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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Réhabiliter l'inflation et les dévaluations

 

S'il y a bien deux outils économiques qui ont mauvaise presse depuis 50 ans c'est bien l'inflation et la dévaluation. Tout le discours néolibéral ou néoclassique a consisté à faire passer ces deux mécanismes pour une catastrophe ou un désastre au choix. Ce fut particulièrement vrai pendant la courte période de forte inflation qu'ont connue la France et l'occident après le premier choc pétrolier. Ce phénomène a essentiellement servi de prétexte à l'abandon des politiques keynésiennes et fordistes d'après-guerre et à la dérégulation massive des économies occidentales. Il fallait casser la hausse des salaires par tous les moyens pour permettre au capital de se revenir à de plus forte rétribution. Si ces politiques ont cassé la croissance en occident et fait exploser les inégalités particulièrement dans le monde anglo-saxon, elles ont par contre bien réussi à accroître massivement les taux de profits.

 

Bien évidemment et contrairement à ce qu'affirmaient les adeptes de l'école de Chicago cela n'a pas fait exploser les investissements et il n'y a pas eu de ruissellement économique vers le bas. La casse du salariat occidental, et les désindustrialisations économiques qui sont allées avec, ont profondément abîmé nos sociétés, et nous subissons aujourd'hui les conséquences de cette idéologie mortifère des années 70-80 qui continue encore de sévir sur les réseaux. Vous les connaissez ces gens qui vous parlent sans arrêt de détruire l'état au nom de l'efficacité du marché. La lutte contre l'inflation et les dévaluations sont donc avant tout le produit de la domination idéologique du libéralisme et de ses différentes « écoles » de pensée. Et comme nous en avions déjà parlé dans un autre texte n'attendez pas d'eux une remise en question de leur dogme, ce n'est pas la réalité qui a raison, mais leur idéologie. L'obsession pour le socialisme tient en fait à un raisonnement mimétique miroir. Il accuse le socialisme et le marxisme de leur propre tare parce qu'en effet dans les deux cas il s'agit d'une incapacité à accepter que la réalité n'obéit pas toujours à l'image et aux modèles que l'on s'en ait fait.

 

Evolution de l'inflation depuis 1950 source INSEE

 

De fait, la crise française, européenne et occidentale n'est pas une crise du socialisme, mais de son exact opposé qui étrangement finit de la même manière que son prédécesseur, mais avec quelques décennies de retard. L'Europe et la France ne souffrent pas d'étatisme, mais des effets macroéconomiques du laissez-faire et du libre change à long terme. Un exemple simple, la libre circulation des capitaux est fatale à l'économie française. Dans un article récent sur BFM, les élites françaises se félicitent d'attirer les investissements étrangers. Oubliant que bon nombre d'entre eux sont des achats purs qui détruisent en réalité notre tissu économique en nous dépouillant progressivement de nos savoir-faire. Il y a en réalité très peu d'investissement étranger productif pour notre pays ou d'ouverture d'usines. Mais le plus intéressant dans l'article est le passage sur les investissements français à l'étranger, c'est phénoménal. 78% de l'investissement français total se fait à l'étranger ! Autrement dit l'essentiel de l'investissement des entreprises françaises se fait en dehors du pays, et il y en a pour s'étonner de la situation nationale.

 

Ce qu'il faut préciser c'est que la France est un cas particulier à l'échelle du globe. Il n'y a pas d'autre pays où l'économie est aussi dénationalisée et où les entreprises préfèrent à ce point investir ailleurs que sur leur propre sol. La combinaison d'une dérégulation économique massive et d'une monnaie surévaluée depuis 1987, date où le franc est indexé sur la monnaie allemande, a entraîné un désinvestissement national massif. Même les USA, et avec leur dollar, n'ont pas connu une telle destruction systématique de la production nationale. Il reste encore quelques secteurs de point aux USA, en France, il n'y aura bientôt plus grand-chose. Il n'y a pourtant aucun questionnement sur cette situation. On lira ici où là, des libéraux vous expliquez que c'est très bien que les entreprises françaises s'externalisent pour être compétitives, avec tout le narratif libéral habituel. Mais le fait que des entreprises françaises fassent essentiellement leur beurre à l'étranger, en employant des étrangers, pour payer des impôts à l'étranger, il faudra un jour m'expliquer en quoi c'est intéressant pour la nation française et sa population.

