Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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On vient d'apprendre en cette nouvelle année que la République tchèque et sa banque centrale refusent de faire entrer leur pays dans la zone euro. Si cette nouvelle n'a en apparence rien de révolutionnaire, elle pourrait être en réalité bien plus importante encore que le Brexit pour entraîner le démantèlement de cette zone économique absurde. Comme on dit, qui n'avance pas recule. La construction européenne depuis les années 70 est devenue une espèce de machine à s'élargir sans cesse. Nous l'avons déjà rapidement vu dans mon texte récent consacré à l'élargissement de la construction européenne. Comme nous l'avions expliqué rapidement, ces élargissements ont en réalité détraqué la mécanique d'horloger qui a permis aux six fondateurs de fonctionner à peu près pendant les trente glorieuses. Loin d'avoir renforcé la construction européenne, les élargissements ont été, à chaque fois, une dilution supplémentaire de l'homogénéité économique pourtant nécessaire à une action de politique économique réellement efficiente.
Le Brexit, dont les mauvais perdants ne cessent de clamer la catastrophe plus fantasmagorique qu'autre chose, l'économie britannique n'allant pas plus mal que celle du reste du continent, c'est même globalement l'inverse, a été un coup de semonce. Mais le refus de rentrer dans la zone euro montre cette fois que la séduction de l'Union européenne qui est comme tout jeu de séduction souvent basé sur une grosse part de mensonge commence à l'affadir. L'UE dont on dit que plus on en est éloigné plus elle plaît, commence à apparaître pour ce qu'elle est, à savoir une zone économiquement morte. C'est que les mauvaises nouvelles s’amoncellent. La part de l'euro dans les échanges mondiaux n'a jamais été aussi faible. C'est bien simple, les monnaies des pays européens combinaient et pesaient bien plus avant l'euro qu'aujourd'hui. Pour la bonne et simple raison que le poids du PIB européen était nettement plus fort à l'époque. La longue stagnation des PIB européens depuis le début du siècle entraîne naturellement son déclin également sur le plan monétaire.
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Alors évidemment les problèmes économiques de l'UE et de la zone euro sont multiples. Il est évident que la démographie explique aussi en partie le déclin relatif du continent. Tous les problèmes ne viennent pas que de la construction européenne, mais elle y contribue énormément. En particulier, il y a eu une véritable cassure économique lors de la mise en place de l'euro avec une Europe, celle du sud, qui a beaucoup plus décliné que l'autre depuis l'unification monétaire. L'Italie en particulier qui a été littéralement détruite par l'unification monétaire. Rappelons que pourtant l'Italie était avec la France le pays le plus dynamique de la CEE jusqu'aux années 80. Ce pays pratiquait régulièrement des dévaluations comme la France qui lui permettait d'adapter sa sociologie faiblement ordonnée au commerce mondial. À partir du moment où les italiens se sont retrouvés avec une monnaie rigide, ils ont coulé de manière dramatique. Il est aujourd'hui notable que l'inflation à mauvaise presse. Il suffit de voir les réactions à la période d'inflation que l'on vient de connaître pour s'en convaincre. Mais pendant longtemps la France avait une inflation à 4 ou 5% . Un coup d’œil sur les chiffres de l'inflation durant la période 1950-1974 vous montre qu'il y avait déjà une inflation importante avant même la période dite de la stagflation postérieure au choc pétrolier et à la dérégulation financière du milieu des années 70 qui va détraquer les économies occidentales.
En réalité, la forte baisse de l'inflation est fortement corrélée à la forte baisse de la croissance économique. Et les augmentations d'inégalités ont suivi. En effet, l'inflation est un mécanisme qui peut ronger les rentes sous certaines conditions. Il est d'ailleurs extrêmement dommageable que la période d'inflation que nous connaissons ne soit pas utilisée dans ce but. En effet en indexant par exemple les salaires sur l'inflation en période d'inflation, vous faites mécaniquement baisser la part des rentes dans l'économie par rapport aux alaires si ces rentes ont des taux de croissance inférieurs à l'inflation, ce qui est par exemple le cas pour le logement. Les pays latins que sont la France et l'Italie sont des pays qui ont un besoin d'inflation plus importante que l'Allemagne. On le voit, même pendant les trente glorieuses, il y avait un fort écart entre l'inflation de la France, de l'Italie et de l'Allemagne. Et c'est pour ça que les dévaluations régulières étaient nécessaires. Il y a probablement un lien entre l'inflation et la capacité d'organisation d'une nation. Plus une société est "ordonnée", moins l'inflation est nécessaire. L'inflation par exemple facilite la gestion des salaires dans les entreprises. Il est plus facile d'augmenter les salaires quand l'inflation est à 5%, que lorsque les prix stagnent. Pour les pays latins, l'inflation est en quelque sorte un lubrifiant qui permet à l'économie de fonctionner dans une société relativement individualiste et bordélique si je puis dire. Cette différence n'avait pourtant pas gêné le développement de ces deux pays. Au contraire même puisque la France et l'Italie avaient fini par rattraper l'Allemagne en termes de niveau de vie. L’unification monétaire a donc eu surtout comme effet de casser la croissance dans les pays du sud et cette réalité se voit désormais assez bien.
