Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
On ne cesse d'agir dans le présent en imaginant ce que sera notre futur c'est ainsi que les hommes agissent et croient souvent de bonne foi qu'ils agissent ainsi de façon rationnel. Or rien n'est plus faux, car bien souvent leur vision du futur n'est qu'une croyance indémontrable. Nos anciens avaient bien plus conscience que nous de l'imprévisibilité du futur, ils n'étaient pas aussi présomptueux que l'homme moderne, et acceptaient le chaos et l'indétermination émanent d'une réalité dont nous peinons à comprendre les plus simples mécanismes. Le débat sur les retraites est sur ce point très démonstratif de la chose, la vision du futur nous imprime l'action dans le présent. Et nos hommes politiques comme nos pseudo-économistes usent de la peur du futur pour forcer la réforme, ou plutôt la démolition des retraites du présent. Ce faisant ils oublient, peut-être volontairement, que ce sont les travailleurs d'aujourd'hui qui payent les retraites d'aujourd'hui.
Si les caisses sociales sont vides ou se creusent de déficits, c'est bien plus par manque de cotisants en nombre suffisant tout comme en moyens financier que par l'explosion du nombre de retraité. Comme je l'avais expliqué dans un texte précédent la vrai question n'est pas l'age de la retraite, mais celle des capacités productives du pays. C'est très exactement ce qu'Emmanuel Todd vient d'expliquer dans son texte consacré aux retraites. Un pays qui produit ce qu'il consomme n'a pas à s'inquiéter de son vieillissement, on peut toujours se débrouiller pour mieux répartir les richesses. La question du nombre d'années de cotisation peut aussi être raisonnablement discuté. Mais il est absurde de vouloir augmenter le nombre d'annuité de travail tout en laissant une telle masse de force potentiellement productive au chômage.
La peur du futur ou les prévisions sur le futur construit par les médias dominants, eux même dominé par des intérêts particuliers, sert en grande partie à justifier des actions dans le présent. Le futur tel qu'il sera réellement nous l'ignorons en grande partie, mais le discours qu'ont les dominants sur le futur nous en apprend beaucoup sur ceux qui dominent la société française. C'est un peu ce que dit Emmanuel Todd même si son discours accuse à mon avis excessivement le vieillissement de la population comme facteur fondamental de l'idéologie dominante.
En effet n'est il pas étrange de voir des pays expatrier leur usines, faire venir des immigrés pour soit disant lutter contre le manque de main d'œuvre et se plaindre d'un manque d'emploi chronique par la suite, tout en s'inquiétant des retraites? L'absurdité actuelle atteint un niveau tout à fait significatif car les politiques n'ont aucune cohérence intellectuelle et se servent de l'image qu'ils donnent du futur pour justifier leurs âneries présentes. Ainsi d'après nos économistes mainstream nous devrions réduire le train de vie fastueux des français pour lutter contre l'endettement, il ne faut plus faire porter aux génération futur notre fardeau présent. Oubliant comme dans le cas des retraites que ce sont les citoyens actuels qui payent la dette actuelle et non nos futurs descendants.
Mais au final nous pourrions nous poser la question est-ce que les élites pensent réellement au futur? Ou finalement ne se fichent elles pas du futur? Est-ce que nos nations investissent dans la recherche, dans l'éducation ? Construisent-elles les techniques nous permettant de sortir du pétrole alors que l'épuisement des énergies fossiles est l'un des seuls domaines où nous avons quelques certitudes sur le futur. Que veux dire le débat sur le futur des retraites en 2030 alors que nous ne savons même pas comme sortir du pétrole qui lui a déjà atteint son pic de production. On dégage des sommes phénoménales pour nourrir des banques qui ont fait faillite et on a pas d'argent pour investir dans la recherche énergétique. Mais qu'est ce qui est le plus important pour le futur de nos retraites, la santé des banques ou la capacité à maintenir notre économie même sans pétrole? Enfin de qui se moquent nos Nostradamus en culotte courte?
