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Blog parlant d'économie vue sous une orientation souverainiste et protectionniste.

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Le Brésil, le géant d’Amérique du Sud (partie 1)

 

Nous avons déjà parlé des différents pays des BRICS avec des textes analysant la situation démographique de la Russie et de l'Inde ou encore en parlant des problèmes économiques en Chine qui est touchée par une insuffisance de la demande et une poussée importante du chômage surtout chez les jeunes. Il me reste donc deux nations à traiter l'Afrique du Sud et le Brésil. Soyons honnêtes, ces deux nations ne sont pas les poids lourds des BRICS. En particulier l'Afrique du Sud qui a de très nombreux problèmes. Nous nous attarderons sur ce texte à un rapide tour de table de la situation brésilienne. Rappelons que la France est un pays frontalier du Brésil avec la Guyane et qu'il est assez étrange en un sens que nous n'ayons pas plus de relation économique et culturelle avec ce pays qui en plus utilise une langue latine comme langue vernaculaire. Le Brésil, malgré sa taille, et le fait que nous soyons voisins, ne représente ainsi que 0,7% des exportations françaises en 2022. Il arrive seulement en 28e client commercial pour la France. Étant donné que ce pays connaît une très forte croissance maintenant nous serions peut-être bien avisés de changer nos orientations économiques et de nous rapprocher de lui. Cela semble commencer à être le cas puisque le Brésil est désormais le premier pays émergent en termes d'investissement direct à l'étranger.

 

La démographie brésilienne

 

Quoiqu'il en soit, concentrons-nous sur la situation du Brésil en ce début d'année 2024. Le Brésil est un immense pays de 8,5 millions de km². Il possède actuellement une population de 214 millions d'habitants. Il est donc le second pays le plus peuplé du continent américain après les USA. Pour commencer, nous allons à nous intéresser à son évolution démographique récente comme dans le cas de l'Inde et de la Russie. La première chose qu'il faut avoir à l'esprit c'est que comme dans le cas du décollage économique de l'Inde, le décollage du Brésil n'est pas le fruit du hasard. Ces pays arrivent à un moment où l'accroissement de la population active est maximal. La baisse de la natalité a entraîné une forte réduction du nombre d'enfants en bas âge alors que le nombre de personnes âgées est encore très faible. C'est le passage que nous avons nous-mêmes connu après guerre. Celui d'une pyramide des âges qui ressemble à une vraie pyramide à celui d'un entonnoir à long terme. Pour l'instant, le Brésil, tout comme l'Inde aujourd’hui, et la Chine deux décennies avant, bénéficie de l'effet d'inertie démographique qui fait croître pour l'instant le nombre d'actifs et allège fortement le coût de l'éducation des plus jeunes, sans avoir encore la future charge d'augmentation des personnes âgées.

 

 

Comme on peut le voir sur le graphique suivant, la natalité brésilienne est maintenant nettement en dessous du seuil de renouvellement avec 1,64 enfant par femme en 2021. Un taux qui se rapproche dangereusement du niveau de la mère patrie du Brésil, le Portugal. Ce ne serait pas si étrange après tout si ces deux pays se retrouvaient avec la même évolution démographique étant donné les liens historiques, culturels et humains entre les deux. Malheureusement, ce taux est dangereusement bas et produira à terme de gros problèmes comme on le voit aujourd'hui au Japon, en Europe ou aux USA. Cependant pour l'instant le Brésil continue sur sa lancée démographique. En effet au début des années 2000, la natalité était encore à 2,25 et à presque 3 en 1990, et 4 en 1980. Les gens de la génération Y au Brésil sont très nombreux, mais ont beaucoup moins d'enfants à charge. Ce sont un peu les baby-boomers français des années 50-70. Cela tire la consommation vers le haut et le pays ne manque pas de main-d’œuvre pour l'emploi sous toutes ses formes. Un pays idéal en quelque sorte pour installer une production industrielle du moins sur le plan démographique. Ce lien entre la démographie et le décollage économique a déjà a été amplement étudié, je renvoie le lecteur vers les livres de Paul Bairoch sur le sujet en particulier « le Tiers-monde dans l'impasse » qui était assez pessimiste parce que les données démographiques de l'époque du livre ne donnaient pas une image optimiste de la baisse de la natalité. Mais l'analyse est toujours pertinente surtout que l'on peut voir en direct le décollage de nations comme la Chine, l'Inde et maintenant le Brésil à travers cette transition démographique.

