Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Nous avons parlé dans le dernier texte du blog de la question du dollar et des tensions qui se multiplient sur cette question. Cela nous touche directement en Europe parce que l'UE qui se fait déjà lourdement taxer ses exportations voit aussi sa monnaie s'apprécier face au dollar, ce qui a rajouté une pression supplémentaire sur les exportateurs européens de moins en moins compétitifs sur le marché mondial. Rappelons qu'une variation de seulement 10% de la valeur de votre monnaie revient à une taxation de 10% de vos exportations, mais aussi à une subvention de 10% pour le pays qui commerce avec vous. Les dévaluations ont des effets extrêmement puissants sur le commerce extérieur. Alors il est vrai que l'on pourrait souligner deux aspects qui contredisent cela. Tout d'abord avec une monnaie plus forte permet aussi de payer les matières premières moins cher. C'est d'autant plus vrai que le dollar reste pour l'instant la monnaie d'échange principale des matières premières.
Ce facteur n'a évidemment vraiment d'intérêt que si vous importez beaucoup de matières premières comme c'est le cas des pays européens ou si vous êtes vous-même exportateur de matières premières. En effet dans ce cas-là les prix des importations de produits manufacturés chutent alors que la valeur relative de vos exportations augmente. Évidemment, c'est fatal pour vos producteurs de biens locaux. C'est d'ailleurs la grande hantise des pays gros producteurs de matières premières. Il est souvent difficile de développer des secteurs de productions nationaux, car la monnaie a tendance à être trop forte pour qu'ils soient compétitifs du moins dans un régime de libre-échange . C'est pour cela que certains pays comme la Russie n'ont pas du tout intérêt à laisser leur monnaie s'apprécier trop fortement au risque de devenir totalement dépendant de pays comme la Chine. D'autres ont laissé tomber leur indépendance, à l'image de l'Australie dont nous avions déjà longuement parlé dans une petite analyse de leur économie.
Dans le monde globalisé actuel, l'autre avantage que l'on peut voir sur la monnaie forte est l'investissement à l'étranger et le rachat d'entreprises étrangères. Évidemment ce genre d'avantage se heurte aux législations locales. Par exemple si demain des entreprises stratégiques américaines risquent de se faire racheter par des Allemands ou des Français à cause de la faiblesse du dollar vous pouvez parier que l'état américain ne laissera pas faire. C'est la grande différence avec le dogmatisme libéral européen d'ailleurs, et qui explique en grande partie notre vassalisation volontaire. Pour en revenir à notre sujet, le dollar s'est fortement déprécié dernièrement avec désormais un dollar qui ne vaut plus 0,85€ à l'heure où j'écris ce texte. On est pratiquement revenu au taux de change que l'on pouvait connaître vers 2018. Nous ne sommes toutefois pas encore au niveau de 2008 à l'époque où le taux de change de l'euro était à 0,66$ pour un euro environ. On s'en rapproche tout de même.
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L'on pourrait ici observer qu'il s'agissait probablement d'un des buts de Trump, dévaluer le dollar. Car la dévaluation est en un sens plus puissante qu'une politique protectionniste simplement tarifaire. Mais je ne suis pas certain qu'il maîtrise réellement cette question. Comme nous l'avons vu dans le dernier texte, la valeur du dollar dépend d'énormément de facteurs et pas seulement de la politique américaine. L'essentiel des dollars en circulation circule en dehors des USA. Par exemple, la remontée des taux au Japon n'est pas le fait de Trump. Or cela a un effet immédiat sur la demande de titres de dette américaine. C'est l'un des très gros inconvénients d'avoir une monnaie mondiale, vous ne la maîtrisez pas beaucoup plus que la pauvre France ne contrôle sa monnaie, elle qui est coincée dans la zone euro. Alors l'on pourrait ici objecter que ce n'est pas si grave cette réévaluation parce que la zone euro a de toute façon de gros excédents commerciaux qu'il fallait réduire pour les USA.
