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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 16:51

 

Nous avons vu dans la précédente partie que l'hydrogène était en fait le vecteur énergétique le plus intéressant à l'heure actuelle pour se passer des énergies fossiles. Mais comme on l'a vu, l'hydrogène n'est pas un élément qu'on trouve sous sa forme naturelle . Il est toujours mélangé à d'autres éléments et nécessite donc une extraction. Cette extraction, nous l'avons vu, n'est plus aussi coûteuse qu'autrefois puisque grâce au progrès technique il est maintenant possible de l'extraire de l'eau à un coût raisonnable et avec un excellent rendement énergétique . Mais il faut bien sûr de l'énergie à la base pour faire cette extraction . L'hydrogène n'est donc pas pour l'instant une source d'énergie, mais simplement un moyen pour remplacer le pétrole dans le domaine des transports, des véhicules autonomes, et pour remplacer aussi les batteries chimiques qui posent des problèmes en termes de matière première notamment du lithium. Il nous reste donc celui du cœur du problème à savoir la production d'énergie primaire.

 

Le cycle de l'hydrogène résumé en un schéma

 

Production d'énergie primaire ( thorium et surgénération)

 

Nous n'allons pas ici parler des fameuses énergies vertes . Beaucoup de choses sont à dire notamment sur le fait que les écologistes négligent un peu trop souvent le coût en matière première de ces énergies et le fait qu'elles sont en grande partie maintenant des technologies importées. L'absence de politique d'autonomie industrielle et de protectionnisme ayant largement favorisé la Chine dans le domaine. Cela ne veut pas dire que rien n'est intéressant dans ces technologies bien évidemment . Mais cela veut surtout dire que pour l'instant seule l'énergie nucléaire est à même de partiellement résoudre notre problème énergétique central assez rapidement et à un coût raisonnable. Cependant, continuer à chercher des solutions alternatives dans le domaine des panneaux solaires, des biocarburants de 3e génération ou de la géothermie est tout à fait sensé. Il faut d'ailleurs mettre un coup d’accélérateur en la matière . Certains pays fortement dotés en volcanisme comme l'Islande pourraient même en profiter pour devenir à long terme des producteurs d'hydrogène grâce à leur énergie abondante en matière de géothermie. Ce n'est pas inimaginable, la géothermie fournit d'ailleurs déjà une grande part de la production énergétique locale. Mais il faut bien comprendre que les énergies intermittentes comme le solaire ou l'éolien doivent être couplés à une production d'hydrogène qui lui se stocke contrairement à l'électricité. C'est d'ailleurs ce qu'expérimente une entreprise française à l'heure actuelle malheureusement avec une technique d'électrolyse plus classique que celle du CEA dont j'ai parlé. Cela reste la voie à suivre le stockage sous forme d'hydrogène régulant naturellement le caractère très aléatoire des énergies produites par le climat local.

 

Dans le cas de la France il est évident que nous ne bénéficions pas des atouts islandais en la matière et nos besoins sont d'ailleurs largement supérieurs à ceux d'un pays, qui, bien que magnifique, et grand par son histoire, ses talents humains, reste bien moins peuplé que le notre. Dans le cas français c'est donc surtout vers le nucléaire que nous allons devoir à nouveau nous tourner. À nouveau, car les imbécillités antinucléaires nous ont fait changer de route dès les années 90 . Alors qu'à la base le nucléaire français avait été pensé avec à terme la mise en activité des réacteurs dit de quatrième génération ceux de la surgénération . L'idéologie écologiste et antinucléaire a poussé les hommes politiques d'alors à la faute avec l'arrêt des recherches en la matière. Si Superphénix n'était pas exempt de défauts, il ne faut pas oublier que Rome ne s'est pas fait en un jour. On apprend en faisant et parfois l'on se trompe et ces erreurs nous permettent d'améliorer les processus et nos connaissances. En arrêtant simplement la recherche, on n’a pas seulement gaspillé nos deniers jusqu'alors investis dans la surgénération, on a aussi hypothéqué l'avenir du pays . Et aujourd’hui que les Chinois par exemple se lancent massivement dans les réacteurs au thorium et dans la recherche sur la surgénération, la France risque simplement de devenir dépendante, encore une fois, de technologies étrangères et donc dépendantes une fois de plus d'autres nations pour remplir ses besoins essentiels.

