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17 octobre 2011 1 17 /10 /octobre /2011 21:45

images.jpegLes primaires socialistes n'auront finalement pas eu les effets escomptés par certains alternatifs. Certes, le score d'Arnaud Montebourg fut relativement élevé eu égard aux prévisions qui avaient été faites. Cependant, il est tout à fait évident que cette surprise ne changera pas vraiment la ligne du parti, le choix pour les socialistes se résumait au final à l'affrontement entre deux candidats tout aussi libéraux l'un que l'autre. La victoire de Hollande ne faisant que confirme le peu qu'il y a à attendre du PS. Il semble d'ailleurs que Montebourg se soit résigné à faire un choix, celui de Hollande montrant ainsi qu'il n'est probablement pas prêt à entrer en rupture avec son parti. Pourtant cette rupture devrait être évidente pour toute personne ayant un brin d'honnêteté intellectuelle. En effet, comment continuer à parler de démondialisation tout en restant membre d'un parti ouvertement libéral et libre-échangiste ? Et pire que cela. En appelant à voter pour Hollande et en faisant ainsi croire qu'il y aurait un réel choix à faire, en dehors d'un choix de personnalité. Montebourg trahit ici en partie ses électeurs. À la suite de Nicolas Dupont Aignan, on ne peut que l'inviter à prendre ses responsabilités de citoyen et d'homme politique en quittant le PS purement et simplement.  



hollande sarkozyFrançois Hollande c'est tout de même le personnage qui a affirmé devant Emmanuel Todd à la télévision que son rôle n'était pas de défendre les intérêts des Français. Cachant derrière une fausse solidarité avec le tiers-monde un absolu désintérêt pour l'évolution de la qualité de vie de ses compatriotes. C'est le même François Hollande qui trouve normal le fait que l'état emprunte sur les marchés financiers et qui trouve que l'inflation c'est le mal absolu. François Hollande n'est ainsi pas vraiment éloigné d'un Alain Minc ou d'un Madelin. Mais est-ce si surprenant? Ils viennent tous du même milieu. On se rappelle encore la photographie où Hollande et Sarkozy étaient assis côte à côte tels deux vieux amis. C'est aussi le même Hollande qui trouve normales les délocalisations au nom du développement de la Chine, comme si cette dernière avait besoin de notre pauvre marché de 60 millions de personnes pour vendre ses produits. Un vrai socialiste ne devrait-il pas plutôt demander au chinois d'augmenter les salaires de leurs ouvriers plutôt que de demander aux plus pauvres des Français d'aller au chômage pour que les Chinois travaillent?

 

 

Un PS prisonnier de sa classe sociale

 

En vérité, le PS n'est qu'un parti de notables bien installés, un fervent représentant de la classe moyenne aisée pleine de bons sentiments tant que la crise, le chômage et l'immigration restent des problèmes éloignés de ses préoccupations quotidiennes. Un véritable repère de cosmopolites comme les décrivait si bien Jean Jacques Rousseau par sa célèbre phrase « Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leurs livres des devoirs qu'ils dédaignent de remplir autour d'eux ». Heureusement pour nous le PS a une base électorale qui ne peut que se rétrécir avec la crise. C'est d'ailleurs un phénomène qui se cumule avec le vieillissement, lui aussi inéluctable, de l'électorat PS. Le gros des électeurs français ne voit plus le chômage et la mondialisation comme des choses bénéfiques ou lointaines. Le sondage sur le protectionnisme que nous avions vu il y a quelque temps avait d'ailleurs montré le décalage monstrueux qu'il peut y avoir aujourd'hui entre les aspirations réelles de la population et les propositions faites par les partis politiques. Et ce n'est pas le score de Montebourg qui changera quelque chose à cette situation. En effet on pourrait très bien dire du score de Montebourg qu'il montre le déclin accéléré des alternatifs au sein du PS et la victoire absolue de l'establishment. Les primaires ayant été ouvertes à tout le monde, on peut aussi s'inquiéter du fait que même les alternatifs extérieurs aux PS ne sont pas allés voter. Probablement parce qu'ils pensent impossible le changement dans ce parti de notables. Et l'on peut toujours rêver à une plus grande influence de l'aile gauche du parti, le fait est qu'elle ne pèse pas grand-chose et qu'elle est plutôt sur le déclin. À dire vrai le PS tout comme son cousin libéral de droite l'UMP sont des partis qui bénéficient du conservatisme électoral que produit la domination médiatique sur le paysage politique français depuis quarante ans.

