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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Panique en haut lieu ?

 

Alors qu'Emmanuel Macron qui ne peut plus se représenter aux prochaines élections fait tout pour engluer son successeur en installant ses propres hommes à des postes clefs de la politique française,nous apprenons que notre ancien ministre de l'économie et auteur prolifique de roman coquin vient de sortir un nouveau livre qui s'intitule « La rupture ». N'ayant pas lu le livre en question j'ose espérer que cette fois-ci cela parle de politique et non d'autres genres de rupture qui n'ont pas leur place sur ce blog qui se veut quand même globalement sérieux. On sent tout d'un coup qu'un certain stress commence à gonfler dans les hautes sphères et pas seulement dans celles qui concernent les politiques. Notre grand patronat qui n'a jamais vraiment compris la macroéconomie tout engluée qu'il est dans la défense de ses propres intérêts à court terme, semble lui aussi sentir que plus rien ne va.

 

Vous allez me dire oui, mais la France va mal depuis 50 ans, et c'est vrai. La France n'est en réalité jamais vraiment sortie de la crise des années 70, ou plutôt cette crise a été en quelque sorte une aubaine pour certains groupes sociaux d'écraser les autres au nom de la raison raisonnante de la pensée unique libérale et patronale. Une crise qui a en réalité été alimentée par le changement de paradigme macroéconomique où l'exportation est devenue la seule raison de produire et le salariat une charge et non plus une source de demande. Nous vivons la crise du néolibéralisme, ou plutôt l'arrivée à complétude d'un système qui dès le départ ne pouvait que mal se terminer. La crise de la globalisation que nous connaissons, et vous pouvez inclure la Chine dans le système et la crise, n'est pas le fruit du hasard, c'est le produit d'un système fondamentalement incohérent. La crise française n'est que l'un des multiples soubresauts d'une structure qui détruit le salariat et concentre toujours plus le capital à l'échelle planétaire.

 

Jusqu'à présent l'endettement a permis à ce système de faire semblant de fonctionner, en particulier l'endettement des USA, mais l'on voit bien désormais que c'est terminer. La déconnexion entre le travail, et la production, a atteint de tels niveaux qu'aucun pays ne peut plus redresser la barre du système globalisé. En Europe les tensions économiques sont maximales parce que les élites européennes ont ajouté à notre malheur l'expérience de l'UE et de l'euro. Dans le cas de la France, ce qu'il faut bien appeler le sadomonétarisme, c'est-à-dire l'obsession des élites pour maintenir un taux de change qui n'a aucun rapport avec la situation économique du pays, a donné le franc fort dans les années 80-90. Un franc fort qui sera ensuite remplacé par un euro encore plus contraignant pour le pays. Si certains ne nos économistes mainstreams, comme monsieur Aghion, se lamentent du décrochage de l'Europe, ils oublient que c'est bien sur notre continent que les délires néolibéraux et monétaristes sont allés le plus loin. Combinant une rigidité monétaire maximale à une obsession pour les exportations et la restriction de la demande intérieure maximale. On voit des députés, comme monsieur Philippe Juvin, déclarer qu'il veut revaloriser le travail toujours avec les mêmes techniques stupides de baisse de charge alors même que nous avons tout fait depuis 50 ans pour justement abaisser les rémunérations et les salaires par le libre-échange, la surévaluation monétaire et la libre circulation des capitaux. Proposer ce genre de solution, qui a déjà été appliqué depuis longtemps, monsieur Balladur faisait déjà ça pour pallier aux effets désastreux du franc fort, ce n'est pas sérieux.

 

Le résultat, nous le voyons aujourd'hui, l'Europe a sous-investi pendant 25 ans et elle est absente de tout un tas de secteurs de pointe à commencer par les semi-conducteurs. Des pays comme l'Italie ont tellement compressé leur demande intérieure que les jeunes ne peuvent plus ni se loger ni avoir d'enfants et les exportations représentent maintenant 33% du PIB contre seulement 17% en 1993. Alors que cette part des exportations depuis la guerre avait plutôt tendance à baisser. L'accroissement du poids des exportations sur le PIB n'a pourtant pas à produire une accélération de la croissance bien au contraire. On peut même affirmer que c'est la panne générale de l'économie italienne qui a permis ce poids excessif des exportations dans le PIB. On pourrait faire le même constat pour l'Allemagne dont le « miracle » commercial s'est fait sur la destruction des investissements nationaux et la dénatalité. La facture à long terme de ce type de politique arrive aujourd'hui. Le décrochage européen n'est donc pas d’un hasard, ou d'un manque de volonté, c'est le produit d'un système.

