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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 18:37

 

 

 

Comme nous venons d'élire un digne représentant du néolibéralisme européiste décomplexé et qu'il nous prépare avec son tuteur allemand un régime grec pour la France. Il me semblait opportun de faire un bilan sur la situation de ce pauvre pays coincé entre une extrême gauche préférant l’absence de frontière à la solidarité nationale et une construction européenne obsédées par la pratique de concepts économiques aussi erronés que néfastes. Les Grecques ne sont évidemment pas innocentes dans cette affaire, après tout ils ont élu leurs bourreaux tout comme les Français ont élu Macron. Mais même en faisant cette remarque cela ne signifie pas pour autant que cette responsabilité nous dédouane de toute analyse sérieuse. En effet, bon nombre de personnes ne comprennent tout simplement pas les effets des politiques monétaires et des choix macro-économiques. Le simple fait que même le FN veuille abandonner la question de la sortie de l'euro montre toute l'incompréhension de ces questions y compris chez les principaux partis de l'anti-système. Certes, les questions économiques peuvent sembler abstraites ou trop éloignées des préoccupations immédiates.

 

L'économie est pourtant à la politique, ce que la logistique est à la stratégie militaire. La logistique n'est pas le cœur de l'action militaire, mais elle la rend possible en pratique. Combien d'armées puissantes sont-elles tombées par la faute d'une mauvaise logistique ? Il en va de même pour les questions économiques et monétaires. Elles ne sont pas le but réel de l'action que doit mener une politique alternative, mais elles sont le moyen par lequel s'exerce cette politique. Même de Gaulle faisait de l'économie non pas par intéressement particulier sur cette question, mais bien parce qu'il avait compris tout l’intérêt de la maîtrise de ces questions dans l'intérêt général de la France. Quand de Gaulle dévalue le franc de près de 30 % en deux fois en 1958 c'était pour résoudre les questions de déséquilibre commercial français. Et il a bien fait puisque la croissance s'est améliorée tout comme la situation du commerce et de l'emploi. Entre la rente et le travail productif, le général de Gaulle choisit alors le travail productif. Nous vivons encore sur les restes de ces politiques affreusement étatistes et interventionnistes.

 

La Grèce ne fait plus de politique économique

 

La nation grecque est un exemple particulièrement parlant des effets d'une absence de liberté monétaire et économique pour un pays. Voilà une nation qui a vendu son indépendance nationale pour pouvoir faire partie de la zone euro . Les gouvernements de « gauche » qui dirige ce pays depuis la crise n'ont pas cessé de préférer l'euro à la lutte contre le chômage et la pauvreté. Ce qu'il faut bien comprendre c'est que la suppression de l'indépendance monétaire est en soi une politique. Ce n'est pas quelque chose de neutre, mais un choix va mécaniquement imposer une certaine répartition des richesses au sein d'un pays. Le grand ennemi de la rente c'est l'inflation et son corolaire la baisse du rendement des actions et des intérêts. Cette peur fondamentale de l'inflation qui a été érigée en pilier de la bonne gouvernance économique n'est pas le fruit du hasard. C'est la contre-réaction du capital et de la finance qui était naturellement rongée dans les années 70 par la baisse concomitante des gains de productivité et le ralentissement de la croissance démographique. Il leur a fallu faire peur sur la question de l'inflation pour défendre en réalité leurs intérêts.

 

Or comme l'a très bien démontré Keynes, l'inflation n'est pas du tout cette horreur que décrivent les libéraux. C'est au contraire le remède naturel qui se produit lorsque la richesse est trop concentrée. L'inflation fluidifie l'économie, elle ronge les rentes sous toutes leurs formes. Elle contrebalance la fameuse formule des taux d'intérêt composé qui tend naturellement à concentrer toutes les richesses entre quelques mains. Rappelons qu'il n'y a pas besoin de faire de marxisme pour comprendre la nature dangereuse du capitalisme. Les mathématiques suffisent puisque la formule des taux d'intérêt composé est une progression géométrique . L'utilité de l'inflation est de plus particulièrement vraie dans des pays où la gestion du personnel travailleur est difficile, là où les négociations sont mal organisées et la vie sociale relativement brutale. S'il est difficile de négocier avec ses salariés, l'inflation vient faciliter la tâche. En effet, imaginons qu'un producteur de bien ait besoin de faire baisser le prix de sa production alors qu'il vit dans un pays où la négociation salariale est difficile. Que peut-il faire ? Si les prix stagnent, c'est-à-dire si l'inflation est faible, il est coincé. Il devra se battre avec ses salariés pour obtenir généralement au mieux le statu quo. Par contre s'il y a de l'inflation, c'est-à-dire si les prix généraux sur le marché augmentent il peut essayer de moins augmenter ses prix que ses concurrents. Si l'inflation est de 5 % par an, mais que ses coûts salariaux ne sont finalement augmentés que de 2,5 %, il va pouvoir faire une baisse relative de 2,5 % par rapport au prix moyen du marché. Et cela sans avoir à demander une baisse des salaires ou même une simple stagnation. De fait, l'inflation facilite la gestion des ressources humaines et la flexibilité des entreprises.

