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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Les limites de la raison

 

Alors que l'été avance, que la chaleur nous écrase, et que l'esprit s'égare avec la fatigue, nous allons essayer d'aborder des sujets un peu différents des analyses coutumières de ce blog. Je profite souvent de l'été pour changer parfois radicalement les sujets du blog. Après tout, c'est le bon moment pour le faire, d'autant que cela nous fera un peu oublier l'outrage qui se prépare pour le défilé du 14 juillet sur les champs Élysée. Mais promis, nous ne parlerons pas de Macron et de ses sacrilèges à répétition aujourd'hui. Nous commençons toute foi par une sujet certes différente de nos sujets de discussion les plus fréquents, mais qui peut parfois s'y connecter. Je veux bien évidemment parler ici des limites de la logique et de la raison.

 

J'ai déjà un peu abordé la thématique dans mon texte consacré à la déglobalisation et ma réaction aux récents films sur De Gaulle. J'y soulignais notamment la force de caractère de ces hommes qui ont bravé non seulement une adversité immense, mais aussi leurs propres peurs et probablement aussi leur propre raison. Car si de Gaulle comme, le soulignent certains, était un homme pragmatique et rationnel, et je le souligne ici encore une fois, on n’arrive à rien si l'on n’est pas un minimum rationnel, il avait quand même aussi en lui cette force irrationnelle qui le poussait à avancer, sa croyance en la France matinée très certainement d'une foi religieuse inébranlable. Et ce n'est pas là une contradiction bien au contraire, si l'on regarde les grands hommes de l'histoire, il y avait toujours cette ambiguïté entre des personnalités très intelligentes, rationnelles, mais aussi cette faculté à croire en quelque chose de supérieur à leur propre personne. C'était vrai pour des hommes comme de Gaulle ou Leclerc bien mis en avant par le second film au passage. Mais l'on retrouvait cela chez tous les grands d'Alexandre Le Grand à Napoléon, en passant par les grands scientifiques ou les grands explorateurs.

 

Magellan ou Christophe Colomb ne seraient pas allés bien loin s'ils n'avaient eu pour eux que la raison comme moteur face aux immenses adversités qu'ils ont dû affronter. Et il ne s'agit pas seulement ici d'une question de motivation, la motivation en elle-même peut bien évidemment avoir des raisons rationnelles comme l'enrichissement. C'était d'ailleurs sans doute l'un des moteurs des glorieux explorateurs. Mais il y avait aussi la curiosité, la croyance religieuse, le patriotisme ou encore l'obsession pour la gloire. Là où le caractère et la croyance sont essentiels, c'est dans l'affrontement des problèmes qui parfois dépasse la question de la raison. Il existe des moments où nous ne pouvons concevoir de réponse parfaitement maîtrisée à des problèmes. On formule alors des hypothèses, des possibilités d'action sans pour autant être bien certains que les réponses que nous apportons nous mèneront à la fin voulu. C'est pendant ces moments d'incertitude radicale que la croyance et la force de caractère sont absolument essentielles, mais elles ne sont pas le fruit de la raison bien au contraire.

 

Comme je l'ai dit en 1940 si de Gaulle pouvait avoir quelques espoirs sur le tournant de la guerre à terme, il fallait quand même avoir une sacrée foi en la nation pour faire ce qu'il a fait, lui et ceux qui l'ont suivi. En aucun cas ici on ne peut parler réellement de pragmatisme ou de rationalité. Il s'agissait d'un pari patriotique extrêmement risqué. Les USA auraient très bien pu ne pas entrer en guerre, voir même profiter de l'occasion pour manger les possessions anglaises par exemple en s'alliant avec l'Allemagne. Les délires de Trump sur l'annexion du Canada par exemple ne sont pas vraiment une nouveauté aux USA. Auquel cas le calcul de De Gaulle aurait tourné au désastre. Heureusement pour nous c'est de Gaulle qui a eu raison, mais ne doutons pas du fait qu'il s'en est fallu de peu pour qu'il ait finalement tort. Dans tous les cas ce n'est pas la raison à elle seule qui explique les réussites, elle peut d'ailleurs tout aussi bien conduire à des échecs systématiques lorsqu'elle conduit à la paralysie et à l'inaction.