 

Mortalité infantile

 

Intéressons-nous maintenant à l'état de santé de la population brésilienne. Comme vous le savez, il s'agit de données importantes sur l'évolution d'un pays. La dégradation de la mortalité infantile en France et aux USA indiquant une dégradation générale de la société par exemple. De la même manière, la forte chute de la mortalité infantile en Russie, indique, bien plus sûrement que les toutes les données économiques, une amélioration globale de la vie des Russes sous le grand méchant Poutine. On peut dire la même chose de l’espérance de vie. Si l'on regarde la mortalité infantile, on voit une baisse constante de celle-ci au Brésil. On voit d'ailleurs l'immense retard de ce pays pourtant culturellement occidental sur l'Europe et l'Amérique du Nord. En 1950 le Brésil avait une mortalité infantile quatre fois plus élevée que la France. On remarquera également que la Chine qui était en retard sur le Brésil le dépasse très rapidement sous Mao. Il s'agit là d'un bon point pour le régime communiste chinois. Mao Zedong est devenu en quelque sorte l'horrible monsieur de la révolution culturelle qui fut effectivement une imbécillité conduisant à un désastre. Mais quand on regarde les statistiques démographiques, on constate une belle amélioration de la mortalité infantile sous sa gouvernance. Preuve encore une fois que la réalité historique est toujours en dehors des clous des grandes idéologies simplistes qui essaient de réduire le monde à quelques paramètres arbitraires.

 

 

Pour revenir au Brésil, on constate une amélioration constante et désormais une mortalité infantile à 1,4% contre 0,4 pour la France par exemple. Le Brésil est encore loin de nous ou de la Chine qui est désormais juste au-dessus des USA avec 0,7% contre 0,6%. Il s'agit donc d'un pays toujours en retard, mais de moins en moins. Pour l'espérance de vie, on constate à peu près la même chose. Un retard chronique, mais une progression constante. Le Brésil est cependant au-dessus de la Russie aujourd'hui alors qu'il était bien en dessous en 1950. La crise de l'URSS puis le désastre des années Eltsine en Russie ont bien amoché ce pays sur le plan de l'espérance de vie même si le pays se rattrape depuis. Cependant, la Russie a également connu ces dernières années une nette amélioration de la sécurité des personnes par exemple avec une forte baisse des homicides. C'est moins vrai pour le Brésil. En effet, ce pays très criminogène a connu récemment une baisse des taux d'homicide. Mais ils restent à des niveaux extrêmement importants. L'évolution récente que certains attribuent probablement à tort au président Bolsonaro (la baisse a commencé avant son entrée en fonction), est importante de 30 homicides pour 100K habitants à 22. C'est une baisse effectivement importante même si en France par exemple ce taux est inférieur à deux pour vous donner un point de comparaison. On reste à des niveaux extrêmement élevés. Mais sur une plus longue période, on constate qu'en 1990 le taux d’homicide n'était « que » de 19 pour 100k habitants. On voit donc que la baisse récente est relative. Il est possible cependant qu'avec le vieillissement de la population et l'amélioration économique permettent de réduire drastiquement des niveaux de violence à terme. Il faut le souhaiter en tout cas. La violence de la société est quand même un grand frein au développement économique.

 

Evolution récente des homicides au Brésil

Dernier point sur la situation de la démographie brésilienne avant d'entamer les questions économiques, la spatialisation raciale. Le Brésil est un pays qui n'est pas homogène sur le plan ethnique. J'espère ne pas étonner le lecteur en disant cette quasi-lapalissade. Le Brésil est un pays qu'on dit métis, mais ce métissage mis en avant n'existerait plus depuis longtemps en réalité si les populations se métissaient réellement. En réalité, ce pays est très fragmenté sur le plan ethnique. Et si l'on peut comparer le Brésil aux USA sur ce point, il y a une différence qui est liée à une concentration des populations suivant la géographie et leur ethnie. Ainsi au nord-est, le fameux Nordeste, une forte concentration des populations métisses et d'origine africaine. Les descendants des esclaves de l'ancien empire portugais. Les blancs d'origine européenne sont eux beaucoup plus concentrés dans le sud du pays. Cette séparation spatiale des origines ethniques se retrouve aussi à l'intérieur de ces grands groupes. On trouve ainsi encore des communautés d'origine allemande immigrées depuis longtemps au Brésil, mais qui parlent encore l'allemand. Contrairement aux USA l'effet assimilation semble avoir été moins puissant au Brésil. Cette question de la séparation spatiale des communautés ethniques est importante parce qu'elle ressortira lorsque nous regarderons la situation économique du pays dans la prochaine partie.

 

 

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