Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
/image%2F1492474%2F20230511%2Fob_d880be_04568-comp-banner.png)
Le macronisme est un mouvement politique extrêmement étrange à plus d'un titre. On le dépeint souvent comme la fusion des multiples branches du libéralisme français. Le libéralisme économique pur de la droite d'une part et le libéralisme social de l'ancien parti socialiste. Pour résumer, c'est la fusion du libéralisme économique et du libéralisme libertaire. On ne saurait cependant lui associer le libéralisme politique, car l'autoritarisme de plus en plus affiché du mouvement macroniste le rapproche plus de la tendance autoritaire d'une frange importante de l'histoire politique française. Macron serait donc un libéral au sens économique et sociétal, couplé à une vision autocratique de la politique. Je ne saurais dire s'il s'agit là du fond du macronisme ou d'une évolution imputable à la perte de contrôle du pays par les classes sociales bourgeoises sur le plan politique. Mais il y a indéniablement une montée de l'autoritarisme chez Macron et ses subalternes. Le bloc bourgeois, dont la stratégie de l'essuie-glace entre la gauche et la droite n'était plus pertinente, a pris un virage franchement autoritaire. La démocratie d'apparat, qui nous tenait lieu de régime politique, fait de moins en moins illusion au fur et à mesure que le bloc bourgeois s'énerve de ne pas voir ses projets être mis en pratique sans discussion préalable. L'étrange moment que nous vivons est en partie lié à cette obsession pour le libéralisme économique qui aujourd'hui va jusqu'à remettre en cause les libertés publiques et les libertés politiques. Je l'avais déjà écrit, mais il y a une opposition réelle entre le libéralisme politique et le libéralisme économique, même si les deux parlent de liberté, elle n'a en réalité pas du tout le même sens. Nous vivons aujourd'hui en Europe cette contradiction absolue à un niveau jamais vu.
Je parle de l'Europe bien évidemment puisque les bureaucrates bruxellois ont fêté le 9 mai dernier l'anniversaire de la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 . Cette construction européenne qui est présentée sans arrêt comme la source de la prospérité du continent d'après guerre alors qu'elle n'a vraiment commencé à peser qu'au moment où justement le continent commença à rentrer en crise dans les années 70. Comme l'UE et l'euro ont un bilan absolument épouvantable sur le plan économique, seul leur reste la possibilité de s'associer à des réussites qui ne sont pas de leur fait. Les bureaucrates et les idéologues bruxellois ne sont en fait guère différents de ce pauvre maître Gims et ses fantasmes égyptiens, réécrivant l'histoire à leur convenance en créant une histoire fantasmagorique pour combler une blessure narcissique. Car l'UE ce n'est pas la paix, celle-ci fut le fruit de la guerre, des USA de l'URSS et de la destruction de l'appareil militaire allemand. L'UE ce ne fut pas la prospérité d'après guerre qui s’appuya essentiellement sur les états nations européens interventionnistes et protectionnistes. L'UE c'est la CEE qui dérégule l'économie dans les années 70 puis le système monétaire européen qui maintient artificiellement la valeur des monnaies provoquant crises et chômage, puis l'euro qui a définitivement fait sortir les pays membres de la croissance mondiale. L'UE c'est 50 ans de déclin économique et l'euro 20 ans de stagnation. Vous comprenez maintenant pourquoi les européistes sont si prompts à associer leur UE à des réussites comme Ariane Espace, Airbus, etc..
