Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 14:05

Je ne fais que transmettre l'information au sujet de cette conférence. Pour des raisons personnelles il me sera malheureusement impossible d'y aller, mais pour ceux qui le peuvent:


Conférence de presse "Les Français, le protectionnisme et le libre-échange"

 

A l'occasion de la sortie du sondage IFOP sur le protectionnisme, commandé par l'association "Manifeste pour un débat sur le libre-échange", une conférence de presse se tiendra le jeudi 16 juin 2011 à Paris en présence de nombreux économistes et universitaires, parmi lesquels Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau et Jacques Sapir.

"Nous sommes un groupe d'universitaires et d’économistes persuadés que l'un des enjeux essentiels de la campagne présidentielle de 2012 concerne la place et la stratégie de la France dans la mondialisation. La France est-elle condamnée à souffrir dans la mondialisation ou peut-elle rebondir? La mondialisation, prônée par les institutions internationales (FMI, OMC, OCDE, G8, G20) et entérinée par les traités européens, bénéficie-t-elle d’un soutien populaire?

Regroupés au sein de l’association « Manifeste pour un débat sur le libre-échange », nous avons financé et commandé à l’IFOP un sondage d’opinion détaillé sur ce sujet. Ses résultats surprenants et les conclusions qu’on peut en tirer seront présentés à la presse, suivis d’un débat et d'interviews en solo avec les économistes."


Le jeudi 16 juin à 10h30
A la Maison de l’Amérique latine
217, boulevard Saint-Germain, 75007 Paris
(Métro Solferino)

Seront notamment présents Jacques Sapir, Emmanuel Todd, Jean-Luc Gréau, Hervé Juvin, Pierre Noel Giraud, Julien Landfried, Jean-Claude Werrebrouck, Aurélien Bernier, Bernard Conte, Bernard Gerbier, Bernard Cassen, Aquillino Morelle, Frédéric Viale, Hakim el Karoui, Gerard Lafay, David Cayla.

Programme :
10h15 - 10h30 : accueil
10h30 – 10h45 : présentation du sondage par l’IFOP
10h45 – 12h :
interventions de Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau, Hervé Juvin
débat, questions réponses des journalistes
interviews en solo

Contact Presse :
Philippe Murer
Mobile : 06 89 95 72 07
Mél : philippemurer [at] yahoo.fr

Le sondage sera mis en ligne sur le site de l’Ifop et sur www.protectionnisme.eu après la conférence

Partager cet article
Repost0
12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 19:35

 inde-drapeau.png

L'idée m'est venue de faire un topo sur la situation économique des futures grandes puissances économique que sont les BRIC. À vrai dire c'est l'interview de Jacques Sapir qui m'a inspiré. Il est vrai que l'on parle souvent de ces nations émergentes comme si en définitive elles en étaient au même point de développement. Ou si leur évolution était en tout point similaire. La réalité crue c'est que la seule chose qui unit les Bric est leur volonté d'indépendance nationale vis-à-vis de l'extérieur et surtout vis-à-vis de l'occident. En quelque sorte, les Bric sont les vrais représentants de l'esprit gaulliste des années 60, celui promulguant un monde multipolaire dans lequel chaque nation défend jalousement son indépendance nationale. Ces états ont des stratégies industrielles politiques et commerciales visant à leur indépendance et à leur progrès économique, et en cela elles sont des exemples. Je commence aujourd'hui par attaquer un gros morceau, l'Inde. Je commence par elle notamment parce qu'un article récent de l'INED vient de décrire la situation actuelle de la démographie. Et ceux qui lisent régulièrement ce blog savent à quel point la démographie est un point important dans l'évolution économique d'un pays. L'Inde est une très grande nation et son rôle dans l'avenir de la planète est évidemment central. Nous allons donc nous évertuer à voir où cette nation en est, et où son évolution démographique et économique la mène à plus ou moins long terme. Nous verrons d'ailleurs dans la partie économique que les relations entre l'Inde et l'autre géant des Bric la Chine ne sont pas aussi splendides que çà. Et que cette alliance  que représentent les Bric n'est en fait que circonstancielle.

