Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
/image%2F1492474%2F20260316%2Fob_45e52c_gasolruxkaayrji.jpg)
Les élections municipales ont donc eu lieu hier. Il faut bien avouer que même si l'on s'intéresse un peu à la politique du pays, les évènements internationaux écrasent largement l'intérêt que l'on pourrait éventuellement porter à ces élections. Et à dire vrai, ce texte ne va pas vraiment parler des élections municipales. J'ai d'ailleurs dit ce que je pensais de ces élections dans un texte récent. De toute façon, il n'y a jamais vraiment de surprise dans ces élections qui sont bien souvent une simple reconduite des équipes en place, quel que soit leur bilan, ce qui en dit long sur la « démocratie » locale en réalité. Comme je l'ai dit dans mon précédent texte sur ces élections, le principe même de voter pour un autocrate local devrait questionner les citoyens. Ce système de « représentation » artificiel favorisant toujours les mêmes milieux et reconduisant inlassablement les mêmes imbéciles au pouvoir n'est pas démocratique, en aucun cas.
Cependant si l'on pousse le raisonnement plus loin et si l'on se pose la question de fond sur le fonctionnement de nos sociétés, ce qui revient inlassablement en avant c'est la question de la stratégie de collective, de l'action collective. Il y a une apparente incapacité à agir collectivement ainsi qu'un déclin assez rapide de l'intérêt que porte la population à la politique. En effet, la véritable information de ces élections c'est surtout que le taux de participation est le plus bas jamais enregistré pour des élections municipales qui semblaient jusque là mieux résister que les autres à la désertion citoyenne. Ce à quoi nous assistons en réalité c'est à l'aggravation du désintérêt pour la chose collective. C'est particulièrement vrai pour les générations les plus jeunes où le taux de participation aux élections est à seulement 44%. Quand on pense que certains hurluberlus veulent descendre encore l'âge du droit de vote à 16 ans alors que les 18-24 ans ne vont déjà pas voter c'est ridicule. Et c'est pire encore dans la tranche d'âge active des 25-34 ans où cela tombe à 40%.
Qu’elle la cause de ce désintérêt ? Alors il ne faut pas se focaliser sur ces élections particulières que sont les élections municipales, mais ce sont toutes les élections maintenant qui connaissent un effondrement de participation, même les élections présidentielles d'ailleurs. La première réponse que l'on fait souvent et qui paraît à première vue évidente c'est le désenchantement provoqué par l'absence de changement réelle des politiques menées. Les gens ont bien évidemment l'impression que les politiques sont toujours les mêmes, quels que soient les élus à la tête du pays. C'est l'un des effets de la pensée unique qui s'est imposée progressivement dans les années 80 laissant le champ libre au monopole idéologique néolibéral et européiste. L'UE est d'ailleurs la grande explication du désintérêt pour la politique puisqu'en réalité les décisions ne sont plus vraiment prises par nos dirigeants, mais par ceux de l'UE.
Ces explications-là sont rationnelles et elles semblent assez vraisemblables au premier abord. J'ai pensé moi-même longtemps que le désintérêt pour la politique venait avant tout de là. Mais en réalité, on se rassure en pensant ainsi. Car la construction européenne et les délires postnationaux n'ont pas provoqué l'effondrement de la participation électorale et le désintérêt pour la politique. En fait, ce sont des conséquences de cet effondrement. C'est la dépolitisation de plus en plus massive de la population qui a permis toutes les perfidies qui nous ont conduits dans la situation dramatique dans laquelle nous sommes. Emmanuel Todd dans sa dernière émission sur Fréquence populaire parle à un moment donné des problèmes démocratiques aux USA. En effet, la majorité de la population est par exemple totalement contre la guerre en Iran, pourtant cela n'a aucun effet sur le comportement des politiques. Pourtant il n'y a ni manifestation, ni grève, ni réaction collective. De la même manière, il a souligné très justement que la violation du référendum de 2005 par nos élites n'a entraîné dans notre cher pays aucune réaction populaire malgré cette très grave forfaiture.
Faut-il abandonner la démocratie ?
