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11 décembre 2023 1 11 /12 /décembre /2023 16:03

 

 

Nous avons déjà parlé des deux immenses puissances des BRICS que sont la Chine et l'Inde. Je pense qu'il serait d'analyser les cinq grands qui sont à l'origine de cette nouvelle organisation qui prend de plus en plus de place sur l'échiquier mondial. Nous aborderons donc rapidement aujourd'hui le R des BRICS avec la Russie. La Russie qui est étrangement devenue progressivement le pays du mal en occident et ceux qui ont un peu de mémoire contrairement à nos médias se rappelleront que la dégradation des relations entre ce que l'on nomme abusivement l'occident et la Russie ne date pas d'hier. Au lendemain de la chute de l'URSS quand les USA ont cru que la Russie allait totalement se désagréger, ils ont tout à fait accepté un réchauffement des relations. Washington pensait probablement élargir son domaine de domination à toute l'Europe de l'Est à la Russie brisée. Les spin doctors néolibéraux américains qui ont prescrit leurs faux remèdes de cheval à l'économie russe sous Eltsine ont effectivement presque réussi à achever la bête. Malheureusement pour eux ce pays avait encore quelques élites moins dociles et surtout moins naïves quant au comportement américain. C'est dans ce contexte à la fin des années 90 que Poutine arrive au pouvoir dans un pays en grande partie ruiné.

 

La dégradation ne va pas se faire tout de suite, car Poutine loin d'être un anti-Occidental était même plutôt favorable à un rapprochement avec l'UE et les USA. On l'oublie trop souvent, Poutine fut l'un des premiers chefs d'État à soutenir les USA lors de l'attentat du 11 septembre 2001. Et la Russie a rendu possible la guerre en Afghanistan juste après, même si elle a condamné comme Paris et Berlin la stupide guerre en Irak de 2003. La dégradation des relations s'est faite progressivement à partir de cette époque. Si les médias ont joué un rôle important sur cette dégradation, parlant sans arrêt d'une Russie despotique et arriérée, je pense que c'est surtout le redressement du pays qui est en cause. Car la Russie malgré les nombreux problèmes qu'elle a connus n'a pas implosé comme le prévoyaient les officines néoconservatrices américaines. Et c'est de cette résilience qu'est venue la dégradation des relations. Car contrairement aux autres nations européennes, la Russie a un poids et une taille suffisante pour ne pas se soumettre aux intérêts américains. Et c'est bien là le problème, les USA ne veulent pas de partenaires, ils veulent des sous-fifres et des vassaux, comme les membres de l'UE ou la Grande-Bretagne. D'où la dégradation progressive des relations. Avec la guerre en Ukraine rendue obligatoire pour la Russie avec la menace d'une Ukraine rentrant dans l'OTAN puis dans l'UE, la situation s'est en quelque sorte clarifiée. Nous nous retrouvons dans une espèce de guerre froide bis sauf que le camp qui risque de gagner cette fois-ci n'est probablement plus le même. Mais paradoxalement la Russie par son indépendance pourrait à long terme sauver le continent européen en devenant un modèle alternatif lorsque l'empire américain aura cessé d'exercer son emprise sur cette partie du monde. Et n'en doutait pas, cela arrivera, et probablement plus vite qu'on ne le croit.

 

Situation démographique de la Russie.

 

Nous allons donc comme pour l'Inde regarder les chiffres de la situation de la Russie actuelle que ce soit sur le plan démographique ou économique. Comme d'habitude, j'invoque les statistiques de l'excellent site ourworldindata, d'autant que contrairement à l'excellent Jacques Sapir je ne parle pas le russe. Donc aller sur les sites russophones pour avoir les renseignements au plus près des sources dans ce cas m'est impossible, vous m'en excuserez. Commençons par les statistiques préférées d'Emmanuel Todd, celles de l’espérance de vie et de la mortalité infantile. Sur l'espérance de vie si l'on voit une forte augmentation après la Seconde Guerre mondiale qui montre une amélioration des conditions de vie en Russie. Le pays décroche de l'occident à partir du milieu des années 60. Ce décrochage est en mettre en parallèle avec les réussites et les échecs du communisme en URSS très bien analysé par les historiens et les économistes en particulier par Paul Bairoch. On l'a un peu oublié, mais à ses débuts l'URSS fonctionnait très bien avec des taux de croissance économique supérieurs à ceux de l'occident. C'est d'ailleurs ce qui a nourri en grande partie la peur du rouge. L'URSS semblait avoir construit un modèle alternatif réellement viable au capitalisme américain dominant à l'Ouest même si les pays européens eux étaient plutôt des économies mixtes.

 

 

Cette réussite concernait en fait essentiellement les industries lourdes qui ont apparemment été très compatibles avec une organisation centralisée de la vie économique. Les problèmes apparaissent dans les productions plus complexes et moins centralisées. L'URSS va peiner dans les industries comme l'automobile puis dans les semi-conducteurs. C'est probablement à mettre sur le dos de la complexification massive des chaînes de production qui rend ce type de production hautement complexe pour un système centralisé surtout à une époque où l'informatique était encore balbutiante. L’espérance de vie semble étonnamment suivre cette évolution avec une hausse jusqu'au début des années 60 puis un fort ralentissement jusqu'à la baisse dans les années 70. Baisse qui donnera l'indice à Emmanuel Todd sur l'effondrement prochain de l'URSS. Cependant, si cette baisse était un indice d'une dégradation lente du système soviétique, la très forte baisse dans les années 90, elle, va traduire l'effondrement de l'organisation économique. Mais cet effondrement ne durera pas, heureusement pour le pays. L’espérance de vie recommence à grimper avant même l'arrivée de Poutine au pouvoir en 1999. Traduisant probablement une amélioration de la situation économique, ne serait-ce que parce qu'un plancher avait été atteint. Et n'oublions pas que la Russie a pu compter aussi sur ses immenses ressources naturelles pour rebondir.