 

La démographie indienne

 

 

Nous commençons donc par la démographie de cet immense pays. L'Inde fait déjà 1,2 milliard d'habitants, elle a gagné en dix ans 182 millions d'habitants. Et la croissance démographique va continuer encore quelques années malgré la baisse progressive de la natalité du pays. Essentiellement à cause de l'effet d'inertie démographique, la croissance démographique annuelle est encore à 1.64% par an ce qui reste relativement élevé. On est certain aujourd'hui que l'Inde finira par devenir le pays le plus peuplé du monde devant la Chine. Ce qui est une première historique, puisque la Chine a toujours été le pays le plus peuplé du monde, depuis l'invention de l'écriture et le commencement de l'histoire humaine. De plus, la divergence entre l'évolution démographique des deux pays, va fortement se faire sentir à long terme. En effet, la Chine a connu une transition démographique plus précoce alors que l'Inde a eu une politique de contrôle des naissances bien avant l'Empire du Milieu. Cette situation pourrait tendre à faire croire que les politiques de planning familiales ne servent pas à grand-chose. En réalité, c'est surtout la limite liée au régime politique qui explique ces différences. L'Inde est une démocratie malgré ses restes de sociétés de caste, elle a contrôlé sa natalité par des moyens que l'on dira humainement raisonnables. La politique de l'enfant unique en Chine ne pouvait s'imaginer que dans un pays où l'autorité centrale était suffisamment puissante pour être pratiqué avec toute sa violence et sa cruauté parfois. Même s'il faut reconnaître son efficacité à court terme la Chine connaissant un ralentissement démographique largement plus rapide.

 

 

evolution-fecondite-inde.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

 

 

Cependant, si la méthode chinoise de contrôle démographique a eu des effets plus rapidement et a permis le décollage du niveau de vie chinois, c'est au prix d'un déséquilibre à long terme que l'Inde semble en passe d'éviter.  En effet comme vous le voyez sur le tableau précédent le TFR( Total fertility rate) baisse continument, mais de façon relativement lente et progressive. L'Inde n'a pas connu un effondrement de la natalité comme les pays d'Europe latine, les pays arabes récemment ou la Chine avec son enfant unique. Le résultat c'est que cette évolution progressive va permettre à l'Inde un atterrissage en douceur aux alentours du seuil de reproduction. Car comme nous l'a appris Pierre Chaunu dans ses oeuvres plus une fécondité descend vite, brutalement, et plus elle risque de tomber bas une fois la transition passée. Ce qui produit des effets secondaires extrêmement néfastes comme en Allemagne ou au Japon. Il semble donc qu’à très long terme le choix de l'Inde soit un choix plus équilibrer que celui de la Chine qui va faire face dans les vingt prochaines années aux conséquences de son vieillissement massif. Cependant, il est vrai que l'Inde à cause de cette lenteur de la baisse de la fécondité connait en contrepartie une hausse de la population trop importante. Il suffit de regarder la densité moyenne de la population dans certains états pour imaginer les problèmes agricoles et les problèmes de ressources en eau potable.

 

Densite-pop-Inde.png

 

 

Une telle carte relativise les discours sur une France surpeuplée. Franchement il y a des états indiens comme le  Bengale occidental qui ont une densité de plus de 1000 habitants au km². L'Inde en moyenne c'est 382 habitants au km², la France elle ne fait que 105 habitants au km². Nous avons de la marge avant d'être aussi surpeuplés qu'eux. Il faudrait presque multiplier notre population par quatre pour atteindre de tels niveaux. Quoi qu'il en soit comme je le disais précédemment l'Inde va encore connaitre une croissance démographique importante dans les années qui viennent le temps que la baisse de la natalité fasse sentir son effet. La croissance ralentit, comme le montre le graphique suivant, mais reste importante.

 

croissance-demographique-indienne-par-decade.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

 

 

Autre problème il existe un rythme très inégal dans la croissance démographique indienne suivant les états. Entre le Nagaland dont la population a baissé de 5% sur les dix dernières années, et l'état du Meghalaya qui a augmenté de 27% sa population en 10 ans il y a un gouffre. L'Inde mérite ainsi vraiment sa définition de nation continent la variété culturelle locale se reflétant dans la variété de l'évolution démographique. Il reste à espérer que la mobilité de la population permettra à terme d'éviter des densités insupportables pour certains états.

