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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Reconstruire une économie nationale

 

Dans le dernier texte de ce blog, nous avons abordé la question de la soumission volontaire de nos élites au pouvoir américain. Je n'ai fait bien évidemment que donner mon modeste point de vue sur la question. Il y a probablement tout un tas de facteurs qui m'échappent dans ce phénomène. Il y a cependant un facteur dont je voudrais parler aujourd'hui, et qu'il faut bien aborder, c'est la tendance naturelle du capitalisme à pousser à la dénationalisation des entreprises. J'aborde en réalité rarement la question du capitalisme, et c'est probablement un tort, car il porte en lui-même des mécanismes d'autodestruction assez violents. L'occident qui s'est suicidé industriellement depuis 50 ans en montre pourtant très fortement les stigmates aujourd'hui.

 

Comme le disait Keynes, le capitalisme est puissant pour faire mouvoir les hommes dans certaines directions collectives par l'appât de l'intérêt. Mais il n'est ni élégant ni moral, il est brutal et sournois. Et les mécanismes qui lui permettent de faire mouvoir la masse humaine collectivement produisent aussi la perte de la société qui la voit se développer. Beaucoup de gens se sont gaussés et se gaussent encore des échecs du communisme, à juste titre souvent. Mais ils oublient que le communisme au départ arrivait à fonctionner. Et si la seule différence entre le capitalisme et le communisme était le temps entre le décollage fonctionnel et l'effondrement ? Le communisme étant simplement beaucoup plus rapide pour arriver à terme. C'est la question que l'on pourrait facilement se poser en voyant l'état des premiers pays capitalistes aujourd'hui. Le capitalisme y a épuisé non seulement les ressources physiques, mais également le capital humain. La fuite en avant dans l'immigration n'étant qu'un palliatif dangereux pour compenser le fait que le capitalisme participe à la création d'une société stérile et sans enfants.

 

Et l'un des paramètres qui transforment cette dynamique capitaliste des débuts en autodestruction est le besoin des entreprises à élargir sans cesse leur marché pour pouvoir croître et nourrir les intérêts du capital par les dividendes. La concentration du capital et le besoin de faire croître sans cesse les revenus du capital nourrissent la sortie nationale des entreprises. Alors que le capital français d'après-guerre se contentait du marché national et avait une taille proportionnée au pays, ce dernier s'est retrouvé trop à l'étroit à partir de la fin des années 60. Il s'agit là à n'en pas douter d'un des facteurs qui ont poussé d'abord à la construction européenne, ensuite à la grande dérégulation financière et commerciale. On pourrait ainsi décrire le capitalisme comme un système qui fonctionne en trois phases. La première est le rêve libéral, celui de la concurrence féroce où il y a une véritable efficience et de l'innovation. Le capital est peu concentré et il y a de multiples acteurs sur chaque marché. La seconde phase est le produit de la concentration. Il y a de moins en moins d'acteurs et le capital se concentre de plus en plus. Le système reste efficace, mais le poids des entreprises concentrées devient très important au point de pouvoir fortement influencer les acteurs politiques.

 

On peut situer ce moment vers les années 70 en France. Le marché national commence à être trop petit et les acteurs veulent alors investir à l'extérieur pour continuer leur croissance. Ils vont donc pousser les politiques à déréguler l'économie et à ouvrir les frontières sur tous les plans. L'idéologie libérale n'est qu'un outil aux mains de ces intérêts. Il commence alors à y avoir une déconnexion entre l'intérêt national et les intérêts de certaines grandes entreprises. On voit bien ce tournant dans les années 70-80 en France et en Europe. Le stade terminal, nous y sommes, c'est la déconnexion totale entre les entreprises capitalistes du pays et le pays lui-même. Une entreprise comme LVMH est tout à fait emblématique de cette évolution. La France ne représente plus que 8% du chiffre d'affaires de l'entreprise et 18% des salariés. On pourrait analyser les différents grands groupes « français » et ce serait la même chose. Il n'y a plus aucun lien entre la situation de ces entreprises et la situation économique du pays. Ce qui explique la déconnexion du marché boursier national avec la situation française d'ailleurs.

 

LVMH une entreprise française ?

