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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 14:22

FinEuroSapir.gifJacques Sapir fait partie de ces quelques iconoclastes ayant prévu de longue date la crise que traverse actuellement le capitalisme mondial. Mon collègue blogueur Laurent Pinsolle vient d'ailleurs de mettre en lien les multiples présentations de livre et de textes d'auteurs plus ou moins connu ayant comme caractéristique principale d'avoir prévenu et anticipé la situation actuelle.

 

Le texte de Jacques Sapir m'a été envoyé par courriel, il est un petit peu long pour être entièrement diffusé en bloc sur des site comme celui de marianne2 par exemple, c'est pour cette raison que j'ai décidé de le publier en entier, la place n'étant pas un problème ici. Comme l'a si bien dit Pascale Fourrier ce texte trés important parce qu'il relit l'économie et la politique. Il ne fait pas de distinction ou de fausse séparation, il ne fait pas de robinssonnade économique, il essai d'articuler économie, géopolitique, histoire, politique et même écologie. Le texte de Jacques Sapir est un retour à la pensée politique réelle, celle qui a malheureusement désertée les médias masses et qui manque tellement à nos concitoyens.

 

  Je me suis permis de rajouter quelques chiffres et tableaux pour soutenir les propos de monsieur Jacques Sapir, notamment une illustration du fait, peu connu, que la France est un pays qui exporte ses capitaux et son épargne. Jacques Sapir n'ayant pas approfondi la chose je me suis permis d'y rajouter ces donnés. Je ferai quelques remarques tout au long du texte, celle-ci apparaitront toujours en orange pour qu'il n'y ai pas de confusion entre mes propos ce ceux de Jacques Sapir.

 

  Sinon il y a quelques problèmes sur les graphiques qui vont vous sauter aux yeux, malheureusement j'ai eu un petit problème technique. Jacques Sapir utilise surement le office de Microsoft ce qui n'est pas mon cas, j'utilise  openoffice qui est théoriquement 100% compatible, mais il y a quand même quelques problèmes de conversion pour les  graphiques.  Mais il restent généralement compréhensibles vous pouvez toujours télécharger le texte original de Jacques Sapir ici.


                                L’horizon de la présidentielle de 2012 et le piège de la personnalisation du débat

 

 

Jacques Sapir

Février 2010

 

 

Telle qu’elle se dessine aujourd’hui, l’élection présidentielle de 2012 risque d’être marquée par un trop-plein de candidats compensé par une pénurie de programme. Pourtant, nous sommes depuis l’été 2007 dans la plus grave crise économique que l’on ait connue depuis celle de 1929. Elle se double d’une crise géostratégique et d’une crise environnementale qui, l’une et l’autre, ont des conséquences considérables. Les timides éléments de reprise que l’on constate dans les pays développés depuis la fin de 2009 ne doivent pas faire illusion. Ils ne sont pas durables où, pour reprendre un mot à la mode, « soutenable ».

Cette situation appelle des réponses radicales, et qui pourtant sont de bon sens. Aujourd’hui, être extrémiste c’est être réaliste. Il convient donc de laisser le choc des ego aux magazines people et apparentés. Non que l’on sous-estime la question des personnalités. Elle a sa place dans la définition de ce que devrait être un candidat idéal. Mais elle passe après la question du programme. De cette question, nous avons à peu près un an pour en discuter.


I  De « l’inévitable » et pourtant fort contestable austérité.

De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables. Sur la question des retraites Jacques Sapir a raison de souligner l'absurdité du débat sur la durée de cotisation. Je l'ai écris récemment dans ce texte, le cœur du problème des retraites est surtout  l'affaiblissement progressif de notre économie. Notre système de retraite, et tout comme notre système social d'ailleurs, ont été conçu pour une économique de relatif plein emploi et non pour pour une société complètement désindustrialisée et peuplée de chômeur. Par contre là ou je ne rejoins pas Jacques Sapir c'est sur le redressement de la démographie française, celle-ci est encore en dessous du seuil de reproduction. Et même si nous arrivions à l'équilibre le problème du vieillissement se poserait toujours, même si dans une moindre mesure. 

 

Sur la question du déficit budgétaire, il faut savoir que son augmentation est pour une large part due à ce qu’il nous faut emprunter à plus de 3% (3,45% en moyenne) alors que l’on n’attend pas, même dans les rêves les plus fous de Mme Lagarde, une croissance au-dessus de 2%. Or, dans le même temps, les banques se refinancent auprès de la BCE (comme d’ailleurs auprès de la Réserve Fédérale américaine et des autres Banques Centrales des pays développés) à des taux oscillant entre 1% et 0,5%. Serait-ce du fait de la meilleure qualité des dettes privées par rapport à la dette publique ? Poser cette question, c’est y répondre, et par un immense éclat de rire.

Les dettes qui sont dans les banques sont en général de très mauvaise qualité, et le FMI lui-même estime à plus de 3 trillions de dollars les mauvaises créances dans ce secteur. C’est avant tout un choix qui, pour certains, s’explique par des raisons idéologiques et pour d’autres par leurs intérêts privés.

 

Assurément, il y a des pays qui sont plus mal lotis que nous. La Grèce, en particulier, doit emprunter à 6%. Son gouvernement devra bientôt choisir entre un appauvrissement généralisé de la population et une sortie de l’Euro. D’autres pays connaîtront le même sort d’ici 2012, du Portugal à l’Espagne en passant par l’Italie et l’Irlande. Mais, cela ne change rien à notre problème.

Non seulement l’Euro ne protège pas de la tourmente monétaire, ce que l’on constate aujourd’hui avec les écarts grandissants des taux sur la dette publique (les « spreads »), mais les règles de financement de la BCE transforment en un problème social en apparence insoluble ce qui serait, sous d’autres règles, parfaitement maîtrisable.

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Il faut par ailleurs rappeler que la dette publique n’est qu’une partie de la dette totale de l’économie, et qu’il faudrait, en bonne logique, y ajouter la dette des ménages et celle des entreprises. Le taux d’endettement total réserve alors quelques surprises, comme celle de nous révéler la France comme un des pays les MOINS endettés parmi les grands pays de l’OCDE.

 

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Il ne fait pourtant aucun doute que la machine à produire de l’austérité, c’est-à-dire du chômage et de la misère se mettra en route à partir de 2011 ou de 2012.

 

La précarisation du travail et de nouvelles coupes dans les retraites seront, il n’en faut pas douter, justifiées par la « compétitivité » internationale de la France et par des arguments plus ou moins ad hoc sur la démographie.

Pourtant, le mouvement d’enrichissement des plus riches est incontestable dans le long terme. C’est ce qui explique pourquoi la majorité des revenus est aujourd’hui comprimée, au point de ne pouvoir maintenir son pouvoir d’achat que par l’endettement.

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Ceci permet de comprendre la grande peur qui a saisi les classes moyennes vers la fin des années 1980 et par la suite. Voyant « l’ascenseur social » progressivement s’interrompre devant elles, elles ont alors acquiescé à des politiques anti-sociales dont elles espéraient être épargnées afin de tenter de maintenir la part relative de leurs revenus dans le partage global de la richesse. Mais, aujourd’hui, il est clair que même les classes moyennes sont frappées. Certes, elles ne le sont pas encore autant que les classes populaires, qui ont été les grandes perdantes des trois décennies que nous avons vécues. Mais, on peut constater sur la base des statistiques que les transferts fiscaux se sont fait à leur détriment parce que les classes les plus riches ont été progressivement libérées d’une taxation en rapport avec leurs revenus.

