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5 février 2010 5 05 /02 /février /2010 21:45

euro-dollar.jpgIl n'échappe à personne s'intéressant un minimum à l'actualité que l'euro semble plongé dans la tourmente, et ce, pour la simple raison que plusieurs de ces membres semblent ne plus être dans la capacité d'éponger une dette qui s'est cumulé pendant la crise financière. On cite régulièrement les pays dits du club MED Grèce, Espagne, Portugal cela même d'ailleurs, qui étaient encensés il y a peu pour leur incroyable vitalité en matière de « réformes » néolibérales.

 

    Les conséquences des difficultés de ces pays se traduisent donc par la dégradation de la valeur de l'euro, reflétant l'inquiétude du marché quant à l'avenir de cette monnaie. Pour une fois le marché a raison de s'inquiéter, même si cette inquiétude se transforme en attaque spéculative monétaire visant à gagner de l'argent en pariant sur l'effondrement de nations entières. Le cynisme est malheureusement une vertu pour les boursicoteurs, on ne peut d'ailleurs pas leur en vouloir, ce n'est pas eux qui finalement se sont mis tout seul au centre de la gestion de l'économie planétaire, mais bien les politiques. Quelle est le plus fou des deux, le boursicoteur naturellement fou et égocentrique, ou le politique qui sait qu'ils sont fou, mais qui les place quand même au centre de la gestion économique mondiale?

 

Quoiqu'il en soit nos médias claironnent déjà bruyamment, attention l'euro baisse c'est horrible. Raisonnant de manière simpliste en octroyant à la monnaie une description verbale visant à faire entrer dans les têtes que décidément l'euro s'affaiblit. Monnaie faible, monnaie forte la description en elle même porte un jugement sur les politiques nécessaires à mener. En effet qui voudrait d'une monnaie faible? Les monnaies faibles c'est pour les pays faibles, les monnaies fortes pour les pays forts, non? C'est ainsi que la plupart des gens, peu au fait des raisonnements économiques, voient les choses, et c'est précisément pour çà que les économistes monétaristes ont usé et abusé de ces termes.

 

Une monnaie n'est pas forte ou faible dans l'absolue, dire cela n'a en fait aucun sens. La monnaie doit être adapté à la situation macroéconomique du pays et particulièrement à sa balance commerciale et à son tissu industriel.

 

La théorie quantitative de la monnaie

 

La théorie quantitative de la monnaie est relativement simple à comprendre, elle consiste simplement à décrire l'évolution de la quantité de monnaie demandé par le marché. Plus une monnaie est demandé plus sa valeur va s'accroitre et inversement c'est simplement le principe de l'offre et de la demande appliqué aux monnaies. Le lien avec le commerce extérieur est alors évident, plus un pays voit ses produits demandés à l'étranger plus les étrangers demanderont de la monnaie de ce même pays. Ainsi un pays fortement excédentaire connaitra une monté progressive de ses réserves monétaires. A l'inverse un pays qui consomme plus qu'il ne produit verra dans cette logique sa monnaie se déprécier par rapport à la monnaie des pays avec qui il a ses déficits.

 

En résumé une dévaluation monétaire correspond à une mise en place de droit de douanes couplé à une subvention à l'exportation, l'effet sur le commerce est alors évident réduction des importations augmentation des exportations. Une réévaluation correspond au contraire à une baisse des droits de douanes et à une subvention à l'importation.

 

Le système de change flottant.

 

De cette apparente logique imparable est né le système des changes flottants dans les années 70 à la suite du décrochage de l'or et du dollars en 1971 par le président Nixon. En effet avant cette date les changes étaient fixes et le dollars était « as good as gold », de la fin de la seconde guerre mondiale à cette date tout possesseur de dollars pouvait théoriquement l'échanger contre de l'or ce que fit d'ailleurs le général De Gaulle avec les réserves monétaire de la France. Ce système explosa avec la guerre du Vietnam et l'explosion du déficit commercial américain ces derniers devant dévaluer pour maintenir leur balance commerciale. Depuis nous vivons avec comme monnaie de référence le dollars et comme pseudo-système d'organisation le régime de change flottant.

