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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Les stratégies de diversion européistes.

 

L'accélération apparente de l'histoire semble de plus en plus rendre nos élites politiques, économiques et journalistiques fébriles. Il faut dire qu'il y a de quoi être inquiet lorsque l'on croit encore aux bienfaits de la globalisation , du libre-échange ou pires encore de la construction européenne. On ne peut qu'accorder du crédit aux analyses récentes de la situation que font des penseurs comme Emmanuel Todd, qui vient de faire une nouvelle émission chez Berruyer, ou encore Marcel Gauchet qui vient de faire une nouvelle série d'interviews sur l'évolution de la démocratie en occident. Si les deux penseurs partent dans des analyses aux principes et à la méthodologie différente, les deux arrivent bien à voir que nous vivons plus qu'une crise économique ou géopolitique, nous vivons une crise de croyance, une crise de religion, la crise du néolibéralisme.

 

Le néolibéralisme a servi d'idéologie de substitution en occident à partir de la crise des années 70, une crise inflationniste qui n'avait pas grand-chose à voir avec l'état ou les politiques macroéconomiques, ni même avec le pétrole, mais bien plus avec la fin d'un cycle technique. En effet dès la fin des années 60 le progrès technique ne permet plus de faire des gains de productivité aussi rapide que ceux de l'immédiat après guerre. Ce ralentissement va en faîte détraquer le système économique occidental sur fond de guerre du Vietnam pour les USA. Pour pouvoir continuer à croître au même rythme, le capital va casser le fragile équilibre entre le travail et le capital qui s'est constitué pendant la période keynésienne et fordiste. L'idéologie néolibérale deviendra l'arme intellectuelle justifiant la casse du salariat au nom d'un supposé système libéral supérieur et mue par la « science ». La domination de l'idéologie néolibérale et de ses différentes écoles fut garantie par les grandes fortunes et les investissements massifs du capital dans les médias et les grandes universités américaines.

 

Les effets politiques furent rapides à une époque où la concentration de l'information était massive, les années 70-80 c'était aussi l'époque de la télévision triomphante, faut-il le rappeler. Aux USA les émules du néolibéralisme furent Nixon, Thatcher, Reagan, en France ce fut Giscard, Barre puis les socialistes français, ce qui peut paraître paradoxal, mais un Delors ou un Rocard n'avaient en réalité pas grand-chose de différent sur le fond d'un Reagan à la même époque. Disons qu'ils camouflaient mieux les ressorts idéologiques qui les motivaient. Rappelons que si les courants libéraux peuvent avoir quelques différences, il y a quand même quelques constantes à l'image d'un fort attachement aux mécanismes du marché, au libre-échange et à la libre circulation des capitaux. C'est à dire très exactement ce qui va conduire les pays occidentaux dans l'impasse dans laquelle ils sont. Alors je sais bien que l'on pourrait ici objecter qu'il y avait des libéraux raisonnables sur le commerce, même Adam Smith admettait que des taxes à l'importation pouvaient être nécessaires si un pays accumulait des excédents massifs à votre encontre. Mais Simth c'était une autre époque, une époque pendant laquelle le libéralisme était lui-même encadré par la religion chrétienne et ses limites.

 

Ce qui est nouveau avec le libéralisme qui explosa à partir des années 70, c'est qu'il était en fait nu, il n'y avait plus l'encadrement religieux ni même national qui auparavant l'encadrait. Si beaucoup de penseurs par le passé ont bien vu que le communisme avait des traits qui le faisaient quand même fortement ressembler à une religion par certains aspects, il faut relire le texte que Keynes a écrit quand il s'est rendu en Russie en 1925 à l'époque même des débuts du communisme soviétique, il faut bien admettre que peu de gens ont vu le néolibéralisme comme son équivalent inversé en occident. Il s'agit en fait d'une religion avec ses apôtres et ses prophètes, ses lois et ses interdits. Elle a les USA comme point de départ et exemple à suivre. C'était LA religion de l'empire américain et il faut savoir que les grandes religions dans l'histoire sont souvent nées d'empire, unifiant les pratiques et permettant à l'ensemble impérial de justifier sa propre existence. On peut citer d'autres exemples dans l'histoire après tout. Le christianisme a permis d'unifier l'Empire romain sur le plan religieux, le zoroastrisme s'impose comme religion dominante et favorisée par l'Empire perse. L'islam permettra de justifier la domination arabe sur les peuples dominés pourtant nettement plus avancés et plus nombreux.

 

Les religions, particulièrement les monothéismes, ont accompagné bien souvent les empires, surtout lorsqu'il fallait asseoir l'autorité nouvellement acquise sur des peuples dominés. Donc en un sens, le néolibéralisme a été pour les USA la religion assurant leur domination sur les terres vassales acquises pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette religion atteint son apogée à la fin des années 90, l'époque de l'hyperpuissance affichée alors que l'empire était en fait déjà en déliquescence depuis des années. Hélas si les religions d'autrefois n'avaient pas forcément une pensée économique profonde ou se centrant sur ces questions très matérielles, laissant quelques latitudes sur le comportement économique des hommes politiques de leurs époques. Le néolibéralisme était une religion très largement économique, même si son idéologie a pu influencer d'autres domaines. De fait si les grandes religions ont pu survivre aux empires qu'elles ont accompagnés, car elles étaient des façons de voir la vie, et la mort et qu'elles parlaient de beaucoup de domaines, on peut douter de la survie d'une idéologie dont l'échec devient patent avec l'effondrement économique de l'empire américain et des sociétés occidentales.

