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27 janvier 2011 4 27 /01 /janvier /2011 22:48

      Les chiffres du PIB britannique viennent de tomber et la Grande-Bretagne semble retomber en récession comme en 2009. Cependant il y a une grande différence avec cette période, c'est que cette fois le gouvernement britannique est en grande partie responsable de la situation, il s'est fabriqué une récession tout seul comme un grand. Comme je l'avais annoncé en Octobre dernier dans  ce texte, les dirigeants britanniques n'ont pas su profiter de l'avantage qu'ils avaient d'avoir une monnaie indépendante, contrairement à l'Irlande, la France ou l'Italie. En effet  il ne suffit pas d'avoir une autonomie monétaire encore faut-il savoir s'en servir et mettre les bonnes politiques économiques en place. A l'inverse de l'Islande dont nous avons récemment discuté la Grande-Bretagne a décidé de sauver ses banques et sa City au lieu de la puissance parasitaire britannique. Les décisions apparemment absurdes prises par le gouvernement de David Cameron s'explique bien évidement par le poids démentiel de la finance dans l'économie anglaise. En effet pour la finance les dévaluations sont un poison qui dévalue leurs avoir en £, une monnaie qui prend de la valeur c'est au contraire un bon moyen de valoriser son capital par rapport à des achats potentiels à l'étranger. A cela s'ajoute le poids des services et de l'immobilier dans l'économie britannique ce qui tend à rendre les politiques en faveur de la production nationale peu vendable aux élites locales.  Cependant le gouvernement anglais n'a pas eu le choix et la livre sterling s'est dévalué en 2008 de plus de 25% face au dollars.

 

PIBUK2010.gifComme vous pouvez le voir sur le graphique alors qu'il semblait que la croissance de la GB redémarrait en 2010, il y a eu un brusque refroidissement au quatrième trimestre . Ce dernier est probablement du à plusieurs facteurs, mais cela ne fait que préfigurer à mon humble avis ce qui se passera bientôt chez l'autre grand pays du néolibéralisme triomphant les USA. Car la-bas aussi on a pratiqué une vaste relance de l'économie, associé à un sauvetage des banques par l'endettement public, et aujourd'hui à la suite de cet enchaînement, l'on pratique une politique d'austérité pour boucher les trous laissés par le sauvetage bancaire. La Grande-Bretagne a fait exactement la même politique que les USA, elle a même dévalué sa monnaie. Malheureusement la dévaluation n'a semble-t-il pas encore permis un retour à l'équilibre de la balance des paiements même s'il y a eu une nette amélioration dans un premier temps.

 

BlancePaiementUK2010

 

 

     En effet la balance des paiements se dégrade à nouveau au quatrième trimestre alors que la valeur de la Livre Sterling reste faible face à l'euro, mais également face au dollars. Cette aggravation du déficit de la balance des paiements au moment même où l'état britannique fait des coupes sombres dans les dépenses publiques, est un mauvais signe. Cela en dit beaucoup sur la situation de l'économie Européenne en général car la Grande-Bretagne espérait probablement tirer sa croissance de ses exportations. Manque de chance cette politique n'est valable que si tout les pays ne la pratiquent pas en même temps. Or au petit jeu de la contraction de la demande intérieure et des excédents commerciaux ce sont les Allemands les plus forts. Même en dévaluant et en contractant sa demande intérieure la pauvre Grande-Bretange n'arrive pas à dégager ne serait-ce qu'une balance des paiements  à l'équilibre. Trente ans de thatchérisme  maladif ont apparemment fait des dégâts plus importants encore qu'on aurait pu l'imaginer sur le tissu industriel britannique. La dévaluation aura des effets à plus ou moins long terme l'industrie mettant du temps à relocaliser les activités, on l'oublie trop souvent les système de production mettent beaucoup de temps à changer alors que les variations monétaires sont rapides. Pour qu'une dévaluation permette une vrai relance de la production il faut que cette dévaluation se maintienne longtemps surtout dans le cas d'un pays fortement désindustrialisé comme la GB.

 

inflationUK2010.gifEt comme une mauvaise nouvelle n'arrive pas seule voilà l'inflation qui revient également, une inflation à des niveaux relativement important puisque elle atteint 3.7% en moyenne annuelle en décembre (courbe bleue claire). Comme dans le cas de l'Islande la dévaluation entraîne une hausse du prix des importations qui se répercute au finale sur l'inflation moyenne. Bien évidement à terme les produits locaux doivent théoriquement valoir moins cher et donc se substituer aux importations, mais encore faut-il qu'il y est des produits locaux et que l'industrie du pays soit encore capable de fabriquer ces produits. Cependant si l'inflation reste au niveau actuelle ce n'est pas un drame . D'autant que même si le PIB recule au quatrième trimestre la production manufacturière continue à augmenter de son coté.

 

IndiceProductionUK

  Et ce même si elle est encore loin d'avoir retrouvé son niveau d'avant crise. On notera au passage les piètres performances de l'économie britannique depuis dix ans puisque même avant crise l'indice de production manufacturier était encore au niveau de 2000. Preuve supplémentaire du caractère fantasmagorique de la croissance du modèle britannique des années 2000 qui n'était réellement qu'une bulle. En terme de production de bien réel la Grande-Bretagne a fait du surplace durant huit ans avant de s'effondrer en 2008.