 

 

Inegalite-de-la-croissance-demographique-indienne.png

 Source: bureau des statistiques Indiennes 

 

 

  Au cas où certains seraient en train de se demander si les régions les plus fécondes sont musulmanes, la réponse est, cela dépend. En fait, en regardant l'évolution démographique de l'Inde on ne peut que constater qu'il n'y a pas de lien entre la religion et le taux de fécondité. Certaines régions musulmanes ont effectivement une forte croissance démographique d'autre non. L'état du Meghalaya que j'ai cité précédemment pour sa forte croissance démographique a ainsi une majorité  chrétienne qui représente 65% de la population.   Tout ceci ne fait que confirmer les travaux de notre démographe préféré Emmanuel Todd pour qui religion et démographie n'ont pas vraiment de liens de causes à effet. En tout cas, cela ne se voit pas dans les données.

 

Religon-en-Inde.jpg

Source Herodote

 

 

  Après ce petit exposé sur la situation indienne en matière démographique nous comprenons bien que le pays n'est pas encore dans la phase développement. En effet, l'Inde a quelques décennies de retard sur la Chine. Ce pays n'en est qu'au début des effets positifs du ralentissement démographique, dans quelque temps les actifs vont augmenter beaucoup plus rapidement que les inactifs à cause de la baisse du nombre de jeunes à éduquer. La fenêtre de développement s'ouvre à peine pour ce pays. La croissance économique devrait donc s'accélérer dans les années qui viennent sous cet effet classique de la transition démographique. En effet au cours du passage de la transition démographique il y a un moment où le nombre d'actifs augmente très rapidement pour nous ce fut la période des trente glorieuses. Plus d'actif en proportion cela signifie moins de charges par tête et donc une plus grande capacité à produire et à consommer. Évidemment cela n'a qu'un temps puisqu'après le pays vieillit. C'est un moment particulièrement opportun pour industrialiser facilement une nation. Tout du moins si l'Inde ne fait pas trop d'erreurs dans ses politiques macroéconomiques.  À très long terme il est probable que l'Inde dépassera la Chine en terme de dynamisme non seulement à cause de sa population plus grande, mais surtout parce que l'Inde est partie pour avoir une fécondité d'équilibre une fois la transition passée. Je me demande quel effet ses écarts d'évolution démographique vont produire sur les relations entre l'Inde et la Chine. La Chine richissime vers 2030 se voyant dépassée petit à petit par un pays beaucoup plus jeune et dynamique à ses frontières. On a connu en Europe de telles évolutions et l'on sait par expérience que les tensions montent dans ce genre de cas. Il en ira probablement de même entre la Chine et l'Inde qui se disputeront alors la première place du podium économique mondial.

 

L'évolution économique de l'Inde

 

 

Venons en maintenant au sujet favori de ce blog l'économie. La situation économique indienne réelle est assez éloignée des  quelques idées reçues trop répandues sur ce pays. Tout d'abord, le pays n'est pas si dynamique si on la compare à ce qui est comparable. Ensuite, la situation commerciale de l'Inde est en réalité assez difficile notamment face à la Chine qui lui fait économiquement mal. Comme je l'ai dit juste avant l'Inde n'a pas encore décollé à cause de son retard démographique, il est certain par contre que dans une dizaine d'années elle sera probablement le pays le plus dynamique du monde sauf accident. Comme vous pouvez le voir ci-dessous la croissance indienne très forte par rapport à nos critères de pays en décadence. Elle est en faite faible si on la compare à la croissance chinoise. Et surtout il faut prendre en compte la croissance démographique de la population. La Chine connait une croissance plus forte avec une croissance démographique largement inférieure ce qui signifie que le PIB par tête y augmente largement plus vite. La croissance indienne est donc plus une croissance quantitative pour l'instant qu'une croissance qualitative, mais c'est normal puisque ce pays n'est encore qu'au début des effets de la transition démographique.  Avec le ralentissement de l'augmentation des jeunes et l'accélération du nombre d'actifs l'Inde devrait rapidement voir son niveau de vie augmenter. Pour l'instant, la croissance par tête reste relativement lente et le pays n'est pas prés à ce rythme à rattraper les niveaux de vie occidentaux ou même chinois. Il faut savoir distinguer qualité et quantité. La simple croissance démographique créant une croissance économique par nature.

