Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.
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Avant d'entamer notre sujet du jour sur la nécessité de rompre définitivement avec les USA, je tiens à signaler à mes lecteurs qu'Emmanuel Todd nous a encore gratifiés d'une excellente émission chez Fréquence Populaire consacré à l'Allemagne. Une émission importante alors que l'élection chez nos voisins allemands arrive à la fin du mois. Mais nous en reparlerons dans un autre texte. En attendant, parlons donc de la dégradation inéluctable des relations entre les USA et l'UE. Une dégradation qui ne surprend que nos dirigeants lamentables qui ne cessent de vouloir prendre leurs désirs pour des réalités. On se souvient tous des pathétiques propos d'Emmanuel Macron au moment des Jeux olympiques de Paris proclamant « C'est ça la vraie vie ». En un sens nous aurions dû faire plus attention à cette phrase qui en dit long en réalité sur l'état d'esprit de ce qui nous sert d'élite aujourd'hui. Le monde réel n'a pas d'importance, l'important c'est ce que l'on pense de la réalité. Macron veut vivre dans un rêve, et les élites de l'Europe aussi. Et au risque de choquer ceux qui prennent les dirigeants actuels des USA pour des réalistes, je pense que les élites américaines vivent aussi dans leurs rêves.
Alors soyons claire, les être humain ont tous leurs fantasmes et leurs idées préconçues sur le monde qui les entoure. Comme nous sommes loin d'être omnipotents, il nous faut bien faire appel à quelques idées reçues pour concevoir le monde et l'expliquer. L'important est d'avoir conscience de ses propres limites et du fait que notre réalité peut ne pas correspondre totalement à ce que l'on pensait qu'elle était. Et c'est ce passage de l'idée à la réalité qui semble aujourd'hui poser problème en occident. En Europe, c'est particulièrement visible avec un irréalisme total concernant la guerre en Ukraine. Nous rappellerons rapidement que les mesures contre la Russie étaient censées faire s'effondrer ce pays ou encore que le vaste soutien à l'Ukraine permettrait de faire s'effondrer l'armée Russe. L'on peut à la limite admettre qu'au départ les Occidentaux étaient simplement mal renseignés. L'erreur est humaine et même s'il est étonnant que des services de renseignement professionnel aient fait de telles erreurs, on peut admettre que cela peut arriver.
Mais nous n'en sommes plus là, les armes ont parlé et les mesures de rétorsion économiques se sont multipliées sans avoir aucun des effets que les experts de plateau télé avaient prédits. Et pourtant l'on voit encore des dirigeants européens appeler au conflit avec la Russie. Les réactions aux propositions de paix de Trump dont on verra si elles seront acceptées montrent quand même une curieuse obsession pour le conflit avec un pays qui était pourtant essentiel pour l'approvisionnement du continent en gaz. Les Européens qui n'ont eu de cesse de suivre l'administration américaine de Biden se retrouvent aujourd'hui en contradiction avec le nouveau président américain qui semble plutôt obsédé par son conflit économique avec la Chine. Les Européens s'offusquent aujourd'hui de l'abandon américain en parlant de crise de la souveraineté européenne faisant semblant d'oublier que l'UE et toutes les instances de ce type imposées par les USA au continent depuis 1945 n'avaient que pour but la soumission du continent. L'UE et l'OTAN sont de facto des instruments au service des intérêts américain. Madame Von der Leyen le montre assez régulièrement elle qui promeut maintenant l'achat massif d'armement américain alors qu'une vision souveraine viserait plutôt à produire nous-mêmes des armements et l’Europe en est pourtant largement capable.
La grande rupture atlantique est inéluctable
Le problème est que madame Von Der leyen n'est pas une femme politique. Elle ne représente qu'elle-même tout comme l'UE qui n'est finalement qu'une excroissance en réalité du pouvoir politique américaine et ça Trump en a bien conscience. Or les imbéciles qui réagissent aujourd'hui aux propos humiliants des représentants américains sont les mêmes qui nous ont livré pied et main liée à la construction européenne et à toutes ses dérives atlantistes. Emmanuel Macron ne parle plus du tout de la France et passe son temps à nous parler de souveraineté européenne qui n'a en réalité aucun sens puisque l'UE n'est pas une nation et les Européens ne sont pas un peuple, mais une collection de peuples aux cultures et aux langues aussi dissemblables que leurs intérêts. En réalité, les européistes n'arrivent pas à admettre que la construction européenne loin d'avoir renforcé le continent l'a considérablement affaibli.
Vivant dans leur rêve simpliste d'ensemble, nous sommes forcément plus forts, ils n'ont pas compris que les contradictions internes de l'UE et de son modèle économique ne pouvaient en réalité que nuire à l'ensemble des nations. Cette structure qui de fait a transformé l'euro en un mark géant a démoli l'économie française et italienne. Les stratégies égocentriques allemandes ont affaibli tous ses voisins et en faisant cela affaiblit l'ensemble du continent. Nous ne parlerons même pas des idioties en matière d'énergie. L'Allemagne continuant à vouloir mettre des bâtons dans les roues du nucléaire français. Avant de pouvoir réagir aux agressions des USA qui se multiplient, il convient donc d'abord de comprendre que les outils que les USA ont conçus dans leurs intérêts ne peuvent en aucun cas participer à la souveraineté européenne. Bien au contraire toute remise en route d'un plan visant à retrouver une souveraineté du continent doit avoir comme préalable la rupture avec les USA et leurs outils. Et cela commence par mettre fin à l'UE et à l'OTAN. C'est pour cela que Macron et les autres européistes vont être de plus en plus ridicules. N'ayant aucune cohérence idéologique voulant à la fois une souveraineté floue tout en restant soumis à l'OTAN et à l'UE, ils ne peuvent qu'échouer lamentablement. C'est la quadrature du cercle pour les européistes.
