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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Le libre-échange et la souveraineté sont incompatibles

 

L'histoire semble vraiment s'accélérer sous nos yeux. Donald Trump menace ouvertement ses vassaux de mesure de rétorsion économique avec des droits de douane si ces derniers ne le laissent pas prendre le Groenland. Ce serait comique si cela ne soulevait pas quelques problèmes plus profonds aux USA tout comme en Europe de l'Ouest. Tout d'abord, soulignons comme l'a très bien fait Emmanuel Todd dans son récent interview pour les 200 ans du Figaro, le caractère ridicule des prétentions américaines sur le Groenland. On pouvait toujours trouver quelques arguments de rationalité quand ils ont enlevé Maduro pour essayer de prendre le contrôle du Venezuela en mettant probablement une marionnette. Ce pays a du pétrole lourd en grande quantité et à long terme cela aurait pu paraître rationnel de le contrôler même si c'est moralement abject. Mais avec le Groenland ça confine au grotesque.

 

D'une part comme le souligne Todd, le Groenland était déjà sous contrôle américain avec des bases militaires installées. Le Danemark est un pays totalement soumis qui achète encore des F35 alors que les USA les menacent d'invasion. Bref, les USA pouvaient déjà exploiter les ressources du Groenland, s'ils le désiraient, alors pourquoi ce délire sur l'acquisition du territoire ? D'ailleurs, l'exploitation du goéland ne serait pas une sinécure, le territoire est hostile rendant le coût d'exploitation très élevé. Pour exploiter réellement les terres rares qui s'y trouvent, il faudrait plus d'une décennie d'investissement, rien qui ne pourrait résoudre l'actuelle dépendance des USA à l'égard de la Chine sur ce plan. D'autant qu'il y a surtout un grave problème de savoir-faire pour les exploiter. Rappelons que les terres rares ne sont pas rares en réalité. On en trouve un peu partout. Le quasi-monopole chinois actuel est la conséquence du laissez-faire et du libre-échange. La France par exemple avait Rhône-Poulenc dans les années 80-90 qui avaient tous les savoir-faire pour les exploiter, mais on a préféré laisser ça aux Chinois. Encore une fois, l'occident tout comme les USA payent le prix à long terme de la démagogie libérale et de l'absence de stratégie collective qui en découle.

 

Maintenant, parlons du dernier argument, celui de la menace russe et chinoise. L'ambassade de Chine a répondu assez promptement sur la question il y a peu. Il n'y a aucune présence russe ou chinoise autour du Groenland. Du reste, s'il s'agit d'une inquiétude sur le commerce qui passerait par l'arctique, rappelons que la Russie peut déjà passer sur ses propres côtes pour faire du commerce par là, elle n'a nullement besoin de contrôler le Groenland pour faire une route commerciale dans le Grand Nord. Un coup d'œil à une carte suffit pour s'en convaincre. On est obligé donc de conclure comme Emmanuel Todd que cette agressivité à l'encontre de leurs propres sous-fifres n'est en réalité qu'un épisode qui relève de la psychiatrie collective, et nationale. Tout ceci n'a rien de rationnel, même en grattant pour imaginer des scénarios alambiqués. Trump qui a fait du protectionnisme une arme impériale et non un outil de réindustrialisation est en colère parce que cela ne fonctionne pas contre la Chine qui vient de battre son record d'excédent commercial. Comme il n'arrive à battre ni la Chine ni la Russie, il tape sur ses vassaux pensant qu'ils ne pourront de toute manière rien faire contre les USA tout puissants. Ce qui à mon avis est un très mauvais calcul à long terme, mais finalement une bonne chose pour les pays européens qui vont devoir se réveiller de leur torpeur atlantiste.

 

Le libre-échange détruit la souveraineté

 

Car les Européens prennent maintenant conscience de la dangerosité de dépendre autant d'un seul partenaire. La dépendance européenne vis-à-vis des USA est triple. Elle est premièrement militaire à travers l'OTAN. Cette institution aurait dû être détruite au lendemain de la guerre froide, mais les USA en ont fait une arme d'expansion de leur empire. Ils pensaient sincèrement que la Russie finirait par s'effondrer, et qu'ils pourraient ensuite soumettre les pays qui auraient résulté de cet effondrement sous leur domination. C'était le véritable plan des néoconservateurs jusqu'aux années 2000. On peut dire que la provocation en Ukraine était le dernier coup de cette stratégie qui a visiblement complètement échoué. Surtout que cela a lancé la Russie dans les bras de la Chine, le pire des scénarios possibles. De fait, l'OTAN est un instrument de soumission des peuples d'Europe. Elle ne défend pas nos pays, elle les soumet au système militaro-industriel américain. Je pense que les pays d'Europe vont le comprendre un peu mieux avec la crise du Groenland. Il est difficile pour le Danemark de se défendre contre les USA avec des avions qui ont besoin d'une autorisation de Washington pour décoller.