 

Le contre-feu néolibéral

 

La fin de l'empire américain qui devait être éternel et dominer la planète entière, c'est donc aussi la fin de l'idéologie qui l'a accompagné ces 50 dernières années. Une idéologie qui avait tout envahi, en particulier le pauvre continent européen qui était probablement devenu encore plus croyant que les Américains eux-mêmes. Ainsi la construction européenne est une structure tout entière construite autour des principes néolibéraux. La fin du modèle ne pourra que provoquer sa chute. Il faut lire les idéologues du libéralisme pour voir à quel point cela panique en réalité. Criant sans arrêt aux socialismes dès qu'il y a un échec économique quelque part, ou au saint libéralisme dès qu'il y a une réussite. Cuba c'est le socialisme qui est responsable (pas les sanctions), mais la Chine par contre c'est grâce au capitalisme libéral... C'est souvent tellement ridicule que cela en devient drôle. Évidemment le monde réel est un peu plus compliqué qu'une histoire de socialisme ou de libéralisme, mais cela souligne le caractère dogmatique et structurant pour une partie de nos élites de cette idéologie.

 

Alors bien évidemment il est impossible d'admettre pour les croyants du néolibéralisme que le libre-échange puisse par exemple lui-même être responsable de la crise en occident. De la même manière qu'il est impossible d'admettre que l'UE n'est pas la solution à nos problèmes, mais la cause profonde. Pour éviter d'admettre l'échec de leur croyance structurante, nos idéologues sortent maintenant des contre-feux idéologiques. La principale méthode est par exemple d'accuser d'autres idéologies d'être responsables des crises. En France, on aura tous les discours lénifiants sur le socialisme français, que dis-je, sur le communisme français. Macron était pourtant un grand représentant du libéralisme français, il a bien fait une politique de l'offre consistant à réduire les charges pour les entreprises, et les riches, en espérant avoir des retombés économiques qui ne sont jamais venues. Mais non pour nos croyants, Macron n'est qu'un communiste. De la même manière face à l'échec patent de la construction européenne, on va fabriquer des champions dans l'UE. La Pologne par exemple qui est mise en avant grâce à sa croissance économique. Sauf que la Pologne a bénéficié largement du soutien financier de l'UE, donc des pays contributeurs comme la France, ainsi que des délocalisations. Il est dur d'admettre qu'on a en fait déshabillé Paul pour habiller Vadislav.

 

C'est pourtant très exactement ce que nous avons fait avec l'UE, nous avons subventionné les délocalisations de nos usines et de nos entreprises de sorte qu'une grande partie de la pauvreté en France est le produit de la croissance polonaise. Mais l'on pourrait citer d'autres types de contre-feux par exemple le modèle italien. Il n'y a aucune croissance en Italie et la production manufacturière stagne, mais la baisse de la demande intérieure permet d’afficher un excédent commercial, donc on utilise ça pour présenter ce pays comme un modèle économique. Avec en arrière-pensée la volonté de justifier aussi la fausse opposition politique qu'est le RN puisque ce parti semble quand même avoir des chances de plus en plus grandes d'accéder au pouvoir. Nous vivons donc une inondation de faux modèles économiques ou de mauvais diagnostics économiques, qui sont utilisés pour éviter d'avoir à admettre l'échec patent du libéralisme de ces 50 dernières années. On oublie d'un seul coup que la pensée unique a régné sans partage dans les médias pendant presque trente ans. Et on fabrique un fantasme du socialisme qui aurait dirigé comme par magie la période Mitterand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron, alors que toutes les données disent bien que ce sont des idées libérales qui ont largement façonné cette période. Nous devons donc sortir les contre-feux des contre-feux libéraux en montrant à chaque fois l'inanité des positions prises et les incohérences. Car il est temps aujourd'hui d'admettre l'échec du libéralisme économique, comme on a admis l'échec du communisme. Il n'est plus temps pour les idéologies, mais pour le pragmatisme face aux immenses problèmes qui s'amoncellent dans nos sociétés.

