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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Et s'il n'y avait plus jamais de croissance ?

 

C'est la rentrée des classes, mais ce n'est pas forcément une raison pour avoir la tête dans le guidon et ne parler que de l'actualité économique ou politique immédiate. Bien que ce texte soit quand même un peu inspiré par cette actualité. En effet, on a appris que le Chili connaît désormais un déclin de la production de cuivre. Rappelons que le cuivre est un élément absolument crucial dans l'économie moderne. On peut dire qu'il est aussi important que les hydrocarbures. Et s'il n'y avait pas déjà une époque portant son nom, nous pourrions décrire notre époque d'une certaine manière comme étant l'âge du cuivre, car il est partout dans vos voitures, vos ordinateurs, vos câbles électriques, vos batteries, etc. Sans lui plus de moteurs électriques, plus d'alternateurs, plus de micro-informatique.

 

 

Donc il est aussi important que le pétrole et le gaz pour nos économies modernes. Et bien désormais la production de cuivre mondiale ne suit plus. Le Chili est de loin le premier producteur avec 24% de la production mondiale. Sa baisse de production est un indicateur sérieux du mur qui se dresse devant la civilisation industrielle, qui essaie par tous les moyens de l'ignorer. Alors nous n'allons pas parler ici de la question des ressources, de leur épuisement ou des possibilités de substitution. La technologie a jusqu'à présent réussi par l'amélioration des process à contourner le problème. Mais rien ne dit que nous pourrons le faire indéfiniment. D'autant que comme je l'ai dit dans un texte précédent l'arrivée de nouveaux pays industriels et gros consommateurs de matières premières fait augmenter les besoins comme jamais dans l'histoire humaine.

 

La question se pose assez crûment «La planète peut-elle subvenir à 8 milliards de personnes consommant comme les Américains ? ». La réponse est bien évidemment, non. La question sous-jacente donc aux crises que nous connaissons est in fine la pénurie de matières premières pour les besoins de consommation sans cesse croissants. D'un certain point de vue, cette crise éclate dans les années 70 avec les premiers chocs pétroliers. Pour la première fois, la croissance se heurte à des limites physiques même si à l'époque il s'agissait d'une limite provoquée par des problèmes géopolitiques. En un sens, cette crise est un peu l'inverse de la crise de 1929. La crise de 1929 était d'abord une crise de productivité et de surproduction. L'accroissement de la productivité  du travail produisait massivement du chômage, car la demande ne suivait pas cette productivité.

 

Le capitalisme s'est alors réinventé par le fordisme et la régulation macroéconomique. Il fallait que les salaires et la consommation croissent au même niveau que la productivité pour éviter de produire de nouveau des crises de surproduction et du chômage. Mais cette solution intelligente, dans le cadre de cette époque, ignorait parfaitement la question des ressources. Si la question de l'accès aux ressources était tout de même posée au 19e siècle, car certains pays n'avaient pas de charbon ou de fer, rappelons que l'Allemagne avait du charbon, mais peu de fer alors que pour la France c'était l'inverse, la course aux grands empires du 19e était en partie pour avoir accès aux ressources essentielles. Pas qu'en occident d'ailleurs, l'empire japonais visait les ressources en hydrocarbures dont le japon était dépourvu. Le monde globalisé d'après-guerre n'avait plus ce problème. La pax americana était lourde et le tribut important, mais elle garantissait d'une certaine manière l'accès aux ressources de la planète si vous aviez des dollars à dépenser pour ça. Cette époque est révolue, nous en avons déjà parlé dans un autre texte. Le monde va se recloisonner et certains pays ou groupes de pays seront bien mieux lotis que d'autres. L'Europe est bien évidemment la grande perdante de la nouvelle évolution mondiale. Elle aura de plus en plus de mal à avoir accès aux matières premières des autres.

 

En un sens, l'Europe va être la première région du monde à vivre à nouveau dans les pénuries. Pénurie de gaz et de pétrole pour commencer, le reste suivra dans les années qui viennent. De fait, c'est cette région du monde qui a inventé la société industrielle qui va être confrontée le plus fortement dans un premier temps aux contradictions de celle-ci. Bien évidemment ici nous parlons de pénurie artificielle par contrainte externe, l'Europe n'ayant plus accès aux ressources du reste de la planète. Mais cela préfigure un épuisement à plus long terme auquel seront confrontées toutes les nations du monde à moins d'imaginer des moyens nouveaux d'extraire des ressources océaniques ou dans l'espace. Ce qui n'est pas forcément inimaginable.