 

Et comme l'avais dit Georges Charpak à l'époque :" Après quelques problèmes techniques inévitables pour un prototype, et malgré de très nombreux problèmes administratifs puis politiques, Superphénix a remarquablement fonctionné pendant un an. Sa fermeture en 1998 résulta d’une exigence des Verts de Dominique Voynet, pour participer au gouvernement Jospin." À l'inverse il était d'ailleurs assez opposé à la machine à vapeur nucléaire de la fusion nucléaire ITER dont nous allons parler par la suite. Heureusement, il semblerait que la domination sans partage des antinucléaires qui ont fait commerce pendant des années de la peur du nucléaire n'ait plus l'avantage. La crise énergétique met les Français devant l'évidence à savoir qu'on ne peut pas à la fois se passer des énergies fossiles et du nucléaire en l'état des connaissances et des capacités techniques qui sont les nôtres. Reste à savoir quel nucléaire il nous faut.

 

Dans un premier temps, il ne fait nul doute que nous construirons encore des réacteurs classiques . Ce sont des technologies éprouvées . Le problème c'est qu'ils utilisent de l'uranium 235 un isotope de l'uranium qui représente à peine 1% de l'ensemble de l'uranium présent sur terre. À long terme si tout le monde sur terre se met à utiliser l'uranium 235 on va vite se retrouver à court de carburant . C'est là qu'entrent en jeu deux autres technologies. Les réacteurs à thorium d'un côté, et les fameux réacteurs de quatrième génération de l'autre, la fameuse surgénération qu'un ingénieur français a récemment remise en lumière pour le grand public. Le thorium j'en avais déjà parlé dans un texte qui date de 2011. Le gros avantage c'est que le thorium est plus abondant que l'uranium, environ trois fois plus abondant. On en trouve aussi dans l'eau de mer et la France semble avoir pas mal de ressources, notamment en Bretagne. De quoi coïncider avec notre but d'autonomie énergétique. L'autre avantage c'est que le thorium produit peu de déchets radioactifs longue durée et qu'il ne peut pas y avoir de fusion du réacteur . Une sécurité qui est, avouons-le, tout à fait appréciable.

 

Alors pourquoi le thorium n'a-t-il pas été utilisé jusque là, me direz-vous ? Pour plusieurs raisons la première c'est qu'il y a eu des échecs techniques, cependant je doute que cette raison soit vraiment le fond du problème. Il est normal de ne pas réussir du premier coup une technologie. Le vrai problème était que le nucléaire était en fait utilisé par les nations comme moyen politique pour justifier la production cachée d'armement nucléaire. Les réacteurs à uranium permettent de faire des éléments radioactifs utilisables par l'armée, ce n'est pas le cas de la fission au thorium. Je pense que c'est ceci qui a joué le plus comme choix de technologie de production électrique par fission nucléaire. Mais aujourd’hui avec l'épuisement des énergies fossiles et la croissance des nouveaux pays industrialisés nous n'avons plus le choix, la fission nucléaire à un intérêt pour elle-même, et plus seulement comme moyen de production d'armes nucléaires. Le thorium est donc une voie tout à fait intéressante et qui est déjà mise en œuvre dans d'autres pays à commencer par la Chine. La Chine espère construire un réacteur à sels fondus de 373 mégawatts d’ici à 2030 .