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L
En complément, l’émission avec E. Todd sur Elucid met en évidence la corrélation entre niveau d’éducation et vote pour le système en place (au premier ou au second tour). Or, ce fait tient en partie à une solidarité de classe petite bourgeoise, dont la place dépend de son adhésion au grand capital (salariés de grands groupes et fonctionnaires) ; mais aussi en partie de sa conformité idéologique, au travers d’un formatage dans les universités et les écoles, qui se poursuit dans les entreprises. <br /> <br /> C’est pourquoi le combat sur le terrain idéologique n’est pas moins important que celui dans les autres dimensions. En cela, ce dogmatisme se brise sur la réalité, comme vous le soulignez ici à propos du néolibéralisme sur le plan économique, mais également sur d’autres plans comme l’immigration ou le sanitaire par exemple. C’est un atout à ne pas négliger.
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L
Vous, et le commentaire de La Gaule, illustrez à merveille un des aspects essentiels de l'humanité : le besoin de spiritualité. J'y ai travaillé avec mes compagnons pour aboutir à un renouvellement idoine à la nouvelle phase de l'histoire humaine : nous le nommons "Tao Spirituel".<br /> <br /> De manière paradoxale, vous rejetez l'idéologie pour lui substituer le pragmatisme. Pourtant qu'est-ce que l'idéologie, sinon d'élaborer des modèles décrivant la réalité ? C'est quelque chose que nous faisons dans tous les domaines, alors pourquoi le rejeter pour l'économie, le social et le politique ?<br /> <br /> Une autre chose est le dogmatisme, qui, lorsqu'un modèle ne fonctionne pas (c.-à-d. ne correspond pas bien à la réalité), consiste à dire que c'est le modèle qui a raison tout de même. C'est d'ailleurs ce que vous dénoncez ici pour les néolibéraux. <br /> <br /> Quant au pragmatisme, il rencontre vite ses limites. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle son fondateur, C. S. Pierce, a préféré le renommer pragmaticisme pour s'écarter de l'interprétation erronée de ce concept par ses suiveurs, comme James.
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Y
Attention, je n'ai rien contre le fait d'avoir un récit sur le sens du monde, et sur ce que l'on doit faire. En ce sens, l'idéologie a toujours une utilité, ne serait-ce que parce que nous sommes limités et qu'il nous faut toujours une grille de lecture même si elle peut parfois avoir des approximations et se révéler fausse sur certains points. Aujourd'hui par contre on a un grave problème de dogmatisme pur et dure, pas seulement sur l'économie. En Europe c'est extrêmement visible, ne serait-ce que sur les questions énergétique. Il suffit de voir l'absurdité du PPE3 pour s'en convaincre.
L
"Le christianisme a permis d'unifier l'Empire romain sur le plan religieux". Ce que nous appelons "l'occident" est sans doute né alors à ce moment précis en tournant le dos au monde antique et ses idoles d'une manière dont nos livres d'histoire n'aiment pas rappeler à quel point elle fut intolérante et violente (les vrais martyrs ne sont peut-être pas ceux que l'on nous a donnés) et cette phase d'unification correspondait aussi à une phase de décadence. <br /> Le mensonge religieux (vérité révélée pour ses adeptes) propre au christianisme a permis la résilience de l'ancien monde romain en lui donnant le visage de l'Europe médiévale. Ce fut également la crise du mensonge religieux (la scission de la vérité révélée) qui permis la résilience du monde médiéval entré à son tour en décadence pour le faire entrer dans l'époque moderne, ce que nous appelons la renaissance.<br /> Divers acteurs géopolitiques ont accompagné cette longue métamorphose en assurant leur domination d'abord sur l'Europe puis sur une portion plus vaste du monde en se transformant en empires. Le choc des empires européen a fini par produire et assurer l'hégémonie en occident du seul empire américain alors que le grand mensonge religieux qui le portait depuis deux millénaires se sécularisait en divers avatars dont la théorie libérale économique ET politique semble mettre un point final (on ne voit pas en effet comment la foi politique survivrait aux frasques de ses apôtres tel qu'elles s'étalent au grand jour à l'heure actuelle depuis leurs alcôves jusqu'à Gaza). <br /> Todd semble en conclure que nous sommes arrivés au bout du voyage occidental, c'est-à-dire à la phase terminale du mensonge (parvenu à une sorte de perfection formelle avec l'IA), parce que la décadence nihiliste du grand empire américain ne peut rencontrer aucun garde-fou de par sa structure familiale majoritaire qui reste la famille nucléaire originelle.<br /> Je crois aussi que la spirale du retour cauchemardesque au jardin d'éden d'Adam, Ève et le serpent machin, se fera sans le message du Christ auquel s'accrochent encore certains jusqu'aux larmes. Ce dernier survivra peut-être ailleurs, si cela est jugé utile par les nouveaux maîtres du jeu...
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Y
Il y a toujours la thèse du christianisme entraînant l'effondrement de l'Empire romain en même temps qu'il l'a unifié sur le plan religieux. Je pense cependant que le déclin de l'Empire était inscrit dans sa nature même. <br /> <br /> Le voyage ne se terminera pas avec le christianisme. Comme le dit Todd lui-même, il y avait un avant christianisme. Seulement nos sociétés vont devoir trouver de nouvelle forme de lien collectif. Je crains par contre qu'avec le progrès technique la tentation d'une domination directe par l'entremise de la technologie ne soit trop forte. On peut imaginer des dystopies où la population ne serait pas tenue par une morale commune et des croyances, mais par la chimie ou quelque autre technologie du genre. La volonté actuelle de contrôler l'information montre que les dirigeants sont prêts à tout pour maintenir leur domination.