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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Quand le progrès technique devient nuisible

 

Comme vous le savez sans doute déjà, la situation de l'armée ukrainienne sur le terrain est de plus en plus difficile. Même nos médias mainstreams commencent à admettre que l'Ukraine se dirige vers une défaite. Pour l'occasion Jacques Sapir a fait une très intéressante émission comme d'habitude sur la chaîne de Frequence Populaire. Et si le sujet du jour n'est pas la guerre en Ukraine elle-même, c'est surtout qu'elle démontre quelque chose que l'on savait depuis longtemps, à savoir que l'obsession pour la technique devient au bout d'un moment nuisible, y compris pour les armées. En effet, comme le souligne Jacques Sapir, la principale raison de la défaite occidentale, car il s'agit bien d'une défaite occidentale, c'est l'incapacité à produire suffisamment d'armement pour combattre la Russie. Alors il y a aussi le facteur humain qui rentre en ligne de compte bien évidemment. Le potentiel humain ukrainien étant largement inférieur, surtout que le pays s'est vidé d'une grande partie de sa population. Mais l'aspect industriel souligne la faiblesse de l'industrie militaire occidentale.

 

Et cette faiblesse n'est pas le fruit du hasard. Elle est en partie liée à la désindustrialisation de nos pays, à la dépendance croissante aux importations. On sait par exemple que le matériel militaire américain dépend actuellement largement de la production industrielle chinoise, ce qui est d'une stupidité invraisemblable et montre à quel point l'idéologie néolibérale et celle du libre-échange ont lessivé la cervelle des dirigeants occidentaux. Car s'il y a bien quelque chose sur lequel on ne doit jamais totalement dépendre de l'étranger avec la nourriture, c'est bien l'armement. Mais si cette dépendance, et cette désindustrialisation expliquent en partie le problème, car cela signifie aussi que l'occident ne fabrique plus les ouvriers, les techniciens et les ingénieurs en quantité suffisante pour suivre le rythme d'un pays comme la Russie. Un pays, qui, rappelons-le, ne fait que 145 millions d'habitants. Cela n'explique pas tout. C'est la nature même de ce matériel militaire qui pose problème. Comme le souligne Jacques Sapir, c'est la complexité de l'armement occidental qui explique son coût de production délirant et les temps de production incompatible avec une guerre de haute intensité.

 

L'occident fabrique de très bonnes armes, mais qui coûtent beaucoup trop cher et demande trop de temps de production. Les Occidentaux ne semblent jamais se poser la question que pose le problème des rendements décroissants dans le cadre technique. Un dilemme que l'on pourrait poser ainsi simplement. Vaut-il mieux produire un avion extrêmement sophistiqué 50% plus efficace que les autres, mais cent fois plus cher ou pour le même prix produire cent avions 50% moins efficaces que lui ? S'il est évident que dans un combat à un contre un l'avion très sophistiqué gagnerait, le nombre des avions compensera largement l'avantage technique de ce dernier. C'est très exactement ce qui s'est passé pendant la guerre en Ukraine. Il arrive un moment où l'avantage technique ne peut plus compenser l'effet du nombre. C'est ce genre de question que ne posent plus les états-majors occidentaux particulièrement aux USA. Les aventures grotesques du F35 montrent à quel point la course à la complexité technique a finalement entraîné la faillite de la production d'armement. C'est un joli avion qui tombe souvent en panne et qui coûte tellement cher qu'il ne pourra jamais être utilisé en grande quantité entraînant un déséquilibre des forces massif avec des pays qui n'utiliseraient que du matériel plus classique.