 

 

Le système de change flottant consiste à dire que puisque une monnaie se dévalue lorsqu'il y a déficit commercial cela revient, pour le pays toucher, à favoriser les productions locales contre les importations. A l'inverse les pays qui possèdent des excédents vont voir la valeur des marchandises s'élever, ce qui va nuire à leurs exportations. En théorie et, malheureusement, seulement en théorie, les balances commerciales s'équilibreront naturellement si on laisse faire le marché au bout d'un certain temps les balances commerciales devraient s'équilibrer.

 

Il y a plusieurs problèmes qui vont se poser à ce système, et dans les faits on sait que les balances des pays du monde entier ne sont pas en équilibres, certaines le sont, mais il y a bien des gros exportateurs permanent d'un coté et de l'autre des déficitaire permanents (l'existence des uns étant nécessaire à l'existence des autres puisque l'addition de toute les balances commerciales sera égale à zéro). La crise que nous connaissons à l'heure actuelle n'est que l'énième bug que produit un système monétaire naturellement déséquilibré. On peut ainsi énumérer quelques problèmes pratiques au change flottant:

 

1-Tout les pays du monde n'ont pas de monnaie en change flottant. On pense immédiatement à la Chine qui a une parité fixe et décrété par l'état. Les chinois ont rigoureusement suivi la valeur du dollars ces vingts dernières années que le dollars descende par rapport à l'euro et le yuan descendra également et ce, quelque soit la balance commerciale entre la zone euro et la Chine.

 

2-Les banques centrales des pays excédentaires manipulent les valeurs monétaires mondiales. Je parle ici des pays qui sont en régime de change flottant, mais qui usent de leurs réserves monétaires pour favoriser leurs exportations. On peut penser ici au Japon par exemple qui a maintenu longtemps le yen en sous-évaluation pour favoriser ses exportations.

 

3-Il y a de nombreux acteurs externes aux états qui manipulent les monnaies de façon volontaire ou non, dans des mécanismes de spéculation qui n'ont aucun rapport avec les balances commerciales des pays concernés. L'exemple type fut le mécanisme du yen carry trade qui consistait à emprunter en yen parce que les taux d'intérêt de la banque centrale du Japon était nul, pour ensuite revendre sur les marchés avec des taux plus élevés. Il s'en ait suivi une variation de la monnaie japonaise qui n'avait plus rien avoir avec la balance commerciale du pays. Ces phénomène spéculatif casse complètement le principe même du change flottant.

 

4-Le rôle du dollars permet aux USA, du moins jusqu'à présent, d'exporter ses problèmes macroéconomiques vers les nations du reste du monde. Comme la plupart des pays sont obligés d'avoir des dollars pour payer le pétrole ou pour acheté de gros biens comme des avions, les pays du monde sont obliger de sans arrêt de couvrir la dette extérieure US pour éviter un effondrement du dollars. C'est une contraire conventionnel qui nuit gravement au bon fonctionnement de l'économie mondiale et permet aux USA leur délires militaires. Cette mécanique même, condamne le bon fonctionnement du change flottant en favorisant les USA et en leur permettant d'emprunter à l'infinie à l'étranger. Bien sure cette mécanique ne sera pas éternelle et on sent poindre une catastrophe le jour où cette avantage disparaitra, peut-être avec la futur dégradation de la note sur la qualité de la dette US qui sait.

 

  5-La libre-circulation des capitaux entraine des effets pervers sur les valeurs monétaires. La logique du système des changes flottant n'est fonctionnel que si l'on échange que des marchandises, à la rigueur, on peut imaginer que les capitaux d'investissement direct soient aussi une forme d'échange commercial qui rentre dans cette logique. Mais les fuites de capitaux pour des raisons fiscales, par exemple, sont contraire au mécanisme du change flottant et entraine d'ailleurs le phénomène bien connu de concurrence fiscale avec toute les conséquences négatives que cela peut avoir.

 

Pour toute ces raisons le système de change flottant est une aberration ou plutôt un système qui au lieu d'organiser, désorganise, une machine énorme à créer du chaos monétaire avec en plus le libre-échange douanier qui vient accroitre ses effets pervers. Il ne faut pas s'étonner de la situation actuelle.