 

Il faudrait donc que nos élites politiques en concluent que défendre les intérêts de ces groupes, ce n'est plus vraiment défendre la France. On pourrait même dire que c'est le contraire maintenant. Ce troisième stade du capitalisme, celui de la surconcentration du capital, et des entreprises produisent peu d'innovation et versent énormément de dividendes. Les monopoles et les cartels qui contrôlent le système pouvant mettre les prix qu'ils veulent, car il n'y a plus vraiment de concurrence. La seule limite est la capacité d'absorption du marché par rapport au prix de vente. Ce sont les USA qui ont probablement atteint ce stade les premiers. On ne le répétera jamais assez, mais les grands groupes américains n'ont plus d'américains que le nom. Ils sont répartis sur toute la planète et la panique que les droits de douane de Trump ont provoquées à montrer cette réalité. Le fait que les produits Apple fabriqués en Inde aient été exemptés de droit de douane montre aussi le pouvoir de ces groupes sur les politiques menées. On ne touche pas aux dividendes des multinationales. Et ces entreprises ne paient pas non plus d'impôts ce qui explique en grande partie les difficultés financières des états occidentaux ne pouvant s'appuyer que sur ceux qui ne peuvent y échapper les classes moyennes et les pauvres.

 

Reconstruire un système national

 

Si l'on devait faire des comparaisons mondiales, nous pourrions dire en caricaturant un peu selon la définition précédente des trois états du capitalisme que les USA et la France sont au stade terminal, celui du capitalisme financiarisé postnational. La Chine est sans doute au second stade avec comme différence que pour l'instant l'état semble encore contrôler les capitalistes, mais pour combien de temps ? Les entreprises chinoises veulent conquérir le monde parce que leur marché domestique ne leur suffit plus. Et au premier stade on trouve des pays qui décollent comme l'Inde ou le Vietnam. La question que l'on pourrait se poser, c'est "qu'arrive-t-il après le stade trois ?" À mon sens, c'est assez simple, les pays s'effondrent progressivement. La désindustrialisation et l'incapacité à répondre aux besoins de la population deviennent de plus en plus criantes. Le système économique étant complètement déconnecté des besoins de la population, ce n'est guère étonnant. En fait, nous n'avons jamais connu de stade trois du capitalisme très longtemps. Jusque là, et comme l'avait très bien vu Marx, le capital finissait par produire des guerres qui finalement remettaient le compteur à zéro, si je puis dire.

 

C'est la première fois que nous assistons aux effets du stade trois à long terme sur les économies capitalistes. L'état de l'Europe et des USA est en quelque sorte la conséquence de ce mécanisme. Et l'on voit bien que le système cherche à provoquer une crise et des guerres pour combattre ses propres contradictions. Il faut donc comprendre que reconstruire une économie nationale passera inéluctablement par une rupture avec ces grandes entreprises. Le but d'une économie nationale n'est pas de faire croître le capital indéfiniment, mais de répondre aux besoins de la population le plus efficacement possible sans devenir trop dépendant des échanges avec l'extérieur. Car toute dépendance excessive que ce soit par les importations, ou par les exportations, revient à réduire la souveraineté nationale. Si le capitalisme a une forte capacité à court terme à mobiliser les forces de la population, il faut bien avoir conscience de ses limites et du danger qu'il peut représenter quand ses forces sont laissées sans contraintes.

 

La bourse n'est plus qu'un racket destiné à pomper des dividendes.

 

Nous en sommes quand même arrivés à un stade économique où les entreprises s'endettent pour verser des dividendes et maintenir leurs cours de bourse, ce qui est totalement antiéconomique même du point de vue néolibéral. Limiter les dividendes en les plafonnant à un maximum, favoriser d'abord l'investissement national, œuvrer à un retour réel de la concurrence dans les secteurs trop concentrés. Voilà quelques pistes pour construire une économie plus pérenne, sans tomber non plus dans de l'économie administrée. Cette question sera essentielle si l'on veut reconstruire une économie nationale. La sortie de l'UE et de l'euro est bien évidemment des préalables à cela puisque de toute manière aucune politique différente n'est possible dans ce cadre. Mais des réflexions sur la structure de notre économie et de la façon dont nous nous organisons doivent être faites. Le capitalisme français est à réinventer et à reconstruire totalement.

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L
Bonjour.<br /> <br /> Nous en arrivons aux mêmes constats sur l'état du système, vous sur l'angle exclusivement économique, et moi avec une focale un peu élargie (cf. "La crise terminale du capitalisme").<br /> <br /> Il convient de travailler à un autre modèle, à un autre système recentré sur les nations. Oui certes, toutefois il convient de définir les relations, les rapports de classes de ce nouveau mode de production. C'est un vrai chantier à propos duquel je propose une "4ème Voie". <br /> <br /> Il conviendrait peut-être d'ouvrir un cercle de réflexion à ce propos à l'image de ce que j'ai initié avec le "Cercle du Renouvellement Constitutionnel" et le "Cercle Du Renouvellement Spirituel". Seriez-vous intéressé pour lancer un tel cercle ?<br /> <br /> Cordialement.<br /> Luc Laforets.
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Y
Personnellement je ne pense pas en avoir l'envergure. Il vaut mieux de vrais penseurs et spécialistes de leur domaine à l'image de gens comme Jacques Sapir.