 

 

 

 

 

 

 

 

La situation actuelle de la Grande-Bretagne est donc difficile, d'autant plus que cette dernière va devenir dépendante de ses importations de pétrole alors que jusqu'à présent les réserves de la mer du nord permettaient une certaine autonomie énergétique. Cependant la politique de contraction de des dépenses publiques de l'état sont pourtant une très mauvaise idée, d'abord parce qu'elle sont injustes sur le plan logique. Faire rembourser par le contribuable les errements de la grande finance est d'une ignominie sans nom, surtout si ces économies consistent à réduire encore plus le niveau scolaire britannique en triplant les frais de scolarité des universités. Cela hypothèque d'ailleurs à long terme la compétitivité scientifique et industriel du pays en éjectant tout une partie de la population de l'accès à l'instruction de haut niveau, dans un pays où l'on fait d'ailleurs moins d'études qu'ailleurs en Europe. Mais c'est surtout parce que ces économies arrivent à un bien mauvais moment, la demande extérieure ne prendra pas le relais comme le montre la dégradation de la balance des paiements britannique. En réalité la planète entière et particulièrement l'Europe, sous l'influence néfaste de l'Allemagne, sont entrée dans une course à la déflation compétitive, les uns en dévaluant leur monnaie les autres en contractant leur demande intérieure. Croire que la GB pourra tirer sa croissance par l'exportation dans un tel contexte relève de la foi plus que de la raison. Au contraire cette politique va casser la petite reprise de la production manufacturière qui n'aura pas suffisamment de débouchés pour se maintenir et qui va rapidement devoir faire face au multiples serrage de boulon effectué un peu partout sur la planète et en Europe.

 

  A cela s'ajoute les effets de l'endettement de plus en plus énorme de l'état britannique mais également des ménages britanniques qui sont plus endettés encore que leurs homologues US. La Grande-Bretagne va devoir rapidement trouver des solutions hétérodoxes à ses problèmes car elle n'aura pas d'autres possibilités. Elle devrait renoncer par exemple à ses coupes budgétaires et au contraire entamer une nouvelle relance couplée à une nouvelle dévaluation pour en atténuer les effets en matière d'importations. La dévaluation est la seule solution acceptable car il y a malheureusement peu de chance que le gouvernement de sa très gracieuse majesté ne se mette à faire du protectionnisme commercial. Dans le cadre mental britannique la dévaluation est la seul protection admissible, c'est déjà mieux qu'en France cependant, où même cela est impossible.   En continuant dans sa voie de contrition le gouvernement britannique risque de se retrouver non seulement avec un déficit encore plus grand mais en plus avec une crise sociale des plus grave. L'anglais ne fait pas souvent grève mais il peut devenir brutal si on le pousse trop dans ses limites, les étudiants anglais l'ont bien montré dernièrement.  Il serait peut-être temps que les anglais relise leur économiste historique à savoir Keynes il trouverait dans ses textes de quoi leur éviter les inévitables  déconvenues des politique de contrition en période de récession mondiale.

 

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

yann 30/01/2011 22:59



@Olaf


Il sont quand même un peu lent à la détente la désindustrialisation çà fait trente ans que cela a commencé, enfin mieux vaut tard que jamais .


@Alex


Je dois dire que je ne relis pas assez mes textes je suis un gros fainéant, j'essaierai de faire un effort.


@Jardidi


Ce n'ets pas forcement de la stupidité. PArfois c'est de l'aveuglement volontaire typiquement humain. Parfois c'est du tout simplement au fait que nos élites restent entre elles sans sortir de
leur milieu intellectuel ce qui ne favorise pas le changement. Ensuite cela vient aussi du système médiatique qui avec lavennement de la télévision est devenue totalement conservateur. La
télévision de par son poids choisi quel homme politique pourra ou non percer donc seul les hommes politiques allant dans le sens de la télévision peut s'imposer. Et comme la télévision ne fait
pas dans la réflexion, elle favorise le conservatisme intellectuel plus facile à vendre en terme de temps d'antenne. Je suis persuadé que ce média est grandement responsable du déclin de la
démocratie en occident.


@ETDAS


 Je dois dire que je suis toujours surpris devant l'acceptation des délires politiques des élites britanniques par leur peuple. Ils ont tellement fait souffrir leur propre population que je
ne sais pas comment les anglais peuvent encore respecter leur autorité nationale. Cela frise la relation sado-maso à l'échelle d'un pays.


@xavier


Il suffit de voir la situation en Islande comme je l'ai fait précédement pour voir que la dévaluation n'est pas mauvaise pour la croissance. Bien sûr nos élites européïste ont tout intérêt à
présente rles choses de façon à arranger leur petites affaires mentir est de toute façon lla seule chose permettant encore de défendre la construction européenne tant il est difficile de trouver
des avantages à celle-ci.


@laurent


Je lirais cela avec plaisir.


 


 



olaf 30/01/2011 21:42



Certains de l'UMP commencent à réagir devant la désindustrialisation française :


http://lecercle.lesechos.fr/node/33012



xavier 30/01/2011 18:45



Texte très intéressant, à l'heure où nombreuses voix profitent de l'annonce du mauvais chiffre de croissance anglaise pour accuser la dévaluation de la Livre d'en être responsable.



Laurent Pinsolle 29/01/2011 20:34



Très bon papier. J'allais en faire un sur le sujet, mais je vais changer d'angle et mettre le tien en lien.



ETDAS 29/01/2011 10:32



Bonjour Yann.


Un remarquable article comme souvent.


Un affaiblissement qui confirme une longue descente aux enfers, je suis toujours fasciné par cette évolution mortifère des fondamentaux de l'économie physique britanique, je pense, pour l'avoir
un peu étudié, que la situation de l'automobile au RU constitue le pire exemple de ce qu'il ne faut pas faire en matière industrielle.


Ceci étant dit et sans acrimonie pour les Britaniques j'espère y voir une ouverture pour la récupération des Malvinas...


Las Malvinas fueran, son y seran argentinas.


Saludos del Atlantico sur.