 

PIB-Inde.png

 

 

 

Cependant ce développement de l'Inde que j'annonce c'est sans compter sur les effets de la mondialisation néolibérale à laquelle malheureusement l'Inde s'est jointe. Ce pays qui reste encore protectionniste sur nombre de secteurs comme l'automobile a quand même entamé une orientation libre-échangiste palpable depuis le début des années 2000. Bangalore, la fameuse ville qui fait office de Silicon Valley indienne est un peu le symbole de cette ouverture qui est censée être positive pour l'économie indienne. De nombreuses entreprises occidentales ont ainsi délocalisé leurs activités informatiques et de service en Inde. Ce pays jouissant de salaires faibles, de programmeurs bien formés et en très grand nombre. Mais l'ouverture aux échanges a eu aussi des effets sur les importations indiennes et pas seulement sur ses exportations de services. En effet si l'Inde écrase la concurrence européenne ou américaine par ses coûts extrêmement faibles dans les services informatiques, elle est par contre mal armée pour résister à l'ogre géant de l'Asie montante la Chine dans d'autres domaines. Qui plus est, cette dépendance à l'exportation a couplé la croissance indienne à la situation du reste du monde. L'Inde se rendant ainsi très sensible aux variations de l'économie mondiale.

 

desequilibreChine-Inde.jpg

 

 

 

Le tableau précédant est assez clair. L'Inde souffre aujourd'hui de la concurrence chinoise avec un déséquilibre impressionnant, les exportations chinoises vers l'Inde étant deux fois plus importantes que les exportations indiennes vers la Chine. Des tensions se font d'ailleurs sentir entre les deux pays l'Inde souffrant de la concurrence chinoise comme le rapporte cet article de Reuters. Là comme ailleurs la Chine joue un jeu de cavalier solitaire poussant son concurrent à la faillite. Heureusement l'Inde ne commerce pas qu'avec la Chine et rééquilibre en partie son commerce extérieur en siphonnant comme tout le monde l'occident et les USA en particulier.  Mais c'est globalement insuffisant pour rééquilibrer le tout. Ainsi la balance commerciale indienne est déficitaire comme on peut le voir sur le graphique suivant. Ce déficit oblige le pays à emprunter sur les marchés financiers pour financer sa dette, vous connaissez la musique. La libéralisation du commerce indien s'il a donc développé les services informatiques locaux a surtout desservit l'économie indienne dans son ensemble. Le déficit commercial en est la preuve.  Et dans un pays fortement inégalitaire à la base cela ne peut qu'amplifier encore un peu plus la lutte des classes locale. Avec tout ce que cela signifie en terme de tension sociale, ethnique ou religieuse pour un pays extrêmement diversifié sur le plan ethnoreligieux.

 

Balance-commerciale-Inde.png

 

 

Comme le disait Jacques Sapir dans son dernier interview, la croissance économique est avant tout un phénomène endogène aux sociétés. Le cas de certains pays fortement exportateurs ne doit pas cacher d'une part les dégâts que cela cause dans d'autres régions du monde, y compris les nôtres. Mais cela cache aussi le fait que ces déséquilibres sont par nature intenables à long terme. Ensuite les spécialisations induites par la mondialisation des échanges produisent localement des amplifications d'inégalité. Si les ingénieurs indiens sont surement contents de pouvoir piquer des emplois aux Français ou aux Américains, on peut se demander en revanche ce que les producteurs de textiles ou d'électronique indiens pensent de la libération du commerce avec la Chine. En plus, l'Inde n'avait pas besoin de développer ses exportations pour développer son économie. Grâce au potentiel de son immense marché intérieur, il lui suffisait de s'ouvrir aux investissements extérieurs tout en restant barricadé dans ses frontières, comme l'a fait la Chine dans les années 80-90 avant son entrée dans l'OMC, pour avoir une forte croissance et un développement technique. L'ouverture aux échanges de l'Inde est à double tranchant pour son économie surtout qu'elle se produit à un moment où le seul moteur de la consommation mondiale, l'Occident, cale. L'Inde nous montre également que la mondialisation n'est pas un bénéfice pour tous les pays en voie de développement. Comme le rappelait récemment Sapir c'est surtout la Chine qui a bénéficié de la mondialisation. L’Inde, si elle participe à la destruction des économies occidentales, est aussi victime de l'excédent chinois.