 

Vivre dans un monde à croissance nulle

 

Faisons dès lors une hypothèse, que deviendraient nos sociétés actuelles s'il n'y avait plus du tout de croissance économique ? Une question qui d'une certaine manière nous concerne déjà puisqu'entre l'euro, l'UE et le libre-échange, la France a déjà condamné sa croissance d'une certaine manière. Le capitalisme est un système qui n'est pas fonctionnel dans la stagnation. En effet, le capital et le prêt à intérêt ne peuvent exister que s'il y a des mécanismes pour corriger leurs effets néfastes de concentration des richesses. Nul besoin de faire du marxisme pour le comprendre. La croissance d'un prêt à intérêt composé est une suite géométrique, donc la croissance mathématique est à peine inférieure à l'exponentiel. Si le capitalisme a pu croître comme il l'a fait sans produire de désastre social c'est parce que le gâteau global de l'économie, le PIB, a pu croître à peu près au même rythme. L'inflation et les impôts ont aussi participé à ronger les rentes dans la durée. Cette croissance économique était avant tout le produit de la collusion entre les gains de productivité produit par l'amélioration des processus de production et la hausse des salaires et de la consommation concomitante.

 

Mais dans une société stagnante où le PIB fait du surplace faute de matière première et d'énergie pour croître, un tel système économique conduirait bien vite à la catastrophe. Quelques décennies suffiraient pour que la totalité des richesses finisse entre les mains de quelques individus. Le capitalisme peut être considéré comme un système dynamique qui change rapidement de place les populations au sein du système social. Sa qualité est effectivement de favoriser les changements et les innovations, même parfois trop rapidement en mettant en danger la société dans lequel il exerce son influence. Il est d'ailleurs très probable que l'effondrement démographique actuel soit lié en grande partie aux innovations du capitalisme, mais passons. Mais passé ses phases transitoires d'innovation et de compétition, il finit toujours par produire d'immenses monopoles et cartels. Dans le cadre de société sans croissance de la productivité, il créera certainement des horreurs monopolistiques à grande échelle. Les USA en quelque sorte montrent déjà cette évolution, car la concentration des richesses dans ce pays bat désormais tous les records alors que la croissance n'est pas encore à zéro, même si elle est beaucoup plus faible qu'autrefois.

 

Il est donc évident qu'une société sans croissance deviendra rapidement une société non capitaliste. Il est même très probable qu'en tel cas nos sociétés reviendraient à la sagesse des anciennes civilisations qui avaient pour la plupart interdit le prêt à intérêt d'ailleurs pour la raison explicitée précédemment. Keynes pensait qu'à terme nous assisterions à un retour des guildes et des corporations associant corps de métiers, formations, entreprises et vie en société. Des entreprises qui seraient en fait à nouveau incluses totalement dans le processus de fonctionnement de la vie de la cité. Le marché étant relégué à un espace beaucoup plus secondaire qu'il ne l'ait aujourd'hui. Je ne suis pas loin de penser la même chose. L'économie dite de marché c'est-à-dire l'économie capitaliste dans laquelle la vie sociale elle-même est régulée par le marché n'est pas viable dans un système stagnant. Elle créerait trop d'injustice et rendrait simplement la société non viable. Peut-être finalement que l'on assisterait en quelque sorte dans un avenir sans croissance à un retour des sociétés du moyen-âge européen, avec bien sûr des dispositions différentes, et un niveau de vie, d'éducation quand même largement plus élevé.

