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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 20:26

maison-de-retraite.jpgEn ce temps de discours sur les retraites et sur la problématique soulevée par les mécanismes de financement de ce dernier, je tenais à sortir un peu de l'économisme pour parler du monde réel, du rapport que nous entretenons avec nos vieux et avec le vieillissement en général. Il se trouve que cet après midi j'ai accompagné ma mère pour voir ma grand-mère dans sa nouvelle demeure, une maison de retraite, ma mère n'avais pas le courage d'y aller seul et je devais bien cela à ma chère grand-mère. Elle fut pourtant  longtemps  autonome, il y a encore quelques années elle arrivait très bien à se débrouiller seule. Jusqu'à ce que l'on s'aperçoive vers ses 78 ans qu'elle était frappé d'un Alzheimer. Il faut voir à quelle vitesse une personne touché par ce mal dépéri, c'est absolument terrifiant. Ma visite à la maison de retraite fut un choc, véritablement. Un choc émotionnel de voir une personne très proche ne plus avoir aucune autonomie, le choc également de voir ces personnes installés dans ce qu'il faut bien appeler un véritable mouroir.

 

  La maison de retraite est loin du centre ville de Montpellier, éloignée ainsi  des yeux, elle caricature  la peur  que la société moderne a de la mort. Ma grand-mère n'est pas à plaindre, elle a  eu de nombreux enfants, 5 filles et un garçon et sera entouré de sa famille autant que possible. Mais lorsque l'on voit des personnes aussi dépendantes, on comprend mieux les difficultés qui se dressent face aux nations vieillissantes. Ma grand mère a eu six enfants, mais chacune de ses filles n'ont eu que deux enfants,  mon oncle , handicapé, n'en a pas eu. On imagine déjà pour chacun des petits enfants l'augmentation des contraintes liés au futur vieillissement des ex-babyboomers, la génération de ma mère. En effet mon frère et moi  ne seront que deux pour l'aider si besoin est. On imagine aisément les problèmes qui arriveront dans des pays ou la natalité est inférieure à deux et que l'on ne raconte pas de bêtises sur la hausse de la productivité. Je vois mal en effet en quoi nous pourrions faire des gains de productivité dans ce domaine, et ce même en imaginant des robots sophistiqués. D'ailleurs à l'heure actuelle malgré une démographie relativement correcte, la France ne s'occupe déjà pas  bien des gens en fin de vie alors dans vingt ans, je n'ose imaginer le désastre. Cette question va bien au-delà des retraites elle touche à l'organisation familiale à la dé-responsabilisation à l'intérieure même des familles.

 

  Les modernes se défaussent sur l'état et la collectivité de toutes leurs obligations, de tout ce qui les gênent immédiatement. La solidarité directe, fondée sur l'action individuelle et les devoirs familiaux, nous l'avons remplacé par la délégation collective, plus économique en temps, même si couteuse en argent. Le résultat nous le voyons, des hospices pour vieux sans amour réel, malgré un grand volontarisme des infirmières, elles ne peuvent remplacer les liens familiaux. On laisse nos vieux là, tout seul, dans ces endroits pour futur mort, et certains vont jusqu'à les oublier, littéralement. Et cela renvoie en miroir l'image de l'éducation que nous donnons aux enfants, là aussi on délègue. L'instituteur qui n'était là à l'origine que pour transmettre des savoirs est devenu un père ou une mère de substitution charger de fournir l'éducation que les parents ne prennent plus le temps de donner. La focalisation  sur la production de richesse, la production économique, la consommation, et la sustentation du marché a laissé derrière  lui un désert affectif et humain. Un vaste champ de consommateurs tristes qui essaient d'oublier qu'un jour il faudra mourir et que peut-être ce que nous passons notre temps à faire n'est finalement pas si essentiel. Notre époque est en réalité celle qui perd du temps soit disant pour en gagner. Nous passons de plus en plus nos vies à ne pas vivre. De l'efficacité il n'y en a plus pour qui ne voit dans la vie qu'une succession de consommation et de jouissance instantanée. Je crains que nous ne fassions guère de beaux vieux au final, aigri et seul au milieu de nos tas d'ordures accumulés qui servent tant à nous distraire dans le présent.