Partager cet article
Repost0
10 juin 2011 5 10 /06 /juin /2011 15:30

Deux nouvelles récentes confirment les prévisions que l'on pouvait avoir quant à l'avenir de la croissance mondiale. La première concerne l'Allemagne. Il semblerait que les exportations allemandes commencent à souffrir des effets des purges dans les autres pays européens et du ralentissement économique aux USA. En effet, l'excédent allemand s'est fortement contracté en avril. Alors il s'agit peut-être d'une contraction momentanée, car cette baisse d'excédent est due à une baisse des exportations et non à une plus forte hausse des importations. La situation n'est guère meilleure chez leurs homologues hitech japonais, ces derniers connaissent maintenant un déficit commercial. Cependant, cette situation pouvait sembler être essentiellement le fruit de la catastrophe récente. C'est l'évolution du commerce allemand et des autres pays excédentaires qui semble nous confirmer que la baisse des exportations japonaises est liée à une plus faible demande mondiale. L'autre grosse nouvelle c'est la baisse sensible des prix de l'immobilier chinois. Une baisse qui est très dangereuse parce que la Chine a malheureusement choisi un modèle économique de demande intérieure tout aussi dangereux que le modèle anglo-saxon, mais d'un autre acabit.

 

  En effet, les Chinois ne tirent leur croissance intérieure que par l'investissement. Le taux d'épargne en Chine est absolument monstrueux, il fait près de 50% du PIB. Un taux totalement intenable si la Chine vivait de sa propre consommation. La surépargne chinoise se traduisant certes par un fort investissement, mais aussi en contrepartie par une sous consommation chronique. De sorte que si la Chine ne pouvait plus exporter ses produits elle se retrouverait rapidement en situation de surproduction massive. Une crise de surproduction qui serait surement  bien plus grave que celle qui frappa les USA en 1929. Le marché immobilier chinois est tout aussi déconnecté des besoins locaux que le système de production industriel. Et la seule chose qui maintient ce marché haussier, c'est le fait qu'il monte, il entraine ainsi une absorption toujours plus grande d'investissements privés ou publics.C'est une bulle parce que ce qui maintient le prix c'est l'anticipation de la hausse des prix par les acteurs privés et non l'évolution de la demande réelle des acheteurs. Il y a d'ailleurs en Chine une forte asymétrie entre les logements demandés et les logements fabriqués un peu comme chez nos amis espagnols. Bureaux vides et immeubles inhabités étant chose courante au pays de la croissance infinie. La baisse des prix de l'immobilier pourrait donc être fatale et produire une véritable purge du marché immobilier chinois. Et cela au moment où la croissance mondiale ralentit ce qui est indubitable puisque les quatre grands pays exportateurs que sont la Chine, l'Allemagne, le Japon et la Corée du Sud connaissent tous un ralentissement, voire une baisse de leurs exportations.

 

Japon-commer.png

Coree-comm.png

Allemagne-comme.png

Chine-Comm.png

 

   

Comme on le voit sur tous les graphiques précédant la baisse est réelle même si seul le temps nous dira si cette direction se maintient. Cette rechute est par contre tout à fait logique, la situation dans les principaux pays importateurs se dégradant notamment aux USA. Nous avions vu précédemment que ce pays connait un ralentissement de sa croissance et un rebond du chômage malgré un usage massif des déficits et de la planche à billets. Il y a un décalage entre la baisse d'activité entre les zones d'exportation et celles d'importations, mais la contre-réaction est automatique. Pour ce qui est de la Chine, on observe une hausse de l'excédent après une baisse, mais cette hausse est moins due à la hausse des exportations qui ralentit qu'à la baisse des importations ce qui confirme un ralentissement intérieur. Même chose pour l'Allemagne qui connait une contraction à la fois de ses exportations et de ses importations, cependant dans le cas allemand les exportations ont baissé plus vite ce qui réduit l'excédent commercial. Cette évolution allemande traduit la détérioration économique à l'intérieure de la zone euro dont dépend l'essentiel du commerce extérieur allemand. Étant donné que toute l'Europe a décidé de faire des politiques de restriction économique, il n'est guère étonnant de voir une diminution de l'excédent allemand. Cette diminution devrait rapidement se traduire par un ralentissement de la croissance allemande.



