Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
Le budget britannique vient de tomber et le moins que l'on puisse dire c'est que le nouveau premier ministre va pouvoir être classé parmi les plus infâmes crétins que le continent n'est jamais mis au pouvoir, battant ainsi Thatcher dont il imite parfaitement les politiques. Son gouvernement vient d'annoncer une contraction du nombre de fonctionnaire de 490000 individus, le but étant d'économiser 95 milliards d'euros d'ici 2015, on ne rit pas derrière son écran. Non parce que la recette britannique elle a été employé ailleurs et elle n'a rigoureusement jamais fonctionné, seulement il semble que nos amis anglais ne l'aient pas encore compris. Et pourtant leur voisin Irlandais avec plus de 30% de déficit publique et leur croissance atone devrait leur servir d'exemple, ils ont eux aussi fait des coupes claires dans les budgets publiques. Tout çà pour éponger les dettes contractées pour sauver un système bancaire absurde et le résultat fut un ralentissement de la croissance couplé à une hausse au final des déficits. Formidable non?
Un plan austérité comme unique solution?
La Grande-Bretagne a l'immense chance de ne pas faire partie de l'euro, c'est un avantage dans le sens où sa politique monétaire n'est pas contrainte par d'autres intérêts que les siens propres. Le graphique ci-dessous montre l'évolution de la livre Sterling vis à vis du dollars et l'on voit bien la forte dévaluation qui est intervenue fin 2008, une baisse de près d'un quart de sa valeur face à la monnaie américaine. Il en a été de même face à l'euro.
Mais les effets de ces dévaluations sur la balance des paiements ne sont pas aussi simples que l'on pourrait le croire au premier abord. En effet si l'on regarde attentivement le graphique suivant, concernant la balance des paiements, on s'aperçoit vite que celle-ci s'est améliorée avant la dévaluation . La balance des paiements du Royaume Uni est déficitaire depuis longtemps, c'est la grande caractéristique d'ailleurs des champions économiques des années 2000. Une croissance apparemment solide arrimée à un déficit constant sur la balance des paiements. La Grande-Bretagne avait tout de même un avantage par rapport à l'Espagne ou à l'Irlande, elle a du pétrole et du gaz ce qui facilite grandement l'obtention d'un équilibre du commerce extérieur. Et bien malgré cet avantage qui s'ajoute à celui de la City qui permet un excédents important dans le domaine des services financiers, seul chose qui soit excédentaire, la balance des paiements britannique est déficitaire depuis le milieu des années 90.
Si l'on se réfère à ces graphiques, la dévaluation n'est pas responsable de la réduction du déficit commerciale, du moins au début. C'est surtout l'effondrement de la demande intérieure du pays qui a agi comme réducteur du déficit commercial. Ainsi on voit bien que le déficit de la balance des paiements diminue à partir de fin 2007, alors que la crise démarre aux USA et dans son satellite anglais. La dévaluation n'intervient qu'au moment où la croissance est déjà affaibli en octobre 2008. A ce moment là la balance des paiements était déjà presque à l'équilibre, ce qui n'était pas arrivée depuis 1993-94 date de la fameuse explosion du SME et de l'attaque contre la livre sterling et la lire italienne. Autre instruction du caractère erroné de l'influence de la dévaluation sur la balance commerciale britannique, celle-ci s'est à nouveau dégradée sous l'effet des plans de relance publiques du gouvernement travailliste. En relançant la demande intérieure le gouvernement à surtout relancé les importations et ce alors même que la livre était à son plus bas face au dollars et à l'euro, il suffit de regarder les graphiques pour s'en convaincre.
On peut donc conclure raisonnablement que les variations monétaires n'ont que peu d'influence réelle à court terme sur l'évolution des balances commerciales. Cela peut paraitre étrange parce que ce n'est pas le cas des pays asiatiques par exemple où les variations monétaires ont de fortes influences comme au Japon. Mais c'est assez logique lorsque l'on sait l'état de délabrement industriel du Royaume Uni, même chose d'ailleurs pour les USA. Ces pays en sont à un tel point macro-économique que les dévaluations sont insuffisantes à redresser la balance commerciale. Seule une contraction de la demande intérieure et un chômage élevé permet cet équilibre parce qu'il n'y a plus de substituts aux importations. La Grande-Bretagne est un pays du tiers-monde qui pense encore être un pays développé, sa balance commerciale nous montre pourtant ce qu'il en est. Comme dans les pays en voie de développement la relance de la demande se casse la figure sur l'incapacité à produire localement les biens de consommations, et comme ils sont importés, le pays se retrouve en déficit, obligé de s'endetter à l'étranger. C'est la quadrature du cercle, les britanniques ne peuvent pas s'en sortir impossible de réduire le chômage ou d'augmenter la croissance sous peine de faire exploser le déficit commerciale. Même la forte dévaluation n'y a rien fait. On comprend donc pourquoi le gouvernement anglais a changé de stratégie la relance ne produisant pas les effets escomptés à court terme.
