Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

Publicité

Il est temps d'être antiaméricain

 

L'affaire rocambolesque de l'Américaine Fiona Scott Morton vient donc de se terminer avec un renoncement au poste. Je rappelle que cette personne devait orienter les politiques de la concurrence au sein de l'Union européenne, un poste très important surtout quand on sait le nombre de fois où les entreprises américaines ont été condamnées pour abus de position dominante par exemple. Mettre une personne qui n'était pas citoyenne européenne et qui en plus avait travaillé justement pour certaines de ces grosses entreprises était doublement scandaleux et en même temps extrêmement révélateur de la nature de l'UE. Comme je l'ai souligné, un bon nombre de fois l'UE n'est pas une structure qui a été faite pour concurrencer les USA bien au contraire. C'est une structure qui est le pendant économique de l'OTAN, c'est-à-dire une structure de gestion des vassaux de l'Empire américain. Il est extrêmement triste de voir des gens sérieusement croire que l'UE est une nation ou une structure concurrente des USA visant l'indépendance de nos nations, car c'est tout le contraire. Les quelques européistes sincères qui restent dans le cénacle européen auront, j'espère, retrouvé leurs esprits après cet événement aussi pathétique que salutaire.

 

Si cet événement a démontré la nature profonde de l'UE, elle a aussi révélé l'état de délabrement de l'esprit patriotique en Europe. Notre continent qui vit sous occupation américaine depuis 1945 perd petit à petit toute forme de capacité à penser le monde et à se penser lui-même indépendamment des USA. Le degré d'avachissement moral et culturel de notre continent à l'histoire si riche pour se soumettre à une organisation si laide est la véritable tragédie de notre temps. Alors on me dira que je suis un infâme antiaméricain, mais je l'assume totalement. Et je pense qu'il est aujourd'hui urgent d'être antiaméricain ou notre civilisation cessera simplement d'exister pour devenir un bout d’Amérique informe sur une terre qui n'est pas la sienne. L'acculturation voilà contre quoi nous devons nous battre. C'est d'autant plus urgent que les USA en tant qu'Empire ne verront probablement pas la fin du siècle et laisseront leurs petits vassaux à leurs propres problèmes lorsque la grande rétraction impériale se sera produite.

 

La corruption américaine

 

L'impérialisme américain a ceci de particulier qu'il n'est pas forcément actif dans le visible. Certes, les USA se pavanent bien souvent en soulignant leurs immenses dépenses militaires ou leur PIB surgonflé à la dette et aux importations cachant les énormes déséquilibres qui sous-tendent leur « croissance économique ». Lorsque l'on pense à l'Empire américain, on pense immédiatement aux nombreuses bases militaires qui parcourent la planète. Et il est vrai qu'il s'agit là des instruments d'apparence de la puissance américaine. On pense également au rôle du dollar qui est fondamental dans la structure économique actuelle des USA et nous en avons déjà longuement parlé. On parlera également de leur softpower culturel, de leur production télévisuelle et cinématographique. Mais la vraie arme des USA a toujours été plus invisible et informelle, c'est la corruption. C'est sans doute de cela que parla notre ancien président François Mitterrand lorsqu'il parla de la guerre que nous faisait l'Amérique. Une guerre permanente est sans mort en apparence, mais une guerre quand même. Il faut bien dire que la corruption, les Américains la produisent, sans même vraiment chercher à la provoquer, car elle est consubstantielle à leur nation si je puis dire, enfin si l'on peut vraiment parler de nation dans le cas de l'organisation politique qui appelait les USA.

 

C'est probablement Philippe Grasset sur son site Dedefensa qui a le mieux décrit la nature profonde de la nation américaine et ses fondements. Loin d'être une démocratie faite par et pour le peuple américain, les USA sont une structure qui garantit un lien de corruption fondamental entre son état, ses entreprises et les couches sociales aisées de la nation américaine. Alors qu'en Europe les États-nations se sont construits par les guerres et l'histoire et par l'affirmation d'un état qui s'est construit avant tout comme une émanation particulière, combinant compétition entre les monarchies et naissance d'un esprit et d'une culture nationale. Faisant des états européens des structures relativement autonomes . L'état américain s'est lui construit dès le départ comme une structure au service d'une partie de la population et non de son ensemble.

