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28 avril 2011 4 28 /04 /avril /2011 21:05

 

    J'ai souvent critiqué les positions des écologistes, tout du moins les positions de certains écologistes. Je ne me sens pas concerné d'ailleurs par l'idée de décroissance qui fleur bon parfois avec une vision largement réactionnaire de la société, même si ses défenseurs se pensent parfois de gauche et progressistes au sens sociétale. En fait,  les préoccupations écologiques sont pour moi beaucoup trop sérieuses pour être laissé à des gens qui en font commerce, religion ou slogan publicitaire. Mais les discours quasi dogmatiques sur le progrès technique, vu comme un mécanisme forcement positif, sont pourtant tout aussi répréhensibles. Mon blog ne s'appelle pas « le Bon dosage » par hasard, l'excès est souvent la marque d'une certaine stupidité ou d'une incapacité à maitriser ses pulsions. Et je suis au regret de dire qu'Eric Zemmour vient de rejoindre pour moi le camp de l'excès sur les questions écologiques, alors qu'en général j'abonde souvent dans sa direction et ses idées que ce soit sur l'euro ou le protectionnisme.

 

 


 

Ne pas confondre progrès en général et progrès technique

 

 

Le pauvre Zemmour commence pourtant son propos en nous prouvant l'inutilité du gaz de schiste dont il semble pourtant vouloir défendre l'utilisation. En effet, il nous dit directement que les estimations des réserves de ce gaz en France donnent dix ans de consommation française. Et cela avec un niveau de consommation de gaz actuel constant . Dix ans ce n'est presque rien. D'autant que la fin du pétrole arrive, même les instances internationales les plus sérieuses le reconnaissent ce qui signifie qu'il nous faudra trouver un substitut et il est probable qu'à court terme le gaz jouera ce rôle. La consommation de gaz de schiste ne ferait en fait que reculer de quelques années la nécessaire réinvention de notre système de production énergétique. Le bon Zemmour est atteint ici d'un souverainisme bien mal placé, car faire d'une solution provisoire et très couteuse un projet d'avenir pour la production énergétique française, c'est  ne pas voir qu'en réalité ces efforts seront détournés des directions qui elles pourraient être réellement durable. Un peu à l'image de l'EPR qui a détourné la recherche de la mise en place de réacteurs au thorium pour l'énergie nucléaire en lieu et place d'un uranium que l'on sait condamné par l'épuisement rapide des ressources. Mais ici Zemmour ne s'intéresse pas vraiment au sujet qu'il traite, il tient, simplement à maintenir son rôle caricatural en évacuant du même coup le sujet de fond qui est pourtant essentiel, celui de l'énergie. Sa posture va même plus loin puisqu'il singe en quelque sorte les méthodes de ses adversaires les écologistes les plus caricaturaux à l'image de José Bové. Faire croire que toute nouvelle technique est un progrès au sens général est un mensonge pur et simple et il n'y a guère d'argument pour prétendre le contraire.

 

 

  Nous ne sommes plus au 19e siècle époque de l'obscurantisme technicien ou toute nouvelle technique était vu comme un miracle. En réalité, l'époque que Zemmour adule pour la période historique française en la qualifiant  d'éclairée était en fait bien peu rationnelle et scientifique. Cette période s'est d'ailleurs terminée par une boucherie monumentale. Une boucherie que le dogmatisme technicien a en parti produit. Les modernes étaient tellement persuadés que leurs techniques militaires modernes feraient des guerres rapides qu'ils se lancèrent gaiement dans ces conflits sans prendre en compte le danger que ces armes modernes représentées. L'esprit quasi religieux de la technique en du progrès qu'il représenterait à lui tout seul est mort à Verdun, mais il semble qu'Eric Zemmour soit resté coincé dans une autre époque. On connait d'ailleurs aujourd'hui les effets collectifs des technologies modernes, y compris celle qu'il cite, l'automobile. Elles sont parfois bonnes et parfois non, tout dépend de l'usage et du contexte. Ainsi l'automobile est un exemple frappant d'un mouvement transformant une technologie apparemment intéressante à court terme et à petite échelle, en un cauchemar lorsqu'elle est utilisée à grande échelle. L'automobile pouvait être intéressante à l'origine quand les routes étaient vides et le pétrole en quantité infinie pour la maigre utilisation que l'on pouvait en faire dans les années 20. Mais avec la démocratisation de cette technologie, sont arrivés les ennuis, et nous en sommes devenus dépendants. Nous avons même modifié nos villes pour faire circuler toujours plus de voitures.



