Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Alors que les crises économiques et politiques se multiplient sous les effets de la panique occidentale face à son déclin, voilà Elon Musk, l'homme le plus riche de la planète, qui nous fait un discours délirant sur les voyages spatiaux. Loin de moi, l'idée de critiquer la volonté de faire des découvertes ou de financer la recherche scientifique, bien au contraire. Je préférerai largement des dépenses massives dans la recherche scientifique que les délires militaristes de Trump ou de Macron. Cependant, il y a une marge importante entre faire de la recherche scientifique et remplir les délires d'un geek qui a probablement été un peu trop biberonné à la lecture d'ouvrage de science-fiction. N'oublions pas que de dans la science-fiction, il y a le terme fiction tout de même. Faire de la science sérieusement cela demande du temps, de l'énergie, de l'honnêteté tout ce dont le capitalisme financiarisé moderne, dont Musk est un parfait représentant, ne dispose pas.
Elon Musk est un vendeur de nuages, il a d'ailleurs passé toute sa carrière à faire ça. Il achète des boîtes, se fait subventionner indirectement par l'état américain, et vend des idées très « techno-scientifiques » pour pomper des ressources en provenance du capital financier. Il crée alors des activités dignes des fameuses chaînes de Ponzi, ce qui fait vivre ses entreprises, ce ne sont pas les bénéfices qu'elles réalisent, mais leur capacité à susciter la hausse de la valeur des actions en bourse. Elles peuvent alors perdre beaucoup d'argent, tant que les cours de bourse montent, tout va bien elles peuvent se refinancer. Et pour faire ça les beaux discours pleins de termes techniques ça marche très bien. Alors ce n'est pas nouveau ce type de comportement, mais la très grande financiarisation de l'économie américaine liée à la désindustrialisation et au soutien permanent de la FED ont permis à ce type de comportement d'avoir des proportions gargantuesques. En un sens, on est plus vraiment dans du capitalisme, mais dans un mécanisme de secte. Une secte ou le discours technique permet des actes de foi chez les croyants.
On vous vend un futur magnifique qui en réalité n'arrive jamais, mais tant que les gens gardent la foi le système fonctionne, car les cours de bourse continuent à monter. On pourrait d'ailleurs dire la même chose pour les IA dont les supposés gains futurs sont très clairement surestimés à mon humble avis. Mais sur le domaine spatial, on nage en plein délire. Rappelons que les distances dans l'espace sont tellement gargantuesques que l'on ne les mesure pas en km, mais en année-lumière. C'est-à-dire la distance que parcourt la lumière en une année sachant qu'elle est proche de 300000 km à la seconde. Pour donner une idée, la sonde Voyager qui a été lancée en 1977, un an avant ma naissance, vient tout juste de parcourir un jour à la vitesse de la lumière.. Le système le plus proche de nous est à 4,5 années-lumière, je vous laisse faire le calcul pour y aller à la vitesse de la sonde Voyager.
Alors bien évidemment nous sommes loin de tous connaître et il est tout à fait possible que nos connaissances soient bouleversées même dans le domaine de la physique fondamentale. Des chercheurs viennent par exemple de découvrir que l'expansion de l'univers ne serait pas uniforme, ce que la science actuelle est incapable d'expliquer. De la même manière, on ne sait pas du tout pourquoi l'univers grandit de plus en plus vite. Nous ne comprenons pas non plus pourquoi la force de gravité par exemple est aussi faible. C'est-à-dire qu'il faut des masses colossales pour modifier la gravité, elle est donc très faible par rapport à la force magnétique ou nucléaire qui maintient l'intégrité des atomes. Il est certain que nous découvrirons donc encore beaucoup de choses et peut-être même des surprises qui nous permettraient de faire des choses impensables aujourd'hui. Mais on est là au niveau du domaine de la recherche fondamentale. Quelque chose qui n'intéresse pas vraiment les financiers, car ce n'est pas immédiatement exploitable financièrement. Quand cela n'a pas carrément aucun intérêt économique. En tout cas à l'heure actuelle rien ne permet de dire qu'il est possible de se déplacer entre les systèmes solaires comme dans Star Trek.