Certes, certains français y gagnent, mais c'est au détriment de l'ensemble de la population et du pays, dire le contraire c'est simplement mentir. La situation française est aujourd'hui absolument dramatique et il ne semble pas qu'une porte de sortie soit à notre portée politiquement parlant. On le voit que la question des retraites qui sert encore une fois à faire s’opposer la population en cherchant des boucs émissaires faciles, c'est une grande spécialité des libéraux d'ailleurs. C'est la faute aux pauvres, aux fonctionnaires, aux profiteurs, aux retraités, mais jamais aux politiques générales qui ont été mises en place depuis 50 ans et dont la construction européenne est une parfaite représentante. Tout concourt à continuer dans la même direction folle sans aucune remise en question. Et si les USA ont beaucoup de défauts et de problèmes, au moins ont-ils compris que l'ère néolibérale était terminée et qu'il fallait mettre fin au globalisme. En France et dans l'UE, on continue comme si tout allait bien au paradis du laissez-faire totalitaire.

 

Dans ce sens, il nous faut aujourd'hui faire comprendre que les dévaluations ne sont pas forcément un drame tout comme l'inflation n'est pas forcément une catastrophe. Pendant longtemps la France et ses élites ont d'ailleurs utilisé ces deux outils pour faire face aux problèmes qu'elles rencontraient. Ainsi, rappelons que le général de Gaulle lui-même fit deux dévaluations en 1958 produisant une dévaluation totale d'environ 30%. À l'époque c'était une dévaluation très importante qui permit un rebond de l'économie, et un redressement de la balance des paiements alors que la guerre d'Algérie pesait sur l'économie nationale, faut-il le rappeler ? De la même manière, la période dite des trente glorieuses était une période inflationniste, elle variait entre 4% et 5% par an en moyenne bien loin des taux actuels. Pourtant le niveau de vie à l'époque a fortement augmenté, car ce qui compte ce n'est pas l'inflation, c'est le pouvoir d'achat. Mieux vaut vivre dans un pays qui a 25% d'inflation avec 26% de hausse des salaires que dans un pays où l'inflation est à 1%, mais où les salaires stagnent. Il suffit de voir le rattrapage que la Turquie a fait sur la Grèce depuis 15 ans pour s'en rendre compte malgré son taux d'inflation très fort. C'est ce genre de chose dont la population a malheureusement trop peu conscience gobant ainsi massivement les discours anti-inflationnistes des membres de l'école libérale.

 

L'inflation est aussi un moyen de mettre de l'huile dans les engrenages de la société. En effet lorsque l'inflation est plus forte, les entreprises peuvent plus facilement augmenter les salaires, cela augmente les capacités de négociation. C'est particulièrement important dans les pays où les syndicats sont faibles et la tradition négociatrice assez faible comme c'est le cas de la France et plus généralement des pays latins. Disons-le, la France a besoin de plus d'inflation que l'Allemagne pour fonctionner parce que c'est un pays qui a du mal avec les négociations collectives. Nous sommes un pays plus bordélique, donc on a besoin d'inflation pour générer ce genre de problèmes. L'inflation permet aussi de gérer d'autres problèmes plus collectifs comme celui de l'excès de dette ou encore pour les retraites. Avec une inflation plus importante, une indexation des salaires sur l'inflation, et un gel des retraites pendant quelques années, on réglerait assez facilement le problème du poids des retraites sans avoir à négocier ou à faire des politiques aussi compliqués qu'inapplicables. Cela sert aussi à ça l'inflation, à gérer des blocages collectifs en particulier depuis que le pays vieillit et qu'il est politiquement difficile de réduire un peu le poids des retraites.