 

Une domination médiatique dont on n’a guère de peine à imaginer qu'elle est nuisible vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie. Je l'ai dit à de nombreuses reprises sur ce blog que la démocratie a des conditions pour fonctionner à peu près correctement. Et cela en supposant que le système d'élection des représentants puisse être considéré comme réellement démocratique. Mais il s'agit ici d'un autre débat. En premier lieu, il faut que les citoyens octroient du temps à la chose politique et à la vie de la cité. Cela suppose un certain sens du civisme et une réelle implication dans la vie politique du pays ne serait ce qu'en suivant une peut les débats et les différents courants d'idées qui traversent le champ électoral. On le voit dans une société où la vie est de plus en plus difficile, une société où le maigre temps libre que l'on a se concentre essentiellement sur le divertissement et la consommation de masse. La qualité des idées politiques que se font nos citoyens ne peut être qu'en baisse. Autre point, une démocratie nécessite une totale information des citoyens sur les sujets importants , or, l'inféodation de notre système d'information rend cet objectif totalement hors de portée. On peut donc légitimement se dire qu'entre la sous-information des électeurs et la passivité de ces derniers il y a peu de chance pour que de réelles alternatives se fassent jour dans notre pays. On le voit d'ailleurs aussi en Espagne ou en Grèce où malgré la crise, l'euro reste génial, et l'Europe une condition essentielle de la prospérité. Alors même que tout démontre le contraire.

 

L'évolution se fera probablement sans les politiques

 

De fait, la situation nationale reste et restera encore longtemps bloquée, car politiquement il est tout simplement impossible aux idées alternatives de monter au pouvoir. Nous allons vers un lent pourrissement social et politique. Et peut-être à plus long terme vers des dislocations territoriales, celles-ci ont d'ailleurs déjà commencé puisque l'éclatement sociologique et maintenant ethnique et religieux fait de plus en plus ressembler la France à une future Yougoslavie. Puisque le centre du pouvoir n'agit plus en France où ailleurs en Europe ce sont les évènements qui vont décider à la place des politiques. On a beaucoup dit que l'éclatement de l'euro était une certitude, c'est sous-estimer en fait quelque peu le conservatisme et le vieillissement des sociétés européennes. Le fait est que rien ne se passe et que l'euro pourrait très bien continuer à exister tout en poussant le continent vers une misère totale. Après tout le franc CFA est tout aussi aberrant que l'euro d'un point de vue monétaire. Pourtant les nations africaines continuent à l'utiliser, probablement les élites locales ne voient elles dans une devise forte que les avantages à court terme pour leurs propres besoins en ignorant totalement le développement de la production locale. Il en va de même en France et en Europe puisque maintenant les élites montrent un désintérêt total pour le chômage de masse, la précarité et la baisse du niveau de vie local tant qu'elles peuvent acheter tout ce dont elles ont besoin pour maintenir leur train de vie.



Cependant, nous atteignons ici les limites de ce qui est prévisible en réalité, c'est notre tempérament en général qui nous dicte la vision de l'avenir, les faits ne pouvant nous éclairer. Nous nous laissons souvent aveugler par nos propres désirs, moi y compris. Il faudrait effectivement que l'Europe passe à la monnaie commune ou que la France sorte de l'euro. Il faudrait que nos élites mettent en place des protections douanières et rétablissent une véritable concurrence entre « égaux », sans quoi celle-ci se résume à un massacre. Mais pour faire cela, il faudrait déjà que des politiques portant ce message arrivent au pouvoir, or, rien ne se passe. L'élection de 2012 est partie pour être une répétition de 2007 avec Hollande dans le rôle de Sarkozy. Certains comme mon collègue blogueur Laurent Pinsolle y voient comme les prémisses d'un futur réveil des Français. Ces derniers voyant comment le PS lui aussi plongera le pays dans l'austérité, ils finiront bien par se tourner vers les alternatives. Certes pourquoi pas? Mais franchement depuis combien de temps l'austérité est-elle pratiquée en France? Déjà en 1984 on parlait d'austérité. Est-ce que pour autant les électeurs on mit des gens au pouvoir en réaction à cela? On peut véritablement se demander aujourd'hui si les urnes sont une solution. Le système électoral est totalement bloqué. On peut faire l'apologie de De Gaulle en 58 sauf que ce dernier avait une image derrière lui et qu'il y avait le contexte de la guerre d'Algérie pour le porter au pouvoir en dehors du système politique français classique. Sans ces conditions, les ploutocrates d'alors se seraient maintenus au pouvoir. Il est peut-être temps de reconnaître que c'est notre système pseudodémocratique qui est en cause au-delà de la simple question des personnes. Notre régime politique empêche toute transformation des politiques économiques, il est ultra conservateur. D'une façon probablement bien plus efficace que tous les régimes dictatoriaux, car dans ce système les gens pensent influencer par leur vote le système politique alors qu'en fait rien ne se passe. On peut encore espérer cependant que nos voisins et particulièrement l'Allemagne mettent eux-mêmes fin à l'euro et sauvent par inadvertance la société française prisonnière de ses rigidités politiques internes.