Et tout cela pour quel résultat? On met en moyenne plus de temps aujourd'hui dans une ville comme Londres pour aller à son travail qu'en 1900 à pied ou en calèche, mais en polluant et en consommant une énergie qui s'épuise et qui nous rend dépendant de puissances étrangères.  L'automobile a fait exploser nos villes, elle a permis la séparation spatiale des classes sociales et favorisées la création de ghettos que par ailleurs Zemmour semble dénoncer. Si le moteur à explosion était resté dans un usage collectif modéré comme celui les services publics, l'histoire eu été certainement différente, mais la conjugaison du marché de masse, du modèle fordiste et du moteur à explosion a produit l'une des plus grandes erreurs techniques de l'histoire de l'humanité. Une histoire dont on ne sait pas comment elle finira, mais qui pourrait très mal se terminer. Nous avons brûlé des réserves précieuses d'un matériau magnifique qui trouve tant d'usage, mais que nous avons préféré gaspillé pour faire rouler des automobiles. Tout cela pour se retrouver dans des embouteillages en allant travailler quel progrès effectivement. La réalité n'est donc pas aussi simple que ce que suppose le raisonnement de notre journaliste réac préféré. Présenter le progrès technique comme étant toujours un progrès collectif est tout simplement dogmatique, tout aussi dogmatique que ceux qui nous disent que la terre est surpeuplée et que seule la décroissance est notre salut. Dans les deux cas, il y a une prétention à l'omniscience et un manque de modestie tout à fait symptomatique de croyance religieuse. Le progrès n'est ni un mal ni un bien tout dépend de l'usage collectif que nous en faisons, être rationnel c'est en mesurer ses limites et ses bienfaits.

 

 

Dans le cas du gaz de schiste dont nous avions parlé ici la question est de savoir si le jeu en vaut la chandelle. Si la France avait sous ses pieds deux cents ans de consommation. Pourquoi pas? Dans ce cas à la rigueur cette technologie serait intéressante, mais on est bien loin de ces niveaux. Qui plus est, nous savons qu'il existe d'autres solutions pour l'alimentation en énergie, j'avais ainsi proposé ce genre de technologie durable comme exemple. Eric Zemmour devrait tout de même se poser la question de savoir pourquoi les technologies préférées des organisations capitalistes sont toujours celles qui nécessitent de lourds investissements et qui surtout concentre la production énergétique entre quelques mains. Comme dans le cas des OGM la vraie question n'est pas le technique en tant que tel, mais qui la développe. Et pourquoi? Comme je l'avais expliqué dans mon texte sur le gaz de schiste, le capital n'aime pas la concurrence et le marché. Ou plus exactement il aime le marché, mais seulement quand il est concentré entre peu de mains, produisant des marchés captifs. Dans les technologies de production énergétique, les capitalistes préfèreront toujours des énergies centralisatrices à des énergies théoriquement décentralisées ou tout le monde pourrait produire individuellement. On préfère donc le gaz de schiste à l'huile de microalgue par exemple ou à d'autres techniques pourtant au point et tout à fait capable de produire de l'énergie, mais qui permettent à monsieur tout le monde de devenir producteur. C'est exactement comme le maïs Monsanto qui vise à rendre les agriculteurs dépendant de cette entreprise pour maximiser les profits. On centralise au maximum pour détenir un marché captif d'où l'on tirera de très juteux profits. On ne s'intéresse pas à l'intérêt général, mais juste à l'intérêt économique de l'entreprise à court terme.

 

La technique est un moyen pas un objectif

 

 