 

Quand le progrès technique coût trop cher

 

Mais cette question du rendement technique et des coûts de production qui se place ici dans un cadre militaire ne pourrait-on pas finalement la poser à l'ensemble de la société technicienne moderne ? Une société tout entière tournée autour du rendement du capital, faut-il vraiment le rappeler ? À partir de quel moment l'obsession de l'accroissement de l'efficacité technique entre-t-elle en contradiction avec l'efficacité collective ? Car cette question, on pourrait la poser dans bien des domaines. L'industrie médicale, par exemple, qui passe son temps à créer de nouvelles molécules dont l'intérêt est souvent douteux et qui va produire des médicaments à peine plus efficaces que les anciens, mais dont les coûts sont tellement prohibitifs qu'ils remettent en question la possibilité d'une médecine de qualité pour toute la population. Songez donc à la situation américaine. Voilà un pays qui est celui qui dépense le plus de sa richesse dans la santé au monde. Et cela en valeur, mais aussi en proportion de sa richesse nationale. Pourtant les USA, qui sont partis en tête après-guerre en termes de mortalité infantile ou d'espérance de vie, sont désormais dernier de l'OCDE. Bien des pays pauvres dépassent aujourd’hui les USA en termes de santé publique, alors que ces pays dépensent beaucoup moins pour leur santé.

 

C'est quand même là quelque chose qui devrait interpeller les experts, les économistes et les scientifiques, non ? Si l'explication tient en partie au système privé américain et à l'absence de régulation, c'est aussi l'un des effets de ce mécanisme d'inflation technicienne coûteuse où l'on se refuse de limiter l'accroissement technique. Le processus est d'ailleurs aussi en place chez nous. Et nous nous refusons de faire un arbitrage entre le progrès technologique et les gains réels qu'apportent ces nouvelles technologies. En ces temps de crise économique et de réduction massive des dépenses publiques, peut-être faudrait-il enfin se poser la question. Vaut-il mieux avoir une IRM dernier cri de haute technologie, mais dont le prix démentiel fait que seuls quelques rares hôpitaux pourront en être équipés, ou des IRM moins performantes, mais qui peuvent équiper plus d'hôpitaux ? L'avantage de la Russie tient peut-être finalement au fait que ce pays a été confronté dans les années 90 à une très grave crise économique qui a finalement obligé la population à faire ce genre de choix.

 

Nos pays ont par contre continué sur leur lancée ne voyant pas que le progrès technique dans certains domaines et certains cas engendrait une hausse des coûts qui rendait son usage nuisible collectivement. Le phénomène a été d'autant plus massif que l'idéologie libérale a fait abandonner toute idée de régulation chez nos politiques. Régulez, vous n'y pensez pas, espèce de communiste. La mode technicienne actuelle, celle des IA, est ainsi en train de littéralement détruire à la fois la réindustrialisation américaine, ainsi que le marché informatique mondial. En effet, les serveurs IA aux USA commencent à nourrir une hausse du prix de l'électricité dans ce pays. Ce qui ne va pas être très bon pour l'industrie. Dans le même temps, elle pompe l'essentiel de l'investissement, le capital s'engouffrant uniquement dans ce qui rapporte le plus. Et l'on apprend dans le même temps que les serveurs qui servent à faire fonctionner les IA font exploser les prix de la mémoire PC. Les plus gros fabricants de mémoire vive annoncent même abandonner leur marché classique pour se concentrer uniquement sur l'IA et les serveurs informatiques qui la font fonctionner. La collusion entre le fétichisme technicien et du capitalisme néolibéral totalement délirant, va probablement produire bientôt le plus grand crash économique de l'histoire. Quand je vous dis que le progrès technique n'est pas forcément une bonne chose.

 

Petite anecdote sur le caractère nuisible de la technique, une étude du MIT a montré que l'utilisation des IA semble faire baisser les capacités cognitives de ceux qui l'utilisent. Le cerveau c'est comme les muscles, moins on l'utilise, plus il s'atrophie. On avait déjà remarqué que les smartphone ou internet n'avaient pas vraiment amélioré le QI de la population. C'est même l'inverse, car le QI baisse déjà dans nos pays. Je crains que nous n'assistions d'ici quelques années à un effondrement complet avec les IA utiliser n'importe comment à tort et à travers. Il y a des chances pour que les quelques humains qui resteront sur terre ne sachent même plus se faire cuire un œuf. Mais suis-je bête, c'est déjà le cas de certains de nos anciens présidents.