 

Ensuite, la surgénération est une autre technique qui consiste à utiliser la totalité de l'uranium au lieu de simplement utiliser l'uranium 235 qui ne représente qu'un centième des ressources d'uranium sur terre. La surgénération utilise elle l'uranium 238 qui représente 99% de l'uranium présent sur terre, ce qui accroît notablement le potentiel énergétique de la fission nucléaire. C'était le but de Superphénix qui a malheureusement été abandonné sous Jospin . Et malheureusement, l'autre réacteur à neutron rapide Astrid a également été abandonné en 2019. Le manque de soutien de l'état pour cause idéologique n'est pas sans rapport avec ces abandons successifs . Jusqu'à la crise récente, le nucléaire n'était plus du tout vendable aux médias et donc nos politiques plus intéressés par leur image que par l'intérêt national ont suivi la vox populi médiatique et les écologistes médiatiques. Cependant là encore d'autres nations se lancent à leur tour dans la recherche avec de gros moyens. La chine encore elle va inaugurer des réacteurs à neutron rapide sur des îles dans la province du Fujian . Cela inquiète des scientifiques parce que ces réacteurs produisent aussi du plutonium . Mais à mon sens il s'agit d'une inquiétude absurde puisque la Chine possède déjà l'arme nucléaire. La seule inquiétude devrait plutôt être les questions de sécurité, est-ce que la Chine ne va pas un peu trop vite ? On apprend aussi au passage que la Chine a développé une technologie qui rend rentable apparemment l'extraction de l'uranium de l'eau de mer . Si c'est une réalité, voilà qui ouvre des perspectives aux nations nombreuses qui sont dépourvues de ressources énergétiques naturelles. On remarquera au passage qu'en abandonnant l'investissement dans la recherche nucléaire, la France laisse le soin à d'autre d'écrire l'histoire à sa place.

 

La fusion nucléaire

 

Dernier point sur cette réflexion concernant nos alternatives énergétiques nucléaires, celle de la question de la fusion nucléaire. Il s'agit d'une technologie à laquelle les scientifiques rêvent depuis longtemps. Maîtriser le feu nucléaire de la fusion c'est créer en quelque sorte notre propre petit soleil. Un soleil bien plus efficace d'ailleurs . Si la fusion fait rêver, c'est qu'elle permettrait l'utilisation théorique de l'hydrogène directement comme combustible . Du moins, c'est ce que l'on raconte couramment et c'est ce que fait notre soleil, il transforme l'hydrogène en élément plus lourd, l'hélium, par la fusion nucléaire. C'est grâce à la force de gravité extrême qui pousse les atomes les uns vers les autres dans les régions les plus denses de notre étoile. C'est d'ailleurs ce qui causera à long terme la mort de notre étoile quand celle-ci aura transformé la plupart des atomes d'hydrogène en hélium, elle deviendra alors une géante rouge et la terre disparaîtra, mais c'est un autre sujet. Le but de la fusion artificielle est donc de reproduire ce phénomène à notre échelle.

 

Le problème c'est que la gravité ne se contrôle pas et qu'on ne peut pas utiliser celle-ci pour pousser les atomes à fusionner. Il reste alors deux possibilités, soit en utilisent une force externe pour les pousser à se rencontrer. C'est la fusion par confinement inertiel par laser. En France la technique est utilisée par les célèbres réacteurs Laser Magajoule du CEA . L'autre technique est celle qui consiste à utiliser la chaleur et à provoquer une fusion par l'agitation des éléments suite à la montée de température. En effet, la température est le produit de l'agitation des molécules, plus il fait chaud, plus elles bougent, et donc statistiquement vous avez plus de chance que certaines fusionnent. L'idée dernière ça est que la fusion des atomes produit au finale plus d'énergie que ce qui a été nécessaire pour faire monter la température et agiter les atomes.