 

On a réussi pour un temps à convaincre les classes moyennes que leur ennemi était les classes populaires, que l’on qualifiait alors de « budgétivore » et de dévoreur d’allocations sociales. Cependant, la part des allocations sociales n’a fait que compenser la disparition de revenus du travail. Classes populaires et classes moyennes se sont ainsi entre-déchirées autour d’un gâteau qui se réduisait sans cesse, et cela pour la plus grande satisfaction des plus riches…

 

Il faut toute l’impudence d’un Alain Minc, dans son entretien qu’il donna au Figaro le 4 janvier dernier pour affirmer :

« …si la France a bien traversé la crise, c’est parce qu’il n’y en pas eu pour 90% de la population ».

Le discours qui tend sciemment à opposer les travailleurs les uns contre les autres, en présentant certains comme des « privilégiés » est démenti par les statistiques de l’INSEE. Ce petit marquis n’en a cure car c’est très consciemment qu’il pratique le « diviser pour régner ». De fait, c’est dans une nouvelle alliance des classes populaires et des classes moyennes que se forgeront les armes de la défaite de ceux qu’Alain Minc représente, les plus riches et les plus repus.Je crois que l'argument d'Alain Minc n'est pas pour autant dénué d'intérêt, mais pas exactement pour les raisons qu'il indique. Si les classes moyennes ont peu réagit à l'effet de la mondialisation et de la desindustrialisation c'est aussi parce que la France avait déjà en partie une bonne part de ses emplois dans le secteur tertiaire.  Si l'on se place non pas du coté de la répartition du revenu mais de la nature des emplois alors la resistance mental au déclin industriel est le fruit de la tertiairisation de l'économie qui avait commencé bien avant l'abolition de la préférence communautaire en 1973-74. D'ailleurs pour illustrer l'implosion que nous avons connu dans l'industrie voici un petit graphique issu du site d'Alternatives économiques la colonne de gauche est en millions d'emplois:

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 On voit bien une rupture avec la fin du protectionnisme communautaire en 1974.

 

D’où, bien entendu, les demandes croissantes pour plus de justice fiscale que l’on peut entendre se faire jour désormais. Indiscutablement, ces demandes vont dans la bonne direction. Mais, elles seront loin d’être suffisantes. En effet, les revenus les plus élevés disposent de centaines de niches fiscales sur lesquelles ils peuvent jouer. Une grande « nuit du 4 août » fiscale ne pourra avoir lieu, du moins pas à court terme, et pas sans des limites drastiques à la circulation des capitaux. Il est indiscutable qu’il faudra progressivement éliminer ces niches fiscales et autres privilèges, mais il ne faut pas attendre de résultats spectaculaires dans l’immédiat. C’est dans la production, et donc au niveau de la formation des revenus, qu’il faudra agir.

 

De ce point de vue, deux phénomènes apparaissent comme décisifs. Le premier est le découplage entre les gains de productivité et le salaire moyen.

 

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La courbe des salaires nets a bien été déconnectée de celle des gains de productivité, qui se sont poursuivis de manière régulière sur toute la période comprise entre 1980 et 2007. Mais ceci n’est que l’un des deux phénomènes. L’autre est constitué par l’écart entre l’évolution du salaire médian (celui qui partage en deux parties égales l’échantillon) et le salaire moyen (ou masse salariale globale que divise le nombre de salariés).

La différence est ici très significative aussi.

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Ainsi, alors que le salaire moyen a augmenté de 12,3% de 1996 à 2006, le salaire médian n’a progressé que de 3,5% sur la même période. Il semble d’ailleurs bloqué entre 3% et 4% depuis 1999. Ainsi, les salaires des 50% des Français les plus mal payés n’ont pas progressé depuis 1999.

 

Les causes de cette situation sont bien connues.

Nous avons d’une part la pression que les pays à bas salaires mais taux de productivité comparable exercent sur l’emploi en France. C’est le cas à l’intérieur de l’Europe des nouveaux entrants.

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Mais, c’est aussi le cas hors de l’Europe de pays tel la Chine, l’Inde ou la Corée du Sud. On a estimé, dans une note datant de 2009, que prés d’un chômeur sur deux en France était dû à ce phénomène, et il s’agit ici il faut le souligner de chiffres nets et non bruts, soit incluant les création d’emploi sur le territoire français que le libre-échange a permis.

 

C’est aussi le produit de la politique monétaire, telle qu’elle a été conduite depuis la fin des années 1980 dans la perspective de l’entrée dans la zone Euro, puis avec la matérialisation de cette dernière. Le taux de change actuel de l’Euro, entre 1,385 USD et 1,415 USD, et ce en dépit de la pression baissière qu’exercent les événements de Grèce, joue un rôle qui est à l’évidence très négatif.

 

Nous voici pris au piège d’une nouvelle période d’austérité, au moment où la concurrence internationale se renforce par le biais du libre-échange et le l’Euro. Cela, nos dirigeants l’admettent à demi-mot. Les déclarations de N. Sarkozy sur le départ de France de certaines activités l’attestent. Mais, ils sont bien décidés à ne pas agir.

 

Je ferai ici une petite critique de Jacques Sapir sur la mesure de la productivité. Comme je l'ai écris dans un de mes premiers textes la productivité employée par les économistes est toujours un calcul fait à partir du PIB. Or ce PIB est gonflé par les importations en provenance des pays à bas salaire, c'est Jean Luc Gréau qui a vue le premier ce paradoxe sans en creuser les conséquences. Nous importons la productivité chinoise en même temps que leurs produits de sorte qu'il est devenue très difficile de voir l'évolution réelle de la productivité du travail en se basant uniquement sur les chiffres comptables. Il nous faudrait des chiffres en volume de production et non en valeur monétaire.

 

II L’Europe épuisée…

 

Pour toute justification, nos dirigeants nous parlent de l’Europe. L’opposition socialiste n’a pas d’autre discours. Les deux convergent donc vers cette nouvelle cure d’austérité que l’on veut nous imposer.

 

Et pourtant, l’Europe est épuisée.

 

Elle l’est en tant que mythe. Qui peut encore croire en un approfondissement de sa dimension fédérale alors que l’on s’apprête à abandonner les pays les plus endettés. Mais elle l’est aussi, et très profondément, dans son projet et dans son action. Pour s’en convaincre, détaillons. Il faudrait d'ailleurs faire remarquer aux européïstes que la plupart des accords entre les états européens sont des contraintes comme la limitation des déficits, de l'inflation, de la dette etc.. L'Europe parle toujours de punition, de sanction en cas de dépassement de critères arbitraires, jamais d'entre-aide ou de solidarité. La commission européenne est une espèce de père fouettard toujours prêt à punir le cancre de service.

 

Si tout le monde a actuellement les yeux rivés sur la Grèce, on peut remarquer sur la figure 4 que les titres d’assurances sur les défauts de crédit connaissent une forte hausse de leurs taux dans 3 autres pays, le Portugal, l’Espagne et l’Italie. En fait, depuis le début de la crise des liquidités en octobre 2008, jamais le calme n’est revenu sur ce marché. La hausse actuelle est très significative car elle a lieu à un moment où les liquidités ont été reconstituées. Le fait d’appartenir à la zone Euro, qui avait effectivement entraîné un alignement des conditions du placement des dettes de ces pays sur l’Allemagne, ne joue plus aujourd’hui.

 

Avec la crise, l’endettement public a explosé comme nous l’avons vu. Mais, plus encore, c’est la crédibilité de la zone Euro qui a volé en éclats. Or, le Traité sur l’Union Monétaire exclu toute solidarité entre les pays de la zone. Nous trouvons ici le premier paradoxe européen. On institue un système monétaire qui est, dans son essence, fédéral, mais on se refuse à fédéraliser les budgets.

On peut par ailleurs comprendre les réticences de pays comme l’Allemagne devant un budget fédéral. L’Allemagne n’entend pas payer pour les autres, même si, sur le fond, une partie de sa croissance récente s’explique par le fait que les autres pays ont mené des politiques budgétaires expansionnistes alors que l’Allemagne misait tout sur ses capacités d’exportation. Seulement, connaissant la position de l’Allemagne, pourquoi avoir accepté le principe de la monnaie unique ?

