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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Monnaie unique, monnaie commune

 

Si l'UE est un échec patent montrant l'impossibilité de construire une nation artificiellement . L'objectif d'origine de la construction européenne d'une partie de nos élites n'était pas pour autant totalement absurde. En effet, depuis le milieu des années 70 à travers l'abandon du système du Gold Exchange Standard qui garantissait que le dollar en tant que monnaie d'échange international pouvait être convertible librement en or, les USA ont exercé une pression économique croissante sur nos pays. En effet, comme l'avait si bien dit John Connally avec cette formule simple, mais réaliste :« Le dollar c'est notre monnaie, mais votre problème ». Sous-entendant par là que les USA à partir de l'abandon de l'étalon or pouvaient librement imprimer de la monnaie et en faire payer le coût inflationniste par les autres puissances obligées d'avoir des dollars en réserve pour l'achat de biens et de matières premières à l'international. Et cette réalité nous continuons à la vivre aujourd'hui . Si Biden peut se permettre de mettre 400 milliards de subventions pour attirer les entreprises européennes chez eux en faisant du pillage c'est bien parce qu'ils n'ont en apparence aucune limite budgétaire liée à leurs équilibres extérieurs. Et les USA abusent largement, peut-être trop nous le verront un de ces jours, de leur avantage monétaire. Ils peuvent acheter le monde entier en imprimant des dollars dont la valeur n'a plus aucun rapport avec la réalité économique des USA qui sont totalement désindustrialisés. Cette désindustrialisation est d'ailleurs un effet secondaire du rôle de monnaie de réserve. À quoi bon produire quelque chose quand vous pouvez tout importer gratuitement ? On le voit dans le grand mécano absurde de la globalisation, les USA se sont spécialisés dans la relance de la demande planétaire par l'injection monétaire. Qu'ils viennent à rééquilibrer leur balance des paiements et c'est la déflation planétaire et la récession qui frappe l'humanité ! Enfin, tant que nous acceptons ces règles du jeu absurdes.

 

Le rôle de monnaie de réserve du dollar est le principal problème de l'économie mondiale avec la dérégulation financière et commerciale qui est allée de pair avec l'abandon du système de Bretton Woods à partir de 1973. Dans les années 70, les Européens ont réagi à l'attaque américaine par la création du SME (Système monétaire européen) . Ce système était un panier monétaire dans lequel les monnaies européennes devaient limiter leurs fluctuations. Car avec l'abandon du système régulé de Bretton Woods est arrivée aussi la dérégulation financière. Un système qui a permis aux USA de pomper l'épargne de l'Europe et du Japon a l'époque pour financer les énormes dépenses militaires du pays. Rappelons que la guerre du Vietnam a duré jusqu'en 1975 et le coût pour les USA fut pharaonique près de 700 milliards en dollar constant. Le résultat pour les USA fut dès la fin des années 60 la hausse du déficit extérieur. C'est à cause de cette situation que Richard Nixon mit fin à la convertibilité du dollar en or et qu'il dérégula la finance. En gros il voulait que le Japon et l'Europe financent la guerre américaine. L'origine de l'inflation des années 70 c'est ça, bien plus que les chocs pétroliers.

 

Le SME fut donc la réponse malheureuse au phénomène du dollar comme monnaie impériale. Comme ce dernier baissait à cause des déficits commerciaux, les autres pays qui exportaient aux USA faisaient aussi baisser les leurs. C'est par cette mécanique de lien consommateur-producteur que les USA purent piéger les Européens et les Japonais. Je me souviens d'un vieux documentaire des années 90 où l'on voyait Donald Rumsfeld parler de ce problème. Un journaliste lui demandait s'il n'était pas dangereux pour les USA d'importer de dépendre autant du Japon. C'était l'époque du Japon triomphant. Et Rumsfeld lui répondit simplement « Qui dépend de qui en réalité? . Si les USA n'importent plus de voitures japonaises, leur industrie s'effondre ». On le voit, les élites américaines ont bien compris que leur Empire c'est avant tout un empire de consommation. Et qu'ils tiennent les autres par leur dépendance aux exportations. Que nous en venions à nous passer de leur marché et c'est la fin de l'empire ! Mais à aucun moment les Européens ou les Japonais ne se sont dits et si l'on mettait fin à la libre circulation des capitaux par exemple. Méthode simple pour mettre fin à la spéculation monétaire. Certains pays d'Asie firent pourtant ça avec succès lors de la crise asiatique de 1998. L'économiste Joseph Stiglitz avait d'ailleurs à l'époque bien souligné dans son livre « La grande désillusion » à quel point les pays qui avaient remis le contrôle des changes en place s'en étaient mieux sortis que ceux qui avaient lutter contre la spéculation financière à coup d'injection monétaire des banques centrales. Mais en 1972-73, l'ère était au retour de l'idéologie libérale qui avait pourtant fait tant de dégâts dans les années 1920-30. Les leçons du passé avaient été oubliées, et Roosevelt mangeait les pissenlits par la racine. Les dirigeants européens d'alors ne pouvaient plus imaginer un monde sans le commerce avec les USA et avec un contrôle de la circulation des capitaux. Ils imaginèrent donc une autre solution, ce fut ce fameux SME qui deviendra plus tard l'euro.