 

Poids des exportations en Italie toujours plus haut, mais PIB stagnant. L'inverse de la Chine.

 

On rajoutera que les mercantilistes européens se retrouvent aujourd'hui très mal armés face au géant du mercantilisme qu'est la Chine. Un mercantilisme qui s'appuie, lui, sur un avantage comparatif démographique maximal, allié à un état extrêmement interventionniste, et une monnaie largement sous-évaluée. Dans la course à l'exportation mondiale, la Chine a gagné par KO littéralement. Si l'on dit que la globalisation est désormais terminée parce qu'effectivement des institutions comme l'OMC sont dépassées et que certains états font désormais des accords bilatéraux, cela ne signifie pas pour autant que la mécanique du globalisme soit terminée. Cette mécanique infernale qui tirer indéfiniment la demande vers le bas et concentre les richesses vers le haut de la pyramide sociale continue à ronger nos sociétés mêmes en Chine.

 

Les mécanismes qui poussent la Chine à accumuler des excédents pour compenser une demande intérieure neurasthénique, processus qui va s'aggraver avec sa crise démographique, ne vont pas s'arrêter d'eux-mêmes. La Chine devient même maintenant le pays du globalisme puisqu'elle fait signer des traités de libre-échange et encourage l'ouverture commerciale exactement comme le faisaient les USA ou le fait toujours l'UE qui n'a pas compris grand-chose à l'évolution du monde. Ainsi la Chine a récemment mis en avant sa générosité en abaissant ses droits de douane avec les pays d'Afrique. Un noble geste, me direz-vous, sauf que vous savez que la Chine accumule déjà d'énormes excédents commerciaux avec ce continent. Et que la Chine n'importe en réalité d'Afrique que des matières premières. Nous assistons donc en direct à la création d'un nouveau système d'État-client en Afrique où la Chine exportera des biens finis pendant que l'Afrique exportera essentiellement des matières premières. Rien de très nouveau sous le soleil en réalité. C'est en fait assez similaire aux traités que la Grande-Bretagne avait signés avec le Portugal au 18e siècle le condamnant à un retard industriel et technologique massif tout spécialisé qu'il était dans la production de vin.

 

Ce faisant, la Chine entraîne mécaniquement une dépression économique mondiale combinée à une déflation. Alors bien évidemment les délires militaires américains vont eux plutôt pousser en sens contraire sur l'inflation, mais la réduction de la demande globale, elle est en bonne voie d'accélération pour la décennie qui vient. Perdu au milieu de tout ça, nous avons les élites françaises qui ne savent plus vraiment où aller. Elles qui suivent depuis 50 ans avec la ténacité des bons élèves tout le programme du globaliste parce que la globalisation devait apporter la prospérité sans fin et la fin de l'histoire, il leur est très difficile d'admettre que toutes les théories qui ont fait leur jeunesse étaient fausses. C'est le choc dont parle régulièrement Emmanuel Todd, nos élites ont perdu leur foi, et comme elles n'ont jamais brillé pour leur inventivité elles ne savent plus quoi faire à part paniquer.

 

C'est pour cette raison que nous voyons aujourd'hui apparaître deux types de comportement structurant nos « élites ». Le premier consiste à faire taire toute critique et à faire comme si rien n'avait changé. C'est la méthode de Macron et plus généralement de l'UE qui consiste en une dérive de plus en plus liberticide. L'UE n'ayant aucune chance de s'adapter ou de trouver des solutions aux problèmes des peuples d'Europe, il ne lui reste plus que la contrainte et la violence juridiques dans un premier temps pour se maintenir. La nouvelle loi délirante visant à faire une coercition économique contre toute personne critique dans un fourre-tout intitulé « discours de haine » dont on ne sait pas du tout de quoi il relève, montre l'accélération de cette dérive alors que la présidentielle arrive dans moins d'un an. De l'autre côté, il y a des opportunistes du système, des gens probablement pas très confiants dans la capacité du système à maintenir le couvercle sur la cocotte minute et qui se présente comme des révolutionnaires ayant toujours critiqué ce système aberrant dans lequel nous vivons. On a ici notre ancien ministre de l'économie, monsieur Le Maire qui en est un bon représentant.

