Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
/image%2F1492474%2F20260312%2Fob_eba6d9_1200x680.jpg)
Le détroit d'Ormuz va donc être bloqué par l'Iran. C'était largement prévisible et il semble d'ailleurs que ce blocage soit intelligent puisqu'il laisse passer les navires que l'Iran autorise à passer. On n’est donc pas sur un minage bête et méchant qui aurait d'ailleurs coûté très cher à l'Iran puisque ses exportations pétrolières passent aussi par là. Nous nous dirigeons donc vers une escalade qui va très probablement faire exploser les prix de l'énergie durablement. Mais n'oublions pas que ce n'est pas juste une question d'énergie. D'une part, la région est très dépendante des importations pour sa nourriture. Ensuite les hydrocarbures entrent dans tout un tas d'applications industrielles et agricoles. La hausse des prix des hydrocarbures, voire la pénurie, pourrait rapidement entraîner un manque d'engrais et des pénuries graves dans l'alimentation mondiale.
Cette crise, tout comme celle du COVID qui était déjà une alerte grave, montre que l'interdépendance massive des nations à une échelle jamais vue dans l'histoire peut conduire nos pays à une catastrophe sans précédent. Nous voyons ici à long terme les dégâts qu'une vision purement économique peut avoir sur les sociétés humaines. L'obsession pour l'optimalité économique pour la spécialisation dans le libre-échange est le produit d'une pensée qui n'avait plus aucun rapport avec la réalité géopolitique et historique. L'aveuglement sur la montée en puissance très rapide de la Chine, qui elle n'a jamais appliqué le laissez-faire, et a méticuleusement tissé sa toile de domination industrielle dans tous les domaines sans se soucier réellement de l'efficacité économique à proprement parler, était déjà spectaculaire. Mais l'inconscience américaine sur le déclenchement d'une guerre massive avec l'Iran finit de démontrer que les dirigeants en occident n'ont plus aucun sens des réalités. Et cela depuis longtemps en vérité.
Les USA viennent peut-être détruire leur empire simplement par aveuglement idéologique et ubris délirants. Alors on entend déjà Trump préparer l'opinion à un recule des USA dans la guerre en Iran. En effet, on voit poindre un discours sur la non-responsabilité des USA et de Trump en particulier dans l'affaire. Il commence par accuser ses conseillers, puis Netanyahu et Israël dans ce qui ressemble quand même de plus en plus à une débâcle massive. En gros, les USA vont essayer probablement de faire comme avec la guerre en Ukraine c'est-à-dire de se dédouaner complètement et de faire porter le chapeau à leurs vassaux. C'est gros, mais comme cela a marché partiellement en Ukraine, Trump va tenter le coup. Cependant, le mal est fait, les pays arabes vont se détourner des USA et même leurs alliés historiques comme la Corée du Sud commencent à douter sérieusement d'eux. D'ailleurs, Washington manque tellement de matériel militaire qu’elle récupère des systèmes de protection antimissiles en Corée du Sud pour protéger Israël, ce que les Sud-Coréens ne doivent pas vraiment apprécier. Ces informations sont désormais visibles par tout le monde. Les vassaux des USA vont bien que le maître n'est plus capable de vraiment les défendre et que l'Empire est en réalité tout nu.
Les USA arrivent ici au bout d'un processus d'autodestruction impériale assez classique en réalité. On peut tout à fait comparer cela à la chute de Rome sauf que le processus est beaucoup plus rapide, modernité oblige. Les USA avaient construit leur empire sur leur immense avantage industriel que leur développement rapide, sous protectionnisme, faut-il le rappeler, et les deux guerres mondiales ont permis. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le suicide des puissances européennes a permis momentanément aux USA de dominer de façon écrasant la production mondiale. Il ne faut jamais oublier que l'empire américain était en fait quelque part un accident de l'histoire. Sans ces conflits, les USA auraient été très puissants bien évidemment, mais pas au point de construire tout un système de domination impérial d'autant qu'ils n'avaient pas vraiment d'expérience militaire à grande échelle contrairement aux empires européens de l'époque.