Figure 4

Écart des taux sur les Credit Default Swaps souverains

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Le maintien de taux de change entre les monnaies nationales et l’Euro aurait permis de jouer sur l’ajustement des monnaies. Le système d’une monnaie commune, établissant une barrière face au reste du monde, mais ne fixant pas définitivement les parités de change pour les pays membres, était et reste, de loin le plus logique.

Devant la crise qui menace, on peut craindre qu’il ne soit trop tard et qu’il nous faudra passer par un éclatement de l’Euro pour pouvoir revenir vers cette solution de bon sens. Il faut ici noter que la perte de la coordination monétaire n’est pas souhaitable. Le problème n’est pas le principe de la coordination, mais son application de manière ne tenant absolument pas compte des réalités des structures économiques des différents pays. En cela, la solution de la monnaie commune permettait de concilier la coordination avec une souplesse relative dans les ajustements entre pays de la zone.

 

L’épuisement de l’Europe peut se constater par ailleurs dans les négociations avec l’OMC et dans la fiction que l’on nous sert de manière régulière comme quoi l’Europe nous protègerait de la mondialisation.

 

L’indice de Balassa de l’économie française, que l’on a représenté dans la figure 5, se calcule comme la somme du commerce extérieur (exportations + importations) en pourcentage du PIB. C’est une indication du taux d’ouverture internationale d’une économie.

 

Il était resté relativement stable jusqu’au début de 1988 où commence un premier mouvement d’accélération de l’ouverture économique.

Puis à partir de 1994 on assiste à un second mouvement, encore plus impressionnant. Il est directement lié aux conséquences du traité de Maastricht et au poids renouvelé pris par les directives européennes dans la gestion du commerce international français.

Ainsi peut-on comprendre la dynamique de cette ouverture qui a été impulsée essentiellement par des négociations dans lesquelles l’Europe a joué un rôle majeur, et dont on voit aujourd’hui qu’elle est nettement excessive.

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Loin de constituer un écran et une protection, les directives européennes ont souvent été en avance sur l’OMC. En fait, nous nous sommes ouverts massivement du fait de l’Europe et nous en payons aujourd’hui le prix avec le processus de désindustrialisation et avec les diverses formes de délocalisation. Par ailleurs, cette ouverture n’a nullement profité à l’économie française. Le solde commercial, qui s’était un instant redressé au début des années 1990, a ensuite replongé, phénomène largement dû à la surévaluation de l’Euro, mais pas uniquement.

 

En effet, la France et les autres pays européens ont aussi souffert à partir de 2002 de la politique de l’Allemagne qui a transféré une partie des coûts de la protection sociale des entreprises vers les travailleurs (ce que l’on a proposé en France sous le nom de TVA sociale). Par cette politique, l’Allemagne n’a pas seulement fait baisser ses coûts de production d’environ 10% mais elle a aussi contracté sa demande intérieure. Cette politique a permis à l’Allemagne de réaliser des gains commerciaux impressionnants, mais au détriment de ses voisins.

On constate alors (figure 7) qu’une telle politique qualifiée « d’exploitation du voisin » (ou en Anglais « Beggar thy neigbours ») est parfaitement possible dans le cadre de l’Union Européenne et de la zone Euro !

 

Figure 6

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Les banques ont aussi été dérégulées. Certes, le processus a été moindre qu’aux États-Unis, mais pas de beaucoup.

Ne trouvant pas d’occasions de placement suffisamment rémunératrices en Europe, du fait de la politique monétaire de la BCE, elles se sont précipitées sur les titres américains et nous sommes devenus ainsi partie prenante de la crise américaine. À cet égard, si l’on a beaucoup glosé sur l’état des banques britanniques, il faut constater qu’un pays que l’on décrivait comme « vertueux » tel l’Allemagne a été au moins autant touché par les créances dites « toxiques ».

 

L’Union Européenne non seulement n’a pas été un instrument de protection face à la crise, mais, par sa politique macroéconomique comme par sa politique structurelle, elle a été un facteur puissant d’importation de cette crise.

Une responsabilité particulière pèse sur la zone Euro et sur la BCE qui, tant du fait de l’appréciation de l’Euro qui n’a pas été combattue et qui a même été souhaitée comme mécanisme de lutte contre l’inflation que de celui des politiques de réglementation et de supervision des banques, qui ont été dramatiquement insuffisantes, à largement contribué à propager la crise américaine et à en faire une crise mondiale.

 

 #########Ici Jacques Sapir montre un graphique de l'évolution du taux de change entre le dollars et l'euro malheuresement ce dernier n'est pas passé sous openoffice. Je me permet donc de mettre ce graphique sur l'évolution monétaire entre la zone euro et le dollars (la période pré-1999 est un calcul à postériori de la valeur de l'euro cette monnaie n'étant officiellement apparue qu'en 1999)


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L’épuisement de l’Europe se voit aussi dans les réactions face à la crise. Il n’y a pas eu de plan de relance commun, mais la simple addition des plans nationaux. Les discours ronflants sur ce point ne changent rien.

Les pays de l’Union Européennes se sont d’ailleurs contentés de jouer sur la dépense publique, et de manière en réalité relativement limitée à l’exception de l’Espagne et de l’Irlande, pour ce qui concerne les plans de relance. Ils n’ont introduit quasiment aucune mesure de politique industrielle alors que le besoin en est pressant.

Il faut ajouter que la Commission a veillé qu’il en soit ainsi, en s’opposant à tout ce qui pouvait ressembler à de telles politiques. L’application des directives européennes sur la concurrence et les services publics va se traduire par ailleurs par un nouveau choc déflationniste sur nos économies.

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D’ores et déjà la division entre Réseau Ferré de France et la SNCF, entre EDF et le Réseau d’électricité, sont la cause d’incidents multiples et généralement d’une baisse dramatique des investissements en infrastructures. Nous ne pouvons même plus jouer sur cette variable, qui a pourtant l’immense avantage d’assurer que la dépense que l’on fait est au profit d’entreprises employant de la main d’œuvre nationale.

 

Dernier exemple, le sommet de Copenhague où l’Europe a été incapable de peser d’un poids quelconque en raison de ses divisions. Il est vrai que définir une position commune à 27 tenait de la gageure. Nous avons payé au prix fort le processus de l’élargissement, et sans en avoir de réelles retombées politiques comme on l’a vu lors des dernières élections au Parlement Européen.

 

L’Union Européenne n’est plus le cadre nécessaire ni même efficace de la croissance. La politique de la BCE, entièrement tournée vers la stabilité des prix, entrave cette dernière. Elle le fait au nom du dogme qui veut que la stabilité des prix soit un préalable nécessaire à la croissance, alors que nous savons depuis des années d’une part qu’un certain niveau d’inflation peut être nécessaire à la croissance et d’autre part que ce niveau d’inflation diffère suivant les pays.

Telle était le constat que l’on pouvait tirer avant la crise. Il s’appliquera avec encore plus de force pour la sortie de la crise.

 

    III Quelles politiques ?


Nous sommes donc confrontés à la perspective d’une période relativement longue de faible croissance et d’accélération du processus de déconstruction sociale dont nous pouvons déjà voir les effets de nos jours. Le dérapage de la dirigeante socialiste, Mme Martine Aubry, sur la question de l’age de la retraite indique bien que, sur nombre de problèmes, il y a un accord de fond entre le gouvernement actuel et une partie de l’opposition. Ce dérapage n’est d’ailleurs pas le premier que commet un dirigeant socialiste dans le domaine de la politique économique. C’est cette situation qui engendre le remplacement du débat politique par la querelle des ego.

On va dès lors lancer des noms en supputant leurs chances de battre Nicolas Sarkozy. On avancera des noms, tel aujourd’hui et tel autre demain. Mais on ne posera jamais la seule véritable question qui est « pour quelle autre politique ? ».

