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On aborde souvent le sujet, mais une information vient de relancer la question. En effet, on vient d'apprendre que la Turquie connaît désormais une natalité à l'européenne avec un taux qui vient de s'établir à 1,51 enfant par femme. On est plus très loin de la natalité grecque qui est à 1,39. Le grand rêve ottoman d'Erdogan semble s'éloigner au fur et à mesure que la démographie de la Turquie s’essouffle. Lui qui rêvait déjà d'une Europe ottomane grâce à l'émigration turque, cela va être difficile avec les berceaux qui se vident. J'arrête ici les sarcasmes, mais il est assez drôle de voir des défenseurs de l'islamisme radical se rendre compte que leur propre pays est aussi touché par un phénomène qu'ils pensaient circonscrit aux seuls païens décadents de l'ouest. Cela casse tous les mythes construits ces dernières décennies qu'ils soient chez les islamistes ou chez l'extrême droite en France et en Europe. D'un côté il y avait l'idée que le monde musulman serait insensible aux évolutions démographiques modernes. On savait déjà que c'était faux. Emmanuel Todd avait d'ailleurs déjà souligné le rôle de la transition démographique sur les révoltes arabes dans un petit livré qu'il a écrit avec Youssef Courbage en 2007 (Le Rendez-vous des civilisations).
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Mais la situation s'est accélérée dernièrement puisque même la péninsule arabe connaît aujourd'hui une très forte baisse de la natalité alors même que l'Islam y est encore très fort, du moins en apparence. Cela casse aussi le mythe de l'invasion de l'Europe que certains brocardent à tout bout de champ à l'extrême droite en particulier. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de problème ou qu'il faut être pour l'immigration. Seulement que l'évolution globale ne va probablement pas être une submersion de l'Europe sous l'immigration musulmane. Le monde musulman est d'ailleurs tellement fragmenté sur le plan démographique qu'à lui seul il démontre qu'il n'y a pas de lien entre la religion et l'évolution démographique. Des pays partageant la même religion n'ayant pas du tout la même évolution à court terme invalident en pratique la corrélation que l'on pouvait faire quand on regarde ce sujet de loin . Mais cette erreur de raisonnement liant natalité et religion n'est pas nouvelle. Pendant longtemps les Canadiens anglophones ont pensé que les Québécois faisaient beaucoup d'enfants parce qu'ils étaient catholiques. Or aujourd’hui le Québec est l'une des régions qui ont la plus faible fécondité. S'il y a un lien entre la fécondité et la religion, il est bien loin d'être aussi simple que ce que l'on dit généralement.
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La fragmentation démographique du monde musulman
Nous en avons déjà parlé, mais la transition démographique est un phénomène qui n'a cessé de s'étendre depuis deux siècles. La France est le premier pays a avoir connu cette transition puisque notre pays connaît une baisse des naissances dès 1750. Cette baisse précoce a très certainement un lien direct et indirect avec l'épisode de la Révolution française qui suivra. Emmanuel Todd associe la baisse de la fécondité à la baisse de la croyance religieuse et donc à la remise en question du pouvoir monarchique qui, il faut le rappeler, s'appuyait quand même sur l'autorité de l'église et de la croyance religieuse. Être roi de droit divin n'a plus de sens si vous pensez que le divin n'existe pas. Dans une société où la religion a un rôle structurant et légitime le pouvoir politique, l'effondrement de la croyance entraîne mécaniquement un phénomène révolutionnaire. L'autorité n'étant plus acceptée parce qu'elle n'est plus légitime aux yeux de la population. La plupart des révoltes et des révolutions que le monde a connues depuis la Révolution française sont donc liées à ces changements dans la manière de voir le monde des populations. Et il n'y a donc aucune raison pour que ce ne soit pas le cas aussi du monde musulman.