 

Vous voyez ici la source de la différence fondamentale entre un pays comme l'Allemagne par exemple et la Grèce ou dans une moindre mesure la France. La Grèce comme la plupart des pays du sud à besoin d'inflation pour que son corps social fonctionne correctement sans quoi la société se bloque et les rentes s'accumulent encore plus vite. La compétitivité s'essouffle et l'économie périclite. La gestion à l'allemande est inconcevable dans ce type de société, il était dès lors complètement absurde de donner la même monnaie à la Grèce et à l'Allemagne. Ajoutons à cela que les contraintes géopolitiques et les risques militaires obligent ce pays à maintenir des budgets de défense pour sa propre survie ce qui rajoute à l'incompatibilité avec la gestion à l'allemande de l'économie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En regardant le taux d'inflation de l'économie grecque précédant la monnaie unique l'on voit que ce pays avait un taux naturel d'inflation très élevé. Il n'est dès lors pas très étonnant de voir que l'euro a eu des effets extrêmement mauvais pour l'emploi et la croissance dans ce pays. Mais pour les élites du pays, c'était certainement un objectif. La dépression n'est pas le résultat du hasard, mais l'effet voulu par les décisionnaires. On remarque d'ailleurs que depuis 2014 la Grèce est maintenant en déflation, la vie rêvée du rentier qui voit le coût de la production baisser pendant que ses actions et sa rente immobilière rapportent des intérêts positifs.

 

 

 

 

 

 

 

Comme on peut le voir sur le graphique précédent, le chômage en Grèce atteint des niveaux dramatiques . C'est d'autant plus grave que la population diminue comme en Espagne, les jeunes fuient un pays qui est pourtant extrêmement vieillissant. L'amélioration relative depuis 2014 tient aussi à la baisse de l'euro qui comme je l'ai signalé dans un texte récent donne un petit souffle aux pays du sud y compris à la France. Le taux de change est maintenant de 1,1$ pour un euro ce qui rend les produits grecs moins chers et permet aussi une reprise du tourisme.

 

 

 

 

 

 

Sous l'effet conjugué de la baisse de l'euro et des politiques de contrition salariale, la balance commerciale du pays s'est améliorée . Ces politiques ont encore fonctionné comme en Italie et en Espagne en attendant la France. Cette amélioration s'est faite surtout par la réduction de la demande intérieure comme dans les autres pays latins. Si l'on regarde les importations et les exportations, la situation est très nette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le niveau actuel des importations et des exportations a rejoint en valeur le niveau de 1999 il y a 18 ans de cela. La Grèce a perdu près de vingt ans de développement. Mais grâce à sa monnaie surévaluation, les rentiers locaux ont la belle vie. Encore une fois, il n'y a pas de bonne ou de mauvaise politique, il y a juste des choix qui sont faits et qui vont dans tel ou tel intérêt. Clairement, le choix de la Grèce est un choix de rentier comme en France. Peu importe que le pays soit plus pauvre, plus inégalitaire et globalement moins vivable tant que les intérêts de ceux qui dirigent sont gagnants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sur ce graphique on voit l'évolution du taux de croissance économique. Je me suis amusé à comparer avec la petite Islande qui n'a pas suivi les conseils du FMI et qui n'est pas dans l'euro. Non seulement elle a redémarré plus vite et plus fortement que la Grèce ou le Portugal, mais en plus chez elle les inégalités ont reculé.