Pourtant, une autre voie est possible. Elle est surtout nécessaire si nous ne voulons pas nous résigner à la régression sociale et au démantèlement du modèle social français et de ce qu’il apporte, y compris au-delà de nos frontières.

 

Il faut ici évacuer l’une des solutions qui est le plus souvent proposée est qui en réalité est une solution fausse, l’alignement de la politique économique et sociale de la France sur ce qui est qualifié de « modèle scandinave » (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède).

Les pays qui sont censés composer ce modèle ne sont ni homogènes entre eux ni comparables aux pays de l’Europe occidentale.

 

Il y a tout d’abord un effet d’échelle. Aucun de ces pays ne dépasse les 10 millions d’habitants, et certains sont même très en dessous de ce chiffre. On ne transpose pas des solutions, seraient elles réellement miraculeuses, d’un pays de 10 millions à un pays de plus de 65 millions d’habitants. La complexité des problèmes sociaux et économiques, le degré d’hétérogénéité de l’économie croissent avec la taille démographique et, en réalité, avec le carré de celle-ci. L’incompréhension de ces effets d’échelle, le parti pris théorique de ne pas en tenir compte, invalide radicalement mais sûrement les comparaisons en la matière.

 

Par ailleurs, ces pays sont très largement différents quant à leurs dynamiques économiques. L’un, l’Islande, a fait faillite avec la crise et ne s’en remettra pas avant longtemps. Un autre, la Norvège, est en réalité un émirat pétrolier du cercle polaire. Le fait qu’il gère fort astucieusement ses ressources n’y change rien. La Finlande, quant à elle, a largement bénéficié de la croissance russe des années 2000 qui a eu un puissant effet de traction sur son économie. La Danemark bénéficie d’une ancienne, et durable, spécialisation sur des produits de l’agro-alimentaire ainsi que sur quelques niches. Il peut se le permettre, étant donné sa petite taille. Vouloir cependant transposer cette politique, qui finance la fameuse et tant vantée « flex-sécurité » à un pays dont la population est pratiquement dix fois plus nombreuse relève de la folie pure. Quant à la Suède, qui est le plus grand des pays scandinaves, outre le fait que son modèle social est profondément en crise, il faut ajouter que ce pays n’est pas membre de la zone Euro, ce qui n’est pas sans importance, et qu’il bénéficie aussi d’une dotation en facteurs très avantageuse (on le voit avec l’importance de l’électricité hydraulique dans sa balance énergétique).

 

Il est ainsi parfaitement vain de parler d’un « modèle scandinave » comme si nous étions en présence d’un ensemble économique homogène. De plus, pris un par un, ces pays sont bien trop petits pour pouvoir nous fournir une base de comparaison et d’imitation. Il faut abandonner le recours à ce « modèle » qui doit être compris comme une facilité de langage bien plus que comme une réalité.

 

Ceci nous renvoie donc à notre problème initial, la définition d’une politique économique et sociale qui soit en mesure de sortir la France de son marasme. En théorie, une autre politique européenne serait possible, car ce que l’Europe a défait, elle pourrait, idéalement, le refaire. On peut imagine une autre politique de la BCE, qui en particulier accepterait alors de financer la dette publique induite par la crise au même taux qu’elle refinance les banques et qui adopterait une objectif de plein-emploi à concurrence avec son objectif d’inflation. On peut imaginer un Euro évoluant de la monnaie unique à la monnaie.

 

On peut imaginer cette Europe introduisant des droits de douanes fondés sur les différences de situation sociale et écologique avec les autres pays, et rétablissant pour une période transitoire l’équivalent des montants compensatoires monétaires entre les anciens et les nouveaux membres, ici encore au service d’une harmonisation sociale et écologique.

 

On peut enfin imaginer une harmonisation des règles sociales à l’échelle européenne avec une convergence progressive sur le modèle social le plus avancé.

 

Il n’est pas interdit de rêver ni d’imaginer. D’une certaine manière, cela représente la meilleure des situations possibles.

 

Mais la réalité nous impose de regarder les choses en face. Toucher au statut de la BCE implique d’une part un affrontement avec l’Allemagne et d’autre part de convaincre les 11 autres pays membres. Enfin, cela fait plus de vingt an que l’on parle d’une « Europe sociale » et elle reste toujours dans les limbes.

 

On doit donc considérer que de telles réformes ne seront pas possibles à 27 et, même dans le cadre d’une Europe réduite aux 15 membres d’avant le processus d’intégration, elle se heurtera aux règles de l’unanimité. Accepter de s’y plier, c’est accepter tout ce que l’on a décrit au début de ce texte. C’est la pire des situations possibles. C’est pourquoi il nous faut, sur la base de l’expérience, récuser toute politique qui ne donnerait que l’Europe comme solution à la crise de l’Europe.

 

Il existe pourtant une situation qui, sans être la « meilleure » du moins nous assure de ne pas nous résigner au pire. L’Europe ne se changera pas sans un affrontement, voire un éclatement. Nous ne ferons pas l’économie d’une épreuve de force, et il faut s’en convaincre et s’y préparer afin d’en tirer le meilleur parti. Nous n’avons pas à le redouter. Ce sera l’occasion de remettre à plat l’architecture de la construction européenne. Il n’est pas d’autre choix possible que d’avancer, pour un temps, seul. Mais, l’ébranlement que provoqueraient des actions unilatérales de la France auraient comme effet immédiat d’ouvrir un immense débat en Europe. Si nous aurons à prendre nos premières seuls, gageons que nous ne le resterons pas longtemps. Je rejoins ici Jacques Sapir je l'ai écris dans un texte précédent , je crois sincèrement qu'il n'y aura pas d'autre échappatoire que la sortie de l'union européenne. Ceux qui pensent pouvoir changer l'europe grace aux institutions actuelles de l'UE sont, soit des charlatant ,soit des naïfs. 

 

Disons le tout de suite, cette épreuve de force a pour but de faire évoluer nos partenaires. Une occasion a été perdue en 2005. À la suite du référendum sur le TCE, il aurait été possible d’avancer dans une autre direction. Tout s’y prêtait, la légitimité que confère un vote aux résultats nets entre autres. Ceci n’a pas été le choix de Jacques Chirac, et il en porte l’entière responsabilité. Mais il est vrai, aussi, que tout ce qui pouvait être dit à l’époque s’est depuis vérifié. Nous pouvons désormais faire le tri des discours et des expériences.

 

Une politique alternative devra alors être au départ conçue pour être exécutée par la France de manière unilatérale. Elle devra s’inscrire simultanément dans une perspective de long terme et de court terme. Elle devra se fixer comme objectif de reconstituer l’alliance indispensable entre les classes populaires et les classes moyennes.

 

Un tel objectif implique un affrontement direct avec le sommet des couches aisées et en particulier celles qui se sont dénationalisées dans la mesure où leurs revenus et leurs conditions de vie ne sont plus liés au territoire national. 

J'ai sous-ligné ce passage car il est très important, même si certains trouverons cette phrase très marxiste, elle n'en ai pas pour autant fausse. Il y a bien une lutte des classes qui, pour l'instant, n'a qu'un seul participant conscient, celle des hautes sphères cosmopolites. 


Elle aura donc des éléments structurels. Une autre politique fiscale est nécessaire et elle implique, pour être efficace, un strict contrôle de la circulation des capitaux à court terme. Ceci aura pour effet de mettre entre parenthèses la zone Euro, mais sans toucher pour l’instant à l’essentiel. Dans la mesure où la France est un exportateur net de capitaux, ce contrôle ne peut être que bénéfique. Cette politique fiscale devra s’accompagner d’importantes et ambitieuses mesures concernant nos infrastructures. Elles viseront à accroître l’efficacité énergétique et réduire l’impact écologique, à améliorer le réseau de transports et à mettre fin à l’appauvrissement de nos services publics, et en premier lieu de l’éducation. La reconstruction de nos villes, dans le dessein d’en améliorer l’écologie sociale et environnementale sera aussi une priorité. De telles mesures ne sont pas compatibles avec les directives européennes sur ce point. Ces dernières devront être suspendues sine die.

