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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Les technoprophètes

 

Alors que tous les capitalistes ont les yeux rivés sur la prochaine mise en bourse de la société d'Elon Musk SpaceX, il me semble opportun de prendre du recul et d'essayer de comprendre la dérive actuelle du capitalisme occidental et particulièrement américain. En effet, les valorisations délirantes de certaines entreprises en particulier sur le domaine de l'IA et des semi-conducteurs prennent des proportions bibliques. Alors il ne s'agit pas de dire que certaines de ces activités ne servent à rien, Nvidia par exemple est une entreprise qui produit beaucoup et qui est un leader dans son domaine. Mais la valorisation qu'elle atteint est devenue franchement ridicule par rapport à son chiffre d'affaires réel et à ses bénéfices.

 

Elon Musk et ses entreprises sont d'ailleurs un cas d'école en la matière. Les valorisations n'ont plus aucun rapport avec les résultats des entreprises. Tesla par exemple a longtemps vu ses valorisations exploser sans que l'entreprise ne gagne d'argent. Elle est aujourd'hui rattrapée par la concurrence chinoise et perd donc de sa superbe sur les marchés financiers. Mais il y avait le même phénomène de survalorisation systématique. Alors pourquoi le capitalisme américain produit-il de telles exubérances? Rappelons tout d'abord que la fabrication de bulle de valorisation est une spécialité du capitalisme. Tout le monde connaît l'histoire des tulipes hollandaises au 17e siècle. C'est dans la nature du capital de chercher au maximum des gains, même si l'investissement n'a aucun sens comptable. Comme le disait Keynes, sur les marchés financiers, mieux vaut avoir tort avec la foule que raison contre elle. Enfin encore faut-il savoir retirer ses billes avant l'éclatement de la bulle bien évidemment.

 

Le flop de la réindustrialisation aux USA

 

Ces bulles sont donc assez traditionnelles si l'on prend le fonctionnement du capitalisme dans sa longue durée. Cependant il faut bien admettre qu'aujourd'hui il y a plusieurs facteurs qui semblent largement aggraver cette tendance. Le premier est l'abondance de liquidité pour les marchés financiers. Les banques centrales en particulier la Fed semblant faire du maintien des marchés financiers une priorité absolue. L'économie américaine étant de plus en plus virtuelle et de moins en moins industrielle, il semble que la FED n'ait plus vraiment le choix en fait. Les derniers chiffres de l'évolution de l'industrie aux USA remettant en question la fameuse réindustrialisation de Trump. Ce à quoi on assiste c'est à une accumulation de centre de donnée qui effectivement tire la croissance économique par la construction, mais cela ne se traduit pas du tout par une réindustrialisation. Cela nourrit essentiellement les pays producteurs de semi-conducteur comme Taïwan par exemple.

 

 

Le second facteur explicatif est la concentration des richesses aux USA. Comme nous l'avions vu désormais, la moitié de la consommation nationale est portée par seulement 10% de la population. Malgré leur surconsommation les très riches ne peuvent pas tout dépenser et déboursent donc leur excès dans le système capitaliste. Les bulles à répétition qui se produisent aux USA sont aussi le fruit d'une mauvaise allocation des ressources provoqué par cette concentration des richesses. De plus, la classe moyenne déclinant, les investissements vont naturellement se concentrer dans les activités qui concernent les 10% d'en haut accroissant alors mécaniquement la course aux inégalités. Et c'est là que nous arrivons au delirium techno-scientifique. Car s'il y a bien un phénomène qui caractérise les investissements actuels, c'est leur caractère quasi prophétique. On vend du rêve littéralement.

 

Ainsi Elon Musk, mais il n'est pas le seul, passe son temps à présenter les IA comme de l'intelligence réelle qui va surpasser l'humain. Il vend même idéologiquement des solutions aux problèmes que cela engendrera pour mieux faire passer le message en réalité. Vous verrez, demain les robots vont remplacer les humains dans toutes les activités, et nous n'aurons plus besoin de travailler. Alors il faudra un revenu universel pour éviter que la société s'effondre. On dirait un scénario tout droit sorti d'un livre de science-fiction. Alors disons le tout net, j'aime la science-fiction, c'est un style littéraire qui permet souvent de questionner le sens de la vie et l'avenir de l'humanité, mais il ne faut pas oublier dans la science-fiction, il y a le mot fiction. En un sens, les grands pontes de la technologie aux USA sont en quelques années devenus des espèces de gourous qui vendent le paradis en devenir qui sera produit par leurs entreprises.

 

On pourrait dire que le capitalisme américain se transmute petit à petit en religion futurologiste, que l'on pourrait presque rapprocher des mouvements sectaires. Et quand on écoute les « penseurs » de ce mouvement à l'image de Yuval Noah Harari, le caractère sectaire apparaît vraiment en se combinant en plus à des idéologies eugénistes et apocalyptiques. Faut-il y voir un lien avec le nihilisme dont parle fréquemment Emmanuel Todd probablement ? Mais nous ne sommes plus du tout dans l'image d'un capitalisme austère qui a investi pour gagner plus d'argent demain. Les capitalistes d'aujourd'hui construisent littéralement des pyramides inutiles au mieux, probablement nuisibles au pire puisqu'elles consomment énormément de ressources. Des ressources qui ne vont pas dans l'économie réelle pour répondre aux besoins réels de la majeure partie de la population. Car la construction de centre de données c'est bien gentil, mais cela fait aussi exploser la facture d'électricité. Or on le sait dans le domaine industriel, le prix de l'énergie est fondamental. Pendant ce temps-là, la Chine, qui n'a pas ce problème de capitaliste délirant, investit dans le monde réel, la production et les infrastructures, on ne s'étonnera pas du futur gagnant dans ces circonstances.

