Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
La nouvelle a fait peu de bruit. Pourtant elle est infiniment plus grave, et importante que le déficit public, ou la dette. Elle est plus importante même que la désindustrialisation même si les deux problèmes sont probablement liés d'une manière ou d'une autre. La France s'enfonce dans le déclin démographique avec une mortalité qui vient de dépasser le nombre des naissances. Du jamais vu depuis la Seconde Guerre mondiale. On le savait depuis longtemps, la France qui avait maintenu sa natalité après la crise de 2008 contrairement à beaucoup de pays européens connaît depuis 2014 une accélération de la baisse des naissances. Une baisse qui est encore plus dramatique qu'on ne croit quand on sait le poids des immigrés sur la natalité actuelle, près du tiers des naissances.
/image%2F1492474%2F20250724%2Fob_579909_gwhlevgxoaed8-o.jpg)
On n'entend pas beaucoup Emmanuel Macron et ses sbires sur cette situation, lui qui parlait pourtant de réarmement démographique en 2024. Si cela était son intention, on assiste ici à une véritable bérézina. Et en plus cette catastrophe nationale est accompagnée d'une hausse de la mortalité infantile. Même si le changement démographique de population pourrait en partie expliquer justement cette chute, mais c'est un autre débat. Nous ne parlerons pas ici du grand remplacement qui fait tant parler à droite comme à gauche. On pourrait même à mes yeux parler de colonisation organiser implicitement par le capital français, mais ce n'est pas la question du jour. Le but est de réfléchir de nouveau à la question de l'origine de cette baisse des naissances. J'en ai longuement parlé dans plusieurs textes. Je pensais jusqu'à présent que cette baisse était en grande partie imputable à la rupture de la politique familiale sous François Hollande.
L'idée était simple, la natalité française avait à peu près résisté à la baisse provoquée par la crise de 2008 et effectivement la natalité a résisté alors que la crise a fait baisser la natalité chez nos voisins. Mais on note une baisse à partir de 2014. Le seul facteur apparent avec une très forte corrélation était bien évidemment cette réforme des politiques familiales. Sauf que lorsque l'on étudie à un niveau international on s'aperçoit vite que la natalité dans de très nombreux pays baisse plus rapidement durant cette période. Si la politique de François Hollande a eu sans doute un effet négatif, d'autres facteurs communs à la plupart des pays du monde devaient être en cause. En fait, on peut décrire la période 2010 – 2014 comme une formidable machine à accélérer le déclin démographique mondial. Dans de très nombreux pays, c'est la chute libre à l'image de l'Argentine ou plus proche de nous de la Tunisie.
/image%2F1492474%2F20250724%2Fob_8d1a69_nat-comp.png)
Si les questions économiques ont évidemment un lien avec la natalité. Les difficultés à trouver un emploi, les difficultés du coût de la vie, l'accès au logement, sont autant de facteurs à prendre en compte, en particulier depuis que les populations sont éduquées et qu'elles ont accès à la contraception. Cependant, la plupart des pays du monde ont des situations très divergentes sur ce plan. La Corée du Sud, dont la natalité atteint aujourd'hui des niveaux incroyablement bas, a pourtant une situation économique assez enviable. Ne parlons pas de la Chine avec ses taux de croissance invraisemblables et sa hausse de niveau de vie extrêmement rapide. Pourtant dans ces deux pays aussi on voit une nette accélération de la baisse des naissances dans cette période 2010-2014. Alors quel peut être l'explication si l'on sort des explications classiques, économique ou culturelle? Aucun de ces facteurs économiques ou culturels ne peut être en effet commun à autant de pays disparates. Si la hausse de l'éducation des femmes et de la population en général est le facteur de fond de la transition démographique, ce sont des phénomènes lents qui n'expliquent pas une accélération brutale de l'effondrement des naissances.
