Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Grosse surprise du côté souverainiste avec la candidature officielle de l'ancienne journaliste de Marianne à l'élection présidentielle Natacha Polony. Alors je ne vais pas discuter ici du fond sur Natacha Polony, je vais simplement donner mon avis sur la personne. Je n'ai rien contre elle, mais elle m'a toujours paru plus centriste que souverainiste en réalité. Elle était d'ailleurs parfaitement à sa place à l'époque quand Marianne était encore dans la ligne directrice imposée par son créateur Jean François Kahn c'est-à-dire une ligne en réalité centriste, mais qui permettait quand même à quelques idées extérieures au cercle de la raison d'exister. Je ne vais pas cracher dans la soupe, je lisais moi-même Marianne autrefois, même s'il m'arrivait souvent de ne pas vraiment être d'accord sur tout avec leurs éditorialistes.
Évidemment tout ceci a changé depuis longtemps, Jean François Kahn est mort et son hebdomadaire s'est globalement aligné sur le système. Et c'est normal, c'est le système qui a l'argent et qui fait et défait donc les carrières journalistiques et organise ainsi la vie de la presse. Il y a eu récemment une campagne assez fondée sur l'incroyable gabegie et l'entrisme idéologique dans les médias publics. Mais c'est la totalité du système médiatique français qui fonctionne ainsi, avec derrière les puissances d'argent qui veulent vous dire quoi penser, et quelle est la réalité du monde. Ce n'est pas nouveau bien évidemment, mais c'est devenu vraiment étouffant depuis une quinzaine d'années. Je suis persuadé que si la seconde guerre en Irak avait lieu aujourd'hui nous n'aurions pas une seule critique de ce conflit dans les médias actuels et un véritable monologue à la gloire de Bush et de son intervention.
Mais revenons sur le cas de la candidature de Polony. Elle se voit comme souverainiste, c'est du moins ce qu'elle affirme. Sauf qu'elle essaie de faire ce que faisait Jean François Kahn c'est-à-dire de ménager la Chèvre et le Chou si je puis m'exprimer ainsi. Elle critique ainsi l'UE, et parle du besoin de réindustrialiser le pays, et qui pourrait franchement critiquer ce constat ? Je signale que même la macronie nous parle du besoin de réindustrialiser le pays sauf qu'il y a une marge entre les discours et les actes. C'est la même chose avec Polony . Alors bien évidemment elle ne compte pas gagner, elle veut faire vivre le débat. Pourquoi pas ? Mais alors pourquoi cet alignement sur le mécanisme classique des oppositions de l'autre Europe ? Quitte à utiliser sa notoriété, autant que ce soit pour renverser les tables et parler du sujet central qu'est la construction européenne, car tout découle de là . Et c'est bien là que la candidature Polony laisse largement sur notre faim. Elle n'appelle pas à sortir de l'UE et de l'euro.
La stratégie de la marmotte a vécu
Pire que cela elle semble adouber tous les délires officiels y compris la guerre en Ukraine en nous racontant qu'il faut développer une économie de guerre pour ne pas dépendre des USA. C'est bien gentil, je suis également pour que la France et les pays d'Europe soient indépendants des USA sur ce plan, mais pourquoi donc s'aligner sur le discours officiel de la guerre en Ukraine ? En y réfléchissant bien j'ai vraiment l'impression d'une résurrection de Jean François Kahn, subversif, mais pas trop, n'allons jamais au bout des choses. J'avoue que ce genre de compromis bancals m'ont toujours été très pénibles à écouter. Mais il s'agit réellement d'un centrisme opératif. Plus étrange encore, la candidature de Polony semble adoubée par certains groupes souverainistes de gauche, comme le mouvement de Georges Kuzmanovic, République Souveraine. Un positionnement étrange pour des gens qui invitent régulièrement des intervenants comme Emmanuel Todd ou Jacques Sapir qui sont eux clairement contre la construction européenne. Je ne vais pas parler à leur place, mais il ne me semble pas qu'Emmanuel Todd ou Jacques Sapir n'envisage sérieusement de transformer l'UE en quelque chose de fonctionnel. Todd y croyait vers 2003 dans son livre « Après l'Empire », mais il a changé d'avis depuis et pour cause, l'UE a montré sa nocivité depuis.