 

S'il y a des problèmes techniques à ces technologies de fusion, des problèmes de durée de vie des ensembles qui soutiennent les structures et d'usure des matériaux. Toute chose qui peut rendre les réacteurs plus ou moins rentables. Le vrai gros problème dont on ne parle jamais c'est qu'ils utilisent du tritium et du deutérium. Il s'agit des deux isotopes de l'hydrogène . Or si le deutérium est très abondant, le tritium lui est rarissime . Donc prétendre résoudre le problème de l'énergie sur terre avec une technologie qui dépend d'un élément aussi rare que le tritium est, vous en conviendrez, un problème majeur. Après la recherche doit continuer, peut-être que l'on trouvera un moyen de faire de la fusion nucléaire avec autre chose que du tritium. Mais en l'état, il n'est pas raisonnable de penser que la fusion soit une solution à moyen terme. Le thorium et la surgénération sont nettement plus prometteurs et atteignables dans des délais raisonnables et compatibles avec notre problème d'énergie fossile. J'arrête là pour ces questions énergétiques . Nous en reparlerons régulièrement, car la population commence à se rendre compte que les négligences en la matière et les approximations vont nous coûter très cher dans les années qui viennent . Il n'y a pas de société de consommation et de civilisation industrielle sans énergie.

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10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 21:57

Dans sa dernière revue, Natixis trouve que la France se désindustrialise . L'analyse est assez courte, mais recèle effectivement des données passablement inquiétantes pour la France même si au fond elles ne sont guère surprenantes. Le plus étonnant c'est plutôt l'incroyable silence de l'analyste de chez Natixis quant au rapport entre ce phénomène de désindustrialisation et l'euro. Parce que les graphiques donnés montrent largement le lien entre les deux, les déboires français commençant avec le dépassement de la monnaie unique du taux de 1,2 dollar pour un euro vers 2003 . L'on peut évidemment penser que les économistes officiels ainsi que les chercheurs du secteur savent parfaitement de quoi il retourne, les graphiques accumulés dans cette étude montrant un lien évident entre les deux. Mais l'idéologie dominante étant ce qu'elle est les économistes un tant soit peu honnêtes se retrouvent à camoufler plus ou moins adroitement ce lien. L'industrie française avait réussi à résister plus ou moins bien à trente ans d’imbécillité macroéconomiques entre le libre-échange, la liberté de circulation des capitaux, la financiarisation excessive du système bancaire, des dérégulations du marché sous toutes ses formes et le franc fort. L'euro aura finalement eu la peau de l'industrie de notre pays. Sa résilience fut tout de même étonnante, preuve que notre nation n'est pas si nul qu'on veut bien le faire croire. Je ne suis pas certain que l'industrie allemande ou japonaise aurait aussi bien résisté au politique mené par nos énarques idéologues du libéralisme.

 

L'une des données les plus importantes est effectivement la baisse de la production manufacturière comme nous pouvons le voir sur le graphique provenant de cette étude. L'industrie automobile française a été complètement démolie avec l'euro, c'est surtout elle qui a entraîné cette baisse globale de la production manufacturière. Mais le graphique de Natixis ne commence qu'en 1998 probablement pour ne pas trop faire remarquer l'énorme impact de l'euro sur l'évolution de la production industrielle française. L'autre graphique que je vous propose produit avec les données d'eurostat montre combien l'euro a fait diverger les évolutions des productions industrielles des pays de la zone euro. L'impact est ici évident à moins d'être d'une mauvaise foi absolue.

Evolution comparé de la production manufaturière

 

Le mythe de l'économie du savoir et de la startup nation.

 

Le plus curieux dans cette étude est finalement la conclusion. Ne pouvant explicitement accuser l'euro pour des questions évidentes l'auteur de la note va chercher dans l'éducation l'explication ultime de la désindustrialisation. C'est parce que les jeunes se détournent des sciences que le pays se désindustrialise. On a bien là un biais d'analyse typiquement libéral à savoir que l'évolution d'une société est le produit unique de l'action des individus qui la compose. L'ensemble de la société n'ayant pas d'influence sur ces derniers. Mais de la même manière que la désindustrialisation relative des USA a entraîné la baisse du nombre d'étudiants dans les filières scientifiques aux USA ne peut-on pas imaginer la même chose ici ? Pourquoi faire des études scientifiques dans un pays qui préfère importer ce qu'il consomme ? Les étudiants français s'adaptent simplement à la réalité du marché du travail et des besoins de la société. Quand une structure économique valorise les écoles de commerces, les footballeurs, les spéculateurs financiers et les baratineurs de salon pourquoi s'embarquer dans des études difficiles et finalement peu valoriser par la société?

