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Une fois de plus Emmanuel Todd a fait une excellente conférence avec David Teurtrie Maître de conférences et docteur en géographie à qui l'on doit des œuvres importantes sur les BRICS et la Russie en particulier. Todd s'est d'ailleurs appuyé sur ses travaux concernant la Russie pour son dernier livre « La défaite de l'occident » sorti en 2024. Une véritable éternité quand on pense à la vitesse à laquelle vont les évènements géopolitiques depuis cette date. Je ne peux que vous conseiller la conférence qui peut être librement regardée à cette adresse. Notons que cette conférence date du 17 mars 2026, c'est important justement parce que tout va très vite et que le flux d'information et l'actualité changent à la vitesse de l'éclair.
Je ne vais pas ici faire un résumé de la conférence, les positions de Todd sont relativement récurrentes en particulier si vous le suivez régulièrement dans ses interventions. Il n'y a ici nulle réelle surprise sur ses opinions en particulier sur l'Iran et l'évolution du monde. Il pense toujours que la guerre déclenchée par Trump avait d'abord comme but un détournement pour camoufler l'échec en Ukraine et l'échec de Trump face à la Chine. En gros, il s'agissait d'une guerre de détournement d'opinion qui s'appuyait aussi sur une très grande sous-estimation de l'ennemie un peu comme dans le cas de la Russie. Cela va à l'encontre d'une grosse partie des opinions y compris hétérodoxe sur la question puisque d'autres intellectuels pensent au contraire que c'est Israël qui a véritablement forcé la main de Trump. Soyons honnêtes, à ce stade, il est bien difficile de savoir qui a réellement raison. Cette guerre est une telle catastrophe pour la planète, mais aussi pour Trump et son mouvement MAGA qu'on pourrait assez logiquement penser qu'il a effectivement été forcé par des moyens non conventionnels.
Ce qui est certain cependant c'est qu'effectivement dans tous les cas de figure il y a bien eu une sous-estimation massive de l'ennemi y compris de la part d'Israël. Et ici on peut clairement soutenir que cette sous-estimation avait en partie comme moteur une auto-intoxication narrative, les Américains finissant par croire à leur propre propagande, mais aussi une forme de racisme latent. Si je peux faire une digression sur ce racisme on le retrouve un peu partout en occident dans ses comportements et pas seulement sur le plan militaire. L'incapacité structurelle à voir le danger que représente économiquement la Chine pour nos industries est probablement en grande partie liée à cette vision suprémaciste occidentale malgré l'accumulation de donnée disant clairement que les Chinois sont tout à fait aptes à innover et à nous détruire commercialement parlant. Pensez donc aux élites allemandes qui continuent à pousser à des traités de libre-échange avec la planète entière parce qu'ils pensent encore être les bénéficiaires naturels de ce libre-échange. Et cela alors même que l'industrie allemande s'effondre face à la concurrence chinoise sur son propre sol.
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La Chine exporte désormais plus de voitures en Europe qu'elle n'en importe, pourtant les élites allemandes pensent encore qu'en signant des traités de libre-échange avec l'Amérique du Sud ou l'Australie c'est elle qui va bénéficier du commerce. Comment expliquer une telle stupidité autrement que comme un racisme endémique dans les mentalités des élites germaniques? Le comportement américain face à l'Iran ou à la Russie n'est peut-être finalement que le sommet visible de l'iceberg du suprémacisme occidental qui fut le vrai moteur de la globalisation. On supprime toutes frontières parce que comme nous sommes les meilleurs à la fin c'est nous qui y gagnerons le plus. On voit le résultat aujourd'hui, c'était complètement faux et l'occident se prend une baffe économique et militaire absolument phénoménale désormais avant peut-être à terme d'être relégué dans le tiers-monde comme une terre de misère et de pauvreté.