 

Alors nous sommes aujourd'hui dans ce système de change flottant, soit une anarchie monétaire planétaire avec en son cœur un trou noir monétaire appelé USA. Dans ce cadre la politique monétaire est très importante et les européens ont été bien sot de croire que leur ligne Maginot, appelée euro, pourrait les protéger. On ne peut imaginer un système de change fixe que si tout les partenaires avec qui vous commercez ont également un change fixe. L'euro n'aurait eut de sens que si l'Europe avaient décider de se développé seule dans son coin. Il faudrait alors que l'Europe accepte le fameux protectionnisme européen de Jacques Sapir , ou Emmanuel Todd. Sans cela il est évident que les pressions externes vont faire exploser la zone euro. C'est le pari actuel des boursicoteurs compulsifs.

 

La dévaluation, monnaie faible une catastrophe ou pas?

 

Alors en sachant tout çà et en revenant tout de même sur le sujet de base que peut-on dire sur ce qu'est une bonne monnaie. Tout dépend des intérêts que vous défendez. Si vous êtes un rentier et que vous achetez énormément de produits importés vous avez intérêt à ce que la monnaie de votre pays s'apprécie. A l'inverse si vous êtes un industriel ou un salarié de l'industrie vous avez tout intérêt à ce que votre monnaie se déprécie.

 

Bien sure tout dépend de la quantité d'objet et de services étrangers vous consommez, plus vous consommez locale et moins une dévaluation impactera sur votre niveau de vie. La question est donc plus difficile qu'il n'y paraît, en fait le problème est insoluble sur le court terme. Les avantages ou les inconvénients d'une dévaluation peuvent être positif ou négatif suivant une multitude de facteur. La seule question que l'on doit se poser c'est qu'est ce qui est prioritaire pour votre pays? Si c'est l'emploi alors il faut faire des politiques de plein emplois, ces dernières nécessites souvent des plans de relances. Cela signifie alors qu'il faut faire en sorte que la relance touche surtout les industriels locaux (voir ici). Donc une politique de relance doit nécessairement être accompagné d'une dévaluation compétitive bien sure je parle ici dans le cadre actuelle de l'économie mondiale.

 

Certains objecterons que les dévaluations renchériront aussi le prix des matière premières auquel il n'y a pas de substitue local à court terme, c'est vrai, mais je signales qu'un jour ou l'autre nous devrons nous passer de pétrole. Avoir des prix pour les matières premières plus élevés peut finalement orienter à long terme vers une meilleur utilisation de l'énergie, et vers les énergie alternatives. Du reste un pays comme la Chine investit massivement dans les technologies écologiques justement parce qu'elle paye très cher son pétrole.

 

Quoiqu'il en soit dans la structure de l'économie mondiale actuelle les pays gagnants sont ceux qui sous-évalues leur monnaie et non l'inverse. On ne peut qu'espérer qu'un jour un nouveau système monétaire plus juste sera mis en place, mais cette objectif ne doit pas nous faire oublier le présent. L'Europe est la seule région du monde à laisser flotter sa monnaie au grès du marché sans vraiment se soucier de la valeur de l'euro, son industrie prend des coups violents et elle est maintenant la cible des spéculateurs. Si les européens veulent sauver cette monnaie il serait plus que temps de réagir.

 

   Pour finir ce petit texte sur la monnaie je ne pouvais que mettre la conférence du Général De Gaulle de 1965 sur l'étalon or et le dollar, problème dont je n'ai pas parlé profondément ici, mais qui est intimement lié à la crise mondiale et aux systèmes des changes flottants.

 

 


De Gaulle échange les dollars contre l'or

 

 

 

 

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Published by Yann - dans économie
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commentaires

maryline 26/09/2010 19:22



Article très intéressant, analyse et références pertinentes, mais article également bourré de fautes d'orthographe...



xavier 08/02/2010 13:34


encore un très bon article. merci


RST 07/02/2010 13:16


@ Yann
Je suis d'accord avec toi que monnaie forte ou monnaie faible ne veut pas dire grand chose dans l'absolu et que l'intérêt de l'une ou de l'autre dépend es circonstances et des objectifs
poursuivis.
J'en avais parlé ici en m'appuyant sur le livre de D.Plihon:
http://ecodemystificateur.blog.free.fr/index.php?post/2009/11/03/Quelle-politique-de-taux-de-change-pour-d%C3%A9sintoxiquer-l%E2%80%99Euro%2C-monnaie-dop%C3%A9e-aux-st%C3%A9ro%C3%AFdes