C'est d'autant plus vrai que même les débouchés secondaires comme l'enseignement sont aujourd'hui largement dévalorisés, ne serait-ce que par la dégradation constante des conditions de travail et des faibles rémunérations du secteur. Les jeunes Français ne sont tout simplement pas masochistes. Combien de nos thésards et de nos postdoctorant sont obligés de s'expatrier pour trouver un travail dans leurs secteurs ? Combien d'ingénieurs et de techniciens la France a-t-elle produits pour les puissances étrangères ces vingt dernières années ? Il suffit de voir ce petit graphique sur le niveau scolaire des diplômés pour s'en rendre compte. Les jeunes le savent parfaitement, ils s'adaptent donc au marché ce qui bien évidemment va aggraver la situation du pays à long terme l'analyse Nataxis à raison sur ce point. On peut facilement passer d'ingénieur informaticien à banquier d'affaires, l'inverse est beaucoup moins vrai. Réindustrialiser le pays passera par un effort important sur la formation professionnelle le jour où nous aurons enfin une vraie politique macro-économique digne de ce nom.

 

 

Il y a un lien entre l'éducation et le fonctionnement d'une société . L'école n'est pas indépendante de la sphère économique. La dévalorisation du secteur industriel et de la production y compris la plus essentielle comme l'agriculture est allée de pair avec l'illusion de la société de service qui s'est répandue dans la société à la fin des trente glorieuses. Ce discours qui voyait la désindustrialisation comme la suite logique du « progrès » était une illusion d'optique provoquée par les délocalisations et non par les gains de productivité comme ce fut le cas justement des trente glorieuses. Si la part de l'industrie devait effectivement diminuer à cause des gains de productivité et de l'automatisation, ces gains ces quarante dernières années n'ont pas été aussi importants que ce que l'on a connu justement après guerre et durant la période fordiste.

 

La robotique actuelle peut impressionner au premier abord, mais le fait est qu'aucune nouvelle technologie actuelle ne peut se comparer aux gains de productivité qu'on produit la mise en place du travail à la chaîne des premiers temps. C'est d'ailleurs l'un des gros problèmes du capitalisme depuis les années 70, les gains de productivité sont en fait de plus en plus faibles. Et ce n'est pas le mirage de l'intelligence artificielle qui y changera quelque chose. L'idée que les robots et l'automatisation sont responsables du chômage est contredite par ce fait d'ailleurs. C'est bien après guerre que les gains de productivité ont été les plus forts et pourtant il y avait peu de chômage. À l'inverse l'on assiste à une poussée du chômage depuis le ralentissement des gains de productivité dès la fin des années 60. La fin du compromis keynésien a été produite par ce ralentissement que les capitalistes et les rentiers n'ont pas accepté.

 

La crise de l'éducation arrive donc dans une société qui sort d'une phase aiguë de désindustrialisation provoquée par de mauvais choix macro-économiques . Il ne faut pas inverser la cause et les conséquences comme le fait l'étude Natixis. En tous cas, cette évolution donne aussi un coup à la vision de la startup nation de ce pauvre Macron. En effet, non seulement la France forme de moins en moins de scientifiques, mais elle en embauche aussi de moins en moins. Il suffit de voir ci-dessous l'évolution de l'embauche dans le domaine de la recherche. Et l'affaiblissement de la recherche française ne passe pas seulement par la baisse des effectifs, mais aussi par les absurdités managériales qu'on y impose comme l'explique très bien le blogueur Cincinnatus dans ce texte. Les chercheurs passent de plus en plus de temps dans des activités administratives ne correspondant pas à leur métier de base faute de personnel pour l'effectuer. Et le problème n'est pas nouveau, je me souviens très bien d'un de mes profs de DEA en 2002 qui se plaignait déjà de cette évolution . Les thésards servaient d'ailleurs souvent de bouche-trou pour tout un tas d'activité secondaire par manque de personnel administratif.