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L
Le problème de votre texte est qu'il laisse plutôt croire que le progrès technique rime forcément avec une meilleure efficacité à sa mesure. Le cas du F35 est criant puisqu'il démontre au contraire que c'est son indéniable complexité technique (deux millions de ligne de code informatique intégrées !) qui le rend impropre à s'aventurer dans un ciel de combat moderne. <br /> Sans doute parce qu'ici le facteur humain et la sophistication technologique se séparent alors que la raison d'être du F35 était précisément la "guerre zéro mort" abritée à l'ombre de la technologie qui hante les états majors américains depuis le désastre du Vietnam. Les appareils russes des dernières générations sont moins sophistiqués donc plus efficaces (et paradoxalement plus sûrs) dans un contexte de combat puisqu'ils intègrent le fait qu'un pilote de guerre doit conserver le risque d'y laisser sa peau.  <br /> Si le but exclusif des guerres restait d'épargner la vie de ceux qui la font, cela se saurait, même si cela peut constituer l'argument chatoyant des ingénieurs pointus qui vont vendre leur projet miracle au Pentagone pour le compte des firmes privées qui les emploient.<br /> Je ne crois pas non plus que ce soit la plus grande sophistication technologique qui a rendu les drones indispensables à la guerre moderne par rapport à l'aviation classique, mais simplement le fait qu'ils pouvaient être produits à volonté à moindre coût matériel et surtout humain pour ceux qui les contrôlent. <br /> Cette observation peut d'ailleurs être faite dans beaucoup de domaine. Par exemple en matière médicale les molécules des anti-coagulants de dernière génération comme le Ticagrelor sont plus complexes que celle de l'aspirine. Sont-elles plus efficaces pour autant ? Aucune étude ne le prouve. Personnellement j'en suis revenu au vieil aspirine qui a moins d'effets secondaires (c'est le miraculé d'un double infarctus qui vous parle). <br /> Est-ce vraiment le critère d'efficacité (?) qui nous a fait aussi abandonner les téléviseurs à bouton où les voitures si commodes d'il y a un demi-siècle ? Ne serait-ce pas plutôt des raisons purement politiques résultant d'un rapport de force entre les classes sociales au sens où l'entendait Max Weber ? (tout groupe humain homogène recherchant Le pouvoir pour lui-même dans un corps social donné)<br /> Il me semble que la technologie finit par perdre toute efficacité quand elle ne se trouve plus d'autre but qu'elle même, c'est-à-dire quand elle ne sert plus qu'à la prospérité de ceux qui la conçoivent et l'exploitent.Cela rejoint d'ailleurs Le thème de votre article précédent. Les femmes comme les hommes sont poussés vers des études supérieures parce que le but de la société toute entière n'est plus de produire les diplômés dont elle a besoin mais d'assurer un statut et des revenus aux gens qui ont des diplômes. <br /> C'était l'une des leçons que j'avais tirée du livre de Joseph Tainter "l'effondrement des sociétés complexes".
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Y
« Le problème de votre texte est qu'il laisse plutôt croire que le progrès technique rime forcément avec une meilleure efficacité à sa mesure. Le cas du F35 est criant puisqu'il démontre au contraire que c'est son indéniable complexité technique (deux millions de ligne de code informatique intégrées !) qui le rend impropre à s'aventurer dans un ciel de combat moderne. »<br /> <br /> Disons que normalement le progrès technique améliore l'efficacité. Mais dans ce cas précis, est-ce que le but est vraiment l'efficacité ? Ou est-ce que finalement l'appareillage et la conception n'ont pas été empoisonnés par la maladie du capitalisme qui consiste à faire le plus de bénéfices possible ? Je n'ai pas tellement parlé de ça, mais la course au rendement économique n'est pas forcément compatible avec la recherche de la meilleure efficacité au sens scientifique du nom. La science et la technique sont un peu pris en otage par la course aux rendements financiers.