L'UE, l'euro et la concurrence salariale
L'UE a de nombreuses tares que je ne vais pas totalement énumérer, car la liste serait trop longue. La dérégulation financière a mis fin à la possibilité de taxer les grandes entreprises et les particuliers fortunés qui peuvent en toute légalité jouer sur le différentiel fiscal entre les pays membres. L'Irlande a fait toute sa fortune sur l'attraction des multinationales cherchant à ne pas payer d'impôt par exemple. Il est de ce fait assez risible de voir des dirigeants français, à l'image de monsieur Gabriel Attal, vouloir lutter contre les fraudes fiscales alors même que toute la construction européenne a été fabriquée pour les favoriser. Cette concurrence fiscale a en effet été voulue pour tirer les fiscalités nationales vers le bas par le simple jeu de la concurrence. Le pays ayant la fiscalité la plus basse attirant mécaniquement les entreprises dans un système où il n'y a plus de frontières pour les capitaux. Un enfant de cinq ans comprendrait ça. Et nos dirigeants le savent très bien même s'il faut faire semblant et donner un os idéologique à ronger de temps en temps à la population en lui faisant miroiter un retour à une fiscalité plus juste.
Mais il y a un autre domaine où la dérégulation a entraîné une situation désastreuse, c'est bien évidemment celui des salaires. Les libéraux se gargarisent souvent de la question de la concurrence. La concurrence c'est le mécanisme magique qui fait baisser les prix et produit des gains de productivité. Enfin ça c'est la théorie parce qu'en pratique c'est infiniment plus compliqué et il n'est pas rare qu'en réalité la concurrence fasse grimper les prix et nuise à la productivité, mais c'est un autre débat sur lequel je reviendrais probablement une autre fois. Cependant ce qu'ils oublient généralement c'est que la concurrence est un processus transitoire dans le marché. La nature tendancielle du marché est de concentrer les activités, car la plus grosse entreprise finit toujours par écraser les autres au bout d'un moment. C'est pour ça qu'on assiste progressivement à des concentrations de capital et d'activité. L'entreprise la plus grosse pouvant rapidement investir plus et faire baisser les prix plus rapidement par l'économie d'échelle. À la fin, le marché se réduit rapidement à des cartels au mieux et à des monopoles privés au pire comme c'est souvent le cas dans le domaine de l'informatique par exemple. Et le capital adore ça la concentration, car moins de concurrence c'est plus de marge possible et des prix forts. L’amoindrissement de la concurrence est donc le but du capitalisme qui concentre les activités et qui peut ensuite prendre autant de marge qu'il le souhaite. Un coup d’œil rapide aux marges des activités de l'agroalimentaire ou de la gestion de l'énergie ou de l'eau montre que nous avons des cartels en France et en Europe, pas des marchés concurrentiels. S'ils le furent probablement au début des années 80, la concentration des activités est telle aujourd'hui qu'ils peuvent prendre d'énormes marges sans crainte de perdre des parts de marché. (merci à François Geerolf pour le graphique).
/image%2F1492474%2F20230511%2Fob_aef886_fv2cwn7auaiqc0n.png)
Le marché européen étant déjà ancien des cartels et des monopoles à l'échelle du continent, se sont maintenant fabriqués. Penser donc que le marché européen produit de la concurrence est essentiellement faux si l'on se place du côté des entreprises. Un marché composé de deux ou trois grands groupes, ce n'est pas un marché concurrentiel selon la définition même du marché selon les libéraux eux-mêmes. Alors de quelle concurrence parle-t-on lorsque l'on parle de marché européen aujourd'hui ? Est-ce que l'entrée hypothétique de l'Ukraine va accroître la concurrence en Europe pour les entreprises européennes ? Évidemment non . Sur le plan agricole peut-être, cela détruira encore plus l'agriculture française ou ce qu'il en reste pour la production de blé. Mais sinon l'Ukraine ne produit pas grand-chose et encore moins depuis la guerre. Tout comme pour l'entrée des pays de l'Est au sein de l'UE c'est avant tout sur le plan des salaires que la concurrence est féroce. Car ce qui structure aujourd'hui le marché européen c'est avant tout la concurrence entre les salariés et les systèmes sociaux des différents pays membres. Lorsque les européistes vous parlent de concurrence libre et non faussée, c'est en fait de la concurrence salariale qu'ils parlent sans parfois même s'en rendre compte.
Une baisse des salaires en France pour sauver notre appartenance à l'euro ?