Évidemment les spécificités culturelles et historiques des régions changent aussi la façon dont les sociétés digèrent en quelque sorte ces changements de paradigmes organisationnels. Si nous suivons tous la direction de la baisse de la fécondité, elle ne se fait pas au même rythme partout et les conséquences divergent en fonction des réalités locales. On remarquera une chose dans le cas du monde musulman. Il semble que l'islamisme radical soit un indicateur d'un début de transition en réalité. L'exemple le plus parlant est l'Iran. Le pays qui a été à la pointe du mouvement islamiste est aujourd’hui un pays avec un taux de natalité assez faible. En fait, on peut se dire que l'islamisme est une réaction aux changements provoqués par l'affaiblissement de la croyance religieuse . Mais tous les islamistes qu'ils soient ces mouvements semblent tout aussi incapables d'enrayer la transition démographique que ne le purent les mouvements d'extrême droite en Europe comme le fascisme ou le nazisme en leur temps. On pourra tester cette théorie dans les années qui viennent avec l'évolution de l’Afghanistan qui est aujourd'hui aux mains des talibans et qui a encore une natalité à 5 enfants par femme en moyenne. On verra si ce taux ne va pas chuter rapidement dans les années qui viennent.
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En regardant le graphique sur les taux de natalité, on remarque vite que si l'évolution est toujours la même avec une tendance à la baisse, la vitesse de cette dernière dépend des pays. Pourtant, ce sont tous des pays musulmans. Le dernier endroit du monde musulman qui entame sa transition est bien évidemment l'Afrique subsaharienne qui reste très en retard sur ce plan. Et là encore, le lien avec la religion est hautement discutable. En effet que ce soit pour les chrétiens, les musulmans ou les animistes, la natalité locale reste nettement supérieure au reste de la planète. Mais ici aussi la transition fait son œuvre, et elle a déjà bien commencé comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous. De cette rupture démographique naissent aussi des tensions internes au monde musulman. Dernièrement, des mouvements ont commencé contre l'immigration en Algérie et en Tunisie . Le différentiel démographique entre ces pays qui sont bien avancés dans la transition démographique et l’Afrique subsaharienne entraîne des tensions. Exactement de la même manière que le différentiel démographique avait nourri les tensions entre la France et l'Allemagne au 19e siècle, mais aussi entre l'Allemagne et la Russie au 20e. La Russie étant le dernier pays européen a avoir été touché par la transition démographique, la peur du slave était alors très répandue. Un célèbre moustachu en avait même fait un fonds de commerce.
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On peut donc assez facilement parier que la peur migratoire qui existe en Europe va s'étendre aux pays du sud de la méditerranée assez fortement dans les années qui viennent. Que les immigrés soient musulmans ne changera en réalité rien à l'affaire. Les changements démographiques entraînent des changements de rapport de force, c'est inéluctable. La transition démographique a considérablement réduit le poids de la France au 19e siècle qui était pourtant une très grande puissance jusque là. Il en va de même pour tout l'occident qui perd aujourd'hui du poids à l'échelle internationale à cause en partie de sa perte de poids démographique. Ces changements entraînent des tensions politiques. En Turquie par exemple on voit bien en regardant la carte démographique que les régions les plus fécondes sont celles peuplées par les Kurdes. On peut observer la même chose en Iran, les régions kurdes semblent maintenir une natalité plus forte. Cela signifie que les tensions vont probablement s’accroître, les Kurdes étant le peuple le plus important démographiquement sur terre à n'avoir aucune nation à lui. Ce rapport de force démographique dit en lui-même que les tensions vont s’accroître avec le temps.
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Quoiqu'il en soit, vous, voyez que la transition démographique n'est pas occidentale. Le phénomène ne touche pas seulement l'Europe, les USA ou l'extrême orient. J'aurais aussi pu parler de l’Indonésie qui est tombée à 2,1 ou du Bangladesh qui est maintenant en dessous de 2 enfants par femme. Bref, la transition est un processus planétaire et la seule question que l'on doit se poser est de savoir si ce processus est réversible ou si l'humanité est condamnée à l’extinction avec des taux durablement inférieurs au seuil de reproduction. L'exemple français, premier pays à avoir passé la transition, ne mène pas à l'optimisme.