On le voit ici, c'est bien l'anomie et l'incapacité à agir collectivement des populations qui entraînent en réalité les dysfonctionnements des démocraties occidentales. Les dirigeants font en réalité ce qu'ils veulent, sans n’avoir de compte à donner à personne. Les élections ne changent rien parce que de toute manière le milieu des élites est un milieu étriqué et consanguin dans lequel il n'y a pratiquement pas de différence de fond. On joue la comédie de l'opposition pour maintenir un semblant démocratique, mais au fond les élites sont toutes d'accord sur l'essentiel. Nous vivons donc en pratique dans des régimes ploutocratiques qui n'ont pas vraiment de rapport avec ce que l'on nomme la démocratie. Car la démocratie n'est pas qu'un système politique organisé autour du vote et de la volonté populaire.
C'est aussi une culture, une façon d'être. Une démocratie pour fonctionner correctement a besoin d'une libre information, d'une instruction générale correcte et surtout d'une population ayant un grand sens de l'intérêt général même si les gens peuvent bien évidemment ne pas être d'accord entre eux sur ce qui est dans l'intérêt général. Avec la démocratie, il y avait des mouvements populaires forts, des partis politiques avec beaucoup de membres, des syndicats puissants, des populations capables de faire des grèves pour défendre leurs points de vue et leurs intérêts, etc.. Il n'y a plus rien de tout ceci en occident aujourd'hui. Les populations ne se mobilisent plus même lorsque leur pays risque de provoquer une catastrophe planétaire en provoquant une guerre irresponsable avec l'Iran. Et ce qui est vrai pour les USA l'est tout autant pour la France, la Grande-Bretagne ou même l'Allemagne.
Ce qui frappe dans nos sociétés actuelles c'est l'apathie généralisée. Les populations semblent comme anesthésiées, incapables de faire quoi que ce soit de façon collective. Emmanuel Todd parle d'état de religion zéro et il est tout à fait probable que ce soit ce qui conditionne ce comportement amorphe. Alors vous allez me dire qu'il faut revigorer la démocratie, favoriser les référendums d'initiative populaire par exemple. Mais est-ce que plus de démocratie au sens structurel et organisationnel peut vraiment raviver une flamme qui semble désormais éteinte ? J'ai comme un doute sur la question. Si le problème est culturel, mental, il n'y a pas de solution possible par le changement de structure et d'organisation. Comme on dit, on ne fait pas boire un âne qui n'a plus soif. On ne peut pas faire fonctionner une démocratie avec une population individualiste qui se fiche complètement des politiques menées sauf quand cela regarde uniquement son petit intérêt personnel.
Le paradoxe qu'a souligné Emmanuel Todd dernièrement dans un de ses interviews japonais que vous pouvez retrouver ici, c’est que les sociétés autoritaires et non démocratiques semblent aujourd'hui beaucoup plus raisonnables que les sociétés démocratiques. Ce qui est un paradoxe historique certain. Mais cela s'explique aussi sans doute parce que les mécanismes de limite et de contre-pouvoir au sein de ces sociétés hiérarchiques sont toujours fonctionnels alors que ceux des démocraties occidentales ont disparu avec l'effondrement de l'esprit démocratique des populations. L'affaiblissement de la culture démocratique en occident a en quelque sorte laissé les politiciens seuls sans contre-pouvoir pour les maintenir dans le cadre de l'action collective raisonnable que ce soit dans le domaine géopolitique ou économique. Nous avons en quelque sorte recréé une aristocratie, mais sans la culture et l'équilibre du pouvoir qui allait avec l'aristocratie d'autrefois et qui a disparu avec les grands mouvements de démocratisation.
La question qui est donc posée à l'occident est donc de savoir si la solution est dans une redynamisation des comportements démocratiques des populations, ou dans la création d'un système réellement aristocratique, mais avec toutes les contraintes, et la culture nationale, qui vont avec. Pour que les élites se comportent dans l'intérêt national à l'avenir et non comme de petits pillards égocentriques comme ils le font aujourd'hui. Nous sommes dans une situation intermédiaire ou nos institutions ne sont plus du tout adaptées au comportement collectif et entraînent une impossibilité d'action collective efficace.