 

Pour illustrer le fait que la France est un exportateur net de capitaux voici l'évolution des investissements direct à l'étranger sur la période 2000-08. On présente souvent la France comme l'une des destinations préférées des investissements mondiaux et c'est vrai. La France attire les capitaux étrangers en grand nombre, même si la chine est désormais le premier attracteur mondiale. Mais ce que l'on oublie généralement de dire c'est que la France est aussi le premier exportateur mondial de capitaux! Et quand on fait le bilan entre ce qui entre et ce qui sort il est lourdement négatif. Rien que sur la période 2000-2008 c'est 388 milliards d'euro cumulé sur 8 ans qui se sont évaporés à l'étranger, soit une moyenne de 48.5 milliards d'euro par an. Soit 2.5% de notre PIB de 2008 retiré tout les ans à notre économie, pas étonnant que notre croissance soit si faible. Entre ça et le déficit commercial il faut être sacrément culotté pour représenter la libération des capitaux et du commerce comme positif pour notre pays. L'épargne française sert donc surtout à financer la croissance de pays étrangers.

IDEfrance

Ces mesures cependant s’inscrivent dans le long terme. Elles posent le problème de leur financement et ne répondent qu’imparfaitement aux urgences de l’heure.

 

La dimension conjoncturelle de cette politique alternative est tout autant aussi. Elle devra avoir deux volets, l’un concernant la taxation des importations et l’autre concernant le domaine de la monnaie.

 

Il conviendra donc, dans un premier temps, d’introduire immédiatement l’équivalent de ce que l’on appelle dans le mouvement syndical européen une « taxe sociale et écologique aux frontières ». Elle pourrait prendre deux noms, « taxe » pour les pays hors de l’UE et « montant compensatoire social et écologique » pour les pays membre de l’UE. Son principe est simple. Il s’agit de prélever sur tout produit entrant en France pour y être consommé ou utilisé la différence qui existe entre la productivité du pays d’origine et la France pour les biens de la branche et le coût salarial total (incluant le salaire direct et les salaires indirects). Le produit de cette taxe serait utilisé temporairement (et cela a beaucoup d’importance) à subventionner certaines de nos exportations. En effet, dans la situation actuelle il ne suffit pas de faire monter les coûts de nos importations mais il faut aussi faire baisser ceux de nos exportations, du moins pour certains produits industriels. Ce faisant nous ne ferions, sous une autre forme, que répondre à la politique allemande du début de la décennie. Il est clair que l’utilisation de cette taxe peut être différente. Quand nous arriverons à un accord avec nos partenaires, il est probable que le produit de cette taxe sera affecté à un fonds social et écologique européen. Mais ceci devra être l’un des résultats du débat que nous aurons impulsé à travers la mise en œuvre unilatérale de cette taxe.

 

Dans le même temps, il conviendra de modifier le statut de la Banque de France pour d’une part l’autoriser à prendre unilatéralement toute mesure réglementaire conservatoire et d’autre part pour l’autoriser à acheter des bons du Trésor. Nous avons ainsi la condition de financement de la politique structurelle que nous avons évoquée plus haut. Notons que l’on se place toujours dans le cadre de l’Euro. La Banque de France émettrait ainsi des Euros par un simple jeu d’écriture, droit quelle peut parfaitement s’arroger. Cela aurait pour effet de faire baisser le taux de change de l’Euro rapidement. Mais, il est évident que ceci met en cause la zone Euro, et implique des négociations rapides sur son futur. Notons que, dans ce cas, nous serions relativement protégés par un contrôle strict sur les mouvements de capitaux que l’on a déjà évoqués dans le cadre des mesures structurelles. Dès lors, deux solutions se dessinent. Soit nos partenaires de la zone admettent que la BCE doit changer et doit porter sa part de l’endettement public qui a été consenti en contrepartie de sa politique restrictive de la période précédente et du soutien à l’économie durant la crise. C’est donc la BCE qui prendra alors le relais de la Banque de France ainsi ressuscitée. Soit aucun accord n’est possible. Dans ce cas, nous assisterons à l’éclatement de la zone Euro et au retour à la souveraineté monétaire, qui désormais retrouve son plein exercice avec le contrôle des capitaux qui aboutit à rendre sa liberté à la Banque de France en matière de taux d’intérêt. Cependant, cette solution présente pour certains bien plus de dangers que pour nous-mêmes. La probabilité d’une forte réévaluation de la monnaie allemande se profile alors, dans la mesure où elle ne peut plus compter sur les soi-disant mauvais élèves de la zone Euro pour compenser les effets de son excédent commercial. Cette appréciation risque de condamner à terme le modèle allemand, et ce d’autant plus si elle est accompagnée d’une taxe aux frontières. La logique voudrait donc que l’Allemagne accepte une refonte de la zone Euro.

 

Tel est le cadre technique dans lequel devrait s’inscrire une politique économique alternative. Un certain nombre de mesures ont été volontairement laissées dans l’ombre. Il est clair qu’une telle politique provoquera au départ de fortes tensions et qu’il convient ne pas dévoiler la totalité des mesures qui pourraient être prises. Cependant, le cadre ainsi fixé est clair. Il faut à court terme jouer sur des droits de douanes et sur la dimension monétaire pour retrouver le cadre d’une expansion économique tout en provoquant une réduction du poids relatif de la dette. Il faut à long terme réorienter l’investissement en le dégageant de la pression des marchés financiers (d’où le rôle stratégique du contrôle des capitaux) afin de le diriger vers les infrastructures, ce qui implique la mise en sommeil de certaines des directives européennes (mais pas de toutes). La vision de l'intervention de l'état pour Jacques Sapir est celle d'un état non pas socialiste, qui se substituerait complètement à l'activité privé. Mais celle d'un état jardinier, qui entretient son potager favorisant tel ou tel pousse, mettant des tuteurs et faisant attention à ce qu'aucun nuisible ne vienne perturber la pousse des entreprises. C'est un état pragmatique qui a pour but le bon fonctionnement de l'économie nationale, dans ce cadre le commerce, le protectionnisme ou les déficits publiques ne sont pas des buts, mais des moyens au service du bon développement national.  

 

Une telle politique est la seule qui puisse offrir un réel espoir aux classes populaires, qui ont vu leurs revenus stagner depuis maintenant dix ans, mais aussi aux classes moyennes auxquelles elle ouvre la perspective d’un rééquilibrage de la pression fiscale et, via le retour à une forte croissance, d’une reprise de l’ascenseur social. C’est donc autour de cette politique que doit se construire l’alternative politique faisant écho à l’alternative économique.

Dès lors, la question du choix du candidat est relativement secondaire. Elle doit donc être posée après, et non avant, le choix d’une politique et lui être subordonnée.

 

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Published by Yann - dans économie
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Hadrien 28/01/2011 14:35



LA « LONGUE MARCHE » DE PEYRESALADE (-Suite-)
PARTIE II : DU PARTAGE DE LA RICHESSE (2) à (12)


Outre les courbes corrigées déjà données ci-dessus, il est important de bien se mettre en tête les paroles de (peyrelevade | le 14 janvier 2011 à 17:04) :
JP: en 81/82 la part des salaires dans la valeur ajoutée au prix de base a atteint un pic absolu, record historique qui n’a plus jamais été touché… On peut rester un court moment en haut de
l’EVEREST. Personne ne considère que c’est une situation normale. Juste pour donner un peu de perspective objective, je cite à nouveau les chiffres de la République, relatifs aux deux années
extrêmes de la période considérée. En 1960, la part des salaires était de 67,1, celle de l’EBE de 30,2. En 2008, la part des salaires était de 65,1, celle de l’EBE de 31,3. Entre les deux, on a
essayé de monter en haut de l’EVEREST et on s’est cassé la gueule.
…afin de mieux savourer celles qui les ont précédées depuis un an et demi :


COMMENT APLANIR L’EVEREST


JP: Je maintiens ma thèse : depuis cinquante ans, la marge brute des sociétés non financières n’a pas sensiblement varié.


