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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Macron est-il le principal symptôme du nihilisme français ?

Le suicide économique français

 

Voici donc notre guide suprême qui invite l'occident et l'OTAN à mettre des troupes en Ukraine pour combattre les grands méchants Russes. Ces propos stupéfiants ont entraîné une réaction assez forte non seulement en France, mais également à l'étranger. Le chancelier allemand a immédiatement démenti tout comme la plupart de ses homologues européens. Même en France chez ses sous-fifres politiques, la réaction a été pour le moins bien plus mesurée que les propos du chef de l'état. Scholtz a même déclaré jeudi 29 février «  Des diplomates au lieu de grenades » . L'hypothèse d'Emmanuel Todd sur un inéluctable rapprochement entre la Russie et l'Allemagne semble commencer à se produire. Berlin qui a subi de plein fouet les effets de la guerre et surtout des mesures anti-russes qui ont suivi semble contrainte par ses intérêts économiques. Le patronat allemand fait probablement de forte pression pour que le gouvernement change de direction vis-à-vis de la Russie et abandonne en partie les délires atlantistes qui ont dévoré les membres de l'UE ces dernières années. Encore une fois, une nation normale doit être mue par ses intérêts. Et l'Allemagne n'a pas intérêt à un conflit avec la Russie. Si les USA ont réussi momentanément à rompre ce lien naturel, cela ne peut pas durer éternellement parce que cette réalité est inscrite dans la géographie de ces deux nations.

 

Du reste, rappelons que la Russie n'est pas l'ennemi de la France et que nos deux pays n'ont aucune raison pratique à rentrer en conflit contrairement aux propos de notre président. Rappelons également à la suite d'Emmanuel Todd que la Russie est un pays largement sous-peuplé qui est en réalité en surexpansion par rapport à sa démographie. Elle a trop de terre par rapport à sa population, elle fait environ 30 fois la taille de la France pour une population à peine plus de deux fois supérieure. Elle n'a déjà pas assez de population pour exploiter tout son potentiel, mais elle s'aventurerait dans une guerre contre les Scandinaves ou les Polonais pour accroître encore son territoire ? C'est absurde. La Russie a besoin de plus d'habitants et de plus de naissances, et cela ne se gagne plus depuis longtemps par la guerre. On est plus à l'époque des razzias pour attraper des esclaves et les faire bosser dans les champs et les mines. Il est stupéfiant que nos représentants nationaux puissent à ce point raconter n'importe quoi sur la Russie sans qu'il n'y ait la moindre remarque sur le bien-fondé de leurs analyses pourtant clairement erronées.

 

Une politique d'autodestruction de la nation française

 

Mais si cette réalité apparaît claire pour l'Allemagne malgré les étranges choix de ses élites parfois comme l’irrationalité de l'abandon du nucléaire, la France par contre apparaît de plus en plus suicidaire. Tout du moins la France des élites qui prennent des décisions de moins en moins en rapport avec les intérêts de la nation dont elles sont censées avoir la charge. En effet, si tout l'occident semble se mouvoir dans des idéologies qui le mènent souvent dans de graves erreurs qu'elles soient économique ou géopolitique, la France a la particularité d'être le pays qui a le plus constamment agi contre ses propres intérêts depuis le milieu des années 70. Un coup d’œil sur l'emploi industriel en France est assez instructif. La rupture date de l'époque de Giscard au milieu des années 70. Avant cela, la France gagnait des emplois industriels tous les ans malgré les énormes gains de productivité qu'on avait à l'époque. À partir du milieu des années 70, la CEE s'élargit et le libre-échange s'installe. Un libre-échange qui ne va pas cesser de s'intensifier, élaguant des parts de plus en plus importantes de l'industrie française. Ce suicide douanier sera bien évidemment accompagné de la fameuse politique de sadomonétarisme consistant à suivre le Deutschemark en collant le franc à ce dernier. Cette politique qu'on a malheureusement appelée politique du franc fort accéléra encore la désindustrialisation.

 

Le déclin de l'industrie française a été voulu par nos élites au milieu des années 70

 

La cerise sur le gâteau fut l'euro qui ancra définitivement la France dans un cadre monétaire qui ne correspond absolument pas à son économie, à ses besoins et à son territoire. Le résultat, nous l'avons aujourd'hui sous les yeux, c'est un pays totalement désindustrialisé qui n'arrive même plus à fabriquer des masques en tissu et ne peut même plus fournir des médicaments de première nécessité à sa population. La France se retrouve dans l'état d'un pays qui sortirait d'une guerre, mais sans avoir fait la guerre, uniquement parce que ses prétendues élites ont passé ces cinquante dernières années à agir sciemment contre les intérêts nationaux pour des idéologies plus ou moins absurdes et des fantasmes de nation européenne. On le voit donc ici rapidement, le macronisme n'est que l'aboutissement d'un processus commencé dans les années 70. C'est le stade terminal de la destruction de la nation et de ses capacités productives. L'étape suivante sera très probablement la destruction des politiques sociales et publiques de façon plus ou moins assumée. On remarquera que les économies que l'état vient de faire à hauteur de 10 milliards d'euros se sont surtout faites sur les dépenses d'investissement. L'éducation, la recherche, et la santé sont les trois budgets les plus durement frappés par les économies. Ce n'est pas un hasard. Cela s'inscrit dans cette volonté de destruction du pouvoir macroniste. C'est également le fruit de l'impuissance pratique dans laquelle les choix néolibéraux et européistes ont mis le pays depuis deux générations.

 

Les économies de la start-up nation macronienne. On brule les muscles et on garde la graisse.