    Enfin, on dirait que Zemmour et tant d'autres font de l'idolâtrie lorsqu'il parle de la science et de la technique, de la même manière que certains écologistes extrémistes le font de la nature. Le plus drôle c'est que bien souvent dans les deux cas les plus extrémistes ne sont pas ex même scientifique et n'en ont d'ailleurs pas la rigueur. La question du nucléaire que nous avons récemment abordé dans un texte sur le Japon et dans un texte sur l'alternative fissile du thorium,   a ramené au centre de nos préoccupations la question du sens de la technique dans nos sociétés. Car retrouver du sens, c'est bien ce que les humains du 21e siècle vont devoir faire. Nous vivons dans une réalité limitée, que ce soi par les lois de la physique, ou par le fait que nous vivons en société. Si le 20e siècle fut celui de l'abolition des limites et des frontières, le 21e sera certainement celui de leur retour sous toutes leurs formes y compris en matière de ressource naturelle. Adapter nos modes de vie et nos techniques à la réalité plutôt que de nous enfoncer toujours davantage dans la fuite en avant, telle doit être la lutte du présent. Il faudra également admettre que des technologies parfois intéressantes sur le plan individuel, en petite quantité, pourraient produire une catastrophe lorsqu’elles sont produites à l'échelle industrielle. Les seules technologies qui devraient être autorisées à être produites en masse sont celles qui ne nécessitent pas de matériaux rares, ou tout du moins qui en nécessitent de façon proportionnée à nos capacités de production et de préférence avec de productions recyclables. À l'heure actuelle, nous vidons la planète des terres rares pour produire des écrans plasma ou LCD. Ces matériaux ne seraient-ils pas plus utiles ailleurs? Ici l'état aurait un grand rôle à joué non plus dans l'encouragement à une consommation déridé de tout et n'importe quoi, mais en introduisant les limites écologiques dans le processus économique. Il est dommage que Zemmour, apôtre de l'état régalien, n'ait pas plutôt appuyé en ce sens dans ses propos.

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Published by Yann - dans écologie
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commentaires

La Gaule 02/05/2011 04:24



@ Olaf


 


Bon… J’en déduis donc que vous êtes un faux pauvre, puisque vous avez un vélo ET une voiture, mais pas un vrai rupin, puisque vous n’avez pas
encore de cheval.


Allez-y progressivement pour ne pas froisser votre voisin (aux States on flingue pour moins que ça).


Achetez-vous un âne !



Pierer 01/05/2011 22:35



La Gaule,


Il va de soi que je ne mets pas en cause les personnes obligés de travailler loin de leur domicile mais bien comme vous la gestion à la Shadok de la région parisienne. Il parait que de nouvelles
grandioses tours vont être construites à la Défense...


 



olaf 01/05/2011 14:27



La Gaule


J'habite à 1.5 km de mon boulot, mais étant une feignasse il m'arrive d'y aller en voiture, mais aussi en vélo, mais là c'est plus raide, car j'habite en haut d'une colline, le retour le soir, ce
sont des grosses suées.


Mon voisin a un cheval, véridique et je l'entends partir avec le matin pour se ballader.


yann


Une vidéo intéressante sur les nouveaux matériaux :


http://www.youtube.com/watch?v=txl4QR0GDnU&feature=player_embedded#at=20


 


 


 


 



La Gaule 01/05/2011 05:01



@ Pierre


 


 Il n’y a rien d’extrême dans votre paradoxe, tous les gens qui ont la chance d’habiter pas loin de
leur lieu de travail le connaissent, le vélo pouvant jouer d’ailleurs le rôle de cheval du pauvre, en attendant qu’une mode quelconque pour rupin ne réhabilite carrément le bourrin (on a vu
pire).


Par contre le piéton lambda qui vit dans une banlieue lointaine n’a que le choix entre les transports en commun et sa bagnole. Ici le calcul des
coûts respectifs aux deux modes ne sert à rien, l’absurdité étant dans l’éclatement extrême des fonctions habitat et travail. En région parisienne par ailleurs, les transports en commun surtout
ferroviaires sont au bout du rouleau et les catastrophes probablement devant nous


 



yann 30/04/2011 22:41



@olaf


 


La france n'a plus de politique industriel depuis que le général De gaulle est parti en fait. On vit encore sur les reste des grandes politiques publique de l'époque. LA chance de l'Allemagne est
probablement d'être structurellement moins centralisée, le pays arrive encore à bouger même si les dirigeants du centre du pays sont irresponsables.


@Damien


Oui il a inventé une nouvelle forme de démagogie.


 


@Greg


 Non, enfin pas comme je l'entend. S'adapter à la réalité physique du monde ne signifie pas qu'il n'y aura plus de croissance seulement qu'elle changera de forme ou d'objectif. Pour moi les
décroissants extrêmistes sont de profond réactionnaires qui rejettent totalement le progrès technique en tant que telle. Je sais bien que tout les décroissants ne sont pas comme çà, mais ils en
a.