Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Nous avons abordé précédemment la nécessité des politiques protectionnistes pour réindustrialiser le pays. Nous avons également montré que ce seul protectionnisme ne suffirait pas en l'état pour réindustrialiser, il doit être accompagné d'une politique volontariste en fonction des secteurs dans lesquels on veut atteindre une certaine autonomie industrielle. Dans ce dernier texte, nous allons aborder rapidement la question de l'éducation nationale et celle de la mise en place d'un nouveau système bancaire et financier . Deux facteurs qui sont éminemment importants pour l'industrie à long terme, car sans un personnel qualifié du haut en bas de l'échelle des formations impossible de faire fonctionner correctement une industrie. De la même manière, notre finance totalement déconnectée de la production de bien réel et qui n'a d'autre activité que la pure spéculation n'est plus du tout adaptée au financement d'un système industriel performant. Dans les deux cas nous pouvons parler de l'intendance permettant un bon fonctionnement du système industriel sans lequel la réindustrialisation ne sera jamais que parcellaire et peu efficiente malgré les efforts que nous pourrions fournir par ailleurs en matière de protectionnisme douanier ou de subvention.
Une bonne politique industrielle est un tout qui ne saurait fonctionner correctement sans que l'ensemble de la structure ne soit convenablement conçu. L'on peut tout à fait faire une analogie entre le système industriel et un biotope de la nature. Il s'agit d'une interaction complexe entre de multiples composantes de la société, dont les différentes parties ne doivent en aucun cas être négligées sous peine de faire dépérir l'ensemble du biotope industriel. Dès lors que la France s'est imaginée encore industrielle en négligeant des pans entiers de l'industrie comme avec le fantasme de l'industrie sans usines d'un Serge Tchuruk, ce fut le début de la fin. Faire une industrie sans usines c'est comme imaginer une bicyclette sans roue et Alcatel en a payé le prix fort en disparaissant purement et simplement alors qu'elle était un des leaders mondiaux de son secteur lorsqu'elle s'est lancée dans cette folie au début des années 2000.
L'instruction publique
Je ne vais pas épiloguer longtemps sur l'état de l'éducation nationale en France, beaucoup d'auteurs l'ont déjà fait à l'image de Jean-Paul Brighelli . L'éducation nationale reconnaît aujourd'hui officiellement l'effondrement du niveau . Ce qui caractérise cette baisse en France c'est son homogénéité, car elle ne touche pas que les milieux défavorisés comme on pourrait le croire à première vue. La baisse est générale, quelles que soient les couches sociales. C'est extrêmement inquiétant, mais aussi rassurant en un sens. Car la lutte pour relever la situation devrait à mon sens faire l'unanimité du haut en bas de la pyramide sociale et faire assez consensus dans la population. Le seul gros problème étant évidemment la partie du ministère de l'Éducation nationale qui nous a mis dans cette situation. Mais un ministre motiver pour changer la situation devrait facilement trouver du soutien dans l'opinion publique sans qu'il y ait d'opposition vraiment forte à cette orientation même dans les mouvements les plus réfractaires au changement dans le domaine. On peut espérer qu'un gouvernement national fortement motivé à l'affaire pourrait prendre dans ces conditions des mesures assez rapides avec un tel soutien. Même s'il faudra malheureusement des générations pour réparer les dégâts.