 

 

Depuis la fin des années 90 et même si la Russie est en retard à cause en grande partie de son histoire soviétique, le pays connaît une nette amélioration de l’espérance de vie. La baisse de 2021 est évidemment liée à la crise du COVID, qui, dans ce pays comme ailleurs, a déséquilibré un peu l'évolution naturelle. Mais jusque là on voit clairement une amélioration et un rattrapage des pays les plus avancés. On peut hurler contre Poutine, les faits disent que d'un point de vue démographique sa présidence a été une amélioration des conditions de vie de la population. Si l'on regarde maintenant la mortalité infantile, on retrouve un peu la même chose. La Russie est en fait devant les USA sur ce plan avec une mortalité plus faible que ces derniers et assez proche de la France. Une France qui, elle, connaît par contre une inquiétante hausse de la mortalité infantile. Cela n’apparaît pas bien ici, mais nous sommes maintenant au-dessus de la moyenne de la mortalité infantile européenne depuis 2015 pour être exactes. Aux USA aussi la mortalité infantile augmente d'ailleurs alors qu'ils sont déjà assez mauvais sur ce plan et en voie d'être dépassé par la Chine.

 

Tout aussi intéressant pour mesurer l'amélioration de la situation en Russie depuis vingt ans, regardons les causes de la mortalité. L'époque de la fin de l'URSS fut une période mouvementée avec une forte hausse de la mortalité liée à la criminalité et à la violence. Ce n'est guère étonnant dans une société qui perd ses repères et qui devient instable sur le plan économique. On peut voir cela dans les statistiques sur les causes de la mortalité. Ainsi en comparant les chiffres des causes de la mortalité entre 1993 et 2019 on s’aperçoit d’une très forte baisse des morts ayant pour cause des blessures volontaires. En 1993, cela représentait tout de même 4.8% des causes de décès. En 2019, la Russie est tombée à 1,4%. Il s'agit là d'un indicateur assez important qui montre une nette amélioration de la sécurité des individus et de la baisse de la violence de la société. À titre de comparaison aux USA, le taux est à 2,1%, et les désordres psychologiques représentent près de 15%des décès. Et tenez-vous bien en France, on est à 4,6% des décès qui ont pour origine les blessures volontaires, et 11% pour les désordres psychiatriques. Quoiqu'il en soit, on voit sur ces données que la Russie n'était pas du tout un pays en recule, ou un pays en voie d'effondrement. Contrairement à ce que pouvaient croire les idéologues qui pensaient qu'elles s'effondreraient avec quelques mesures de rétorsion économique.

 

 

Passons maintenant au vrai problème russe, la fécondité. Cette donnée-là est plus connue et elle est souvent utilisée pour dire que la Russie est un pays qui va s'effondrer. La natalité russe qui a été longtemps la grande force de l'Empire est effectivement devenue son talon d'Achille. Cependant, il faut être un peu honnête en la matière, c'est devenu la faiblesse de tous les pays ayant fait la transition démographique. Je ne vais pas revenir sur le sujet, j'en ai déjà longuement parlé. La Russie comme tous les pays ayant fait sa transition a une natalité qui est tombée trop bas. Pour relativiser cette situation, j'ai mis un comparatif avec la France, les USA, l'Europe en moyenne, la Chine et le Japon. La France arrive en tête en 2021 avec un misérable taux de 1,79 enfant par femme. Nous sommes un peu le borgne au milieu des aveugles. Le taux de renouvellement des générations c'est 2,05 à minima pour donner un ordre de grandeur. Avec un taux à 1,49 la Russie se situe en réalité pile dans la moyenne européenne. Quant aux USA avec leur 1,66 ils ne vont guère mieux, et ne parlons pas de l'Asie, cela se passe de commentaire. Bref, la natalité russe va mal, mais tout le monde va mal en fait. Le fait réellement aggravant pour la Russie c'est qu'elle a déjà un gros problème de faiblesse de densité de population. C'est un pays qui est déjà beaucoup trop grand pour sa population et le problème risque d'empirer si la natalité ne se redresse pas. Pour ce qui est de l'âge moyen, la crise des années 90 a tristement rajeuni le pays, l’espérance de vie ayant chuté. À l'heure actuelle l'âge moyen russe est inférieur à ceux de l'Europe et équivalent à celui des USA avec 38 ans environ .

 

 

Le pays va donc faire face à un vieillissement dans les années à venir même si à l'heure actuelle il peut compter sur une population légèrement plus jeune que le reste de l'Europe. Mais il est par contre important de souligner l'avantage de la Russie sur l'éducation. Il s'agit d'un pays avec un très bon niveau de formation en particulier dans les sciences. Il s'agit là indéniablement d'un lègue de l'URSS, qui, si elle avait beaucoup de défauts, avait quand même comme immense qualité de bien former les jeunes avec un bon système éducatif. La Russie forme deux fois plus d'ingénieurs que les USA. 450 000 ingénieurs par an sont formés en Russie contre seulement 250000 aux USA, un pays pourtant plus de deux fois plus peuplés. Elle est sans doute en grande partie là la résilience de l'économie russe, mais nous en reparlerons dans la seconde partie consacrée à la situation économique.

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