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5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 16:08

Alors que les accords avec le Mercusur d'une stupidité abyssale pour la France vont être mis en œuvre, notre bien aimé président a rappelé cette phrase extraordinaire d'anachronisme pour défendre cet accord : Nous ne sommes pas des protectionnistes . Je trouve cette phase extraordinaire à plus d'un titre . L'acharnement dans l'errance libérale est stupéfiant alors que le pays s'enfonce dans les déficits commerciaux, la désindustrialisation, et maintenant la destruction totale de son agriculture. Comme le disait Friedrich List quand il critiquait ce qu'il appelait « l'école » à savoir les doctrinaires du libéralisme et du libre-échange, un pays qui n'a plus aucune capacité de spécialisation dans le grand marché mondial libéral n'aura plus qu'à prostituer ses femmes et ses enfants. Nous y sommes presque, on commencera par vendre des bouts de territoires à droite à gauche puis l'on passera à la prostitution généralisée . Un phénomène qu'on camouflera alors avec délicatesse sous le langage feutré de la novlangue institutionnelle et que l'on arrivera même à faire passer comme un progrès. Un peu comme toutes les régressions absurdes que cette idéologie de dingue a produites depuis quarante ans dans notre pays.

 

L'on pourrait ici retoquer à monsieur Macron que nous ne sommes pas protectionnistes et que c'est justement bien ça le problème. Comme l'avait rappelé il y a quelques années Frédérique Lordon, la globalisation actuelle n'est pas un libre-échange tel que conçu par les libéraux. Ce libre-échange est une vue de l'esprit totalement déconnecté du monde réel. Les peuples ne sont pas égaux et leur diversité énorme amène naturellement au besoin d'une régulation du commerce par divers moyens. C'est une structure fortement inégalitaire contrairement à la théorie libérale. La globalisation actuelle est une structure où des nations truquent volontairement ou non en quelque sorte la mécanique du marché par de nombreuses astuces. C'est que le protectionnisme, mon cher Macron, prend de nombreuses formes, et que le protectionnisme qui vous fait horreur, celui des taxes, et des quotas, est justement le seul qui soit formel, honnête, et gournable . En réalité, vouloir rejeter le protectionnisme et la régulation du commerce, c'est faire le jeu du mercantilisme et de l'égoïsme de quelques nations dont les projets de dominations se font de moins en moins discrets à commencer par l'Allemagne et la Chine.

 

Le protectionnisme est la seule vraie solution pour la paix et la prospérité internationale

 

Comme je l'avais déjà dit dans un vieux texte, le protectionnisme prend de nombreuses formes. La première, celle qui voue aux gémonies toute personne la défendant dans le système médiatique actuel, c'est le protectionnisme formel. Celui qui est historiquement attaché à la nation. Le protectionnisme des taxes et des quotas. C'est la forme de protectionnisme la plus simple, la plus directe et la plus honnête. C'est un protectionnisme qui affirme la souveraineté de la nation et tend à réguler le commerce pour éviter la banqueroute générale et la dépendance trop grande vis-à-vis de l'étranger. Cette forme de protectionnisme est détestée par les libéraux pour qui le marché doit toujours être libre et sans entraves pour optimiser la spécialisation du travail. Peu importe que quelques pays s’écroulent pourvu que la prospérité générale soit là. Ces derniers attachent le protectionnisme formel au mercantilisme, doctrine qui consistait à asseoir le pouvoir d'une nation à travers l'excédent commercial. Sauf que le mercantilisme et le protectionnisme ce n'est pas la même chose. On en a l'exemple le plus frappant en Europe. L’Allemagne libre-échangiste sur le plan formel accumule d'énormes excédents commerciaux sans user du protectionnisme formel. En l’occurrence si demain la France où l’Italie taxait les produits allemands pour rééquilibre la balance commerciale il ne s'agirait pas de mercantilisme. Les mots ont un sens et dans le brouillard intellectuel dans lequel les libéraux font patauger la population et les hommes politiques il est à mon avis nécessaire de bien rappeler la distinction entre ces deux notions. Le protectionnisme formel est un outil dont l'objectif dépend de celui qui le manie. Le mercantilisme est une politique de puissance avec un objectif clair.

 

Mais pour revenir au protectionnisme, celui-ci prend naturellement d'autres formes. Pour rester dans le cadre de la logique des économistes la monnaie dans un régime de change flottant est une forme de politique protectionniste. Quand la Chine, le Japon ou la Corée dévaluent régulièrement pour accroître leurs excédants commerciaux on est bien dans une forme de protectionnisme doublé d'une politique mercantiliste. Quand l'Allemagne grâce à l'euro bénéficie d'une monnaie largement sous-évaluée, on est bien dans le cadre d'une forme de protectionnisme à laquelle pourtant monsieur Macron ne voit guère de problème. Il faut dire que les Français en bon libéraux qu'ils sont ne voient plus la monnaie que comme un instrument de thésaurisation de la valeur de leur bien. Ils chérissent leur avoir monétaire au point d'y sacrifier toute l'industrie et l'agriculture à savoir les biens réels de la nation.

