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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Le retour de l'autoflagellation économique

 

Elle est de retour, la fameuse pensée récessive qui gère notre pays depuis les années 70 à savoir l'obsession pour les réductions budgétaires et la baisse des dépenses publiques.Vous allez me dire qu'elle n'était jamais vraiment partie, et vous n'auriez pas tort. Les discours sur la dette qui enfle et qui mettrait en danger les petits enfants est toujours là et n'a jamais quitté le paysage. La particularité de ce retour à la flagellation économique tient au fait que nous sortons d'une période que certains qualifiaient de « quoi qu'il en coûte ». L'on aurait pu croire bêtement que les élites françaises avaient enfin compris que la contrition économique n'était pas une bonne chose, mais non en fait. C'est-à-dire qu'il faut bien admettre que les dépenses de monsieur Macron furent particulièrement stupides. Nous ne parlerons pas ici de sa gabegie consistant à endetter les Français, pour compenser une hausse des prix de l'énergie, qui aurait pu être arrêtée facilement, et gratuitement, en sortant du marché européen de l'énergie. Nous ne parlerons pas non plus des mesures de confinement complètement absurdes d'un point de vue sanitaire et qui ont coûté des centaines de milliards d'euros à l'état pour compenser l'arrêt artificiel des activités économiques. Cette collection d’imbécillité a fait effectivement exploser la dette sans créer de la croissance économique pour autant.

 

 

Au total, monsieur Macron aura accru la dette française deux fois plus vite que le PIB soit près de 700 milliards d'euros en l'espace de six ans seulement. On notera également que l’imbécillité portée à l'extrême poussera ces idiots à émettre des OAT indexées sur l'inflation. Vous me direz dès lors, il faut serrer les vis et réduire pour réduire la dette. Je vous répondrais, regardons la Grèce. Loin de réduire les dettes, les politiques de contrition économique se traduisent toujours par une augmentation des dettes. Parce que la réduction des dépenses produit un ralentissement économique qui provoque une baisse des recettes plus rapide que les économies que l'on comptait faire. De fait, la contrition de la demande réduit rarement les dettes, ou au prix d'une violence sociale incroyable. Pour autant, les politiques de relance dans le cadre libéral actuel ne fonctionnent plus non plus. Pour ceux qui suivent ce blog, la hausse de la dette plus rapide que la hausse du PIB est facile à expliquer. Les politiques de relance en régime de dérégulation financière et commerciale tendent à moins fonctionner. Le multiplicateur keynésien dépend en effet essentiellement de la capacité d'un pays à pourvoir à ses besoins. Ainsi le multiplicateur keynésien fonctionne totalement si 100% de la consommation du pays se fait sur les produits fabriqués dans le pays. L'argent circule alors uniquement dans le pays et l'effet multiplicateur fait son œuvre jusqu'à ce que la totalité des moyens de production et de la population soit employée. La politique keynésienne fonctionne dans un cadre fermé ou au moins fortement régulé que ce soit sur le plan financier ou commercial.

 

Dans ce cas-là, le multiplicateur keynésien est supérieur à un . Ce qui signifie que pour un point de dette vous créerez mécaniquement plusieurs points de PIB supplémentaires. L'endettement dans ces conditions n'est pas un problème, car les recettes augmentent plus vite que le coût de la dette. Ce fut le cas durant toute la période d'après-guerre où l'on s'est rapidement désendetté malgré les hausses importantes de dépense publique. Le problème arrive lorsque vous dérégulez votre économie et que vous importez les marchandises ou que vous laissez les capitaux sortir. D'un seul coup, vous cassez la mécanique keynésienne du lien entre la production, la consommation et la masse monétaire en circulation. Ce que l'on appelait l'économie monétaire de production. Et si votre économie devient trop ouverte, le risque est que le multiplicateur keynésien devienne inférieur à un, ce que la France connaît désormais. En réalité, le problème en France est connu depuis les années 80 et la politique du franc fort puis de l'euro a aggravé la situation puisque la dévaluation était le dernier mécanisme protectionniste utilisable dans la globalisation néolibérale. Et Macron savait très bien cela. D'autant que la dérégulation commerciale et financière avait justement pour but de rendre impossible ce genre de politique pour favoriser les revenus du capital au détriment de celui du travail dans les années 70.

 

La France n'est pas le seul pays dans cette situation, c'est le cas de la plupart des pays du monde, puisque la globalisation a rendu totalement interdépendants la plupart des pays de la planète. Les plus gros comme la Chine qui en plus est totalement autonome sur le plan commercial peut faire des relances sans craindre grand-chose par contre pour nos pays c'est beaucoup plus compliqué. C'est d'ailleurs l'une des raisons qui rend la globalisation naturellement déflationniste. Elle tend à contracter la demande intérieure mondiale puisque chaque pays n'a aucun intérêt à faire des relances au risque de s'endetter dangereusement sans produire de croissance suffisante. Ainsi la globalisation tend donc à réduire la consommation en comprimant la demande globale des pays qui en sont membre. Elle crée un système de non-coopération favorisant l’égoïsme et le mercantilisme de certaines nations qui vont chercher à croître au détriment d'autres nations. Le seul mécanisme jusqu'à présent qui permettait encore une croissance était la capacité des USA et plus généralement de l'occident à s'endetter toujours plus et à mettre en place des mécanismes financiers permettant la hausse de masse monétaire mondiale. Tout ceci provoqua bien sûr d'immenses déséquilibres commerciaux et financiers qui se traduisent régulièrement par des crises et des cracks .

