Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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C'est donc fait pour cette rentrée , on interdit les portables dans les lycées. Subrepticement donc, nos élites commencent à se poser des questions sur le caractère potentiellement néfaste de ces technologies. Présente pourtant massivement depuis la fin des années 90, depuis les années 2010 pour les smartphones, nos dirigeants commencent donc timidement à s'attaquer à la question en 2026. Je n'encenserais pas ici la mesure, car elle n'est qu'un emplâtre sur une jambe de bois. Le caractère néfaste des smartphones commence seulement à apparaître au grand jour et nous n'avons pas fini de voir les dégâts que ces machines ont produits sur nos sociétés. J'en ai déjà parlé longtemps dans un texte où je pose explicitement la question de l'interdiction générale de ces technologies.
Je sais que depuis deux siècles les innovations technologiques sont généralement vues comme intrinsèquement bonnes même si l'on admet parfois qu'elles posent des problèmes, mais dans le cas des smartphones je ne vois que les dégâts et en aucun cas les avantages. La corrélation entre l'arrivée de ces technologies et l'effondrement de la formation de couple ou de la natalité n'est plus aujourd'hui un mystère. Pas plus que les effets sur l'intelligence et la capacité d'attention. Quand une technologie produit plus de problèmes que d'avantages, une société réellement rationnelle et fondée sur la raison devrait pouvoir logiquement la remettre en question même s'il y a aussi des intérêts économiques en jeu bien évidemment. En l'occurrence la France ne produisant pratiquement rien dans ce domaine, ce serait en plus bénéfique à notre balance commerciale.
Certes, les entreprises vivant d'application et de services liées à ces technologies souffriraient, mais ils n'auraient qu'à s'employer à d'autres domaines. Vous voyez donc ici que je suis tout à fait d'accord sur l'interdiction au lycée. Je trouve dommage que l'on n’aille pas plus loin avec un débat général sur les nuisances de ces technologies sur la vie sociale en générale, pas seulement dans la jeunesse. Vous allez me dire oui, mais ils utiliseront les réseaux sociaux à la maison, effectivement. Mais le problème induit par les smartphones, c'est l'omniprésence. Les gens vivent maintenant scotchés à leur téléphone à tous les âges et même dans les lieux publics ou dans leur famille. Qui n'a pas croisé un proche passant son temps sur son téléphone alors qu'il y a un repas en famille ? Il faut admettre que cela a beaucoup nui à la vie sociale normale. Et comme je l'ai dit, les preuves s'accumulent sur les effets néfastes comme cette carte qui montre la très forte corrélation entre la baisse de la natalité et le déploiement des smartphones aux USA. On peut estimer entre 33% et 52% la baisse des naissances provoquée par ces technologies. Le prix est largement supérieur aux gains supposés de ces technologies pour la société, et de très loin. Cela explique également pourquoi la natalité mondiale subit une baisse accélérée depuis 2010-2015. Une évolution bien plus rapide depuis que l'évolution normale telle qu'elle se produisait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il n'y a aucune autre explication plausible à l'échelle de la planète pour des pays aux situations extrêmement disparates que ce soit sur le plan économique ou culturel.
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Quand l'action individuelle conduit au désastre collectif
Cette affaire nous rappelle que la technologie n'est pas toujours une bonne chose, loin de là. Mais elle nous remet aussi en tête, que la liberté individuelle, que bon nombre d'entre nous défendent ardemment, peut se révéler extrêmement nuisible. Surtout lorsqu'elle n'est pas encadrée par un sens profond de l'intérêt général. Et certains vont dire qu'il s'agit ici de choix individuels. Après tout, si les gens abusent de leur smartphone, tant pis pour eux, c'est la sélection naturelle. Ce type d'argument est régulièrement régurgité par la pensée libérale. Sauf qu'elle oublie quelques détails. D'une part, le choix individuel n'est qu'apparent dans notre affaire. Comme vous le savez, la généralisation d'une technique ou d'une technologie devient une pression sociale de façon quasi mécanique. Il est bien difficile pour un adolescent par exemple de vivre sans smartphone quand tous ses copains en ont un. La pression sociale n'est pas une vue de l'esprit, c'est une réalité qui prend de nombreuses formes.
