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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Le grand retour de l'esbroufe spatiale

 

Alors vous en avez sûrement entendu parler, les USA retournent sur la lune avec la mission Artémis, après plusieurs décennies d'arrêt des missions Appolo qui n'ont jamais eu de descendent jusqu'ici. Les scientistes de tout bord se plaignent pourtant du peu d'écho qu'a cette aventure dans le public. On a beau leur expliquer que le monde est au bord du chaos et qu'un risque de guerre mondiale n'est pas du tout à exclure, ils pleurent pourtant la faiblesse de l'engouement autour du retour sur la lune. Alors faut-il se pavaner devant le retour de la course aux étoiles ? Est-ce que critiquer cette conquête spatiale c'est être anti-progrès et anti-science ? Ce sont les questions que l'on se pose aujourd'hui, cela changera un peu de l'actualité géopolitique inquiétante de ces dernières semaines, en attendant les pénuries qui arrivent.

 

Alors, commençons tout de même par une précision, je suis moi-même de formation scientifique, et technique. J'ai fait de la microélectronique, de l'automatique et même un peu de réseaux de neurones bien avant que cela ne devienne à la mode avec l'IA pour sauver l'industrie du semi-conducteur. J'ai même eu un enseignant à l'université qui travaillait comme ingénieur chez Arianespace, qui était un grand spécialiste de la modélisation des systèmes non linéaires et un fan du grand mathématicien Alexandre Liapounov, le père de la notion de stabilité des systèmes. Donc on ne peut pas dire que je sois par nature contre la science, loin de là. Ce que je critique généralement n'est pas le principe du progrès technique et scientifique, mais bien l'usage et les mirages qu'il produit bien souvent chez nos contemporains. Faire de la science c'est justement ne pas faire de spectacle ou vendre de la poudre de perlimpinpin en présentant ça comme des médicaments miracles pour tous les problèmes.

 

De la même manière qu'il faut à mon sens dédramatiser la révolution IA qui ne va pas remplacer l'humain, dans l'autre sens elle ne va pas non plus faire exploser les gains de productivité, ni même compenser l'effondrement démographique dans les pays avancés. C'est la même chose pour l'actuelle course à l'espace actuelle qui n'est pas plus que celle des années 60, une course réellement scientifique. On a en effet surtout affaire à deux systèmes impériaux qui s'affrontent par technologie interposée. L'empire déclinant américain face à l'Empire montant chinois. On connaît la chanson, dans les années 60 c'était les USA qui affrontaient l'URSS sur le même registre. Il y avait cependant à l'époque le besoin de financer le développement des missiles ICBM capables de frapper n'importe quel coin de la planète avec un armement nucléaire. Le développement des programmes spatiaux de l'époque a été en grande partie motivé par cette nécessité militaire dans la course à l'armement nucléaire.

 

Aujourd'hui, nous sommes probablement plus dans une course au prestige, les USA ayant perdu en grande partie leurs avantages techniques et industriels, il leur faut à tout prix garder la force du softpower. Un softpower qui s'appuie sur l'idée que les USA sont le centre scientifique du monde pour l'éternité, car leur système capitaliste néolibéral est forcément le meilleur du monde. Il est possible également que derrière ces projets à l'apparence civile servent aussi à financer de nouveaux projets militaires dans l'espace également. La possibilité d'une militarisation progressive de l'espace n'étant pas à exclure étant donné le déclin très rapide des USA. On le voit dans l'affaire iranienne les USA ont de plus en plus de mal à imposer leur volonté. Or comme vous le savez, les USA ont clairement besoin de contrôler les autres pays pour qu'ils continuent à acheter de la dette en dollar et éviter un crash monétaire colossal.

 

Si le contrôle du détroit d'Ormuz et des hydrocarbures qui font tourner la planète est impossible, ils pourraient être aussi tentés de militariser l'espace. Être capable de détruire tous les satellites d'un pays pourrait être un moyen de pression parallèle aux autres outils de pression habituels. Bien évidemment tout ceci n'est que pure spéculation. Pour l'instant, on va donc surtout y voir un projet visant à raviver le prestige de l'empire américain. Il est donc très important pour eux de battre les Chinois sur cette question lunaire, puis de les prendre de vitesse pour aller sur Mars. Même si tout ceci n'a strictement aucun intérêt scientifique ou économique. Cependant, il y a en réalité peu de chance que cela fonctionne. La Chine a un avantage démographique écrasant face aux USA. On peut même maintenant y rajouter un avantage éducatif, car les jeunes Chinois font des sciences contrairement aux jeunes Américains. L'idée que les USA vont pouvoir garder le prestige de l'avance scientifique relève pour moi d'un fantasme irréaliste en l'état actuel des rapports de force entre les deux.

 

Envoyer des hommes dans l'espace ne sert à rien

 

Alors bien évidemment nous avons tous été nourris de science-fiction, d'un futur mirobolant dans l'espace. Depuis les débuts de la révolution industrielle, il y a eu cette croyance forte que l'espace serait la dernière frontière à franchir et que les hommes voyageraient entre les étoiles comme ils l'ont fait naguère à travers les mers. C'est en définitive l'arrivée à complétude du rêve prométhéen que la révolution du charbon et de l'acier mettra dans la tête de la plupart des hommes modernes. Jules Verne avait bien écrit « De la terre à la lune » en 1865, l'idée est donc déjà ancienne y compris dans notre vieux pays fatigué. Mais si rêver est toujours stimulant et peu effectivement parfois changer un peu le monde et apporter des innovations et des changements, le rêve a aussi ses limites. Même le pauvre Elon Musk, qui se comporte plus en geek qu'en scientifique, a récemment fait des rêves humides en direct dans des conférences, où il disait vouloir préparer un voyage spatial vers Alpha du Centaure avant que des physiciens le ramènent sur terre.