Sans parler d'une nécessaire remise en cause des méthodes d'apprentissage du français, l'on va ici parler simplement d'un objectif clair pour faire de l'instruction publique de qualité l'un pilier de la réindustrialisation française. Disons le tout net, il faut plus de math et de science à l'école. Il ne s'agit pas bien sûr de négliger le reste en particulier du français qui reste le cœur de l'instruction publique. Car sans maîtrise de la langue, il est bien difficile d'aller bien loin dans d'autres matières y compris en mathématique et en science. Mais la revalorisation des mathématiques et des sciences en particulier chez les couches aisées sera un point important pour un retour de nos jeunes dans l'industrie et les matières techniques et scientifiques. Il faut rendre à nouveau aux mathématiques, qui sont le langage de la science, toute leur place en matière de sélection des élèves. Le lent glissement que nous avons connu ces quarante dernières années avait bien été anticipé par Bourdieu notamment. En effet, il avait bien compris que les mathématiques sont par nature plus égalitaires au niveau sociologique . Un fils d'ouvrier aura plus de facilité à concurrencer un fils de la bourgeoisie en mathématique qu'en anglais . Les sciences sont moins marquées socialement que les matières comme le français, les langues étrangères ou l'histoire, elles dépendent moins des compétences intrafamiliales. En mettant les sciences au cœur de la construction des élites, nous avions un système qui était plus égalitaire et permettait une plus grande méritocratie. Mais dès les années 60, on voit en France un déclassement progressif en haut de la pyramide sociale des écoles scientifiques aux profits des cursus non scientifiques à l'image de science Po par exemple.
Ce déclassement pour la haute bourgeoisie explique peut-être le déclin des sciences en France, car les études que fuit le haut de la pyramide sociale finissent par faire fuir les strates sociales inférieures même si le processus a mis du temps à se faire sentir. Aujourd'hui, ce sont essentiellement les enfants de profs qui font encore tenir nos études scientifiques, les classes aisées se dirigeant plutôt vers les études de commerces et les études de droit, la seule exception étant les études médicales. Cela se ressent d'ailleurs dans le personnel politique. À l'époque du général de Gaulle, la France avait bon nombre d'ingénieurs chez ses députés et ses ministres aujourd'hui, ils sont aussi fréquents que les bonnes décisions prises par Macron depuis son accession au pouvoir. Il ne s'agit pas ici de dire que seuls des hommes politiques ayant des compétences techniques et scientifiques peuvent prendre de bonnes décisions pour réindustrialiser le pays. Mais l'absence totale de ce type formation appauvrit considérablement la capacité d'appréhension des gouvernements dans ces domaines. Avoir des ministres aux formations variés est la meilleure façon d'éviter de passer à côté de problèmes graves ou de solutions alternatives. Le fait d'avoir une extrême uniformité des formations au plus haut niveau de l'état explique en partie l'incapacité constante de nos dirigeants à voir l'ensemble des problèmes que traverse notre nation. Il n'est pas bon d'avoir toujours les mêmes profiles au pouvoir, surtout quand l'endogamie sociale s'ajoute à l'endogamie des diplômes.
Le rôle fondamental du système financier dans la réindustrialisation
Jusqu'ici nous nous sommes surtout attelés à penser comment l'état pourrait intervenir directement dans le processus macroéconomique pour renouer avec l'industrie. Et c'est un point essentiel surtout dans un pays comme la France où l'histoire de l'industrie est clairement liée à l'action publique qu'on le déplore ou que l'on s'en félicite. Le fait est que sans l'état la France ne se serait probablement jamais industrialisée. L'absence de patriotisme et le manque d'initiative autonome de la part d'un capitalisme plus terrien qu'autre chose expliquant probablement cette situation. Keynes se moquait des Français en disant qu'ils étaient un peuple de vieux paysans assis sur leur tas d'or et il n'avait pas tout à fait tort. Pour beaucoup, le capitalisme consiste à cueillir les fruits d'un capital accumulé, sans vraiment se soucier du comment le capital augmente. Peu importe la nature du capital, l'important c'est le taux d'intérêt. Ainsi les Français grands adeptes de la bulle immobilière ne comprennent-ils pas qu'accumuler du capital foncier et accumuler du capital industriel ce n'est pas tout à fait la même chose, et que l'un rentre dans le domaine de la pure rente pendant que l'autre concourt à l'enrichissement collectif.