La forme la plus puissante est la contrainte par le marché. De plus en plus de choses, de services ne sont plus accessibles que grâce à l'usage des smartphones, même le paiement des marchandises finit par devenir un moyen de contrainte à l'usage de ces technologies. Dans ma pauvre ville de Montpellier si vous n'avez pas la carte de transport, il vous faut un smartphone pour acheter des billets virtuels pour utiliser les transports en commun. Ce n'est ici qu'un exemple. Mais le choix individuel n'est plus un choix lorsque la généralisation d'une technologie rend son usage quasiment obligatoire. Le paiement par smartphone devient pratiquement une norme dans certains pays comme la Chine, dès lors il est difficile de vivre sans. Vous allez me dire qu'on peut l'utiliser que pour cela avec parcimonie pour le reste, c'est vrai. Mais les applications sur smartphone ont été pensées scientifiquement pour créer des accoutumances et un usage obsessionnel. Ce sont des pièges à dopamine. Encore une fois, on n'est plus dans le choix et le libre arbitre ici .
Mais allons plus que sur la seule question des smartphones. Il n'est tout simplement pas vrai que les choix individuels accouchent mécaniquement d'un intérêt général. Il n'y a absolument aucune raison à cela d'ailleurs. De la même manière, des choix individuels qui peuvent paraître anodins lorsqu'ils sont faits à faible échelle peuvent se révéler désastreux si la majeure partie de la population se met à faire de même. Pour donner un exemple simple, tant que seul l'occident faisait de l'industrie et construisait une société de consommation de masse, la planète pouvait suivre et fournir tout ce dont cette évolution économique avait besoin pour fonctionner. Mais maintenant que l'immense Chine et le reste de la planète veulent faire de même, la planète n'en a plus les ressources. Une partie de nos problèmes vient de la généralisation d'un modèle de société qui n'était viable qu'à une certaine échelle d'utilisation.
Ce mécanisme est très fréquent dans le monde réel. Et ignorer l'impact d'un comportement individuel qui se généralise, que ce soit sur une technique ou sur une façon de vivre, revient à marcher seul au bord d'une falaise les yeux bandés. Prendre en compte les effets collectifs d'une technique ou d'un comportement et en interdire ou en limiter l'usage pour l'intérêt général est donc logique et rationnel. C'est le laissez-faire dans le domaine qui relève de la croyance magique dans la régulation par le saint marché. J'ai bien conscience que les modernes ont une sainte horreur de l'ordre, des règles et de la limitation collective, mais il va bien falloir qu'ils s'y remettent sans quoi nos sociétés n'auront simplement aucun avenir. Le chacun pour soi a atteint ses limites, et ce phénomène des smartphones, et de leurs effets collectifs, en est une démonstration évidente.
Et l'on peut généraliser la question. Nous épuisons les ressources naturelles pour consommer des idioties, nous détruisons nos productions et nos producteurs pour gagner quelques centimes sur les produits que nous achetons. Nous faisons traverser la moitié de la planète aux marchandises que nous consommons pour ne pas avoir à payer le juste prix des choses et des salaires. Et nous nous étonnons de notre appauvrissement collectif. Nous avons produit notre chômage par nos choix individuels accompagnés par l'ouverture des frontières et la fin de la régulation commerciale et financières dans les années 70. Cette société individualiste est en quelque sorte son propre bourreau. Cela aussi vient de cette façon d'organiser le monde par le seul intérêt individuel. Mais il faut bien se mettre dans la tête qu'à un moment donné l'individu doit faire taire ses intérêts individuels pour ceux de la société en général. Car le destin collectif finira par s'imposer à tous, et l'appauvrissement général finit par rattraper même ceux qui étaient bien lotis.