Après guerre comme vous le savez déjà ils n'ont malheureusement pas eu la sagesse de faire une monnaie internationale neutre et ils ont imposé le dollar comme monnaie planétaire à l'époque indexée sur l'or mais Nixon mettra fin à cette garantie. Le système impérial va détruire la sphère productive américaine à un rythme qui fut quand même assez incroyable quand on y pense. Il faudra seulement deux générations pour détruire l'industrie américaine alors qu'il avait fallu plusieurs siècles d'existence à l'empire pour détruire l'artisanat du Latium à l'époque de Rome. Tout va décidément beaucoup plus vite à l'époque moderne. De fait, les USA ont cassé ce qui avait fait leur prospérité et aujourd'hui ils ne sont même plus capables de renouveler leur flotte militaire. Comme l'avait souligné Emmanuel Todd, la domination de la production navale par la Chine et plus généralement par l'Asie d'Extrême-Orient dit à elle seule où est passée la véritable puissance dans le monde. Car il est impossible de maintenir physiquement un empire mondial sans une flotte elle aussi de dimension mondiale. Or les USA sont désormais un nain de la production navale.
/image%2F1492474%2F20260312%2Fob_dc80b9_haglf7bwcaaf8qf.jpg)
Leurs difficultés dans la guerre en Ukraine étaient déjà visibles. Les USA n'arrivant pas à suivre le rythme de production des Russes. Mais l'Ukraine était une guerre dans une région qui n'est pas hautement stratégique pour l'Empire comme peut l'être le Moyen-Orient. De plus, il s'agissait surtout de pousser les Européens à se séparer des Russes, ce qui est réussi pour l'instant même si la guerre en elle-même est perdue. Là les USA ont poussé le bouchon trop loin et ils risquent de perdre la totalité du contrôle du pétrole de la région, les pays arabes préférant probablement désormais négocier avec les Russes et les Chinois visiblement plus forts que l'empire désindustrialisé d'Amérique du nord. Or, comme vous le savez, le contrôle du pétrole et particulièrement l'usage du dollar comme moyen de paiement pour les hydrocarbures constitue un point essentiel du maintien de la valeur du dollar pour un pays qui n'arrive pas à équilibrer sa balance des paiements et croule sous une dette extérieure massive.
La souveraineté productive, une nécessité désormais vitale
Mais même sans crouler sous d'énormes déficits commerciaux, la situation actuelle provoque des instabilités et des risques de pénurie pour tous les pays du monde. Le système globalisé n'est pas du tout robuste, il est bien au contraire extrêmement fragile, chaque crise, qu'elle soit le produit d'une guerre, ou d'une catastrophe naturelle, le montre. La logique du flux tendu et du zéro stock aggrave bien évidemment cette situation. Imaginez un instant un conflit entre les USA et la Chine où les Européens suivraient bien évidemment leur tortionnaire américain, il ne faudrait probablement que quelques semaines pour que la totalité de la consommation en Europe soit à l'arrêt. Même les productions européennes demandent souvent des pièces venant de chine, et pour lesquelles il n'y a pas de production équivalente en Europe. La Chine, elle, même si elle souffrait vraisemblablement d'un problème de surproduction, n'aurait qu'à accroître sa consommation interne pour compenser l'absence d'exportation. Il y a une asymétrie facile à comprendre entre les deux sphères, la production de biens réels surpassant en réalité la valorisation marchande et financière.
Produisant désormais la totalité des biens possibles, la Chine est dans un système d'avantage commercial total qui nous met à la merci des politiciens de ce pays. La question du protectionnisme et de l'autonomie de production n'est donc plus seulement une question d'économie pure c'est désormais une question de survie politique nationale. Nous ne pouvons plus laisser le marché fonctionner tout seul où cela revient à livrer nos nations à des entités extérieures. Contrairement aux imbécillités sorties par Emmanuel Macron, il ne faut pas être puissant pour être craint, il faut être autonome et capable de résilience économique. Ce n'est pas une question de puissance militaire, mais d'autonomie générale. Dans ce grand maelstrom mondial qu'a produit la globalisation, ce ne sont pas les plus puissants qui s'en sortiront au sens quantitatif, mais les nations ayant des capacités de production autonomes. Et cela ne peut en aucun cas apparaître en France par l'opération du Saint-Esprit ou du saint marché libéral. Alors évidemment cela veut dire produire à nouveau en France et réduire notre pouvoir d'achat puisque les prix seront nécessairement plus élevés. Mais la liberté nationale est à ce prix, et si nous ne le payons pas, il ne faudra pas s'étonner des catastrophes qui suivront inéluctablement.