Cette position réformiste pouvait peut-être se penser en 2005, mais plus aujourd'hui. Les crises sont passées par là et l'affaissement de notre pays est tel qu'il est désormais impossible de penser que quoi que ce soit puisse réellement changer au sein de la construction européenne. Je me pose ainsi la question finalement. Les souverainistes de gauche sont-ils surtout souverainistes ou surtout de gauche ? Personnellement je vais être très clair, je suis d'abord français et défenseur du peuple et de la nation française, la gauche ou la droite je m'en fiche un peu au fond. Ce qui m'inquiète c'est d'abord l'avenir du pays. Et c'est très précisément dans cette optique que je considère la sortie de l'UE et de l'euro comme prioritaire même si cela s'accompagnera nécessairement de difficultés économiques et sociales à court terme. Mais peu importe, l'important c'est l'avenir du pays avant tout. Je n'ai pas l'impression que c’est le cas des souverainistes de gauche.
Alors j'entends bien ceux qui disent, mais c'est une stratégie pour les médias, pour ne pas faire peur, et ainsi pour alimenter le débat et peut-être faire glisser la fameuse fenêtre d'Overton sur la question de la souveraineté. Sauf qu'en aucun cas cette candidature ne peut aboutir à un mouvement de masse. Ce discours peut être audible avec le RN, même si je pense qu'on ne peut pas faire une sortie de l'euro sans le soutien de la population et une préparation électorale préalable. Là il s'agit d'une candidature pour nourrie le débat, sauf que c'est pour rajouter de l'eau tiède dans le potage en définitive. On se demande à ce stade si la candidature et le programme de Polony ne sont pas finalement une candidature pour l'élection présidentielle de 2007, une candidature qui a vingt ans de retard en définitive avec une vision du monde tel qu'il était à l'époque.
Ce que propose en définitive Polony c'est la vieille stratégie de la marmotte. On fait des discours sur la réindustrialisation, on va casser deux ou trois trucs pour équilibrer les comptes publics, et dans le même temps on va faire un discours sur « mon ennemi c'est la finance » et on attend que l'hiver passe. Sauf que la stratégie de la marmotte n'est plus possible aujourd'hui. Nous sommes dans une époque d'extrémisme et de radicalisme, il n'est plus temps d'être centriste, car la France n'a plus le luxe d'attendre. Nous devons effectivement réindustrialiser, et j'en ai souvent parlé sur ce blog. Cela s'accompagne d'un état stratège dont parle souvent justement Polony, sauf que pour que cet état stratège puisse advenir il doit avoir les mains sur le volant. Et avoir les mains sur le volant, ça consiste à avoir sa monnaie pour pouvoir dévaluer si nécessaire. Cela demande de pouvoir contrôler les frontières sur les marchandises et les capitaux pour orienter l'investissement dans l'intérêt du pays et pas seulement dans l'intérêt des milliardaires.
Bref pour redresser la France il faut en finir avec le globalisme néolibéral qui nous engloutit depuis les années 70 au moins. Et ça, ce n'est pas possible en jouant les équilibristes du langage et des propositions. Cette présidentielle a déjà une pléthore de candidats tous plus centristes les uns que les autres à quelques exceptions près, je me demande donc si cette candidature finalement n'abîme pas plus ce qu'elle prétend défendre qu'elle ne l'aide à s'épanouir. Nous avons besoin d'un débat sur l'euro et l'UE plus que sur tout autre chose, car de cela dépend les capacités d'action réelles de l'état français. Si les Français ne veulent pas rompre avec l'UE et l'euro alors la situation s'aggravera continuellement. Il faut le dire et le redire. Et malheureusement, madame Polony ne semble pas vouloir faire ce débat.