Tous les pays du monde ne peuvent pas avoir d'excédent en même temps



Tel est la réalité que nous montre cette évolution. Les pays excédentaires qui ont des stratégies égoïstes ne pourront croitre indéfiniment, car leurs prospérités dépendent nécessairement de la bonne tenue des économies qui importent. Des économies importatrices qui doivent un jour ou l'autre rééquilibrer leur commerce ce qui produit évidemment des crises dans les pays exportateurs. Cette contradiction, self evident comme disent les Américains, n'est pourtant pas encore comprise en Chine ou en Allemagne. En Chine, la spécialisation excessive dans l'exportation a créé un système économique absurde dans lequel rares sont les salariés à pouvoir se payer ce que pourtant ils fabriquent. Avec pour conséquence une inflation asymétrique dont nous avions déjà parlé dans ce texte, lorsque les salaires augmentent un peu. En Allemagne, le pays, persuadé de son déclin à long terme à cause de sa démographie, s'enferme dans une fuite en avant autodestructrice dans l'exportation. Comme si l'Allemagne était destinée à devenir un pays de production sans salarié uniquement habité d'usines et de travailleurs étrangers. Dans les deux cas, nous avons affaire à des modèles économiques absurdes dans lesquelles on a oublié le sens même des mots progrès et développement. Et ces modèles ont pour conséquence de produire des catastrophes ailleurs, catastrophes qui se répercute forcément à long terme sur les pays exportateurs.



Le but de ces nations semble être uniquement de produire plus pour produire plus, en oubliant qu'à l'origine on produit pour répondre à un besoin. In fine, on peut trouver les Américains moins idiots. Car eux savent que la finalité de la production est de consommer, alors autant consommer sans produire puisque d'autres peuples sont assez stupides pour voir dans leur asservissement volontaire une source de fierté. Car ces pays sont fiers de leurs excédents sources croient-ils d'une puissance extraordinaire. La Chine est fière de ses montagnes de papier toilette vert accumulées depuis deux décennies. Elle regarde tout de même avec anxiété les variations du dollar. Mais elle essaie de se rassurer sur la valeur intrinsèque de son papier hygiénique en rachetant des bouts de terre un peu partout dans le monde. Cependant elle oublie au passage que les titres de propriété qu'elle achète ne sont valables que par le consentement des autorités locales. Que les peuples en aient assez des propriétaires chinois et le bout de papier actant la propriété chinoise ne vaudra plus grand-chose. Ces pays excédentaires pourraient pourtant profiter et faire profiter tout de suite leur population de leurs investissements massifs réalisés ces dernières années. En répondant avant tout aux demandes locales, en augmentant les salaires. En en ayant une politique plus large et généreuse en matière d'aide familiale dans le cas de l'Allemagne histoire de rétablir la démographie à des niveaux raisonnables. La solution aux problèmes de l'économie mondiale est aussi et même surtout entre les mains des pays excédentaires. Si ces derniers ne prennent pas leurs responsabilités en relançant leurs demandes intérieures alors qu'ils ne s'étonnent pas des contre-réactions que leurs pratiques finiront automatiquement par produire chez les pays déficitaires. Car que ce soit par l'effondrement économique ou par le protectionnisme et la dévaluation, les déséquilibres commerciaux devront forcément se réduire. Il serait tout de même plus sage de le faire par le haut plutôt que par le bas.

Partager cet article
Repost0
8 juin 2011 3 08 /06 /juin /2011 18:11

    Je crois que cette vidéo se passe de commentaires. Grâce à la mondialisation la France risque d'être rapidement en manque de médicaments. De quoi réaliser le fantasme d'Attali ou de Minc d'un bon petit génocide des vieux. Il n'y a que çà de vrai, la dépopulation. Et puis une fois les plus faibles éliminés, il ne restera que les plus forts et les plus intelligents, vive le darwinisme social:

 

 

 