 

 

 

 

 

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Published by Yann - dans politique
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commentaires

JLS 23/10/2011 20:33



"Heureusement pour nous le PS a une base électorale qui ne peut que se rétrécir avec la crise."


Je ne serais pas aussi optimiste le PS n'a plusvbesoinvdes pauvres ou des ouvriers qui n'ont d'ailleurs jamis voter pour lui.


Fondamentalement le PS c'est les fonctionnaires catégories A et B.


La droit c'est les retraités.


Les 2 grands partis politiques n'ont quasisment pas besoin des classes moyennes et populaires du secteur privé.


D'ou la très faible sensibilité à la mondialisation néo libérale.


 



PERA JEAN 23/10/2011 11:08



Il est clair que notre démocratie a atteint ses limites. Aucune alternative n'est possible sans un clash économique et social  qui propulsera un homme providentiel sur le devant de la scène
médiatique, qui en fera alors le sauveur de la France;


le conservatisme naturel des français, n'a aucune raison aujourd'hui ou la crise est essentiellement dans les médias mais pas encore dans le quotidien des français, de changer la nomenclatura ump
socialiste  au pouvoir



J-Frédéric C 20/10/2011 06:08



J-Claude Michéa ,qu'il m'excuse ,ce n'est pas un évangéliste!



J-Frédéric C 19/10/2011 17:33



Bonjour Yann,


Un excellent papier,comme d'habitude,je me permet par ailleurs, de vous signaler le dernier livre de J-Luc Michéa,remarquable (et ceci sans publicité abusive),qui poursuit ce qui s'affirme comme
une véritable oeuvre de lucidité .C'est un texte qui permet de compléter la perspective, pour donner une vision complémentaire à nombre des faits et des phénomènes que vous analysez avec brio.Car
comme vous le soulignez souvent,l'économie c'est aussi PLUS et autre chose que de l'économie.


"LE COMPLEXE D'ORPHÈE"


"La gauche,les gens ordinaires et la religion du progrès."


Editions Climats 2011



Emmanuel B 19/10/2011 15:14



Votre pessimisme est assez étrange au moment où la situation est précisément en train de basculer.


 


Seriez-vous superstitieux?


 


Plus sérieusement, je trouve, comme chez Laurent Pinsolle, que votre critique du positionnement de second tour de Montebourg n'est pas exempte d'un peu de mauvaise foi. Son pari est de faire
basculer les choses de l'intérieur. On a tout à fait le droit de penser que cette stratégie n'est pas et ne sera pas opérante, mais il faut bien admettre qu'elle est parfaitement cohérente et
dans l'exacte continuité des engagements qu'il avait pris avant la primaire.


 


D'autre part, la stratégie de rupture que vous conseillez n'a pas eu de résultats si probants jusque-là pour qu'on la considère comme la seule voie possible. Je me demande si elle ne correspond
pas d'une certaine manière à une forme de purisme dont l'obsession pourrait s'énoncer ainsi : peu importe que nos idées ne gagnent jamais pourvu qu'elles ne se mêlent pas avec celles d'affreux
libre-échangistes.


 


Pour ma part, je considère que les deux démarches sont complémentaires. Et que le tir croisé qu'elles permettent porte enfin ses fruits.