 

Le ralentissement des sciences et le déclin du capitalisme

 

 

Mais cette bulle a aussi une autre explication qui pourrait paraître paradoxale. Nous en avions parlé dans un ancien texte, mais contrairement à ce que font miroiter les médias qui se passionnent pour l'IA, les voitures électriques et les fusées d'Elon Musk, le progrès scientifique n'accélère pas du tout. Il est même en train de ralentir fortement. Les articles scientifiques produisant des ruptures majeures sont en forte baisse depuis 1950. Et bon nombre des « révolutions » actuelles ne sont en fait que des applications de science inventées dans les années 60-70. Même les fusées de Musk n'ont rien de révolutionnaire, et si la Nasa ne va plus sur la lune depuis des lustres c'est avant tout parce que cela ne servait à rien d'y envoyer des humains.

 

Comme le notait très juste Jacques Ellul dans ses œuvres, le progrès technique est devenu de moins en moins prométhéen et de plus en plus marchand. Si la technique par les gains de productivité qu'elle produisait a fait augmenter fortement le niveau de vie moyen, ses effets sur la productivité du travail se sont fait de moins en moins sentir à partir de la fin des années 60. C'est à cette époque que nous sommes passé progressivement sans trop nous en rendre compte d'un capitalisme produisant réellement des progrès à un capitalisme produisant essentiellement des gadgets pour faire croître les chiffres d'affaires. Cela ne veut pas dire qu'aucun progrès n'a eu lieu depuis. L'efficacité énergétique a progressé, nos connaissances ont progressé en général, mais ce progrès a eu de moins en mois d'effets sur la hausse réelle du niveau de vie. La révolution informatique des années 80-2000 n'a d'ailleurs pas produit les gains de productivité qui était vendue à l'époque, loin de là même.

 

Le phénomène actuel est en fait le produit d'une culture capitalistique qui ne veut pas mourir, celle des taux d'intérêt croissant à l'infini dans un monde qui est en réalité limité, et qui ne peut pas produire ces gains infinis. En un sens, Elon Musk et les vendeurs de nuages de la technologie vendent le rêve au capitaliste, celui d'une croissance sans fin de leur gain. Mais voilà, la réalité physique est toujours là et elle ne permet pas une croissance sans fin des gains. Toute la question étant de savoir ce qui se passera lorsque le retour sur terre se produira.

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L
Bonjour.<br /> Crise terminale, oui, dont vous détaillez pertinemment quelques symptômes.<br /> Sur le volet religieux, je signale aux lecteurs une des émissions du CDRS consacrées à ces "Pseudo-spiritualités modernes", dont voici le lien : https://cercledurenouvellementspirituel.org/?p=331.<br /> Cordialement.<br /> Luc Laforets
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L
Le capitalisme a connu une mutation fondamentale au lendemain de la crise de 1929 et de sa thérapie de choc qu'aura été la seconde guerre mondiale, en passant d'un capitalisme des besoins à un capitalisme fondé sur le désir et sa captation sans cesse plus prégnante par le marché, c'est d'ailleurs ainsi que la "révolution" libidinale des zozos de 68 a fini par se noyer dans le consumérisme le plus servile (parmi les innombrables ouvrages qui ont traité ce sujet j'aime bien renvoyer au très limpide "divin marché" du philosophe Dany Robert Dufour). <br /> Cette évolution a eu aussi un rapport dialectique avec la forme même du capitalisme lequel est passé d'un capitalisme de production au capitalisme financier que nous connaissons c'est-à-dire d'un système producteur avant tout de Marchandises à un système producteur de signes, le facteur humain restant nécessairement au cœur du premier alors qu'il tend à être relégué à la périphérie du second.<br /> Rien n'est joué pour l'instant et rien ne dit que la perversion du capitalisme occidental finira par infecter à coup sûr la planète entière ou si elle n'est qu'une maladie intrinsèquement occidentale. Il reste que le capitalisme est peut-être en train de se heurter à un mur au-delà de la porte par laquelle il pensait s'être sauvé. Je crois en effet que la montée en puissance du capitalisme productif vers le capitalisme financier s'accompagne d'un mouvement de régression inverse affectant le désir, à commencer par le désir fondamental de se perpétrer. Là est peut-être la réponse à votre interrogation récurrente sur la dénatalité universelle par delà toute autre réponse contingente.<br /> Keynes, à défaut de percevoir l'invasion du désir dans l'économie humaine, se demandait pourquoi le capitalisme engendrait la laideur. Sans doute parce qu'il est habité fondamentalement par une certaine névrose protestante qui ne voyait dans la beauté qu'un leurre susceptible de détourner l'homme de l'abstraction divine. Et le spectre du malthusianisme rode sur la planète capitaliste de la même manière, parce que la prétention de remplacer l'homme y compris son intelligence par des robots n'en est que la forme ultime, outre qu'elle aboutit même à annihiler ce qui est la raison d'être du capitalisme, le profit, dont la baisse tendantielle tend alors à s'effondrer vers zéro.<br /> Voir le dernier texte de Bertez à ce sujet.<br /> <br /> https://brunobertez.com/2026/06/07/editorial-lia-et-les-licenciements-tech-vers-une-production-sans-revenu-qui-va-faire-tourner-la-machine-economique-keynes-et-lutopie-de-la-societe-des-loisirs/<br /> <br /> C'est à ce point précis que le rêve de vos technocrates tend aussi vers le cauchemar, le refus de la réalité humaine par tout moyen.
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