 

Il en va de même pour les dévaluations d'ailleurs. L'on parle du besoin d'un choc de compétitivité pour notre industrie, mais quoi de plus efficace qu'une dévaluation de 25% par exemple ? Cela signifie une augmentation du prix des importations de 25% et une baisse des prix relatifs aussi de 25% pour nos exportations. C'est bien plus efficace et sans coût pour l'état que toutes les politiques absurdes de subvention, et de baisse des charges, des usines à gaz pondu par les énarques depuis vingt ans pour compenser les effets de l'euro. Autre effet notable, cela renchérit l'investissement français à l'étranger, et baisse aussi le coût relatif d'investissement sur notre sol. Car si les entreprises françaises investissent aussi autant à l'étranger, c'est parce que notre monnaie est très largement surévaluée. Elles seraient moins promptes à le faire si le taux de change était plus conforme à notre réalité économique.

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R
Le titre de l'article était prometteur, et je suis assez d'accord sur le fait de revenir à ces mécanismes.<br /> <br /> Par contre, ce qui est largement faux dans votre analyse c'est que vous considérez comme libérales beaucoup de politiques et d'actions qui n'en sont pas. L'essentiel de ce qui est désigné comme le néo libéralisme est au libéralisme ce que les chroniqueurs LCI sont à la guerre.<br /> <br /> Une hausse continue du poids relatif de l'état, des normes, et de l'administration montre qu'une politique étatiste et clientéliste a été appliquée. Politique qui a aussi favorisé les rentiers de multiples manières.<br /> <br /> D'ailleurs, les cercles libéraux sont hostiles à l'Euro. Et préconisent dans le cas français une devaluation. Ce qui s'est aussi vu dans le cas de la politique argentine. Et d'ailleurs, la politique économique turque est mieux vue de leur côté que la française.<br /> La différence idéologique qu'on y retrouvera avec les souverainistes, c'est que les libéraux y voit une mesure exceptionnelle et pas une politique économique.<br /> Cependant, dans un monde où des pays pratiquent une sous évaluation constante de leurs monnaies, on peut pointer l'écart théorie/réalité.<br /> L'histoire des 2% annuels de croissance de la masse monétaire de Friedmann sont dans un contexte où tout le monde ferait pareil et ne chercherait pas à manipuler sa monnaie.<br /> <br /> Si vous cherchez une règle de 3 pour savoir si une politique est vraiment libérale c'est assez simple. Les libéraux considèrent que ce sont les entrepreneurs qui créent la richesse, et pas les salariés privilégiés que sont les pdgs. Si in vous vend une politique qui les defevoriseraient au nom du libéralisme vous savez qu'on vous ment.<br /> <br /> D'ailleurs, prétendre que les politiques keynésiennes ont été abandonnées au profit de politiques libérales dans un pays qui a un déficit budgétaire permanent depuis 50 ans est très drôle. Ça ressemble beaucoup plus à une politique keynésienne galvaudée qu'à du libéralisme. Une monnaie forte favorisant le consommateur plutôt que le producteur est aussi plus proche de cet esprit de relance par la consommation que de la loi de Say si chère aux libéraux.<br /> <br /> Et d'ailleurs si vous creusiez suffisamment la question de l'inflation dans la doctrine. Vous verriez qu'à leurs yeux la politique de la BCE est keynésienne. Les libéraux abhorrent l'effet Cantillon que permet des taux trop bas.<br /> C'est une des raisons pour lesquelles, ils militent pour des budgets de fonctionnement de l'État à l'équilibre ou en léger excédent.<br /> Ils préfèrent voir des taux à 3-4% si ça garantie de l'investissement plutôt que des gens qui font du levier pour acheter de l'immobilier existant.
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M
Je suis bien d'accord avec votre article. Je suis une retraitée et accepterai volontiers de laisser stagner le montant de ma retraite, si cela pouvait servir à l'éducation et à l'avenir de mes enfants et petits-enfants. On a laissé venir au pouvoir des ennemis de la France qui ont bradé notre industrie et nos savoirs. Honte à ces traitres!
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Y
Le problème vient de loin. C'est toute la politique qui est mauvaise depuis Giscard. Mais je pense qu'il faut vraiment arrêter de chercher comme le font beaucoup des boucs émissaires, les retraités en sont. Les gens oublient généralement que le chômage explose en France au moment où les baby-boomeurs sont justement sur le marché du travail. En faire des profiteurs me semble une analyse extrêmement simpliste. S'il y a bien eu des profiteurs ce sont surtout ceux qui se sont enrichis par les délocalisations et la destruction du travail productif en France.