Vendre comme le fait Musk l'idée que l'on va vite faire des voyages spatiaux à très grande distance, ce n'est pas bien sérieux. En l'état actuel des connaissances, envoyer une sonde dans un autre système solaire, ce serait extrêmement compliqué. Il faudrait au moins parvenir à projeter des objets à une vitesse atteignant 10 à 20% de la celle de la lumière pour que le voyage se fasse en un temps raisonnable. Mais atteindre de telles vitesses, on ne sait pas faire. Il faudrait par exemple déjà maîtriser la fusion nucléaire, seule source d'énergie susceptible de fournir une densité d'énergie suffisante pour entreprendre un tel voyage. S'il y a des progrès dans le domaine de la fusion, on est encore très loin de réacteurs pleinement fonctionnel. Et là on parle de réacteur pour produire de l'électricité sur terre, il faudrait aussi faire des versions miniatures pour pouvoir les utiliser sur des sondes et des vaisseaux spatiaux. Dans un siècle peut-être que ce sera possible. Elon Musk sera malheureusement pour lui décédé depuis bien longtemps quand ça sortira, lui, mais aussi ses investisseurs.
Le scientisme et l'effondrement
Le plus étrange dans cette affaire n'est pas tant les délires pseudoscientifiques sur la conquête spatiale, c'est plutôt l'aspect suranné de ce scientisme. Ce mouvement était très fort au 19e siècle en Europe au moment où la technique semblait bouleverser le monde et changer nos vies à tout jamais. La technologie a effectivement apporté du confort et la science nous a permis de mieux comprendre le monde qui nous entoure. Mais les deux guerres mondiales ont aussi montré le prix à payer pour ce progrès, et ne parlons pas des nouvelles dépendances à certaines matières premières épuisables ou des problèmes écologiques. La technologie n'est donc pas en elle-même une amélioration de l'humanité contrairement à ce que beaucoup de penseurs ont naïvement cru dans le passé. Nous avons même du mal à voir les implications des innovations techniques sur nos sociétés. Nos sociétés n'ont toujours pas digéré collectivement les effets des médias de masse, d'internet ou des smartphones que voilà les IA qui arrivent. Les Européens ont compris dans la douleur que le progrès technique, surtout s'il est très rapide, pouvait déstabiliser des sociétés, voir provoquer des catastrophes. Les américains, particulièrement les élites américaines semblent encore coincées dans la pensée du 19e siècle du progrès prométhéen.
Le même Elon Musk pourtant semble avoir conscience des effondrements que connaissent actuellement nos sociétés. À quoi bon parler du voyage spatial pour l'an 2150 s'il n'y a plus d'humains à cette époque ? L'effondrement démographique que connaît l'humanité aujourd'hui va enterrer très probablement ces ambitions prométhéennes. On reparlera d'ailleurs des chiffres dramatiques de la natalité française dans un prochain texte. Mais pourquoi vouloir coloniser Mars, ce qui n'est pas très crédible, alors même que la terre va se dépeupler et que bon nombre de terres restent encore aujourd'hui largement inhabitées ? La Russie par exemple pourrait largement avoir un milliard d'habitants et la France supporte trois ou quatre fois plus de population. N'importe quel coin de la terre, même l'Ardèche ou la Lozère, reste largement plus agréablement habitable que Mars. L'explication est sans doute psychologique. Les Américains se raccrochent à leur passé idéalisé. Le programme Apollo en particulier semble avoir été une espèce d'âge d'or pour eux. Il est possible que Musk essaie sans doute de s'appuyer sur cette idéalisation pour faire son petit commerce.
Le 21e siècle ne sera pas celui de la révolution scientifique ou de l'infinité de possibilités données par cette dernière. Le 21e siècle sera celui de la survie de la civilisation technicienne. La grande question qui va se poser est de savoir si notre espèce pourra survivre au progrès technique ou si celui-ci entraînera notre extinction. Une extinction bien différente de celles qui pouvaient craindre nos aïeux, celle provoquée par une conflagration mondiale et nucléaire, même si le risque n'est pas à écarter avec les mouvements géopolitiques actuels.Notre extinction se fera par des berceaux vides et une incapacité à continuer simplement à vivre comme l'ont fait tous nos ancêtres avant nous. Les grands discours sur le futur mirifique ne sont finalement qu'une façon d'éviter de voir notre destin funeste. Une façon également d'éluder en même temps la responsabilité de la technique dans ce destin funeste. Rappelons qu'Isaac Asimov, le grand auteur de science-fiction avait déjà prévu ce type d'extinction chez des peuples avancés, les spaciens. Des peuples qui ne communiquaient plus que par écran interposé, utilisaient massivement les robots et qui finalement se mirent à ne plus faire suffisamment d'enfants pour renouveler les générations...