 

 

On voit mal comment la France dans ces conditions pourrait devenir le champion de la technologie et de l'innovation cher à ces idéologues qui nous gouverne. Avant de vouloir à nouveau être une nation scientifique, il va sérieusement falloir revoir notre politique macroéconomique et donc revoir la question du libre-échange et de la monnaie. Il va falloir également expliquer aux Français qu'on ne peut pas être une société de consommation sans avoir d'industrie parce que le reste du monde ne va pas accepter indéfiniment l'accroissement de notre dette extérieur.

 

 

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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 17:08

exoplanete.jpgNon, ce n'est pas le chiffre de la dette publique américaine. Ni celui du déficit commercial français. Je vous rassure, ce n'est pas non plus le coût d'une éventuelle opération de "libération" en Syrie. Ce chiffre représente à la louche le nombre de gouttes d'eau que contiennent tous les océans de la terre. Il représente également l'incroyable première estimation du nombre de planètes habitables dans l'univers. Les progrès fulgurants dans le domaine de la cherche exoplanétaire a permis de faire une première analyse statistique sur la probabilité du type de monde que l'on peut trouver dans les autres systèmes solaires. Il s'avère que l'on a découvert récemment que les systèmes solaires à base de naine rouge qui sont les étoiles les plus nombreuses possèdent en moyenne 47% de planètes situées dans la zone d'habitabilité. En y ajoutant les diverses statistiques que l'on a pu faire sur les presque 800 exoplanètes déjà découvertes, les scientifiques de l'ESA sont arrivés au nombre astronomique de 10000 milliards de planètes habitables dans l'univers. Le dernier numéro de "Science et vie" en a d'ailleurs fait la une de son dernier numéro. Entre ces découvertes, celle de Boson de Higgs dans le LHC  ou encore la réussite de la mission martienne Curiosity la science mondiale est en ébullition. D'autant que si l'on s'intéresse à la proche banlieue de notre système solaire on s'aperçoit que dans le volume d'une sphère de 15 années-lumière de diamètre autour de notre soleil gravitent statistiquement quelque 150 planètes en zone d'habitabilité. Même les auteurs de science-fiction les plus optimistes n'avaient pas imaginé une telle densité de planète proche de la nôtre. Le pauvre Asimov imaginait avec beaucoup d'optimisme 10 millions de mondes dans notre galaxie, la science actuelle répond qu'il y en aurait 80 milliards ! Même les univers de Star Wars et Startrek étaient très en dessous de la réalité.



Les scientifiques en ont conclu une chose, la terre n'est pas une exception, mais plutôt une planète d'une invraisemblable banalité. Les êtres humains qui avaient remplacé leurs illusions anthropocentriques, par Gaïa la terre mère qu'il faut sauvegarder parce qu'elle est unique, vont perdre leurs dernières illusions. Le plus incroyable c'est que les percées scientifiques actuelles passent pratiquement inaperçues dans l'information. Entre le pessimisme technique délirant nourri par les idéologues du néolibéralisme qui prônent des politiques autodestructrices, et les passionnés du survivalisme qui pensent que la troisième guerre mondiale est pour demain, il n'y a plus d'espace pour l'optimisme. Un optimisme non béat, mais raisonnable. Car oui la science le montre, notre connaissance du monde réel est encore faible et nous ne sommes encore probablement qu'au début de l'ère technique. Contrairement à ce que beaucoup croient. Notre corps social reste cependant encore engluer dans ses réflexes primitifs. Le libéralisme n'est qu'une des multiples facettes des croyances collectives simples . Des réflexes qui mettent encore de nombreuses limites à la mise en action des capacités créatives réelles de l'être humain.



Nous ne sommes certainement pas seuls.