 

Mais il y a d'autres formes de protectionnisme que ces formes structurées et politiques. Il y a par exemple le protectionnisme normatif. À travers des normes particulières, vous pouvez protéger votre marché intérieur. Les labels sont par exemple une forme de protectionnisme de ce type. Les normes peuvent être un moyen puissant pour empêcher des entreprises étrangères de concurrencer les vôtres. On pourrait parler des protectionnismes naturels par exemple la situation géographique. Le fait d'être une île continent comme l’Amérique du Nord permet de renchérir naturellement le coût des importations. C'est typiquement le genre de « protectionnisme » naturel qui n'entre en aucune façon dans les théories fumeuses du libre-échange preuve que le monde réel ne les a jamais intéressées. On pourrait parler des protections culturelles qu’est par exemple le comportement des individus qui diffèrent en fonction de la structure anthropologique dans lequel il a été éduqué. Un Japonais favorisera toujours un produit japonais même plus cher là où le français n'aura aucun remords à acheter étranger. Mettre des peuples en concurrence libre et non faussée sur le plan formel avec un comportement aussi disparate n'est-il pas absurde ? Le libre-échange est une théorie qui part du principe que les peuples n'existent pas, et qu'il n'y a que des individus qui agissent en optimisant leur consommation . Et si c'était tout simplement faux ? Que devient alors le libre-échange si ce n'est une soumission des peuples les plus individualistes, les moins socialement intégrés par les peuples les moins individualistes et les plus intégrés ? Dans ce cadre, la victoire finale de pays comme la Chine ne fait guère de doute. Je pourrais parler aussi de la langue qui est une barrière naturelle pour une nation particulièrement si votre langue est peu parlée et complexe à apprendre.

 

Puisque le libre-échange réel n'est qu'un fantasme et que le monde réel n'est qu’inégalité entre peuples et nations, seul le protectionnisme permet une réelle égalité en rétablissant l'équilibre par d'autres formes que la misère et le chômage. Il permet aux pays les moins bien lotis d'avoir au moins les moyens de subsistance locale même s'il ne s'agit pas des meilleurs du monde. Le protectionnisme permet même la liberté, la vraie, celle qui permet aux peuples de décider de la répartition des richesses internes. Le protectionnisme permet à un pays par exemple de choisir d'être plus pauvre de travailler moins, mais de prendre plus de temps pour vivre. Un choix qu'il est impossible de faire quand on vous met en concurrence avec des Chinois ou des Japonais qui travaillent 12 ou 13 heures par jour. Car Montesquieu a dit une belle bêtise avec son doux commerce. Le commerce entre les hommes n'a jamais été doux, ce fut même plutôt l'inverse. Le Japon n'a-t-il pas eu ses frontières ouvertes à coup de canonnière par les Américains avec l'amiral Perry au 19e ? La Chine s'est ouverte grâce au commerce de l'opium et de l’ignoble guerre qui porte le même nom. On ne voit pas bien ce qui était doux dans ce commerce-là. Par contre quand ce commerce doit avoir lieu il faut qu'il devienne doux. Et pour qu'il soit doux, il faut des règles d'équilibres. Le commerce des uns ne doit pas empêcher les autres de faire d'autres choix de société. Si les Chinois, les Japonais ou les Allemands rêvent d'accumuler les richesses sans fin au point même d'y jeter femmes et enfants grands bien leur fasse. Mais je ne vois pas pourquoi nous devrions nous plier à leurs desideratas. Le protectionnisme est là pour ça, pour rendre compatible des modus vivendi qui peuvent être en totale contradiction d'une nation à l'autre. Le malheur du monde moderne est de faire croire qu'il est le summum de la liberté alors qu'il a soumis tous les hommes sous la seule coutume de l’accumulation sans fin et sans but de quelques milliardaires.

 

Le doute commence-t-il à poindre ?

 

Mais finalement, le fait que monsieur Macron ait forcé le trait sur la question du protectionnisme ne révèle-t-il pas un moment de panique intellectuel ? On ne saurait mieux démontrer ici le propos d'Emmanuel Todd dans une émission récente disant à propos des élites «  ils ne savent pas où ils vont ». Et c'est bien là le problème aussi. Macron critique le protectionnisme, mais sa critique ne résulte pas d'une réflexion, mais d'un réflexe pavlovien. Il ne pense pas. Il fait tout ce que le catéchisme libéral dit de faire, et ça ne marche pas. Le pays s'effondre, les dettes enflent, le pays part en vrille. Il se dit alors qu'il n'a pas assez fait de libéralisme et accélère les « réformes » libérales cassant toujours plus la structure économique du pays réduisant une part de plus en plus grande de la population à la simple indigence. Rien ne peut mieux résumer l'action libérale que le vieux dessin animé des Shadoks, ils pompent de plus en plus vite en espérant que cela finisse par aller quelque part. Mais le fait que Macron ait souligné cela me laisse à espérer que peut-être quelque part une pointe de doute s’instille dans son esprit et dans celui qui se prétendent des élites.

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commentaires

L
Un petit article d'illustration à l'inconvénient de ne pas être protectionniste, surtout quand on est un petit pays africain, écrasé de surcroît par la propagande « bienveillante » de certaines ONG célèbres sévissant dans la sauvegarde de la planète.

http://www.entelekheia.fr/2019/07/03/la-guerre-de-lhuile/

La « connerie » -pour vous reprendre- serait-elle la chose la mieux partagée par les écolos ?
Répondre
Y
C'est effectivement une illustration de l'usage de "l'écologie" comme prétexte à différentes formes de protection commercial qui ne disent pas leur nom. Sinon il est temps également de faire comprendre aux populations que les ONG sont dans leur immense majorité des outils aux services de grands puissances ou de grands groupes économiques. Les USA sont d'ailleurs passés maitre dans l'usage des ONG pour défendre leurs intérêts économiques ou politiques en prenant comme prétexte des luttes "humanitaires" ou "démocratiques". A titre personnel je pense qu'il faudrait sérieusement réfléchir à l'interdiction pure et simple des ONG internationales sur notre sol.