Vous pourriez ici défendre l'idée que peut-être un facteur médical ou chimique expliquerait cette situation. À dire vrai je n'en sais rien, ne connaissant guère ces sujets, je m'abstiendrai d'en parler. Mais je ne crois pas par exemple que la baisse actuelle soit le produit d'une baisse de la fertilité en général. Même si la baisse de la fertilité masculine depuis des décennies est effectivement un problème très inquiétant. Pour l'instant, la plupart des gens qui veulent avoir des enfants et qui sont en âge bien évidemment d'en avoir peuvent encore en avoir. Si je pense à un facteur technique, c'est plutôt vers les effets relationnels entre homme et femme qu'il faut le chercher. Et il y a bien quelque chose qui a changé les relations hommes femmes des dernières décennies, ce sont les applications de rencontre, mais aussi les réseaux sociaux.
En particulier, la technologie de la 4G se répand justement pendant cette période qui nous intéresse et qui va de 2010 à 2014. Et les pays asiatiques très friands de nouvelle technologie sont touchés précocement. Le graphique suivant confirme d'ailleurs un peu cette hypothèse, en effet l'auteur de ces graphiques cherche à montrer la très forte corrélation entre hausse du célibat et baisse de la natalité. Ce qui semble après tout assez logique, il faut être deux pour avoir des enfants et les femmes choisissant de faire un enfant seul le font généralement par dépit et en dernier recours. Élever des enfants est déjà assez compliqué sans avoir à y ajouter le célibat. Les données sont assez claires et la hausse du célibat est inversement proportionnelle avec la natalité. Mais cette hausse du célibat il semble bien que ce soit la technologie 4G qui en soit responsable.
/image%2F1492474%2F20250724%2Fob_3d15df_celibat-et-natalite.jpg)
Si les téléphones portables existent depuis longtemps maintenant, et les smartphones depuis 1990 (ils ont été popularisés par Apple à partir de 2007), ce n'est qu'à partir de la 4G qu'ils deviennent de véritables ordinateurs portables. La multiplication des applications et des réseaux sociaux a entraîné la population à passer de plus en plus de temps de dessus. Pire que cela, on sait aujourd'hui que ce sont de véritables nuisances sociales réduisant le contact dans le monde réel. Des études sur l'utilisation des smartphones ont déjà montré pas mal de nuisance sur les performances scolaires ou le QI . L'usage abusif et le temps passé sur des écrans en étant passif réduisant les capacités cognitives et relationnelles. Il n'est donc pas si surprenant que cela qu'ils nuisent aussi à la rencontre et favorisent le célibat même si l'apparition de certaines applications de rencontre aurait pu faire croire le contraire.
Indéniablement, nous l'avons tous remarqué ,les smartphones nous coupent de notre environnement direct. Ils nuisent donc à la socialisation normale des populations. Et il semble que toute l'ingénierie entrepreneuriale de la rencontre sur les sites n'ait pas du tout compensé ces effets. On se rencontre moins, on se fait moins d'amis directement, et l'on rencontre donc aussi moins souvent la personne qui pourrait se mettre en couple avec nous. À terme bien évidemment tout ceci finit par nuire à la natalité puisqu'aucun projet de famille ne peut naître sans cela à quelques exceptions. C'est ce qui me fait dire que le sociologue qui a été un peu la risée du web lorsqu'il a proposé des chèques Tinder pour relancer les couples et la natalité, a fait un bon diagnostic sur l'origine apparente de la baisse des naissances, le célibat, mais s'est complètement trompé en restant à la surface des choses. Loin de favoriser les sites de rencontre, nous ferions mieux de créer des lieux de socialisation et de rencontre sans artifice technique. Nous n'avons pas besoin de plus d'application de rencontre, mais de moins d'applications tout court. La création de lieu commun sans smartphone ou ordinateur me semble beaucoup plus intéressante qu'une fuite en avant dans le technologisme stérilisant. Même s'il est certain que les lobbies de la technologie verront cela d'un très mauvais œil eux qui font tout pour rendre les gens accros à leurs applications. Mais il en va de la survie même de l'espèce humaine. Si toute la planète se met à faire aussi peu d'enfants que la Corée du Sud, il n'y aura plus de consommateurs et de travailleurs pour Apple et compagnie.