En gros, le fantasme du capitaliste français moyen est de s'enrichir en dormant sans se soucier de la qualité de ses investissements. Mais voilà, d'un point de vue collectif, investir l'épargne du pays dans l'immobilier c'est gaspiller en réalité le capital. C'est d'autant plus vrai que le pays dépend de plus en plus d'importations pour couvrir une part de plus en plus grande de sa consommation. Pour réindustrialiser nous alors devoir repenser à la manière dont l'épargne et l'investissement fonctionnent dans notre nation. Il faut attirer le capital vers l'industrie et réduire la part de l'investissement dans la pierre . C'est crucial si nous voulons que l'activité industrielle du pays cesse d'être uniquement le résultat d'une action de l'état. Il faut véritablement créer une culture de l'investissement productif . Culture que nous n'avons jamais vraiment eue contrairement à d'autres pays comme les USA, le Japon, l'Allemagne ou la Suisse.
Pour ce faire, il y a de nombreuses méthodes comme la surfiscalisation des investissements les moins intéressants pour la nation à l'image de l'immobilier. Mais il faut également faire en sorte que le capital français reste dans notre pays. L'on se heurte ici à l'autre grand problème provoqué par l'idéologie libérale de ces quarante dernières années. Il faut mettre fin à la libre circulation des capitaux. Obliger le capital français à rester sur place rendra un gros service à notre industrie en obligeant ce dernier à s'investir localement là où la libre circulation lui permettait de s'investir partout sans contrainte. On rappellera d'ailleurs au passage que c'est l'acte unique européen qui a dérégulé la finance du pays et que depuis cette époque les IDE sortants ont toujours été beaucoup plus fort que les IDE rentrants. De sorte que la France a financé l’industrialisation et le développement de puissances étrangères pendant que son propre investissement s'étiolait. Nous sommes l'un des gros perdant de la libre circulation des capitaux en Europe. Et ça sans parler du coût astronomique en matières fiscales puisque c'est la libre circulation des capitaux qui a permis l'évasion fiscale des plus riches à l'échelle industrielle.
De fait pour réindustrialiser le pays, il nous faut reconstruire un système financier autonome et indépendant de l'économie mondiale. Cela veut dire également des Banque Nationale et non plus des multinationales investissant partout sauf chez nous. À cela s'ajoutera une nécessaire spécialisation des activités avec non seulement un retour à la séparation des banques d'affaires et des banques de dépôt, mais également avec la création de banques extrêmement spécialisées dans tel ou tel type d'investissement. La banque universelle telle qu'on l'a recréé à partir des années 80 est porteuse d'incompétences et de crises économiques massives. Le cloisonnement des activités produit au contraire de la compétence et de l'implication dans le tissu économique du pays. Nous devons réassocier les banques et les actionnaires dans la vie de l'entreprise et de l'industrie. Il faut recréer du lien et mettre fin à l'économie de casino spéculatif ou l'action d'entreprise est juste un moyen de spéculer comme un autre. Il faut rigidifier le capital, et faire en sorte que le capital financier soit contraint d'être associé à long terme aux entreprises de façon à ce que l'entreprise puisse elle-même se projeter à long terme, et non gaspillé ses activités dans des processus de décision à court terme juste pour faire monter les actions.
Loin de mettre fin au capitalisme, l'action d'un gouvernement éclairé en la matière se devrait responsabiliser à nouveau le capital vis-à-vis de l’entreprise, au lieu de l'encourager à la traiter comme un citron qu'on presse et puis qu'on jette. Une grande part de la souffrance au travail et à la dégradation des conditions de travail vient de cette gouvernance à l’américaine qui consiste à ne voir l'entreprise que comme une machine à cash. C'est à la fois nuisible aux salariés, mais aussi nuisible à l'activité en elle-même. Les pays qui s'en sortent industriellement de nos jours ont souvent comme caractéristique d'avoir un capitalisme à l'ancienne avec des banques d'investissement et une association à long terme entre l'entreprise et ses investisseurs à l'image de la Suède ou du Japon. Les pays anglo-saxons qui ont façonné le capitalisme hyperspéculatif ont comme la France une industrie en très mauvais état. Renouer avec un capitalisme de long terme permettra de réindustrialiser le pays et aussi d'améliorer la qualité du travail de nos concitoyens.