 

Nous ne sommes pas près de voyager dans d'autres systèmes solaires, et si un jour on envoie un engin le faire ce sera essentiellement une sonde automatisée et certainement pas une mission habitée. Il faut vraiment prendre conscience de l'immensité de l'univers. Pour ce qui est de la Lune en tant que telle, l'envoi d'être humain n'a aucun intérêt. Cela coûte extrêmement cher alors que des sondes et des bases automatisées pour faire de la recherche seraient bien plus avisées. Mais voilà les sondes spatiales et les machines, ce n'est pas aussi prestigieux. Pourtant ce sont bien les missions automatisées ces 50 dernières années qui ont fait avancer la recherche, bien plus que les programmes Apollo très dispendieux. C'est d'ailleurs essentiellement pour des raisons d'efficacité que la NASA avait largement abandonné le voyage habité. Les sondes automatisées et les robots n'ont pas besoin de nourriture ou d'oxygène pour fonctionner et s'il leur arrive malheur cela ne coûte que de l'argent et du temps finalement rien de bien grave.

 

Je ne suis donc pas du tout de ceux qui se réjouissent du retour de l'homme sur la Lune. Je vois ici la science redevenir otage des considérations géopolitiques, et non des besoins véritables de l'avancée des connaissances scientifiques. Je serais infiniment plus excité à l'idée d'une sonde sur Encelade, ou Europe, les lunes de Saturne et Jupiter, ayant de l'eau sous leur glace, pour la recherche d'éventuelle trace de vie organique, que pour ces missions faisandées qui ne font plus rêver que les fans un peu attardés de StarTrek. Et je suis d'autant plus dubitatif que les USA n'ont vraiment plus les moyens de s'amuser à faire autant de gaspillage de ressource dans un pays qui connaît un effondrement social et économique profond. Un coup d'œil sur le graphique ci-dessous en dit long sur la réalité américaine d'ailleurs. Dans l'espace comme sur les technologies IA il semble que la Chine pousse les USA au gaspillage de leurs ressources les plus essentielles dans des projets dont ils n'ont pas besoin. Et pendant ce temps-là, l'Amérique réelle de tous les jours périclite.

 

La hausse de la mort par malnutrition aux USA est quand même assez inquiétante.

 

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L
Je me souviens d'un débat bavard à la télé fin 1969 sur l'utilité des programmes Appolo qui m'avait marqué. La docte conclusion, que je trouvais géniale à l'époque (j'avais seize ans) , en était à peu près la suivante : "laissons de côté l'aspect scientifique car il s'agit d'une date importante pour l'humanité surtout parce que désormais nous allons pouvoir juger la planète depuis l'extérieur et traiter ses problèmes de manière globale". Cela ne vous rappelle rien ? En tout cas l'utilité scientifique du noble voyage semblait dès l'origine hors sujet... <br /> Dix ans plus tard, je me souviens encore d'une conversation que j'avais eue avec un jeune ingénieur du projet Ariane sur la base de Kourou, où j'ai travaillé pendant cinq ans comme employé d'accueil. C'était ce que j'appelais un copain de comptoir, le seul point commun qui nous rassemblait étant le verre qui était devant chacun de nous, lui, le brillant lauréat de l'École Centrale d'où il était sorti major et moi de raison sociale infiniment plus modeste. <br /> C'était au moment du troisième tir de qualification du projet Ariane, le tir de la dernière chance car il fallait au moins deux tirs réussis sur trois et le deuxième avait explosé en vol. L'affaire semblait d'ailleurs mal partie pour le troisième car il y avait eu déjà deux reports de chronologie pour cause d'avanie et la fusée végétait sur sa rampe de lancement depuis cinq semaines, ce qui équivalait en gros à dix ans sur un parking pour une voiture de tourisme. <br /> L'ami de zinc prenait la température sur le moral des troupes et m'avait demandé ce que je pensais de la tournure de l'événement. Ne sachant trop quoi répondre (je m'en foutais un peu en fait) je lui avais sorti une banalité affligeante de badaud à moitié ivre. Je lui avais répondu poliment qu'il y avait du suspense et que cela me rappelait le programme Appolo. Il avait alors pouffé de rire et m'avait dit, agacé : "Si ce qu'on fait c'est pareil que le programme Appolo autant arrêter tout de suite. Nous, on a pas les crédits pour tourner des films dans le désert du Névada." <br /> En tant que spectateur sidéré comme tout le monde par la saga Appolo, Je n'avais pas compris sa réponse à l'époque et ce n'est que bien plus tard que j'en ai saisi le sens puisqu'il soulevait LE seul véritable problème que posait et pose encore la sus-dite saga.<br /> Mais comme vous ne l'avez vous-même pas soulevé, je n'en parlerai pas non plus.
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