 

A la recherche des gains de productivité produit par l'IA

 

Il est bien évidemment présomptueux de prédire l'avenir, surtout à si long terme. Mais la question de l'accès aux ressources et des gains de productivité à venir va être essentielle pour l'avenir . La révolution de l'IA promet des gains de productivité massifs pour l'avenir, le rêve du capitalisme étant de revenir à la croissance de la productivité de l'époque fordiste. Vous le savez, je n'y crois guère. Et les derniers chiffres sur l'économie américaine semblent plutôt confirmer mes doutes. À cela s'ajoute la question des ressources en voie d'épuisement rapide avec la montée de la Chine et des autres puissances émergentes. Nous ne sommes pas à l'abri bien évidemment d'innovations majeures changeant la donne. Mais il faut aussi imaginer l'hypothèse d'une impasse évolutionniste pour la civilisation techno-industrielle, et ce quel que soit le modèle économique à sa tête. C'est le principe même d'une amélioration sans fin du niveau de vie qui va probablement se fracasser le crâne contre les limites du monde réel. Si cette évolution est inéluctable, c'est une véritable révolution anthropologique qu'il faudra alors réaliser.

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L
Vous posez le bon diagnostic et les questions qui en découlent naturellement à deux points prêts :<br /> 1)<br /> Le problème des agrégats et du PIB en particulier : <br /> Vous savez bien que le PIB ne veut plus dire grand chose parce qu'il "revient à comparer le prix de la tonne d'acier dans la Ruhr avec le prix du ticket de taxi à Milwaukee" (Todd dans "L'illusion économique"), une boutade qui elle-même passe sur les dépenses de santé délirantes et les honoraires d'avocat pour ramener par exemple le PIB américain à sa vraie dimension. <br /> Ce PIB n'est plus qu'un écran de fumée servant à cacher ou au moins atténuer le juste constat que vous faites. Il faudrait au moins revenir à l'ancien indice de production industrielle (lequel je crois existait encore dans les années soixante) pour mieux apprécier par exemple le désastre français, futur pays du tiers monde en sursis et qui lui interdit même d'emblée de connaître un destin touristique peu enviable à la grecque (ce que s'imaginent pourtant beaucoup d'imbéciles dans nos chambres de commerce qui voient dans le tourisme une sorte d'opération magique).<br /> 2)<br /> La mise dans le même sac de l'économie de marché et du capitalisme : <br /> Je vous renvois ici à Braudel qui parlait de "visiteur du soir" pour le capitalisme (et ne parlons pas de sa forme ultime financière) face à une économie de marché qui, elle, est inséparable du temps long de l'histoire. L'économie du Moyen-âge était bien par exemple une "économie monétaire de marché" (cf : Guy Bois dans "la grande dépression médiévale"), marché au sens propre puisqu'il existait des milliers de place du marché à travers toute l'Europe où l'on s'efforçait de conjurer ce qui fut le gros problème de l'économie médiévale, la pénurie monétaire, question que le passage au capitalisme a péniblement et provisoirement résolue. Vous citez Marx mais Marx aussi ne voyait dans le capitalisme qu'un stade de l'accumulation du capital laquelle rejoint bien la position de Braudel. <br /> <br /> À en revenir à votre constat, le problème de l'humanité se pose désormais dans les termes suivantes : <br /> A) <br /> Dans un cadre capitaliste à configuration financière, il n'y aura pas de place pour huit milliards d'individus.  Un Laurent Alexandre ou un Peter Thiel le savent bien qui envisagent froidement ce que cela implique d'un point de vue mathématique, de même que la plupart des jeunes femelles humaines dont le peu d'empressement à procréer autant que les outrances féministes absurdes ne seraient qu'une prescience mal formulée de l'impasse actuelle de l'humanité. <br /> B) <br /> Dans le cadre d'un retour y compris démograpnique à une économie de marché stricte à croissance lente <br /> (il faudra bien compenser au moins en partie les immenses destructions de capital qui nous attendent), <br /> au sein de laquelle la place de puissantes entités collectives comme l'état <br /> (faute de mieux pour l'instant) <br /> ne serait plus qu'une question technique <br /> (ici les libertariens râlent comme des constipés), <br /> la solution deviendrait alors viable, moyennant le détail d'une révolution anthropologique comme vous le dites vous-même. <br /> Mais comme je le suggérais justement à Luc hier, ma cirrhose et ses implications cardio-vasculaires m'auront emporté avant et mes propositions futuristes miraculeuses restent pour l'instant au fond de mon verre.<br /> Santé ! (je peux, il est déjà presque onze heures).
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