 

Pour en revenir à notre sujet, le fait est que le doute n'est plus vraiment de mise. Nous ne sommes certainement pas la seule race douée d'intelligence, même mal employer, à nous poser des questions sur l'univers qui nous entoure. Ainsi même en supposant que seul un monde habitable sur un milliard possède une vie intelligente on tombe sur le chiffre de 80 civilisations dans notre seule Voie lactée et 10000 milliards à l'échelle de l'univers. Alors certes cette probabilité est peut-être encore trop forte, mais le nombre de mondes habitables est tel que peu de doutes peuvent subsister en la matière. De quoi laisser rêveur en ces temps de trouble et de délires autodestructeurs. On m'objectera que le théorème d'Enrico Fermi est toujours là à nous questionner : « Si l'intelligence est déjà apparue, pourquoi n'est-elle pas partout ? Pourquoi ne peut-on l'observer ? » En effet en supposant qu'une seule planète ait déjà eu une vie intelligente dans notre galaxie, et même en prenant en compte les distances très grandes qui nous sépare entre systèmes solaires. Il ne faudrait pas plus de quelques millions d'années pour qu’elle colonise de proche en proche la plupart des systèmes solaires qui existent dans une galaxie. Qui plus est en développant n'importe quel technique à base de champs électromagnétiques pour transmettre des informations nous devrions pour les entendre sur nos radiotélescopes. Or rien jusqu'à présent n'indique une présence technologique de ce type.

 

C'est probablement le paradoxe le plus grand que cette découverte récente a produit. Comme toute découverte elle répond à des questions en posant d'autres questions innombrables. Il y a une contradiction flagrante entre l'incroyable profusion de planètes habitables et ce silence des ondes radios. En éliminant les hypothèses du type, ils sont plus avancés que nous et il nous protège en attendant que nous soyons prêts. On ne peut faire que deux suppositions. Soit la vie intelligente est effectivement tellement rare que même le nombre de planètes habitables énorme ne permet pas d'en faire apparaître plus de quelqu’une dans tout l'univers. Dans ce cas, l'éloignement serait tel que toute communication serait impossible. Soit nous sommes les premiers. Il est possible également que les races intelligentes soient fréquentes, mais que le développement technicien soit beaucoup plus rare. Après tout même sur terre il aurait suffi de peu de chose pour que la science se bloque ou régresse, ou que nos ancêtres restent indéfiniment au niveau des chasseurs-cueilleurs. Je ne fais pas partie de ceux qui croient au sens de l'histoire et il aurait suffi de bien peu de choses pour que le progrès technique n'existe pas. Il suffit de voir l'histoire précolombienne de l’Amérique pour s'en convaincre. La grande civilisation maya n'a pas essaimé. Elle s'est éteinte et rien ne l'a remplacé malgré son haut niveau d'aptitudes dans de nombreux domaines. On a par exemple découvert récemment que les Mayas construisaient de grands barrages hydrauliques pour réguler les cours d'eau et alimenter leur agriculture alors qu'ils n'avaient ni métaux ni animaux de trait. C'était un peuple brillant dont la civilisation n'a pourtant pas survécu. Autre exemple, les aborigènes d'Australie isolés auraient pu encore vivre comme leurs ancêtres pendant 50000 ans sans rien changer à leurs habitudes puisqu'elles suffisaient à leur perpétuation. Il y a eu des conditions bien particulières qui ont permis à la civilisation de continuer d'avancer sur le plan technique. Rien n'interdit donc d'imaginer que la majeure partie de ces civilisations extraterrestres sont simples et que c'est pour cette raison que nous n'entendons rien avec nos grandes oreilles radiosensibles.