L'Europe et la mondialisation
Mais dans le registre du futur modifiant le présent, l'idéologie euro-mondialiste fut probablement la plus représentative de cette mécanique de domination des esprits. L'Europe est une des escroqueries intellectuelles les plus fascinante de l'histoire. Grâce à l'Europe les rentiers et la finance ont pu enfin mettre à bas ces pays si peu adeptes du capitalisme néolibérale. Même les plus fervents partisans de l'Europe commencent à se rendre compte du caractère profondément anti-démocratique de l'union européenne et la crise actuelle n'a fait qu'accélérer la prise de conscience. Et pourtant que de discours grandiloquent sur l'avenir que nous assurez l'Europe. Les Delors, Barre, Giscard, Mitterrand, qui nous ont dit pendant des années :"oui l'Europe exige des sacrifices maintenant mais vous verrez plus tard...." on attend toujours. Heureusement il semble qu'entre la crise politique ouverte en 2005 avec le viol de la démocratie française et hollandaise, et la crise de l'euro la futurologie eurobéate se soit vue de plus en plus pour ce qu'elle est un pur outil de domination sociale.
Il en a été d'ailleurs de même avec la sœur siamoise de l'Europe, la mondialisation. Que de promesses lancées à la face de nos concitoyens. Avec la mondialisation le pays sera régénéré, la prospérité est au rendez-vous, c'est vrai nous perdons des emplois dans les secteurs industriels aujourd'hui mais vous verrez demain on gagnera plein d'emplois grâce à l'exportation de nos produits avancés vers la Chine et vers le reste du monde. La mondialisation c'est un jeu de gagnant gagnant, vous verrez demain, toujours demain. Et le temps passe, les sociétés se dégradent et fonctionnent de moins en moins bien , alors on rebouche on crée des dettes publiques ou privés. Et on laisse le tissu industriel et social disparaitre.
Et le pire dans tout çà c'est que les victimes ont accepté, elles ont accepté la perte de le futur propre parce qu'on leur vendait des salades sur un futur fantasmagorique qui n'existera jamais. Combien de vie brisée par le libre-échange en France? Combien de gens ont-ils vue leur avenir à eux s'éteindre parce qu'un crétin comme Alain Minc et ses sbires ont vendu la mondialisation heureuse? Ces gens n'avaient qu'une vie et leur futur a bien été brisé au nom de l'adaptation à la compétition mondiale. Il faudrait que nos pseudo-économistes libéraux se rendent enfin à l'évidence appauvrir le présent ne peut pas enrichir l'avenir. Car les gens et les entreprises que vous détruisez maintenant ne créeront rien dans l'avenir puisqu'ils n'existent plus. Détruire les capacités productives d'une nation n'a jamais amélioré un peuple et son niveau de vie, il s'agit là d'un raisonnement complètement mortifère et illogique.
Enrichir le présent ne peut qu'enrichir le futur
Il faut donc définitivement tordre le cou à ce mouvement de domination idéologique mortifère sur l'avenir, car il a été jusqu'à présent un des puissants moteurs de l'idéologie néolibérale. Rendez vous compte que déjà sous Raymond Barre on promettait grâce à la pilule néolibérale de la contrition des salaires une sortie de crise. C'était il y a plus de trente ans. Le discours qui prétend améliorer un jour prochain l'économie grâce aux sacrifices du présent n'est qu'un discours de domination. Il perdure maintenant depuis trop longtemps et on en voit aujourd'hui les résultats il n'y a plus d'avenir. Il faut cesser de reporter à demain les améliorations recherchées, nous devons porter notre attention sur le présent et rien d'autre. Que peut-on faire maintenant pour réduire le chômage, pour réduire le déficit commercial et pour nous réindustrialiser?
Et si on augmentait les salaires est-ce que cela ne résoudrez pas nos problèmes de déficit sociaux et de chômage tout en améliorant la solvabilité des ménages vis à vis de leurs crédits trop nombreux?Est-ce que payer mieux les salariés d'aujourd'hui n'améliorerait pas le versement des retraites d'aujourd'hui et de demain par hasard? A oui mais augmenter les salaires c'est réduire notre compétitivité, compétitivité rendue nécessaire par le libre-échange qui lui même était présenté jadis comme un moyen d'enrichissement, cherchez l'erreur. Ne nous laissons plus embrumer les esprits par le futurologues délirants, regardons le monde d'aujourd'hui et voyons ce que nous pouvons améliorer maintenant, car améliorer le présent ne pourra jamais nuire à l'avenir puisque ce dernier est le fruit de nos actions présentes.