 

  Ma grand-mère a pleuré dans mes bras cet après midi et là je n'ai plus envie d'écrire, j'ai honte et je suis triste. Je n'ai pas les moyens de m'occuper d'elle alors qu'elle en aurait tant besoin, j'ai déjà beaucoup de mal à m'occuper de moi même à vrai dire. Alors la question des retraites au final ne devrait elle pas aussi concerner notre organisation familiale? Doit-on seulement parler des personnes âgés par l'intermédiaire économique? Si le système des retraites est sauvé, pensez vous vraiment que nous aurons pour autant résolu le problème du vieillissement et de la solitude que cela engendre? Est-ce que finalement ce problème est seulement économique? Voila ce soir les questions que je me pose,et pour une fois je me tais car je n'ai pas de réponse.

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Published by Yann - dans démographie
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commentaires

jean 21/10/2010 22:18



Il  ne faudrait pas non plus idéaliser les sociétés traditionnelles: parmi ces dernières, certaines réglaient le "problème" de la vieillesse par son élimination physique. Dans de nombreuses
régions de monde, il y a encore à chaque disettes des chasses aux sorcières qui bizarrement se trouvent être des personnes dépendantes.



red2 16/10/2010 18:23



Tres bel article.


Par contre j'emmétrais une remarque non sur le diagnostic mais plus sur les causes évoquées, ce n'est pas simplement l'organisation de nos familles et la montée de l'individualisme qui pose pb
c'est aussi l'organisation économique de la société dans son ensemble et ce culte de l'individu mobile et sans attaches familiales et territoriales.


Je suis du sud ouest et mes activités professionnelles m'ont amené en Bretagne puis en Normandie, mon frère termine ses études sur Paris, comment s'occuper de ses vieux et voir sa famille dans
ces conditions? C'est cette apologie de la mobilité des travailleurs qui pose aussi problème. Pourquoi remplir ma bonne ville de Toulouse de Parisiens et forcer les Toulousains de souches a
s'exporter loin des leurs et de leurs racines occitanes?


Bref en clair je pense que certaines valeurs familiales existent encore toujours et sont encore fortes dans beaucoup de milieux seulement la distance et l'organisation du travail (travail le
dimanche par exemple, 3-8...) ne permet plus leurs mise en place.



yann 16/10/2010 16:49



@RST Simplet


Ce n'est pas simplement l'Afrique en fait toute les sociétés traditionnelles avait une façon de vivre la mort plus civilisé que la notre. Il reste quand même quelques familles pratiquant encore
une bonne solidarité même en France. Le mode de vie moderne tend à séparer les individus pour maximiser la consommation, l'éclatement des familles en est l'effet secondaire. Le couple lui même
semble être en voie d'extinction vue l'explosion du nombre de célibataire. Nous devenons de plus en plus une société d'individus complètement isolés comme les spaciens dans l'œuvre d'Asimov . Il
faudra d'ailleurs que je fasse un texte sur le lien entre la croissance de la consommation et l'individualisme. Mais cette évolution n'est pas propre à l'occident puisque des nations avancées
comme le Japon ou la Corée sont dans le même état, si ce n'est pire dans le cas du Japon. Je crains qu'à long terme toute la planète ne finisse par faire comme nous.



simplet 16/10/2010 14:58



Se foutre sur la gueule entre tribus: et chez nous?


Ils ne se foutent pas sur la gueule dans la tribu.


Leur système social au village, c'est comment?


Quand on va en Afrique une fois ou l'autre, on ne la ramène pas en disant qu'on connaît!


N'oubliez jamais l'adage:


Je pars en Afrique la première fois, je suis négrophile, j'en reviens et j'y retourne une seconde fois, je suis négrophobe, j'en reviens encore et j'y retourne la troisième fois ou plus: je suis
négrojuste!



RST 16/10/2010 14:12



@ Simplet


 « Les africains ont beaucoup à nous apprendre dans ce domaine »Comme quoi par exemple ? Comment se foutre sur la gueule entre tribus ?


Je précise que j’ai eu l’occasion d’aller récemment au Nigéria et en Angola et que, sans prétendre être devenu, en si peu de temps, un spécialiste des questions africaines, j’ai plus vu dans ces
pays ce qu’il ne fallait pas faire que le contraire.


Les pays du Moyen Orient ont aussi la réputation d’avoir un esprit de famille plus développé mais j’ai constaté que le monde moderne et ses inégalités croissantes, entraînent des changements de
comportement qui font que les solidarités ont tendance à se défaire.