Déclin allemand et fin de l'attrait européen.
Cette perte d'attrait pour la construction européenne est tout de même bien tardive. Les effets de l'euro se font sentir depuis un moment, mais ce sont les crises à répétition et le fait que l'UE n'arrive plus à sortir de la dépression qui commence à faire changer son image. En particulier tant que la crise provoquée par la structure de la construction européenne se concentrait sur le sud de l'Europe, les pays extérieurs ne voyaient pas le problème. L'explication simpliste de pays fainéants et mal gérés semblait tout expliquer. Si la France, l'Italie, ou la Grèce coulaient, c'était parce qu'ils étaient nuls et médiocres. Le racisme anti-sud s'était d'ailleurs fortement exprimé pendant la crise grecque des années 2010. On se souvient tous des unes de certains journaux allemands à l'époque . On avait même dénommé les pays du sud les PIGS. À l'époque cela n'incluait pas encore la France, mais nous rejoignons le club désormais. D'un problème macroéconomique lié à l'euro, on a fait un concours de racisme légitime qui explique tout. Un racisme auquel même la presse même des pays concernés participait.
Tant que cela ne concernait que le sud, le problème n'était pas perçu comme étant l'UE et l'euro, mais les mauvais élèves. Seulement, voilà après 25 ans passés à piller et à détruire les pays du sud, l'Allemagne est rattrapée à son tour par la crise, surtout depuis que les USA ont cassé leur modèle économique en les privant de gaz russe. Là étrangement, personne ne parle de mauvaise gestion ou de fainéantise germanique. Les critiques sont d'un seul coup beaucoup plus respectueuses même si certains parlent d'elle comme de l'homme malade de l’Europe. Chose idiote puisque l'UE et l'euro ont collé ensemble tous les pays membres, notre destin est malheureusement collectif. Si l’Allemagne coule, nous coulons avec elle à l'heure actuelle. C'est le sens même de cette construction absurde. Pour l'instant, les analyses parcellaires vont probablement essayer de continuer à donner des explications locales aux crises. Car la véritable peur des élites européennes c'est que finalement tout le monde comprenne que le problème n'est pas l'Allemagne, l'Italie, la France ou la Grèce, mais bien la construction européenne elle-même. Et c'est là que cette nouvelle d'un refus d'entrer dans la zone euro de la part d'un pays qui est économiquement un satellite de l'Allemagne est en quelque sorte une petite révolution.
On peut espérer que la République tchèque ne soit pas la dernière à donner un coup d'arrêt à l'expansion absurde de la construction européenne. Une expansion qui n'est qu'une fuite en avant pour ne pas avoir à faire le bilan de sa propre existence. Un bilan qui s'il était réellement fait pousserait les pays membres à détricoter l'UE et l'euro. Il est possible cependant que cet arrêt ne soit que momentané. On l'a vue en Pologne avec l'arrivée de Tusk au pouvoir, un européiste qui risque de faire beaucoup de mal à son pays. La Pologne avait joué bien jouée en restant en dehors de la zone euro tout en profitant des énormes subventions européennes. Nous avons littéralement payé un pays pour y délocaliser notre industrie. C'est valable aussi pour les autres pays de l'Est. En gardant sa monnaie, la Pologne peut toujours réguler son commerce en fonction de ses besoins. Il suffit de voir l'évolution du taux de change entre l'euro et le zloty pour comprendre l'importance de la flexibilité monétaire en cas de crise économique. Il faut espérer que malgré la présence d'un européiste au pouvoir, les Polonais ne fassent pas l'erreur d'entrer dans la zone euro. Même si cela pourrait encore accélérer un peu la nécessaire chute de la construction européenne à terme.