 

Alors je ne suis pas du tout en train de dire que Bruno Le Maire a vu la lumière. Ce n'est qu'un opportuniste et il va y en avoir un paquet dans les années qui viennent. Qui sait peut-être qu'en 2032 lors de l'élection présidentielle suivante, alors que la France sera probablement dans un état absolument catastrophique, nous aurons même Emmanuel Macron se présentant comme un anti-globaliste et un anti-Européen de toujours qui sait ? Cette situation montre en tout cas une accélération des changements même s'il est encore beaucoup trop tôt pour savoir si quelque chose de réellement positif pourrait en sortir dans notre pays. Pour l'instant, soyons honnêtes, la prochaine présidentielle se présente extrêmement mal, avec une absence totale de débat de fond que ce soit sur l'UE, l'euro, la libre circulation des capitaux ou sur le libre échange. Les tabous instillés par la pensée unique depuis 50 ans ont durablement marqué notre société malheureusement.

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L
Merci pour cet article dont je partage les vues. Merci aussi d'inclure la Chine dans le paysage capitaliste, ce qui n'est pas toujours le cas de bien des opposants romantiques, conservant des yeux de Chimène pour un communisme dépassé, et qui mène toujours au rétablissement du capitalisme. Je vais même jusqu'à dire que c'est là sa fonction historique.
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Y
Disons que la Chine est une économie mixte ce n'est ni du communisme, ni du capitalisme pur. Il faut salué le pragmatisme chinois même si je sais pas vers quoi cela les mènera à terme. L'effondrement démographique aura de toute façon des effets catastrophique pour leur nations à terme qui fera oublier la question du modèle économique.
L
Ah la baisse des charges ! Le mantrat de ceux que j'ai supportés pendant un demi siècle de vie professionnelle, salariés autant que patrons d'ailleurs puisque le syndrome de Stockholm a fonctionné à plein en cette église prise en otage. <br /> Rien que le terme de "charge" m'a toujours paru humiliant, comme si le salarié était cet emmerdeur empêchant l'entreprise de tourner toute seule (la bonne vieille utopie technologique revisitée maintenant par les archéo-futuristes à la Elon Musk). Ou, mieux encore, le sac de cailloux sans valeur dont le ballon dirigeable entreprise va pouvoir se lester et s'élever pour aller crever de froid dans la banlieue de la lune, le graal du grand large (j'ai toujours considéré Jules Verne comme Le champion de l'économisme libéral).<br /> La vérité est qu'il n'y aura pas de mise en veilleuse de la guerre de classe à nouveau en éruption sans ériger comme principe constitutif de toute société la solidarité entre ceux qui possèdent les moyens de production et ceux qui se louent à leur service. Et ce principe devra être entériné par une révolution comptable visant à ne plus considérer le salarié du secteur privé comme une charge (de fait et en terme comptable une "consommation intermédiaire") mais comme une ressource indispensable c'est-à-dire une part du capital, au-delà des lénifiantes "ressources humaines" de nos DRH actuels plutôt expert en dystopie des troupeaux humains. Les nouvelles dispositions qui en résulteraient seraient aussi aménagées pour être fiscalement intéressantes pour l'employeur.<br /> Cette révolution ne concernerait pas les personnels du secteur public, la sécurité de l'emploi leur garantissant déjà une part du capital de l'état et leur pouvoir de négociation étant notoirement supérieur à ceux du secteur privé. <br /> Je propose cette piste d'une nouvelle "participation" comme solution possible à un fléau qui résulte du climat social délétère actuel et dont personne ne semble vouloir parler qui est l'allergie patente au travail.
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Y
Le Bertez il m'a bloqué sur X :)
L
Texte lumineux de Bertez qui me conforte d'autant plus dans mon idée que l'on ne rendra pas son pouvoir de négociation au travailleur sans lui attribuer un droit de créance sur l'entreprise en le faisant figurer de plein droit au passif de son bilan.<br /> <br /> https://brunobertez.com/2026/05/09/essai-quand-la-victoire-du-capital-produit-et-construit-sa-perte/