Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Une fois n'est pas coutume, nous allons parler un peu de la politique intérieure française. Ou plutôt du champ politique français qui est assez désespérant, il faut bien le dire. L'actualité s'apprête très bien à cette discussion puisque le principal parti « d'opposition » au pouvoir en place, le RN, vient de lancer en quelque sorte sa campagne pour les Européennes de juin prochain. Je dois dire que je ne suis guère étonné du poids du RN actuel. Je l'avais même pressenti dans mon texte de 2017 qui avait fait quelques discussions à l'époque puisque j'avais appelé à voter Macron en grande partie par calcul à long terme. Car même s'il est catastrophique pour le pays, Macron a quand même quelques vertus à son corps défendant. En effet on l'a un peu oublié depuis que notre petit despote a pris le pouvoir en 2017, mais nous sortons quand même de quarante ans d'essuie-glace électoral droite-gauche. Un essuie-glace qui faisait qu'en réalité aucun changement de politique ne pouvait advenir, car les deux côtés prônaient en réalité les mêmes politiques européistes et néolibérales.
On peut dire que Macron a eu cette qualité de faire fusionner les camps bourgeois des deux côtés de l'échiquier politique. Et en faisant cela, il a en réalité affaibli très fortement le camp du globalisme. C'était tout le sens de mon appel à voter Macron en 2017. Il s'agissait de faire surgir ouvertement le camp du globalisme à travers Macron en espérant que cela permettrait à terme une véritable alternative, car il ne pourrait pas se maintenir éternellement au pouvoir. C'était d'autant plus une certitude qu'il était aussi très clair que ces politiques échoueraient et produiraient une forte crise économique en France. Cela fut le cas et la situation du pays est aujourd'hui absolument dramatique sur tous les plans. Je dois dire qu'il a réussi à être encore plus médiocre que ce à quoi je m'attendais. Mais si Macron n'a pas été une surprise, c'est plutôt l'évolution de son principal opposant qui l'a été, et ce dès le second tour des élections de 2017.
La trahison du RN
En effet, je dois bien admettre que je me suis bien planté sur le RN dans mon texte de 2017. Ce n'est pas demain que je pourrais remplacer Emmanuel Todd comme prophète officiel. Si j'avais bien imaginé que l'élection de Macron à terme favoriserait la montée du RN, et peut-être à terme sa prise de pouvoir. Je n'avais pas du tout imaginé que ce parti deviendrait finalement plus centriste encore que la vieille UDF de Bayrou sur le plan économique et sur l'UE. Comment se fait-il en effet que le RN qui avait le vent en poupe lorsqu'il a appelé à sortir de l'UE et de l'euro en 2017 ait à ce point changé de point de vue depuis ? Et d'ailleurs comment se fait-il qu'un parti qui est soi-disant d'opposition, mais dont les principales volontés politiques sont de plus en plus proches du pouvoir en place fasse de plus en plus de scores si l'on se fie aux sondages ? Car le RN de 2024 a littéralement évolué contre le RN de 2017. La différence de programme et l'européisme affiché désormais à la tête de ce parti sont tout simplement sidérants. Si encore les personnes à la direction du parti avaient complètement changé, on pourrait l'imaginer, mais même pas. C'est toujours la même Marine Le Pen qui est passée d'anti-européenne compulsive et souverainiste, à agent parlementaire de la commission européenne en l'espace de quelques années.
Ce simple état de fait devrait au moins alimenter la suspicion parmi les électeurs, mais les électeurs votent-ils seulement pour des programmes ? On peut sérieusement en douter à regarder l'évolution des partis politiques français. Tout se passe comme si les électeurs votaient mécaniquement pour les partis d'opposition officielle sans réellement se poser la question de la validité du caractère d'opposition de ces partis. C'était déjà le cas à l'époque de l'affrontement bidon entre le PS et du RPR devenu ensuite l'UMP puis les Républicains. Aujourd'hui, c'est la même chose, mais avec l'affrontement entre le centre extrémiste de renaissance et le RN plus centriste que patriote. Je pense d'ailleurs que Macron a très bien compris le peu de danger réel du RN pour le système. Sa sortie récente sur le RN voulant rompre avec l'UE et l'euro pendant le salon de l'agriculture a été un moyen de nourrir encore la fausse opposition que représente aujourd’hui ce parti politique. Volontairement, ou non, Macron a donné du grain à moudre à ce parti en en faisant le seul véritable opposant au système. Et même si madame Le Pen a vite démenti sa volonté de rompre avec l'UE et l'euro, le message est quand même probablement resté dans la tête de la population la moins alerte de la réalité politique française. Voter RN, c'est voter pour la souveraineté française, se disent probablement les électeurs, et c'est voter contre l'UE et sa politique. Malheureusement, c'est tout aussi faux que s'ils votaient LFI pour les mêmes raisons. Ces groupes ne remettent aucunement en cause la dissolution du pays au sein de l'UE et ne changeront strictement rien en pratique aux politiques mis en place dans notre pays depuis les années 70.