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme vous pouvez le voir ici, la vraie rupture entre les pays qui ont une politique monétaire propre, et ceux qui ont la monnaie unique, c'est que le taux de pauvreté n'a augmenté que chez les seconds. C'est-à-dire que là où la variable d'ajustement se fait sur la monnaie et la dévaluation, la pauvreté recule. Lorsque l'on ne peut pas dévaluer et faire augmenter l'inflation, la pauvreté et le chômage augmentent. C'est très visible avec le graphique ci-dessous concernant la croissance du taux salarial horaire. On voit très bien la baisse des salaires en Grèce. Or comme on l'a vue, la Grèce n'a pas de meilleur résultat que l'Islande par exemple, c'est même l'inverse. L'Islande n'a pas baissé ses salaires, mais sa monnaie. Les effets ont été plus fort sur la reprise et en plus il n'y a pas eu d'augmentation des inégalités contrairement à la Grèce. C'est donc bien un choix entre deux solutions, l'une favorable au travail, aux salariés, l'autre favorable à la rente et à la finance.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'économie grecque n'est pas en bonne santé. Le pays connaît un appauvrissement majeur pour une partie croissante de sa population, tout ça pour éviter l'inflation et la dévaluation. Il ne s'agit pas de savoir ici s'il s'agit d'une bonne politique ou pas, mais bien de montrer quels intérêts se cachent derrière la façade la bonne gouvernance et de la gestion libérale. L'UE et l'euro sont les outils idéologiques et pratiques qui permettent la mise en oeuvre de ces politiques. C'est bien parce que la gauche pseudo-alternative aime l'euro qu’elle se permet de faire boire ce cocktail empoisonné mélangeant politique de l'offre et rigueur salariale suicidaire. La Grèce pourrait sortir de l'euro et dévaluer. Elle pourrait mettre en place une politique de réindustrialisation, un protectionnisme, etc.. Mais pour cela encore faut-il rompre avec la religion européenne. En attendant la Grèce meure à petit feu, elle fait de moins en moins d'enfants et fait partir sa jeunesse ou la paupérise. Leurs ancêtres se sont-ils battus pendant des siècles contre l'Empire ottoman pour mourir à nouveau tel Byzance en étant absorbé cette fois par un empire barbare peuplé de tyrans en costumes trois pièces? Jean Claude Juncker sera-t-il le Mehmet II de la Grèce moderne ? Dois-je rappeler le rôle néfaste des Occidentaux dans la chute de l'Empire byzantin avec la quatrième croisade.

*Les graphiques bleus proviennent de l'OCDE. Si vous les trouvez trop petits, vous pouvez les agrandir en cliquant sur le bouton droit de la souris puis en appuyant sur "Afficher l'image".

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

Marvignes 18/05/2017 14:29

Bonjour,

Je partage avec vous le fait qu'une monnaie soit une marque de souveraineté mais surtout un outil fondamental de gestion sociale et politique.

Un grand nombre de Français a montré au cours de cette élection qu' ils étaient eurosceptiques. Le gouvernement Macron veut une politique de convergence de l'économie avec l'économie Allemande pour la stabilité et le maintien de L'Euro. Si il n'obtient pas des résultats probants (chômage, déficit, dettes) l'euroscepticisme ira grandissant et sera majoritaire.
Le problème majeur de l'Euro réside dans l'équilibre de la balance des paiements. Pour qu'une monnaie unique fonctionne dans une zone économique donnée, il faut que les membres dont la balance commerciale est excédentaire donnent de l'argent aux membres dont la balance est déficitaire. Cela veut dire aujourd'hui que l' Allemagne doit verser l'équivalent de 8% de son PIB annuel vers les pays du sud (à elle le coût financier, à nous le coût social: le chômage). Lors de la seconde guerre mondiale, comme paiement de dommages de guerre l'Allemagne avait refusé de donner l'équivalent de 2% de son PIB, trouvant cela trop lourd financièrement. Je ne suis pas sur que si les conditions d'un équilibre des balances commerciales n'est pas trouvé bientôt, l Allemagne ne quitte pas la première la monnaie unique.

Yann 24/05/2017 22:54

En fait il faut bien comprendre ce que signifierait une solution par transfert. Cela transformerait les pays du Sud y compris la France en région pauvre vivant des subsides de l'état. Il y aurait entre l'Europe germanique et les pays du sud les mêmes rapports malsains qu'entre la France métropolitaine et une grande partie des DOM-TOM si vous voyez ce que je veux dire. Non seulement c'est une solution qui est peu probable à cause du refus probable de l'Allemagne, mais c'est en plus une solution absolument abominable. J'avais exprimé des idées sur la différentiation spatiale liée aux monnaies et à l'unification monétaire si cela vous intéresse.

http://lebondosage.over-blog.fr/article-les-monnaies-locales-et-la-decentralisation-74399092.html

RST 18/05/2017 09:34

"bon nombre de personnes ne comprennent tout simplement pas les effets des politiques monétaires et des choix macro-économiques."
C'est pour moi le centre du problème et ce qui me désole le plus c'est que la situation n'est pas près de s'améliorer

Yann 24/05/2017 22:46

Ne commence pas à désespérer s'il te plait. On est pas encore mort donc il y a toujours de l'espoir.

yann 17/05/2017 18:57

Je suis désolé pour le commentaire qui a été effacé. Il semble que je me sois trompé en cliquant pour effacer le doublon. Si vous pouviez le remettre. Je suis navré.