 

 

Revenir à une politique de dépense nationale et rationnelle

 

Dans cette immense chienlit qu'est la globalisation néolibérale, l'Europe est l'ultime démonstrateur d’inefficacité. C'est la région qui a le plus dérégulé et le plus libéralisé son commerce. C'est la seule région du monde où il n'y a plus du tout de stratégie économique collective. C'est donc là aussi que les possibilités de politique macroéconomique de relance sont les moins possibles et les plus néfastes. La politique de dépense de Macron s'est surtout traduite par un plongeon des déficits publics et surtout commerciaux. Quand les Français ont plus d'argent, ils consomment des produits étrangers, rendant impossible une création d'emplois productifs sur le territoire. On voit clairement sur les graphiques que la forte hausse de la dette s'est traduite par une dégradation rapide de la balance commerciale. Les dépenses de Macron se sont traduites par une hausse de la demande chez nos pays partenaires commerciaux. Alors à ce stade on pourrait dire oui, mais on pourrait faire la stratégie d'Attali, après tout l'UE a un excédent commercial et elle pourrait faire un plan de relance à son échelle. Sauf que depuis 40 ans la majorité des pays de l'UE sont néolibéraux ou ordolibéraux. Ils n'entendent pas faire de politique de relance. C'est pour ça que le discours, sur l'option de faire à l'échelle de l'UE, ce que l'on ne peut plus faire à l'échelle de la France, n'a aucun sens. C'était déjà les propos de Rocard et Delors dans les années 80 d'ailleurs. C'est d'ailleurs devenu totalement impossible dans une UE composé d'autant de membres et qui veut encore s'élargir.

 

Soit on revient à l'échelle nationale soit on admet le néolibéralisme et on détruit notre état providence pour suivre la course suicidaire à la recherche du coût de production le plus bas. C'est ce dernier choix que toutes les nations de l'UE ont fait. C'est un choix suicidaire à long terme, et qui n'est pas étranger à l'effondrement de la natalité du continent, mais c'est leur choix. En France par contre comme la population est très rétive au néolibéralisme, parce qu'on pense bêtement que le but de la vie n'est pas de produire du dividende pour les actionnaires, l'état a choisi une action souterraine. On peut en effet soupçonner Emmanuel Macron d'utiliser l'endettement pour justifier a posteriori la démolition de l'état. La stratégie n'est pas nouvelle, les USA et la Grande-Bretagne l'ont pratiqué longtemps. Vous dégradez un service public pour des raisons économiques, puis quelques années plus tard vous déclarez que le public ne fonctionne pas et qu'il faut privatiser. La dette est un outil puissant non seulement pour soumettre une population, mais aussi pour justifier tout un tas de politiques stupides qui n'aurait jamais été accepté sans ça. En endettant la France à un niveau grec tout en sachant pertinemment que cela ne produirait pas de croissance, Macron a juste créé une situation idéale pour justifier son programme de démantèlement des services publics déjà bien abîmé. On le voit encore une fois en Grèce où l'état justifie ainsi des retraites à 74 ans et un temps de travail à 13h par jour. La Grèce n'était probablement qu'un laboratoire d'expérimentation pour faire la même chose à tous les pays de l'UE plus tard. Je rappelle que l'UE est une structure néolibérale depuis sa création.

 

Si maintenant des dirigeants responsables arrivent par hasard au pouvoir en France que pourraient-ils faire ? Tout d'abord, comprendre que la dette n'est jamais un véritable problème. Dans le pire des cas, on peut la répudier même si cela fera bondir les pontes de la rente à perpétuité. On peut aussi la monétiser. Ce qui est vraiment important c'est la capacité de production d'une nation, votre base industrielle et votre balance commerciale. D'ailleurs la crise inflationniste que nous subissons montre l'importance de l'autonomie. C'est parce que notre prix énergétique explose pour de mauvais choix industriels, en particulier l'arnaque que constituent les énergies renouvelables, que l'on paie aussi cher notre énergie. Le marché européen ayant fait le reste. Le prix de l'énergie étant fondamental pour toutes les productions, l'inflation a touché tous les secteurs. On croise encore quelques rigolos pour croire que l'inflation est le produit de la politique monétaire de la zone euro, mais cela ne tient pas face à l'observation.

 

Plus on est autonome et moins la dette posera de problèmes en tant que tels. C'est pour cela que toute politique macroéconomique alternative doit être accompagnée et même précédée d'une politique de change favorable ainsi qu'une politique protectionniste et industrielle. Redonner la capacité à la France de produire ce qu'elle consomme c'est lui rendre la possibilité d'avoir une véritable croissance économique. Vous ne pouvez pas consommer indéfiniment sans rien produire vous-même. Les gens qui parlent de politique de relance sans ce préalable sont des irresponsables ou des escrocs. Plutôt que de parler de contrition de la demande, il vaudrait donc mieux sortir de l'UE et de l'euro et remettre des frontières commerciales. D'ailleurs si monsieur Macron avait investi ces 700 milliards de dettes supplémentaires dans la réindustrialisation, la construction de centrales nucléaires et l'agriculture, peut-être aurions-nous eu une vraie croissance et un rééquilibrage de la balance commerciale. Des solutions pour la France il y en a, et il y en aura toujours. Le véritable problème c'est ceux qui tiennent le pouvoir et qui n'ont pas vraiment pour objectif la prospérité du pays.

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