L'actualité paradoxale
Mais revenons à notre sujet du jour tout de même après cette digression. Dans la conférence Emmanuel Todd souligne de grands paradoxes dans l'histoire actuelle. Ainsi comme il l'a déjà dit il se trouve dans une situation où des dirigeants de pays autoritaires et non démocratiques se révèlent être finalement beaucoup plus raisonnables et rationnels que les dirigeants . C'est un paradoxe, car généralement l'on pourrait croire qu'un pouvoir étant redevable envers ses électeurs ne peut pas se permettre certains comportements violent et militariste, pourtant c'est bien ce que nous avons aujourd'hui sous les yeux. Alors on pourrait ici rétorquer que le paradoxe n'en est pas un parce que l'occident n'est pas vraiment démocratique. Il est vrai que les USA ou la France ressemblent plus à des ploutocraties électives qu'à de véritables démocraties. L'autre explication que l'on pourrait également donner est le rôle extrêmement néfaste des médias qui crée des emballements médiatiques sur un imaginaire également complètement déconnecté de la réalité. Les hommes politiques occidentaux étant avant tout au pouvoir grâce à leur image médiatique font donc toute leur politique en fonction de ces derniers et des idées en vogue. Chose dont les autocraties sont finalement épargnées puisque les médias n'y comptent pas vraiment.
On aurait ici une explication non sociologique ou anthropologique chère à Emmanuel Todd du comportement des élites occidentales mue essentiellement par la course médiatique et non la raison d'État. Mais il y a bien d'autres paradoxes dans l'histoire actuelle. Un autre souligné cette fois par David Teurtrie concerne par exemple le comportement des élites européennes qui effectivement n'agissent absolument pas dans l'intérêt de leurs propres nations. S'il y a bien un paradoxe gros comme un gratte-ciel, c'est bien celui-là . On n'a probablement jamais vu de pays agir avec si peu d'intérêt pour leurs propres sécurités géopolitique, économique et énergétique. Et cette remarque qui s'applique aux Européens peut aussi s'appliquer à des pays comme le Japon qui a décidé de se suicider énergétiquement en suivant Washington et en refusant de payer en Yuan son pétrole importé. Après il est vrai que dans le cas japonais l'explication est sans doute le déséquilibre militaire avec la Chine même si l'on voit mal comment les USA incapables de gagner contre la Russie ou l'Iran pourraient les protéger de la Chine.
Mais continuons dans la série des paradoxes actuels. La France actuelle qui est l'héritière du gaullisme est devenue la plus grande serpillière américaine du continent, et cela bien avant Macron puisque le tournant date en réalité de l'arrivée de Sarkozy au pouvoir. Depuis, la France est devenue totalement atlantiste, et pro-israélienne, alors qu'elle avait toujours été beaucoup plus réservée que ses voisins sur ces questions depuis les années 60. C'est paradoxal, car la France contrairement à ses voisins a une véritable autonomie stratégique et militaire, pas seulement sur la question du nucléaire d'ailleurs. Le plus gros paradoxe est que nous vivons un moment gaullien que le général aurait certainement massivement exploité dans l'intérêt de la nation française. Mais là rien, la France est plus atlantiste qu'elle ne le fut jamais, même aux pires moments de la quatrième république. Et cela alors même que l'empire américain s'effondre littéralement sous nos yeux. Et le pire c'est qu'il n'y a aucune formation politique pour vouloir rompre avec l'atlantisme désormais à part peut-être LFI et encore on se demande s'ils sont vraiment contre l'atlantisme ou si leurs positions géopolitiques ne tiennent pas simplement d'un calcul communautariste comme ils le font sur tout le reste.
Le RN qui est censée incarner le patriotisme et l'opposition en France est devenue ultra-atlantiste, ultra-israélien et pro-européen. Autant dire qu'il n'y a aucune différence entre eux et Macron. Et le comble du paradoxe c'est maintenant une partie de l'Allemagne qui commence à critiquer les USA. On a appris que l'AFD non seulement veut sortir de l'UE, mais en plus ce parti veut maintenant chasser les Américains d'Allemagne. Chose assez logique quand on comprend que l'UE n'est rien d'autre que l'équivalent de l'OTAN mais pour les questions économiques. L'UE étant avant tout une machinerie pour soumettre le contient aux intérêts US. Évidemment les autorités militaires américaines ont très mal pris l'information. C'est aussi un peu paradoxal quand on sait les discours que Trump tient régulièrement sur l'OTAN. Bref on est vraiment dans un monde plein de paradoxes qui ne cessent de nous surprendre et ce n'est probablement pas fini.