Alors allons-nous vers un nouveau système d'essuie-glace à l'avenir avec à la place du couple PS-UMP un couple Renaissance-RN ? On pourrait le croire à première vue. Mais la situation du pays est probablement trop dégradée pour ça. Je crains surtout une colère massive de la population si le RN arrive au pouvoir. La supercherie ne durera probablement pas plus longtemps que celle de Meloni en Italie. Rapidement la population se rendra compte de l'impossibilité d'un changement de politique au sein de l'UE. Il y a alors deux possibilités. Un désespoir total et la désaffection terminale pour le système politique avec un abandon des élections. On peut imaginer des taux d'abstention atteignant à terme 60 ou 70% même pour l'élection présidentielle. La bourgeoisie aurait alors atteint son but. Mettre fin à la démocratie pour maintenir son système économique globalisé, européiste et libéral, même si cela conduira à terme à la mort du pays et d'elle-même en réalité. L'autre option est la révolte plus ou moins violente. Avec des mouvements sporadiques de plus en plus violents. Le sursaut politique me semble peu probable. Ces révoltes ne produiront pas grand-chose cependant tant qu'elles ne seront pas guidées par une idée claire des problèmes et la nécessité de rompre avec la construction européenne et le néolibéralisme. La prise de conscience récente des agriculteurs sur la question invite tout de même à ne pas être totalement pessimiste. Quand les Français auront faim, ils seront de toute manière obligés de réviser leur jugement, y compris sur leurs certitudes les plus fortes. Il est quand même assez triste de devoir attendre que des conséquences néfastes pour la majorité de la population pour espérer une véritable prise de conscience de la masse de la population sur ces questions de souveraineté.
L'impasse souverainiste
Vous remarquerez que je n'ai pas beaucoup parlé de la gauche. C'est parce que je pense qu'elle ne pèsera pas grand-chose à l'avenir quoiqu'en pensent les fans de Jean-Luc Mélenchon ou de François Ruffin. D'ailleurs, cette gauche à l'heure actuelle n'est pas plus alternative que le RN. Elle n'appelle ni à la sortie de l'UE ni à celle de l'euro. Elle est constamment dans la contradiction appelant à des régulations économiques et frontalières totalement en contradiction avec la construction européenne qu'elle défend par ailleurs. Et sur les questions sociétales et migratoires elle n'en finit pas de s'américaniser, se faisant ainsi largement rejeter par les couches populaires qui devraient pourtant voter pour elle. Pour l'instant, la gauche française est trop enfermée dans la stratégie Terra Nova pour redevenir un réel problème pour le pouvoir en place. Alors il reste mes amis idéologiques, les souverainistes. Un mouvement qui est plutôt de droite même s'il reste quelques personnes de gauche attachées à la souveraineté, j'ai envie de dire heureusement qu'il en reste, c'est quand même le fondement de la démocratie la souveraineté nationale.
Alors bien entendu je voterai certainement pour l'un de ces groupuscules aux prochaines élections, et nous en reparlerons certainement. Mais ne soyons pas dupes comme monsieur Asselineau qui pense pouvoir peser aux élections grâce à ses arguments en béton armé anti-européen. Ses arguments ont beau être souvent parfaits, ce n'est pas ça qui fait une élection malheureusement. Et si je suis d'accord avec les propos de l'économiste Philippe Murer sur sa déception de ne pas voir de liste unique pour les souverainistes à l'élection européenne. Montrant ainsi que les ego passent passe avant l'intérêt général, ce qui n'est guère glorieux pour des gens prétendant défendre l'intérêt supérieur de la nation. Je ne pense pas qu'une union aurait de toute façon permis un vrai décollage d'un mouvement souverainiste en France. Tout au plus quelques pourcentages supplémentaires. Dans le meilleur des cas, les souverainistes ne pourraient espérer arriver au pouvoir qu'en faisant des alliances de circonstance qui très clairement les pousseraient à se saborder eux-mêmes et à finir comme le RN ou le pauvre Chevènement.
Le combat pour la souveraineté n'est pas dans l'arène politique. Et les politiques ne sont eux-mêmes pas grand-chose en réalité. Ils ne font généralement que reprendre les arguments et les politiques en vogue dans les médias et la croyance générale des couches sociales supérieures. Le véritable combat n'est pas là, il est idéologique et intellectuel. Les néolibéraux qui n'ont jamais eu réellement le pouvoir directement ont quand même gagné dans les années 70 en particulier face aux marxistes, aux keynésiens, et autres écoles de régulation économique héritées des politiques d'après guerre. Cette victoire malheureuse pour notre nation ne fut pas directement le produit d'un parti politique en particulier, mais celui d'un mouvement intellectuel qui finit par envahir tout le champ politique de droite comme de gauche. Si nous voulons réellement un changement en France, il faut faire la même chose et rendre la souveraineté comme une évidence dans tout le champ politique. Et c'est à travers le combat dans les médias et chez les faiseurs d'opinions que l'essentiel du combat se fait. Nous devons être l'évidence face à l'échec manifeste de l'européisme et du néolibéralisme. Un échec qui va devenir de plus en plus évident pour tout le monde dans les années qui viennent. C'est à mon sens ici que se mène le combat de fond, bien plus que sur une arène politique de plus en plus ridicule et vide de sens. Une fois, l’évidence souverainiste advenue chez les intellectuels, les journalistes et les philosophes, les politiciens suivront comme ils l'ont toujours fait. Pour l'instant un long chemin reste à faire. Mais plus la sortie de l'UE et de l'euro deviendra une évidence pour tout le monde, moins il sera nécessaire d'avoir des partis pour représenter cette option. Nous aurons gagné lorsque même le centre et la bourgeoisie voudront mettre fin à l'agonie européiste.