Partager cet article
Repost0
6 juin 2011 1 06 /06 /juin /2011 21:01

  ATTAC.gif

Qu'ils sont beaux nos altermondialistes de gauche à toujours vouloir changer le monde dans sa totalité. Il faut tout changer ou ne rien changer, telle est la devise de certains. C'est en lisant cet article au titre évocateur "La démondialisation un concept superficiel" sur Mediapart que j'ai eu l'envie soudaine d'une réaction épidermique. Vouloir la démondialisation serait simpliste. Pourquoi? Ne cherchait pas, il n'y a pas de réponse à cela, juste un amoncellement de concepts vaseux pas vraiment ancrés dans les faits. Nos pauvres représentants d'ATTAC semblent atteints par le syndrome du postnationalisme. Il  a déjà probablement rongé la majorité des neurones de ces intellectuels vestige dépassés du temps glorieux de la Revolución. On comprend mieux en lisant ce texte pourquoi ATTAC a explosé. Et pourquoi certains de ses membres, probablement plus rationnels que ces caricatures de communistes, ont décidé de faire bande à part. Un peu à l'image du fondateur du M'PEP Jacques Nikonoff . Oui parce que les gens sérieux en général essaient d'amener leurs idées dans les contraintes du réel, une pratique que les idéologues d'extrême gauche n'ont  pas. Et pour cause, on se demande si ces gens cherchent réellement à améliorer le sort de leurs compatriotes, ou si, comme beaucoup à gauche, ils ne cherchent simplement pas à se donner bonne conscience à peu de frais. Les grands discours de gauche humanistes sans cohérence permettant de mettre en place un véritable commerce rentable à l'image du commerce "équitable". C'est que ça rapporte la révolution, surtout en ce moment avec les « révolutions » arabes, dont le temps seul dira si ce mouvement n'était pas qu'un attrape couillions historique.

 

Le vrai simplisme consiste à croire qu'il y aurait une solution mondiale

 

    Il faut dire que le texte en question est vraiment faible comparé aux travaux d'un Jacques Sapir par exemple. Les arguments de ces énergumènes donnent en plus à penser qu'ils cherchent en fait à donner des arguments pour que rien ne change. En effet comme le dit si bien Frédéric Lordon vouloir une solution globale revient en pratique à ne pas donner de solution du tout, chose que ces personnes n'ont apparemment pas envie de comprendre. Mais ce n'est pas la première fois que l'on entend cette gauche parler ainsi de la déconstruction de la mondialisation. Parce que ce qui motive le plus clairement ces intellectuels ce n'est pas le social ou le développement économique des peuples, c'est la réalisation de leur fantasme postnational. On voit ici très clairement la proximité intellectuelle entre les libéraux et les marxistes même si ces derniers s'en défendent. En pratique, les uns justifient moralement le choix des autres, les libéraux et les marxistes formant les deux visant du Janus de la modernité sans frontière. Je connais bien deux des signataires de ce texte lamentable entre autres Michel Husson et Jean-Marie Harribey. Je me souviens d'ailleurs des discussions que l'on avait eu sur le blog horizon, à propos des critiques du libre-échange version Husson. Une critique qui passait son temps à nier l'importance des délocalisations, quantité négligeable selon lui.

 

Mais si les marxistes sont autant attachés au libre échange, c'est avant tout parce qu'ils pensent que c'est fondamentalement mauvais pour le capitalisme. Ces gens se réjouissent du malheur du monde du présent parce qu'ils pensent que c'est le meilleur moyen pour atteindre leur rêve de perfection post-capitaliste. On a affaire à des religieux qui ne s'intéressent pas aux gens qui crèvent aujourd'hui, et non dans dix ans.  Il suffit de lire quelques extraits pour voir toute l'impossibilité pratique de leurs hypothèses:

 

"D'un côté, il faut évidemment réduire les flux de marchandises et de capitaux, et relocaliser les systèmes productifs."Et comment fait-on en pratique sans protection douanière et sans frontière?  

 