 

Dans son livre Emmanuel Todd parle peu de la France. Il faut dire que c'est un pays très secondaire aujourd'hui. Une nation qui a cessé depuis vingt ans au moins d'avoir sa propre politique, y compris sur les affaires géopolitiques. C'est un pays totalement inféodé à des puissances étrangères que ce soit celle des USA pour les affaires de stratégie ou sur les intérêts allemands sur les questions économiques. Pour faire simple, on dira que la dernière action indépendante de la France fut l'action contre la seconde guerre en Irak et le discours de Dominique de Villepin, c'est-à-dire 2003. Depuis, la France a mis au pouvoir uniquement des atlantistes à commencer par monsieur Nicolas Sarkozy. On comprend vite pourquoi dans un livre qui parlait surtout de géopolitique notre nation est à peine mentionnée. Nous avons déjà parlé de la notion de nihilisme utilisée par Todd pour dire que cette notion n'expliquait pas tout. Si Nicolas Sarkozy ou Hollande peuvent en effet apparaître comme des individus creux et nihilistes, est-ce le cas d'un Giscard dans les années 70 ?

Il est vrai comme l'a d'ailleurs expliqué Todd que le nihilisme a été précédé par des croyances de substitution au christianisme. Le libéralisme et le communisme furent des théologies de remplacement à la vieille religion en déclin. À partir des années 60, ce fut l'européisme qui rentra petit à petit comme croyance de substitution chez nos élites. Elle fut d'autant mieux acceptée que le déclin démographique relatif de l'occident et de l'Europe rendait le déclin économique et politique de nos nations assez inéluctables. La construction européenne fut donc la grande idéologie de remplacement des années 70-90. Et cette idéologie fut particulièrement forte en France, rappelons que l'UE doit sa structure bureaucratique en grande partie aux hauts fonctionnaires français. L'aspect très technocratique de la structure de l'UE doit énormément à la France malheureusement. Giscard fut l'un des grands prêtres de cette nouvelle religion païenne qui devait conduire le continent vers des lendemains qui chantent. Depuis les années 2000, cette idéologie a perdu en réalité beaucoup de sa superbe en grande partie parce que l'accroissement considérable du poids de la construction européenne n'a pas du tout apporté les fruits escomptés. Nous vivons la fin d'un rêve, ou plutôt d'une folle illusion. C'est en ce sens effectivement qu'on peut aujourd'hui décrire Macron comme un nihiliste européen. Il continue la marche forcée vers l'européisme, mais en réalité il n'y croit probablement plus, tout comme la majorité de ses sbires d'ailleurs.

 

Ils font semblant et suivent par la seule dynamique des intérêts personnels. En ce sens, ils sont nihilistes, et ils prennent même peut-être du plaisir dans la destruction des résidus de pouvoir de leur propre nation. Mais sortons du cadre de l'hypothèse religieuse et nihilistes toddien et réfléchissons à la nature de la construction européenne actuelle. Dans un monde où en réalité plus personne ne croit vraiment au projet, qu'est-ce qui fait mouvoir encore ce grand machin ? Et bien, c'est le mécanisme naturel d'élargissement sans fin de la bureaucratie. On ne fera pas appel ici à Emmanuel Todd, mais plutôt au principe de Peter et à Eisenhower et son complexe militaro-industriel. En effet dans cet état de non-croyance et d'effondrement de l'esprit européiste sous les coups des résultats concrets du projet européen, il reste la motivation pécuniaire. Travailler pour l'UE, ça rapporte. Non seulement grâce aux salaires, mais aussi indirectement grâce aux grandes relations de corruption interne à cette machinerie bureaucratique sans doute l'une des plus corrompues de la planète. Rappelons que l'UE c'est près de 12000 organisations qui essaient d'influencer les votes et les choix au parlement européen. Autant de places à prendre dans le secteur privé par renvoi d’ascenseur une fois que vous quitterez votre opulent poste de député européen.

 

D'un côté, la bureaucratie favorise le principe de Peter où les gens qui montent au sommet multiplient les délégations de pouvoir et les petits postes de serviteurs comme autant de signes extérieurs de pouvoir. Leur permettant d'aligner leurs avis sur tous sans bosser en déléguant un maximum les efforts sur la tête des sous-fifres. Et de l'autre côté, cette immense structure bureaucratique, tentaculaire, sans tête et sans nation à servir, joue à se donner une importance sans cesse croissante pour justifier son expansion sans fin en matière de personnel et d'argent. La multiplication des normes et des règlements de toute sorte ne viennent pas principalement d'une idéologie qu'elle soit écologiste ou autre. C'est avant tout le moyen de permettre l'extension permanente de la masse bureaucratique de l'UE. Tel le complexe militaro-industriel américain qui justifie sa propre existence et ses budgets par la fabrication permanente d'ennemis, le complexe bureaucratique européen justifie en permanence son extension par ses normes et ses élargissements absurdes. Le nihilisme européen a produit une extension infinie du bureaucratisme européiste. À mon sens, si Macron est un symptôme important du nihilisme qui frappe les élites de notre pays, la construction européenne est encore plus représentative du phénomène. Elle avance sans soucis de cohérence, ou de viabilité à long terme. Elle marche vers son propre anéantissement, car son poids finira par faire rompre inéluctablement sa structure. Les fortes manifestations des agriculteurs n'étant qu'un premier pas vers une prise de conscience générale du caractère extrêmement néfaste de cette structure politique. Un autre exemple récent, madame Von der Leyen, vient de signer un nouveau traité de libre-échange avec le Kenya et le Chili en pleine crise agricole. La marche vers le suicide européen s'accélère dans la joie et l'allégresse chez nos dominants.

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