JP: Il est vain de poursuivre la polémique : la répartition de la valeur ajoutée entre salaires et marge brute est en France restée remarquablement stable.


JP: La prise en compte des sociétés financières ne modifie pas le paysage. En d’autres termes, les financiers manipulent et font circuler d’énormes masses d’argent avec une valeur ajoutée faible
!


JP: Regardons-y de plus près…La marge brute s’effondre, de 30% …Les plans de rigueur de 1982 et 1983 et la “désinflation compétitive” permettent de corriger partiellement la situation.


JP: Les marges brutes des sociétés non financières sont stables depuis cinquante ans, aux alentours de 30% en moyenne. J’ai passé beaucoup de temps à essayer de vous en convaincre.


JP: Continuons notre promenade en prenant maintenant comme guide le rapport Cotis que j’ai enfin lu…Nous avons le même diagnostic : la stabilité du partage de la valeur ajoutée, ce qui signifie
qu’au cours de la période les salaires bruts par tête ont augmenté au même rythme que la productivité du travail.


Outre les courbes déjà référencées, il est alors recommandé de jeter un coup d’oeil sur celle de la productivité, par Jacques Sapir : http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2963


Car le rapport Cotis (Directeur de l’INSEE) commandé par Nicolas Sarkozy, lui aussi, commentait le diagramme par un résumé officiel qui noyait le poisson en ces termes :
– Il ressort de ce dernier que l’ensemble de la rémunération du travail représente 67% de la valeur ajoutée des sociétés non-financières. Depuis vingt ans ce niveau est plutôt stable…
Au vu des courbes, ce que l’on retenait de pareils commentaires, c’est le fameux
THEORÈME DE COTIS-PEYRELEVADE:
Lorsqu’une fonction du temps, aprés une progression ascendante durant plus de trois décennies (les Trente Glorieuses) s’effondre en moins d’une demie décennie (Tournant de la Rigueur) vers sa
valeur la plus basse, c’est qu’elle est “plutôt stable” (COTIS)… et revient à sa valeur normale (PEYRELEVADE) !


COMMENT CONCEVOIR LE SENS DE L’HISTOIRE


JP: Passons donc au deuxième point, celui du partage des revenus entre les ménages. Tout part d’un article de Thomas Piketty dans Libération du 17 mars dernier : « les inégalités ont explosé
en France au cours des dix dernières années.” Le terme est fort et je n’ai pas, intuitivement, le sentiment qu’il soit justifié.
JP: Je cite à nouveau TP : “L’étude de Camille Landais le démontre sans contestation possible…avec pour conséquence un transfert de l’ordre de 15 points de revenu national en direction du 1% le
plus riche, et la stagnation du pourvoir d’achat du reste de la population.” Là, je m’interroge vraiment : un transfert de l’ordre de 15 points du revenu national en direction du 1% le plus
riche, c’est énorme.
JP: Camille Landais nous dit que de 1998 à 2005 la somme des revenus déclarés par les ménages a augmenté de près de 19% en euros constants, soit un taux de croissance annuel moyen de 2,52%.
Cependant, le nombre de ménages a simultanément augmenté d’un peu plus de 10%, soit 1,6% par an. De ce fait, le revenu moyen par ménage ne s’est accru que de 0,82% l’an (et 0,60% l’an pour le
revenu médian) ce qui est effectivement bien peu.
JP: Y aurait-il eu captation de cette faible progression des revenus, au sein de la catégorie des ménages, par les plus favorisés ? Oui répond Camille Landais, et de façon spectaculaire. Ma
propre réponse est sensiblement différente. La vraie raison, c’est la médiocrité de notre taux de croissance et l’on ne gagne rien à trouver une mauvaise cause à un vrai problème.
JP: Si on regarde la répartition des revenus entre ménages, il n’y a aucun doute que l’ “ultra-riche” (le millième des plus fortunés) a vu sa situation s’améliorer beaucoup plus vite que la
moyenne depuis une quinzaine d’années… Quoi qu’il en soit, ce mouvement est-il contraire au sens de l’histoire ? Du partage de la richesse (12)


Répondre non à cette question, comme tous les progressistes, c’est bassement démagogique. Et JP n’en veut pas de la démagogie…Ah ça, non !


C’est pour ça qu’il est entré à la fondation SAINT-SIMON:
Créée en 1982 pour “dépasser certaines pesanteurs du passé et en finir avec la diabolisation antérieure de toute culture de gouvernement, pour ouvrir intellectuellement un nouvel espace à la
pensée réformatrice”, ce fut l’un des réservoirs qui alimentèrent nombre de groupes de réflexion destinés à préparer « l’ajustement structurel de la France ».
Alain MINC fut le trésorier de la fondation. Jean PEYRELEVADE en constitua une recrue appréciée. Le président de la Société des lecteurs du Monde et lui ne manquaient pas d’amis dans les médias,
ce qui leur permit d’injecter plus facilement dans les veines de la société leurs théories de la rationalité. Et ce qui conféra une coloration de gauche à des idées qui ne l’étaient pas.
Une idée centrale, que rapporte S. Halimi, « la préférence française pour le chômage », n’est elle-même que la resucée d’une exigence ancienne de Raymond Barre: celle d’une
« désinflation sociale compétitive ». L’ancien Premier ministre avait en effet pourfendu « une défense aveugle et simpliste » des salaires. L’augmentation du nombre de
chômeurs avait beau coincider avec la baisse du pouvoir d’achat des salaires, cela ne pouvait prouver qu’une chose: que la baisse n’avait pas été suffisante, et que l’augmentation des
rémunérations et des charges avait excédé celle de la productivité…!


COMMENT FAIRE MAIGRIR LES FRANÇAIS


Il y a deux personnes que JP vénère entre toutes :
Raymond Barre, pour avoir dit « il faut que les Français maigrissent »,
et Jacques Delors, pour y avoir réussi avec l’Europe !


Car 1982, c’est le moment du “don Delors” au patronnat, celui de la desindexation des salaires sur les prix…et donc sur la productivité.
Le ministre en question s’en félicitera plus tard en ces termes:
” Nous avons obtenu la suppression de l’indexation des salaires sans une grève ! ”
(Cité in Jean Lacouture et Patrick Rotman: Mitterand, le roman du pouvoir, Seuil, 2000)


Et en 1983, la France aurait-elle pu transiter du capitalisme d’Etat vers un socialisme de marché planifié ? Ou fallait-il préserver la nouvelle parité monétaire au sein du SME ?
Lors de la visite des “visiteurs du soir”, avant d’en décider le vendredi 23 mars 1983, la première ligne fut défendue par Jean-Pierre Chevènement, la seconde par Jacques De



Hadrien 28/01/2011 14:28



LA TRAHISON DE LA FINANCE (titre de Georges Ugeux)

Pour que le secteur public soient géré dans l’intérêt général, encore faut-il que ses responsables ne soient pas acquis à la cause libérale du secteur privé.