Et dans la même idée que celle sur la dérégulation financière, il s'agissait donc avant tout de casser les salaires et les avantages sociaux dans les pays membres de la construction européenne. Ce fut parfois dit de façon explicite, mais le plus souvent caché derrière de faux arguments et un panache de fumée idéologique présentant l'UE comme un havre de progrès social et civilisationnel. C'est dans ce cadre-là qu'il faut à mon sens penser la politique actuelle de monsieur Macron. Ce dernier semble comprendre un peu la situation dramatique du pays. Il sait pertinemment que le déficit commercial a atteint un niveau extrêmement dangereux qui hypothèque même l'avenir de la France dans la zone euro. En effet, il n'est pas certain que l'Allemagne accepte encore longtemps de partager sa monnaie avec un pays plombé par les déficits commerciaux même si cette dernière en bénéficie comme nous l'avons vue dans mon texte précédent. La bourgeoisie française, peu attachée à l'intérêt national, doit donc tout faire pour sauver son appartenance à l'UE et à l'euro. En effet, en cas d'exclusion, le pays devrait rééquilibrer ses comptes brutalement. Avec une monnaie nationale, cela signifierait une baisse brutale du niveau de vie pour tous les Français, mais aussi pour les classes dominantes par le truchement de la dévaluation monétaire.
La bourgeoisie rentière doit donc trouver une méthode pour rééquilibrer les comptes extérieurs sans nuire à ses propres intérêts. Évidemment le seul moyen pour y arriver, à moins d'espérer une réindustrialisation magique produite par la verve de notre président, c'est la basse de la demande intérieure et l'amélioration de la compétitivité des salariés français. Comme il ne faut pas trop compter sur la hausse de la productivité dans un pays où les entreprises préfèrent verser des dividendes aux actionnaires plutôt qu'investir en R&D, c'est par la baisse des salaires qu'il faut le faire. Las, les Français ne sont pas des Allemands ou des Japonais, capables d'accepter la baisse de leurs salaires et de leurs niveaux de vie en fermant leurs gueules. Il faut en passer par d'innombrables méthodes de camouflage présentant des mécanismes pensés pour tirer les salaires vers le bas comme des stratégies visant à améliorer telle ou telle situation économique particulière. C'est exactement ce que l'on voit en ce moment comme politique agressive de la part du gouvernement Macron.
Ainsi la pseudoréforme des retraites prend du sens s'il s'agissait simplement de baisser les pensions à terme puisque le chômage chez les plus de 55 ans est très élevé. Retarder l'âge de la retraite revient donc à diminuer le nombre d'annuités versé. De la même manière la pseudoréforme pour aider les gens au RSA à retrouver le chemin du travail, ne vise en fait qu'à créer une main-d’œuvre pas chère qui concurrencera ceux payés au SMIC à temps plein. Et c'est la même chose pour le paiement au rabais de l'apprentissage dans les lycées . À chaque fois, il s'agit de créer des statuts intermédiaires justifiant une sous-rémunération pour des salariés qui rentreront en concurrence avec les smicards de gros secteurs d'emplois. Bien sûr, tout ceci est présenté comme des mesures d'insertion ou de formation visant à attirer vers le travail des populations jugées fainéantes par le système bourgeois. On le voit ici, l'immigration et les délocalisations ne sont pas les seules méthodes employées par les classes sociales dominantes pour tirer les salaires vers le bas. La casse de la demande intérieure est le seul mécanisme imaginé par nos élites pour rééquilibrer la balance des paiements . Cela fait longtemps qu'ils font ça d'ailleurs. Car une sortie par le haut passant par le protectionniste, une véritable politique industrielle et des dévaluations aurait des répercussions sur le niveau de vie des dominants. Il ne faut pas chercher beaucoup plus loin l'origine de leur obsession pour l'UE et leur absence totale de volonté de protéger les salariés français de la concurrence étrangère, car ce serait contraire à leur intérêt à court terme.