 

Quand la raison devient paralysante

 

Alors bien évidemment jusqu'ici je n'ai parlé que des grands de l'histoire, mais la question se pose aussi pour monsieur et madame tout le monde. La société moderne a généralisé l'instruction, à plus ou moins haut niveau, et même si le niveau scolaire semble diminuer en France pour de très nombreuses raisons que nous n'aborderons pas ici, car le sujet est complexe et mérite d'être abordé à part. Le fait est que nous sommes aujourd'hui globalement bien plus instruits que nos ancêtres. L'instruction si elle apprend à réfléchir, à se projeter dans l'avenir, à faire des plans et des prévisions, si elle offre aussi des connaissances importantes, elle semble également accompagner un mouvement général de crainte pour l'inconnaissance et l'incertitude. Ce n'est qu'une supputation de ma part, mais j'ai comme l'impression que plus les populations sont instruites, plus elles ont du mal à affronter des situations instables et incertaines.

 

L'on peut y voir ici comme Emmanuel Todd l'effondrement de la croyance religieuse et nationale qui a accompagné la hausse de l'instruction publique. Et il est vrai que plus on apprend les sciences modernes, plus il est difficile de croire en dieu, en tout cas dans les versions présentées traditionnellement. Tout se passe comme si l'augmentation des connaissances accompagnait un effondrement des croyances collectives, qu'elles soient religieuses, ou autres. L'instruction semble accompagner, en tout cas en France et en occident, un individualisme excessif et ravageur. Pour Emmanuel Todd cette disparition des croyances entraîne cette fameuse paralysie, car n'ayant plus foi en rien les gens en sont réduits à leur propre finitude. Mais l'on peut voir cela également d'une autre manière. C'est la façon même dont nous instruisons nos jeunes par l'analyse rationnelle de type cartésienne qui les rend peut-être paralytiques. Dans la façon dont nous instruisons la population en général peut-être que la place du doute et de l'incertitude est devenue trop faible.

 

Par le truchement du raisonnement cartésien qui découpe en petits morceaux les problèmes pour les résoudre, nous avons fini par faire croire au plus grand nombre que tout pouvait de se résoudre de la même manière en ignorant parfaitement les limites mêmes de la pensée cartésienne. Le cartésianisme suppose une indépendance des variables qui en pratique, et dans bien des domaines, est très difficile à garantir. La pensée cartésienne a ses limites. De sorte que, lorsque notre population biberonnée de façon excessive par les certitudes des raisonnements cloisonnés fait face au monde réel et à ses complexités, ses incertitudes, elle se retrouve bien dépourvue. Nous aurions en quelques sortes fabriqué une population frileuse qui n'ose pas affronter des périls qui n'entrent pas totalement dans ses modèles de prévisions, là où nos ancêtres bien moins formés faisaient face courageusement même s'ils ne savaient pas forcément bien où ils allaient.

 

Et cette frilosité n'est pas un problème que pour les grandes ambitions collectives ou individuelles. Comment former un couple quand on doute en permanence des femmes ou des hommes qui nous font face? La multiplication des applications de rencontre, ce besoin d'avoir en permanence des interfaces pour ne pas affronter directement le regard de l'autre, ce besoin de critère de sélection préétabli pour sélectionner le futur ou la future partenaire, ne serait-ce pas au final un des effets délétères de la façon dont nous instruisons notre population ? Car faire un couple ou faire des enfants c'est aussi par essence affronter l'incertitude, en effet on ne sait jamais de quoi demain sera fait, même dans les meilleures des conditions. La maladie, le chômage et bien d'autres drames peuvent arriver dans la vie, il en a toujours été ainsi, sauf qu'aujourd'hui nous ne semblons plus aptes à affronter ces réalités. La réponse apportée par les modernes obsédés par la prévisibilité c'est finalement l'abandon, l'abandon du risque dans la vie, l'abandon du risque dans les couples et finalement l'abandon du risque dans le fait d'avoir des enfants. Peut-être avons-nous ici l'un des véritables moteurs de la maladie moderne. Auquel cas il nous faudrait réapprendre à affronter l'inconnu en sachant pertinemment que même les plus savants des hommes et les plus grandes théories peuvent parfois se tromper, et qu'il vaut mieux parfois agir sans savoir où l'on va, que se laisser mourir avec certitude en ne faisant rien.