Ainsi, avant même le “tournant de la rigueur” de 1983, les nationalisations de 1981 n’ont pas été faites avec le soutien unanime des “conseillers de la gauche”, ce qui devrait rappeler à M. Ugeux
les hauts faits d’armes de son collègue banquier J.Peyrelevade.
Il est piquant, à ce sujet, de relever dans Wikipedia:

_______________________________________________________

” PEYRELEVADE: Nommé en 1981 directeur adjoint du cabinet de Pierre Mauroy et conseiller économique du Premier ministre, il géra les nationalisations, tout en professant son opposition à
celles-ci [on ne peut mieux dire!].
Il a occupé de nombreuses fonctions de responsabilité notamment à la tête de grandes entreprises nationalisées : président de Suez de 1983 à 1986,…, de l’UAP de 1988 à 1993, et du Crédit lyonnais
de 1993 à 2003 [toutes privatisées dès son départ, montrant qu’il avait bien préparé le terrain].”
_______________________________________________________


Lorsque la gauche, revenue au pouvoir en 1988, tente de reprendre le contrôle de la Société Générale, le ministre Beregovoy demande sa participation à Peyrelevade qu’elle vient de nommer
Président de l’UAP.
Il est à nouveau piquant de relever dans le rapport du Sénat à ce sujet (dont l’intégralité est consultable en ligne):

_______________________________________________________

3° - La participation des actionnaires publics de la Société Générale : une bonne volonté inégale.

a) Le double refus de l’UAP

- Le Refus initial de s’associer au montage:
Au lendemain même de sa nomination à la tète de l’UAP, fin juillet 1988, M. Jean Peyrelevade a été contacté personnellement par M. Georges Pébereau pour qu’il participe à l’opération projetée sur
la Société Générale.
Le Président de l’UAP a décliné la proposition qui lui était faite d’entrer à hauteur de 500 MF dans le dispositif.

- L’abstention de l’UAP en novembre 1988:
A la mi-novembre 1988, le président de l’UAP s’est entretenu autéléphone à deux ou trois reprises avec le ministre des Finances “sur quelques aspects techniques” de l’affaire Société
Générale.
Le ministre d’Etat lui aurait fait part de “certaines préoccupations”.
Mais M. Jean Peyrelevade ne considère pas que le contenu de ces conversations téléphoniques ait répondu à la définition que l’on peut donner d’un ordre ou d’une demande.
Tout au plus, un souhait, peut-être.
Ni ordre, ni demande : en conséquence, le président de l’UAP s’est abstenu de procéder en novembre à des achats de titres Société Générale…
[ce qui laissait le champ libre à une équipe de financiers affairistes, au premier rang desquels Georges Soros, d’où le nom “affaire de la Société Générale”]
_______________________________________________________


Entre 1986 et 1988, Chirac avait cédé au privé pour 10 milliards d’actifs:
INDOSUEZ, PARIBAS, La SOCIETE GENERALE, SAINT-GOBAIN, la CGE et MATRA.

L’arrivée d’Edouard Balladur à Matignon en 1993 fera de nouvelles privatisations, qui ne s’arrêteront plus, sous la droite comme sous la gauche:
BNP, UAP, ALCATEL, ALSTOM, RHÔNE-POULENC, ELF, La SEITA.

En 1995, le gouvernement Juppé cèdera à son tour 9,4 milliards d’actifs
dont:
USINOR-SACILOR, RENAULT, La CG Maritime, PECHINEY, BULL.

Avec la législature Jospin et le ministère des finances Strauss-Kahn, le dépouillement de l’Etat s’accentue, avec prés de 31 milliards d’Euros de cession d’actifs:
Le Crédit Lyonnais, Le GAN, Le CIC, L’UIC, CNP Assurance, La Société Marseillaise de Crédit, DASSAULT, l’AEROSPATIALE, THOMSON-CSF, THOMSON Multimedia, EADS, ASF, TDF, La SFP, Les Autoroutes du
Sud de la France, FRANCE TELECOM et AIR FRANCE.

Aujourd’hui, parmi ces entreprises cédées, les seuls profits annuels engrangés par celles du secteur financier avoisinent 30 milliards, dont l’Etat s’est volontairement amputé!
Et la totalité des privatisations a dépouillé l’Etat d’un rapport annuel bien supérieur à notre dette publique, de sorte qu'elle serait aujourd'hui considérablement réduite, sans les
privatisations!
Les thuriféraires du privé, comme DSK, prétendaient alors qu'il fallait amenuiser le secteur public pour réduire la dette (alors qu'elle se réduisait toute seule aprés 95, période de reprise).
Mais sans doute le "meilleur économiste de France", comme M. Barre autrefois, avait-il raison?
Or, on a privatisé les profits des entreprises bénéficiaires, ce qui a déplacé ces profits de l’intérêt général vers les intérêts privés de l’actionnariat. On aurait aujourd'hui plus d'emploi et
renfloué la dette. On a maintenant et le chômage et la dette en augmentation! De qui se moque-t-on?

Car, dans ce capitalisme actionnarial, qui a ainsi supplanté le capitalisme d’Etat à la française, les groupements d’actionnaires minoritaires contrôlant la Corporate Governance ont les yeux
rivés sur un indicateur, la rentabilité financière, dont la maximisation s’avére incompatible avec le plein emploi et l’égalité de revenus.
Du côté de la demande, les débouchés sont alimentés par une redistribution des gains de productivité sous forme de dividendes qui dépendent en premier lieu des classes riches et des ménages
détenteurs de titres.
La montée de l’épargne atteint des niveaux record, mais ne s’accompagne pas d’un boom des investissements. En l’absence d’investissement, le niveau d’une rentabilité financière de 15% n’a pu être
atteint qu’au prix d’une forte compression de la part des salaires dans la valeur ajoutée. En chute de 10 points de 1983 à 1990, la part des salaires dans la valeur ajoutée de l’ensemble de
l’économie s’est stabilisée autour de 60% à un taux plus faible comparé au taux américain.
Laurent Cordonnier, dans un article “Le profit sans l’accumulation…” démontrait alors que la France était devenue le théatre d’une réalisation du profit sans accumulation, où la recession n’est
évitée que tant que les capitalistes consomment leurs dividendes…

Ainsi, au prétendu théorème de Schmidt “Les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain et les emplois d’aprés-demain”vantant en 1983 la vertu des politiques d’offre, il est possible
aprés l’expérience vécue du “tournant de la rigueur” d’opposer le paradoxe de Schmidt: “Les profits d’avant-hier firent l’épargne d’hier et le chômage d’aujourd’hui”.

A preuve:
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2963



Hadrien 26/01/2011 18:39



      Merci à Jacques Sapir dont j'ai utilisé ci-dessous les contre-infos !


LA DESINFORMATION EST-ELLE AUSSI UNE SPÉCIALITÉ FINANCIÈRE ?
Le titre ci-dessous n’a pas l'élégance allégorique de l'auteur Jean Peyrelevade: “Mélenchthon aux chiffres faux”, mais nous l'avons néanmoins respectée car, Peyrelevade c'est toujours des
salades, oui, mais des salades…au thon !

      LA “LONGUE MARCHE” DE PEYRESALADE… À MELANCHTHON !
      PARTIE I: DU PARTAGE DE LA RICHESSE (1) À [Sarkozy: L’erreur historique]

Ayons la curiosité de remonter à l’origine du propos de l’auteur, concernant son présent billet, où Peyrelevade ferait mieux de mettre ses chiffres à jour du biais de salarisation, avant
d’accuser les autres. http://gesd.free.fr/pcrt.pdf
(Michel Husson relèvait les mêmes biais statistiques sur hussonet.free.fr/psal49.pdf)

DU PARTAGE DE LA RICHESSE (1)

JP – Tout commence, pour moi, par un article de Michel Husson du 23 septembre 2007, “la baisse tendancielle de la part salariale”: …intervient au début des années 1980 un retournement de tendance
qui conduit à une baisse régulière puis à une relative stabilisation à un niveau historiquement très bas”. Il ajoute : “La baisse de la part salariale enregistrée en France (9,3 points) entre
1982 et 2006 est voisine de la baisse observée dans l’Union Européenne (8,6 points)”. D’où la conclusion : “il n’est pas possible de faire reculer le chômage sans remettre en cause la
financiarisation et donc la répartition des revenus actuels”.

