pourraient aller beaucoup plus vite et produire des effets dramatiques sur leur poids géopolitique et militaire. Nous sommes à un tournant, et il est dommage que les Européens se soient mis dans une situation qui les condamnes à perdre dans tous les cas.

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T
"Un effondrement du rôle du dollar et un retrait de l'Empire US rapide permettraient aux Européens de peut-être revenir en scène et de reprendre leur indépendance."<br /> Personnellement c'est l'hypothèse que je préfère, sans doute parce que je l'espère. Si en plus un Trump ou un Kennedy est élu président en 2024, la fin de l'impérialisme US peut venir du pays lui même. Par la suite, comme l'a écrit le précédent commentateur, beaucoup de travail en perspective pour se redresser.
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Y
Ce serait aussi un meilleur scénarios pour les américains eux même je pense. L'Empire ne bénéficie qu'à une toute petite partie de la population de ce pays pour tous les autres c'est un véritable enfer symbolisé par les pauvres bougres misérables drogués au fentanyl.
R
Merci pour cet article. Une hypothèse peut être non explorée. Une défaite en Ukraine peut elle servir de révélateur de l'échec délirant du néolibéralisme et "réveiller" certains peuples d'occident ? Todd dans une chronique pour Marianne parlait de cette révélation : non la puissance russe n'est pas le "PIB de l'Espagne", les économies occidentales qui n'ont clairement plus l'industrie capable de soutenir une guerre d'attrition, les peuples occidentaux sont plus divisés que jamais et ne font plus nation contrairement au peuple russe... Après la révélation, un sursaut est il possible ? Je reste persuadé qu'avec nos peuples pour l'instant encore bien formés et nos appareils de formation plus ou moins en place nous avons une fenêtre de 10-15 ans ou la reconstruction de notre industrie est possible voire même simple si les conditions économiques le permettant sont mises en place (essentiellement du protectionnisme à forte dose et une vraie volonté politique de réguler la finance pour permettre le financement du tissu producifs).
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Y
Il faut le souhaiter. Dernièrement on a vu passer des graphiques sur le fait que les américains sont maintenant beaucoup plus riche que les européens. Sauf que c'est aux USA que l'espérance de vie s'effondre alors que veut dire vraiment leur énorme PIB c'est bien la question qu'il faudrait se poser. Plus globalement il faut que les occidentaux reprennent conscience de la réalité physique du monde. La financiarisation et l'argent facile de certains milieux sociaux ont complètement casser la vision du réel de nos sociétés. En un sens effectivement la défaite contre la Russie serait peut-être un réveil salutaire.