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L
Bonjour.<br /> <br /> Merci de cet article que je me propose de citer en référence dans la section intitulée "Raison et connaissance" (description : "Réexamen de la manière dont se fixent les croyances avec exploration des bornes encadrant la rationalité et le savoir" – identifiant : P3-C2-A1) de mon ouvrage en cours d'élaboration "Accepter la Néguentropie".<br /> <br /> Cette section est un sous-ensemble du chapitre consacré à la spiritualité.<br /> <br /> Cela fait chaud au cœur de constater que l'on n'est pas le seul à parcourir les mêmes chemins.<br /> <br /> M'autorisez-vous à éventuellement reprendre des parties de ce billet ?<br /> <br /> Cordialement.<br /> Luc Laforets.
Répondre
Y
Oui il n'y a pas de droit d'auteur sur ce blog, je m'en fiche complètement.
L
Mais vos interrogations vous honorent ! Moi, ce qui me frappe, c'est l'incapacité grandissante des gens à croire ce qu'ils voient plutôt qu'à ce qu'on leur dit de croire. Comme si les technologies de la communication avaient aboli tout le bénéfice que les générations précédentes avaient pu tirer de l'instruction de masse à l'aune de la rationalité cartésienne. Cette dernière ne serait donc pas aussi fautive que vous semblez le dire. <br /> Todd avait déjà bien identifié sur le plan sociologique les effets pervers de l'éducation supérieure qui avait introduit une nouvelle division de classe entre les dîplômés-sachants et les non-dîplômés interdit de savoir. Le problème devient insoluble lorsque l'idiocratie générale semble frapper autant le premier groupe que le second (qu'il ne s'agit pas d'idéaliser non plus) et je pense que la culture de l'écran omniscient et omniprésent y est pour quelque chose, en déconnectant en permanence les facultés cognitives des individus de leur expérience sensorielle de la vie.<br /> Je pensais récemment à cela en observant les gens dans un tramway local à une heure de pointe. Tout le monde avait le nez collé sur l'écran de leur machin et j'étais le seul à regarder filer le paysage (c'est-à-dire à laisser filer gratuitement mon imagination) à part une mamie qui somnolait. Normal, on était les plus vieux.<br /> Il en est d'ailleurs du ludisme tant décrié des années 60/70 comme de la pensée cartésienne, moins problématique en soi que parce qu'il est devenu pour le marché un champ de colonisation infini de l'imaginaire  par le biais d'abord des écrans de télévision puis des écrans portables permanents.<br /> Il en résulte certes une population de zombie affectif oscillant symboliquement entre l'impuissance et l'éjaculation précoce devant toute adversité existentielle (au registre multifactoriel des causes la féminisation militante de la société y est aussi pour quelque chose), avec toutefois un effet pervers positif vis à vis des gros malins de la manipulation de masse, comme je l'ai déjà souligné ici.<br /> Toute tentative en effet de faire marcher au clairon cette population au service d'une cause aussi frelatée que la nouvelle guerre de Crimée du sinistre pitre Zelensky ne pourra que sombrer dans la farce se trompant de siècle, surtout si notre baudet de président et son étrange créature prétendent donner l'exemple. <br /> Quand on sait que l'Otan en est réduit à recruter ses mercenaires pour l'Ukraine (il y en aurait plusieurs dizaines de milliers) dans les cartels sud-américains de la drogue, on reste songeur. <br /> C'est peut-être là que se situe un point commun avec l'époque de Napoléon III, sauf que maintenant c'est le Mexique et ses sicaires qui vont coloniser l'Europe. <br /> Quelques liens utiles :<br /> <br /> https://www.profession-gendarme.com/leurope-risque-de-manquer-de-soldats-prets-a-se-battre<br /> <br /> https://strategika.fr/2026/07/10/le-match-truque-panorama-dune-fin-de-partie/
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Y
J'ai déjà parlé des écrans et des smartphones pour la démographie et la natalité, je n'allais pas en rajouter sur les effets éducatifs et sur les comportements. Les gens ne finiraient pas par croire que je fais dans la phobie de ces appareils. <br /> <br /> Sinon effectivement la technologie moderne joue sans doute pour beaucoup dans la dégradation des comportements de la population. On a eu un exemple atroce lors de l'horrible catastrophe en Suisse à Crans-Montana en janvier où des gamins filmaient l'incendie de la discothèque sans se rendre compte du danger qu'ils risquaient. Comme si l'écran était la réalité et pas ce qu'ils vivaient en direct.