Dans ce contexte on pourrait donc soutenir le gouvernement anglais qui nous sort un plan gigantesque de contraction de la dépense publique, adaptant ainsi ce pays à sa réalité physique, celle d'un pays sous-développé incapable de subvenir à ses propres besoins. Mais c'est considérer que tout ceci est impossible à changer, que la situation est inextricable. C'est vrai si l'on reste dans le cadre établit de ce stupide libre-échange, si l'on supprime ce paramètre alors même la Grande-Bretagne peut se redresser. Sur les dévaluations elles n'ont pas d'effets sur le court terme mais si les britanniques arrivaient à réduire sa valeur et à la maintenir sur une décennie je suis sûr que les effets à long terme permettrait une réindustrialisation. N'oublions pas que les investissements des entreprises et le déplacement d'usine ne se font pas en cinq minutes, il faut du temps pour reconstruire un système industriel. Si les chefs d'entreprises étaient persuadés du maintient à long terme d'une livre faible, alors oui ils reviendraient. Ils en seraient d'ailleurs d'autant plus convaincu si l'état acceptait enfin de mettre fin à la libre-circulation des marchandises. Des quotas et des droits de douanes sont devenu une urgence, l'incapacité à redresser la barre même avec une dévaluation démontrant l'incroyable désindustrialisation du pays. En effet en 93-94 les dévaluations avaient encore des effets ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ensuite les anglais devraient peut-être arrêter leur fantasme de libre-marché et refaire des politiques publiques d'investissement industriel avec comme objectif de réduire la dépendance aux importations. Évidement tout ceci suppose que les dirigeant du pays se mettent à défendre l'intérêt général ce qu'il n'on pas faite depuis plus de trente ans en fait, un peu comme en France.
La Grande Bretagne est finalement désespérante, voila une nation qui ne cesse de défendre apparemment ses intérêts en rejetant à juste titre l'euro et la construction européenne, mais qui s'empresse de faire les mêmes politiques en pire toute seule dans son coin. C'est à se demander pourquoi les britanniques n'ont pas adhéré puisque finalement ils sont de loin les meilleurs élèves des politiques macro-économiques néolibérales. L'autre point important c'est qu'il y a malheureusement peu de chances pour que les élites anglaises fassent une action protectionniste. Nous ne sommes plus dans les années 30 et ce pays ne produit plus les brillants esprits d'alors, le pauvre Keynes doit d'ailleurs se retourner dans sa tombe en voyant dans quel délabrement est tombée sa patrie. Obsédé par les intérêts des rentiers, les élites du pays vont tout faire pour maintenir la livre sterling à un niveau suffisant pour garantir le pouvoir d'achat de ces derniers, il semble d'ailleurs que la plongée du dollars ait commencé à faire remonter la livre. Le plan de contraction des dépenses publiques montre aussi cet intérêt pour la rente. Vue la faiblesse des impôts en Grande-Bretagne, le gouvernement aurait très bien pu les augmenter, mais non on préfère détruire les derniers restes de l'état providence. Cette politique ne mènera le gouvernement nul part. Le chômage va fortement augmenter sans que pour autant la croissance revienne contrairement aux lubies thatcherrienne.
On a coutume de présenter les anglais comme des gens pragmatiques, ils nous montrent pourtant un visage diablement plus dogmatique que les soviétiques aux pires moments de l'histoire. L'amélioration de la compétitivité par les coûts salariaux ne mènera pas le pays au grand bal de la croissance car toute les autres nations font exactement la même chose. En plus la Grande-Bretagne a un niveau scolaire très faible c'est aussi l'un des pays d'Europe où l'on trouve le moins de jeunes dans les études supérieur, pas de quoi briller dans l'innovation contrairement aux grands discours gouvernementaux. D'autant qu'avec la crise, fini le pompage des cerveaux du reste du monde, personne ne voudra plus aller s'installer en Grande-Bretagne, du moins chez les personnes un tant soit peu qualifiées. Le seul espoir reste une violente révolte populaire contre ces élites qui n'en finissent plus de faire souffrir leur peuple pour rien. Le pire c'est que leur fond chrétien fait croire à ces élites que la souffrance est nécessaire au redressement économique, c'est la flagellation rédemptrice, comme si le peuple avait pêché et qu'il faille l'en punir. C'était déjà la remarque que faisait Keynes à son époque, on ne voit pas comment appauvrir un peuple pourrait l'enrichir à long terme.