 

Le second facteur de dépendance est technologique. Le libre-échange favorisé par Washington dans les années 70-90 leur a permis de dominer totalement le commerce des technologies numériques. L'UE et ses règles libérales ont empêché des producteurs locaux d'exister. Le plus gros marché, celui des USA ayant imposé de facto leurs propres marques. Sans un protectionnisme minimal, les logiciels et les technologies locaux des pays européens n'avaient simplement aucune chance de perdurer. C'est ce qui a permis aux USA d'imposer leurs entreprises rentières dans le domaine des services informatiques. Ainsi on trouve aujourd'hui normal que la presque totalité des œuvres regardée en streaming passe par des entreprises américaines en France, alors que c'est une aberration. Dans le domaine technologique le laissez-faire quand on est petit c'est la certitude de la défaite et de la soumission. Ajoutons à cela le fait que l'UE et les élites européennes aient laissé les USA prendre le contrôle des données des Européens dans presque tous les domaines et vous vous retrouvez pieds et mains liées lorsqu'un conflit approche. On voit ici que l'UE loin d'être une force a complètement paralysé le continent qui aurait réagi si chaque pays avait mené sa propre politique économique.

 

La dernière dépendance est celle des exportations. Minée par une demande anémique résultant de la compétition permanente pour exporter plus avec l'Allemagne mercantiliste au milieu du champ de bataille, l'Europe est obligée d'exporter pour espérer avoir un peu de croissance. Notre véritable dépendance à l'égard des USA c'est ça, une absence de demande intérieure liée à la dérégulation économique et à la compression des salaires qui en résulte. On compense en exportant. Mais ce modèle ne fonctionne plus. D'une part, les USA veulent rééquilibrer leur commerce extérieur, ce qui peut se comprendre même si cela semble mal parti. De l'autre la concurrence chinoise est désormais trop forte pour que même les pays les plus avantagés d'Europe puissent les concurrencer à terme. Nous apprenons finalement avec ce qui se passe au Groenland, c'est qu'il y a une incompatibilité entre la notion de libre-échange globalisé et celle de souveraineté. Être souverain c'est pouvoir décider de ses politiques sans en référer à personne. Choisir ses propres politiques, économique et technologique. Mais quand vous devenez dépendant du marché mondial, que ce soit par les exportations ou par les importations, finalement vous finissez par perdre cette souveraineté.

 

Alors le libre-échange peut permettre des économies d'échelle et un certain enrichissement collectif, mais est-ce que cet enrichissement, très relatif, car il produit aussi d'immenses inégalités, et de gros problèmes sociaux, vaut la peine de se soumettre à d'autres puissances, et de devenir des vassaux perdant toute possibilité d'avoir leurs propres politiques ? Est-ce que finalement payer un peu plus cher des services et des biens fabriqués localement ne vaut pas mieux que se soumettre à Donald Trump, à la Chine, à l'Allemagne ou à d'autres géants dans le futur? C'est la grande question que soulève l'actualité. Nous devons maintenant choisir entre un certain confort et la liberté d'être ce que nous sommes en tant que peuple et en tant que nation. L'interdépendance économique excessive nous met aujourd'hui dans une situation inextricable. Pour nous en sortir, nous devons rompre avec l'idée de maximisation des profits, des exportations, et repenser la société de manière à être autonomes. Nous devons recréer une société relativement autosuffisante sans quoi nous disparaîtrons purement et simplement avaler par d'autres ensembles plus gros et plus avantagés. La solution n'est pas la fuite en avant européenne qui ne fera que nous soumettre à l'Allemagne, mais bien dans un sursaut productif national. Être souverain c'est avant tout répondre à ses propres besoins. Nul besoin d'être gigantesque pour ça. Et cela commence à court terme par une sortie de l'UE et l'annulation du traité avec le Mercosur pour la France.

 

 

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