Tant que les USA étaient alignés sur la face du pouvoir européen, ils pouvaient faire semblant d'une certaine indépendance. Mais la position diamétralement opposée du nouveau pouvoir à Washington a révélé le pot au rose. L'UE n'a pas de pouvoir et n'a pas d'indépendance. Pire que cela, l'Allemagne, le premier pays du continent, s'est soumis aux intérêts USA en ne réagissant même pas à l'attaque directe contre ses intérêts sur le pipeline Nordstream. C'est probablement cela qui agace le plus les « élites » européennes, le fait que l'UE ait montré en quelque sorte son vrai visage à la population. Un truc inutile, coûteux et qui en plus nous soumet totalement aux intérêts US alors qu'elle était censée nous rendre plus forts et plus indépendants. Il va maintenant falloir choisir entre le désir d'indépendance et la construction européenne. On ne pourra plus faire semblant de croire que l'UE est une construction européenne à proprement parler.
L'autre apprentissage c'est que les USA de Trump ne se gênent pas pour émettre des propos totalement contradictoires. D'un côté, on a monsieur Vance qui vient défendre la pauvre Roumanie, victime, il est vrai, des traquenards maladroits de la Commission européenne. Et il est vrai que l'UE n'est pas vraiment un système démocratique. Mais que dire des USA qui font montre de défendre la démocratie et le freespeech alors que dans le même temps ils disent ouvertement vouloir annexer le Canada et le Groenland ? Ils continuent à fournir des bombes à Israël qui ne montre pas beaucoup de respects pour ceux qu'elle bombarde. Si Trump a effectivement fait un changement d'orientation, il ne faut pas s'aveugler, les USA restent les USA. Un pays violent qui n'a comme seule boussole que les intérêts des gens qui les dirigent. Et la liberté ne les intéresse que lorsqu’elle va dans leur sens. En l’occurrence aujourd’hui, les USA veulent faire visiblement des changements de régime en Europe. Nous nous heurtons ici probablement aux rêves américains. Comme je l'ai dit, les élites européennes vivent dans leurs fantasmes, mais les Américains aussi.
Musk et les trumpistes pensent qu'en renversant les gouvernements jadis au pied des démocrates américains, ils vont mettre en place des gouvernements plus proches de leurs intérêts. Ils favorisent ainsi l'AFD en Allemagne et l'on voit en France quelques clowns pour essayer de suivre le chemin du portefeuille américain. Ainsi les zemouristes se verraient bien devenir les représentants du trumpisme en France montrant ainsi qu'ils ne sont vraiment pas patriotes et ils ne sont pas les seuls. Tous ces gens de droites qui rêvent de Trump et acquiescent à tout ce que fait son gouvernement me mettent d'ailleurs très mal à l'aise. J'ai beaucoup de mal à imaginer qu'un patriote français réel ne rêve que d'Amérique. Les Américains ne sont pas nos amis et la guerre en Ukraine est d'abord de leur fait même si Trump n'a pas directement été responsable de la guerre. Rien de ce qui viendra des USA ne sera bon pour nous si ce n'est leurs grossières erreurs. En l'occurrence s'il y a de l'espoir à avoir c'est bien sur la vision simpliste américaine qu'il faut compter. Leur volonté de mettre fin à l'UE alors qu'elle leur ait soumise montre bien qu'ils n'ont pas bien compris le fonctionnement de l'empire donc ils héritent.
Les propos de Trump voulant à la fois défendre le rôle du dollar et réindustrialisés avaient déjà montré qu'il n'y avait pas la lumière allumée à tous les étages chez le nouveau président. Car il y a là une contradiction fondamentale. C'est la même chose en Europe. Vouloir favoriser des partis anti-européens pour qu'ils accèdent au pouvoir parce qu'à court terme on croit qu'ils vont dans notre sens implique aussi un certain aveuglement. Comme le disait très justement Emmanuel Todd si l'on peut discerner un mouvement global plutôt conservateur et patriotique, du moins dans les discours. Il n'en demeure pas moins que les nationalistes de chaque pays défendront d'abord leurs intérêts qui de facto ne correspondront certainement pas à ceux des USA. L'UE tout comme l'OTAN visaient d'abord à soumettre les Européens aux intérêts USA. La fin de ces institutions remettra en marche les machines nationales européennes qui conviendront très rapidement du fait que leurs intérêts ne coïncident pas vraiment avec ceux des USA.
Allons même plus loin, partageons-nous encore quelque chose avec les USA ? Un pays qui court à l'accumulation d'inégalité à un niveau jamais vu dans l'histoire. Un pays brutal qui n'a comme seule politique que la soumission des autres, sans jamais s'intéresser aucunement aux autres. Un pays qui s'enferme dans des rêves puérils de conquête spatiale et d'IA, quand une bonne partie de sa population vit de bons alimentaires et dont la mortalité infantile augmente alors même qu'elle est déjà la plus élevée de l'OCDE. Ils viennent nous donner des leçons de liberté d'expression alors même que c'est leur pays qui a organisé le contrôle des médias en Europe. Le simple fait que Trump n'assume même pas les actes de ses prédécesseurs mettant sur le dos des Européens la guerre en Ukraine montre qu'effectivement nous n'avons plus rien en commun avec les USA . Il est donc temps de dire « US go home ». Qu'il rentre chez eux et qu'ils nous laissent tranquilles. Et si leur bêtise leur fait casser leur jouet l'UE au passage, tant mieux.