 

C'était d'ailleurs assez explicite chez certains penseurs des grands fondateurs de la nation américaine. L'un des plus célèbres d'entre eux, Alexander Hamilton, à qui l'on doit aussi le célèbre « Traité sur les manufactures », vantait carrément les bienfaits de la corruption au plus haut niveau de l'état. En effet, quel meilleur moyen que la corruption pour garantir que l'état n'agisse jamais contre les intérêts des entreprises ? S'il y a bien une profonde différence entre les nations d'Europe et celle des USA, c'est bien sur cette nature de l'état. Car si la corruption existe aussi chez nous bien évidemment, la corruption y est vue comme une anomalie alors qu'aux USA elle est naturelle. Le meilleur exemple de différence est la façon dont les campagnes électorales sont financées aux USA. Les entreprises financent directement les partis sans aucun problème. Évidemment ces financements sont vus comme des investissements à long terme dont les participants attendent bien évidemment des dividendes et un retour sur investissement. Ce genre de pratique est mal vu en Europe et la question des financements des partis politiques reste toujours extrêmement délicate puisque la question de la corruption peut toujours ressortir et nuire finalement à ceux qui ont bénéficié de ces financements.

 

Le simple fait qu'en Europe les populations se méfient naturellement des financements privés des partis politiques est un indicateur de la profonde différence de la nature de l'état aux USA et en Europe. Cette corruption structurelle du fonctionnement des USA se retrouve bien évidemment dans leurs rapports aux autres. On a beaucoup ri des délires sur les financements supposés à l'époque de la campagne de Trump par la Russie, le fameux Russiagate. Tout était bidon en réalité et il s'agissait de nuire à Donald Trump, des méthodes classiques dans un pays organisé autour de la corruption. Mais le fait que beaucoup d'Américains aient réellement cru cela possible montre en fait leur vision de la politique et des rapports entre les nations. Cela ne surprendrait pas les Américains que les Russes ou les Chinois corrompent leurs propres politiciens puisqu’eux même le font à l'étranger. En d'autres mots, ce que ce genre d'affaires révèle, c'est avant tout la psyché américaine tout entière tournée vers des manipulations et la corruption générale. L'affaire Fiona Scott Morton est en ce sens assez emblématique de la chose. L'UE qui est une construction supra-étatique calquée sur les USA fonctionne d'ailleurs de la même manière puisque le parlement européen est entièrement organisé autour des lobbys. En singeant l’Amérique, la construction européenne subit les mêmes effets. Les politiques ne sont pas pensés dans l'intérêt général, un intérêt bien difficile à définir à l'échelle européenne d'ailleurs, mais dans l’intérêt des lobbys qui distribuent des prébendes aux participants de la « démocratie » européenne. Plus généralement l'influence américaine en Europe se fait par l'intermédiaire de politique de corruption, de financement de groupes politiques ou d'ONG. Alors que nos fieffés journalistes n'ont d'yeux que pour la corruption supposée venant de Russie ou de Chine, ils sont souvent extrêmement discrets sur celle qui vient des USA et qui est pourtant de loin la plus visible et la plus influente. Fiona Scott Morton a simplement révélé un peu trop la réalité du fonctionnement de la domination américaine sur le continent et mis mal à l'aise les atlantistes européens.

 

Si le raisonnement d'Alexander Hamilton était défendable relativement à son époque c'est que la question de l'intérêt des entreprises et des riches particuliers n'était pas vraiment distinguable de l'intérêt de la nation. En effet, les entreprises et les citoyens à l'époque d'Hamilton étaient essentiellement d'échelle locale ou nationale. Mais aujourd'hui pourrait-on sérieusement dire que les intérêts d'Apple, de Microsoft ou de Purdue (l'immonde entreprise à l'origine du fentanyl et de la crise des opiacés) , soient l’intérêt des USA ? Si l'état corrompu a été pendant un temps la grande force des USA, on peut aussi y voir ce qui finira par les détruire, cela a même commencé à les tuer quand on regarde les statistiques de l’espérance de vie et le poids du lobby pharmaceutique dans ce pays. L'anti-américanisme consiste donc surtout à réaffirmer notre distanciation vis-à-vis de cette vision de la société où tout s'achète et où rien n'est sacré à part l'argent. D'ailleurs étrangement, même si je n'apprécie guère les talibans, force est de constater qu'ils sont arrivés en quelques années à mettre fin au trafic de drogue en Afghanistan. Alors que ce commerce s'était multiplié sur leur sol sous l'occupation américaine. Si ce n'est pas un symbole fort de la mauvaise influence que ce pays produit à long terme.

 

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article