 

L'euro est une réponse idiote à la spéculation monétaire

 

Le SME était un système qui mettait les monnaies dans un tunnel de valeur dont les monnaies nationales n'étaient pas censées sortir. Ainsi les valeurs ne devaient pas fluctuer de plus de 2,2 % de la valeur de base. Il y avait un encadrement qui rendait les banques centrales solidaires entre elles. Mais ce système a eu beaucoup de problèmes qui préfiguraient déjà la catastrophe que serait l'euro. Et les marchés ne s'y trompaient pas . Au début des années 90, il y eut des attaques spéculatives contre la lire italienne et la livre sterling pourtant membre du SME. À l'époque la Bundesbank et la banque de France dépensèrent des sommes colossales pour maintenir les valeurs monétaires et sauver ce système absurde. On notera que c'est à cette époque que le tristement célèbre George Soros fit fortune en spéculant contre les monnaies européennes. Un simple retour au contrôle des changes et de la circulation des capitaux aurait mis fin à ces absurdités, mais comme toujours la déraison libérale a continué. Comme quoi l'affaire du stupide marché européen de l'électricité n'est que la continuation d'un même dogmatisme absurde. Enfin pas si absurde puisque la libre circulation des capitaux a permis l'évasion fiscale légale et la destruction progressive des systèmes sociaux nationaux européens comme en rêvaient les néolibéraux.

 

Vous connaissez la suite. Le vote de Maastricht entérina malheureusement la transformation du SME en zone euro aggravant encore du même coup les contraintes sur les pays membres. Dans le cadre du système mis en place par les USA et leurs satellites à partir de 1973, la variation des taux de change était pourtant désormais le seul mécanisme d'adaptation aux variations des balances des paiements. En bloquant ce dernier mécanisme d'ajustement, ce sont bien les autres intrants macroéconomiques qui vont devenir des variables d'ajustement. La croissance du PIB, et le taux d'emplois deviendront de facto les variables d'ajustement du marché commercial européen. La crise grecque fut un bel exemple en la matière . Pour réajuster la balance commerciale du pays, on a tué son économie et fait exploser la pauvreté alors qu'il aurait simplement fallu que la Grèce dévalue en sortant de l'euro. On notera qu'à chaque fois les bourgeois des pays en crise choisissent la pire des solutions parce qu'ils ont une peur massive de l'inflation et du retour de la hausse des salaires. À travers les péripéties du SME et de la monnaie unique, on a un grand exemple pratique de lutte des classes systématique puisque l'intérêt des rentes financières ou autres passent toujours avant celui des travailleurs et même des intérêts nationaux à proprement parler.

 

Et si on transformait l'euro en monnaie commune

 

Alors nous allons pour une fois spéculer un peu. Comme vous le savez, je suis clairement en faveur d'une sortie pure et simple de l'UE et de la zone euro. Cependant est-ce que cela veut dire pour autant qu'on ne pourrait pas théoriquement changer l'euro pour en faire quelque chose d'intelligent et intéressant pour les peuples d'Europe ? Après tout le problème du dollar et de la spéculation financière resteront même si nous sortons de l'euro. À part si la France rompt vraiment avec l'idéologie libérale et remet en question aussi la libre circulation des capitaux, mais c'est un autre débat. Supposons donc que les Européens aient envie de résoudre leurs problèmes et cherchent réellement à sortir de la tutelle mortifère américaine. Comment faire pour rendre l'euro supportable par toutes les économies ? Et comment faire même pour rendre cette monnaie enfin utile à la population du continent en lieu et place d'une machine à démolir nos économies ? Et bien c'est assez simple, on en fait une simple monnaie de réserve et de change internationale.

 

On transformerait la monnaie unique, en monnaie commune. Chaque pays reprendrait donc son indépendance monétaire. Permettant ainsi aux pays peu compétitifs comme la France de dévaluer. Réduisant ainsi en partie leurs déficits commerciaux et rééquilibrant les balances commerciales entre les pays européens. Et dans le même temps, l'usage de l'euro pour les matières premières importe à la place du dollar en accord avec les pays producteurs. La valeur de l'euro serait fondée sur un panier monétaire composé des différents pays membres de la zone. Nous ne serions plus ainsi les jouets des USA sans pour autant astreindre nos économies à une monnaie totalement inadaptée aux besoins de chaque pays membre de la zone euro. C'est un peu ce que cherchent d'ailleurs à faire les Chinois et les membres des BRICS . Fonder une monnaie internationale ne dépendant, ni de matières premières comme l'or, ni d'une nation en particulier, comme le souhaitait Keynes pendant les négociations de Bretton Woods en 44 . Le fameux Bancor de Keynes n'était rien d'autre que ça, un panier monétaire.

 

Si l'euro avait été conçu de cette manière dès le départ, non seulement nous aurions évité l'eurostagnation économique et les crises à répétition, mais d'autres régions du monde auraient même pu l'adopter comme monnaie de réserve sans pour autant appartenir à l'UE. En étant sans intérêt national, cette monnaie aurait créé une vraie confiance et une certaine stabilité. À terme l'euro aurait même pu se transformer petit à petit en monnaie internationale mondiale à la place du dollar en élargissant le panier monétaire avec de nouveaux membres. Malheureusement, les Européens n'ont pas été à la hauteur de l'histoire. Ce sont probablement les BRICS, Chine en tête, qui mettront fin au privilège exorbitant du dollar. Nous nous contenterons probablement à terme de prendre le train en marche.

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