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Et vous n'auriez pas totalement tort sur la question. Sauf que d'une part cet excédent commercial est relatif, car les USA ont une balance des paiements beaucoup plus équilibrée avec l'UE. Les services informatiques compensent largement les déficits commerciaux qu'ils accumulent chez nous. C'est très important de le souligner. Une dégradation de la balance commerciale de l'UE pourrait simplement mettre la balance des paiements de la zone dans le rouge. D'autant que l'excédent commercial avec les USA permettait en réalité en partie de rééquilibrer le commerce très déficitaire avec la Chine cette fois. On le voit dans la globalisation actuelle, il y a comme un immense jeu de chaise musicale où chacun cherche en réalité à exporter ses propres problèmes au lieu de les résoudre. L'Europe qui a mis en place un système de contrition de la demande intérieure par sa dérégulation économique totale, est obligée dans ce contexte de chercher de la demande à l'extérieur, en l'occurrence sur le marché US surendetté. Mais la Chine fait maintenant la même chose, sauf qu'elle est bien mieux équipée pour le faire. Elle compense le manque de demande interne par ses excédents avec tous les effets catastrophiques que cela peut avoir sur les pays victimes de l'inondation de produits chinois.
Les bulles dans un contexte économique dépressif
La course mercantiliste produite par la globalisation et la recherche des salaires les plus bas ont donc conduit logiquement la planète à une insuffisance de la demande généralisée. Tout le monde se bat pour avoir les dernières miettes de la demande mondiale. Et dans cette grande guerre mercantiliste planétaire que l'on pourrait, apparenter aux combats du célèbre film Highlander, car à la fin il ne peut en rester qu'un, et c'est la Chine, l'UE fait figure de grande perdante. C'est dans ce contexte d'incertitude radicale que s'inscrivent les bulles en tout sens qui se multiplie. Car l'incertitude c'est ce qui pousse les agents économiques à des actions souvent assez irrationnelles collectivement. Comme le décrivait très bien Keynes en son temps, les acteurs des marchés financiers naviguent entre deux directions. La peur de ne pas gagner assez d'argent en spéculant sur les valeurs montantes, et la peur de tout perdre qui les conduit à des investissements de sécurité même s'ils y perdent des plumes. La bulle IA c'est bien évidemment le côté spéculatif. La plupart des investisseurs savent très bien que les valeurs actuelles des actions de Nvidia sont grotesques.
On attend encore les gains de productivité promis par les vendeurs de nuages du secteur de la tech. Et s'il y a un jour des gains en aucun cas ils ne justifieront les immenses investissements actuels dans ce secteur. Mais pour gagner à ce petit jeu de casino qu'est la finance dérégulée, il vaut mieux avoir tort avec la foule que raison contre elle. Ceux qui gagneront seront ceux qui vendront avant l'effondrement de la pyramide. Mais là encore la peur de ne pas gagner assez les stimule à continuer la fuite en avant. La seconde bulle est celle des matières premières et de l'or en particulier. L'obsession pour l'or est un cas type de peur de tout perdre. On préfère investir dans l'or parce que c'est quelque chose de tangible qui gardera de la valeur même si le dollar s'effondre par exemple. Mieux vaut de l'or ou de l'argent plutôt que des titres de dettes qui pourraient ne plus rien valoir demain, un peu comme les emprunts russes en 1917. L'investissement dans les métaux précieux indique une inquiétude patente quant à l'avenir.
Bien sûr, ces bulles ont aussi des effets délétères sur l'économie réelle. Par exemple, la bulle IA entraîne une crise massive dans le secteur de l'informatique et de la téléphonie, car elle crée une pénurie de mémoire pour ces secteurs. De gros fabricants de cartes graphiques risquent par exemple de bientôt déposer le bilan. Et le plus drôle c'est qu'on se demande bien qui pourra utiliser les ISA si plus personne ne peut se payer un ordinateur ou un smartphone à cause de l’explosion du prix du matériel. Encore l'un des exploits de l'incohérence capitalistique dans un système dérégulé et ouvert. Mais la hausse des prix concerne aussi d'autres matières premières. Le cuivre par exemple connaît une forte hausse. L'orientation vers l'automobile électrique entraîne une explosion de la demande en cuivre qui ne suit plus. Comme je l'ai déjà dit, l’Aluminium peut remplacer le cuivre dans certaines applications, mais pas dans toutes. Il reste le matériau conducteur indispensable pour la civilisation électrique dans laquelle nous vivons.