Pour se développer, il faut en avoir les capacités, mais aussi l'intérêt. C'est pour lutter contre la rareté que l'être humain a amélioré sa civilisation sur le plan technique et organisationnel avec souvent des échecs, mais aussi quelques réussites qui l'ont mené là où il en est aujourd'hui. Que l'on considère cela en bien ou en mal. Mais une question m'assaille soudain. Et si en définitive c'était sa relative bêtise qui poussait l'humanité à aller toujours plus loin. Naguère, elle inventa l'agriculture pour nourrir les hommes qui naissaient en surnombre par rapport à ce qu'une société de chasseurs-cueilleurs pouvait se permettre. Bon nombre de grandes inventions furent le fait de conditions difficiles, je ne reprendrais pas ici le célèbre exemple du sucre de betterave durant le blocus britannique lors des guerres napoléoniennes. Ni l'exemple des divers ersatz durant la Seconde Guerre mondiale que nous utilisons encore à l'image du chocolat blanc. Pour résumer, c'est la faible prévoyance à long terme de l'être humain qui le met dans des conditions parfois inextricables avec les moyens traditionnels de son développement. Situations qui l'obligent à des ruptures créatrices pour éviter de disparaître par instinct de survie. Nous sommes peut-être dans une de ces conditions de rupture et l'espace et ses ressources infinies sont là, mais nos bras sont encore trop courts pour les attraper. Marx s'est trompé, le moteur de l'histoire c'est la stupidité humaine. Il nous reste à être suffisamment malins et ambitieux pour ne pas disparaître, même si certains se rêvent déjà en nouveau chasseurs-cueilleurs.

 

Ne désespérait pas du présent

 

Il est évident que toutes les sociétés n'ont pas forcément su s'adapter ou muter comme il le fallait pour survivre. Il est évident à l'heure actuelle que les civilisations européennes vieilles, fatiguées et technopessimistes sont par exemple vouées à l'échec si elles persistent dans la direction actuelle. Et l'on peut toujours se moquer des USA, ils ont tout de même encore quelques restes de volonté leur permettant de faire des paris sur l'avenir quand les Européens alors qu'ils ont tout pour le construire laissent leur talent dans les vestiaires. L'Europe préfère les banques aux chômeurs, les rentiers aux salariés, le marketing à la science, la décroissance au développement. L'écologie dans cette mentalité sert surtout à justifier toutes les faillites et les faiblesses de civilisation qui ne sont plus que des morts vivants.

 

Ce blog est un blog qui est consacré surtout à l'économie. Mais comment penser que nous pourrions infléchir la situation économique de notre nation si nous évitons de parler de cette essence qui fait avancer les peuples ? Comment croire que des peuples si brillants naguère pourront un jour s'en sortir en s'enfermant dans un passéisme amer préférant ignorer l'avenir qu'ils ne veulent plus construire ? Le protectionnisme par exemple vise à reconstruire une industrie pour nous rendre à nouveau capables de construire l'avenir, mais les Français en ont-ils seulement encore envie ? Les Européens et particulièrement les Français sont frappés d'une paralysie effarante. Ils n'envisagent plus les sciences ou l'innovation que sous l'angle de leurs effets néfastes. La France produit pourtant encore de grands esprits et de brillants scientifiques. Il n'y a aucune raison pour que l'avenir ne soit pas aussi écrit par les Européens et les Français. Mais il faudrait pour cela qu'il ne cesse de ramener la construction à un simple calcul d'intérêt économique. Investir dans la recherche n'est jamais une perte, et l'on est souvent surpris d'ailleurs. Un pays moderne devrait consacrer au moins 4% de son PIB en R&D c'est-à-dire le double du budget français actuel, mais c'est beaucoup moins que le budget de recherche de l'époque de De Gaulle qui atteignait alors 6% du PIB. L'ESA arrive à bien concurrencer la NASA sur le plan de la recherche pure avec un budget d'à peine un dixième du sien. Imaginez donc si elle bénéficiait du même niveau d'investissement. En attendant que les Européens se réveillent, on peut cependant continuer à rêver à tous ces mondes exotiques qui n'attendent que d'être découverts. Jusqu'au jour où, peut-être, l'un de nos lointains descendants y mettra pied. Ouvrant ainsi une nouvelle page de l'histoire humaine.

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