JP – Le deuxième épisode est de décembre 2007. MM Jean-Marie Harribey et Pierre Kalfa publient dans “Le Monde” du 8 décembre…”Il n’est pas acceptable de considérer comme pérenne la baisse très
importante de la part des salaires ayant eu lieu ces dernières années”.
Là, me dis-je, les choses deviennent sérieuses. Essayer de faire payer…les entreprises en revenant à la situation de 1982 où le partage de la valeur ajoutée leur était exceptionnellement
défavorable, c’est bercer le peuple d’illusions. J’envoie au “Monde” un bref courrier pour marquer mon désaccord sur cette analyse. Le journal m’informe, trois mois plus tard, qu’il n’a pas
l’intention de le publier.

JP – L’épisode suivant est à “Ripostes”, l’émission de Serge Moati diffusée chaque dimanche sur France 5. Cela se passe le dimanche 27 janvier 2008. Henri Emmanuelli reprend les mêmes
affirmations, devant des millions de téléspectateurs. … Comme je suis au milieu de la rédaction de mon dernier livre “Sarkozy, l’erreur historique”, je décide de consacrer un chapitre entier à
cette question et à la perte de compétitivité de l’appareil productif français. Le livre paraît en août 2008 :

——————————————————————————————————

AVANT-PROPOS:
“La réforme de l’Etat…elle se traduit par des décisions qui sont loin de la dimension du problème de finances publiques que nous avons à traiter: 23000 agents de l’état en moins au budget 2008,
soit une diminution de un pour mille. Non pas beaucoup de bruit pour rien, mais beaucoup de bruit pour pas grand chose, du moins dans l’ordre des chiffres” (p.9)

CHAPITRE 1
“On ne parle plus que de la répartition de revenus dont on ignore la provenance: la répartition de droite (en faveur des riches), aujourd’hui mise en oeuvre, s’oppose à la répartition de gauche
(contre les riches) qui le fut hier. Pendant ce temps, faute de s’occuper vraiment de la santé de son appareil productif…la France recule.” (p.24)

CHAPITRE 2 (Le pouvoir d’achat) :
“La promesse d’amélioration du pouvoir d’achat faite pendant la campagne électorale devient une injure aux citoyens si elle ne peut être tenue… Or, elle n’est pas près de l’être. Dans la
répartition de la richesse nationale, les ménages ont reçu leur dû et même un peu mieux.” (p.35)

CHAPITRE 3 (Le mal français) :
“ – Relever la part des salaires par rapport aux profits pour à la fois armer et équilibrer notre économie, ce serait une façon de redonner aux Français des repères !
Drôles de repères qui ont pour effet d’égarer. Quel malaise de voir Nicolas Sarkozy et Lionel Jospin professer les mêmes erreurs: démagogie de droite et démagogie de gauche, également ancrées, se
rejoignent.Ce qui montre à quel point le mal est profond. A quoi sert de changer nos dirigeants s’ils professent tous les mêmes inepties? ” (p.71)

CHAPITRE 4:
” C’est aux bénéficiaires et à eux seuls de payer par leurs impôts et leurs cotisations les prestations qu’ils reçoivent. Les personnes physiques, les ménages, sont les seuls concernés, les seuls
à être malades ou à prendre leur retraite. Que vient faire ici l’entreprise qui ne connaît pour elle-même ni droit à pension ni droit à assurance santé? Demander une contribution au système
productif n’a comme sens que de masquer l’ampleur de l’effort nécessaire et comme seul effet de peser sur sa compétitivité.” (p.103)

CHAPITRE 5 (Les fausses solutions) :
“Un Etat impécunieux est un Etat impuissant, on ne renforce pas une économie qui a un problème d’offre en allégeant les impôts des ménages, et les plus beaux gadgets ne peuvent pallier l’absence
d’une vraie pensée macroéconomique . Si l’on veut trouver un sentier de croissance plus favorable, le transfert doit se faire dans l’autre sens. Seuls les ménages peuvent financer l’effort à
consentir en faveur des entreprises.” (p.144)

CHAPITRE 6 :
“Pascal Lamy à Rivoli…, moi-même à Matignon servions de relais entre nos patrons politiques respectifs (Jacques Delors aux Finances, Pierre Mauroy Premier ministre)” (p.158-159)
“C’est ainsi que fut pris le virage de politique économique de Juin 1982, puis mars 1983, vers ce que Lionel Jospin, alors premier secrétaire du parti socialiste, crut bon d’appeler la parenthèse
de la rigueur, commettant ainsi une erreur de forme et de fond… (p.151)
“Il y eut dans notre action, pour une part significative, comme une sorte de relicat de correction Barriste…Une hausse temporaire des prélèvements obligatoires sur les ménages fait partie
intégrante de tout plan de redressement digne de ce nom (155-156):”
“De 1982 à 1984, le taux de croissance de l’économie française fut divisé par deux (de 2,4 à 1,2%)… Simultanément, en 1983 et 1984, le pouvoir d’achat des ménages subit une légère diminution
(-0,1 puis -1,1%), ce qui était conforme à la politique suivie.” (p.156-157)

CHAPITRE 7 (Les voies du redressement) :
“Libérer le travail:
La première mesure consiste à libérer le travail…je veux dire le libérer vraiment en mettant fin aux trente cinq heures, sans avoir à payer pour cela des milliards d’euros d’argent public.”
(p.169)
“Rétablir les finances publiques:
L’objectif central est de déplacer de quelques points, trois à quatre, en faveur des entreprises et donc au détriment provisoire des ménages, le partage de la valeur ajoutée…
Année aprés année, avec une sorte de tranquillité opininiâtre, il convient de modifier à la marge la répartition de la valeur ajoutée, du PIB, de façon à en laisser une part un peu plus fournie
aux entreprises, un peu moins grande aux ménages.” (p.169-171)
“Diminuer l’impôt sur les sociétés:
On peut ainsi réver à une sorte d’utopie fiscale. Supposons que l’on réduise à rien l’impôt sur les sociétés qui est actuellement du tiers du bénéfice imposable. Les marges brute et nette de
l’entreprise sont augmentées du montant de l’impôt supprimé.” (p.179-180)
“Cette utopie permettrait de résoudre au passage l’énigme



antoni jeanne marie 11/11/2010 19:14



ces analyses mériteraient d'être largement diffusées: les "peuples" se résignent à cette Europe parce qu'on leur rebat les oreilles que toute autre solution est utopiste, ce qui est bien entendu
faux....mais doit être argumenté ! ce que fait Jacques Sapir de façon fort convaincante ! merci à lui de ce bol d'air !



valentini 09/11/2010 11:20



L'adieu aux cons gourds qui sont sourds, en avant, tambour!


 


"Ceci permet de comprendre la grande peur qui a saisi les classes moyennes vers la fin des années 1980 et par la suite. Voyant « l’ascenseur social » progressivement s’interrompre
devant elles, elles ont alors acquiescé à des politiques anti-sociales dont elles espéraient être épargnées afin de tenter de maintenir la part relative de leurs revenus dans le partage global de
la richesse. Mais, aujourd’hui, il est clair que même les classes moyennes sont frappées. Certes, elles ne le sont pas encore autant que les classes populaires, qui ont été les grandes perdantes
des trois décennies que nous avons vécues. Mais, on peut constater sur la base des statistiques que les transferts fiscaux se sont fait à leur détriment parce que les classes les plus riches ont
été progressivement libérées d’une taxation en rapport avec leurs revenus".


 


Lot de consolation, ces classes dites moyennes, hétéroclites, conviendrait mieux, lire à ce propos, "le seul et vrai paradis", de Christopher Lasch, viennent de décrocher le Goncourt!
Mais même caché par un roman qui cultive ad nauseam le mauvais genre, c'est une bonne nouvelle. Le bobo français n'aspire plus à  jouer les intermédiaires entre capital et travail.
Pour lui, qui a le goût du shit, la révolution, c'est de la merde! D'un autre côté, il s'y plonge tout entier dedans, à sa manière. Des fois que!... On sait jamais!... Va savoir!... Si ça portait
chance!...