"Ce n'est pas «la mondialisation» que nous rejetons, mais la mondialisation néolibérale et capitaliste, telle qu'elle est organisée par les intérêts des firmes multinationales, les «marchés» et les grandes puissances."En réalité, c'est la suppression des frontières qui produit le grand bordel mondial. Dans une situation non capitaliste, le monde serait tout autant  dans le chaos comme je l'avais expliqué ici. Comment donc concilier les intérêts divergents de tous les peuples dont on augmente sans arrêt les interdépendances? Comment concilier des niveaux de vie différents, des modes de consommations différents sans frontières, sans mécanismes de contrôle et de limite? La réponse est simple, on ne peut pas. Croire que l'on va construire un monde merveilleux où la générosité "naturelle" des peuples les fera s'entendre les uns avec les autres. Dès lors que l'on aura chassé les grands méchants blancs du pouvoir, pardon les grands méchants Occidentaux, relève d'un raisonnement puéril. Mais quel âge ont-ils pour croire à ce genre de fable ? Chassaient donc les Occidentaux et vous aurez les Chinois pas plus sympathiques et probablement pires d'ailleurs eux n'ayant pas quelques restes de christianisme pour leur donner mauvaise conscience. La réalité est un rapport de force non seulement entre classe sociale, mais aussi entre peuples et nations. Un pauvre chinois se sentira toujours plus proche d'un riche chinois que d'un pauvre français. Le jour où nos zigotos d'extrême gauche auront compris ce béabat, nous pourrons peut-être avancer.

 

"Le retour à des régulations essentiellement nationales ne résoudrait aucun des problèmes qui se posent aujourd'hui à nous." A bon et pourquoi? Il n'y a pas la réponse dans le texte, mais s'ils le disent c'est surement vrai...

 

"La crise sociale? Le chômage incompressible, la précarité généralisée, la destruction progressive du droit du travail, de la protection sociale et des services publics au sein des pays développés, ne sont pas d'abord imputables aux pays émergents mais aux politiques systématiques amorcées à la fin des années 1970 lorsque les classes dominantes ont entrepris de rétablir la rentabilité des capitaux." Oui est alors? Cela n'empêche pas le fait que les pays émergents en profitent pour se développer gratuitement, c'est à dire sans inflation à coup d'excédents commerciaux à notre détriment. La Chine n'a plus besoin des entreprises occidentales d'ailleurs pour nous détruire, elle les rachète de toute manière. Les propos tenus ici reviendraient à dire qu'en fait les Occidentaux n'étaient pas responsables de l'esclavage triangulaire puisqu'ils n'ont fait souvent qu'acheter des esclaves vendus par les Africains eux-mêmes. En réalité, les deux sont coupables, il en va de même pour la Chine et d'autres nations qui tirent les marrons du feu de la mondialisation. Quant à cette dernière, elle n'hésite pas à corrompre certains passés d'Afrique pour y écouler ses marchandises. Le "mal" n'est pas une exclusivité occidentale quoiqu'en pensent nos amis d'extrême gauche. Et critiquer les politiques d'externalisation occidentales ne dédouane pas les nouveaux pays industrialisés de leur culpabilité en matière de politiques mercantilistes. Ce ne sont pas les entreprises occidentales qui poussent la Chine à sous-évaluer son Yuan.  

 

"Une monnaie nationale ne protège ni du néolibéralisme, ni de la spéculation, ni du productivisme: a-t-on vu quelque gouvernement britannique s'opposer au néolibéralisme du fait qu'il disposait de la livre sterling?"Est-ce qu'avoir un couteau vous conduit automatiquement à poignarder votre voisin? Non, ce n'est qu'un outil. Et son usage va dépendre de vos intentions, il en va de même pour la monnaie. Une monnaie on peut en faire un bon ou un mauvais usage. Je constate au passage que nos amis citent la GB, on pourrait citer l'Islande ou la Suède qui ne sont pas membre de l'euro et qui se portent très bien. La Suède tourne à 6% de croissance cette année et son système social va très bien aussi. Tout cela sent la mauvaise foi.  

 

Au final, on voit bien que ces intellectuels restent bloqués sur la question de la nation. Ils restent persuadés que le meilleur des mondes est un monde sans frontière alors que l'on constate tous les jours le contraire. La négation des frontières conduit à ramener la guerre y compris en Europe puisque l'on voit maintenant des affiches en Grèce associant l'UE au nazisme. Les économistes d'ATTAC se discréditent chaque jour un peu plus. Et ils montrent la réalité de leur fausse opposition, à l'image de ce pauvre Besancenot dont Dupont Aignan avait bien montré dans un débat télévisuel qu'il était la caution morale du Medef. Leur mondialisation ne peut que favoriser les populations les plus avantagées de chaque peuple. Les interdépendances excessives rendent ingérables les politiques macroéconomiques. Rien qu'à l'échelle européenne on n’y arrive pas, car l'intérêt de l'Allemagne ce n'est pas l'intérêt de la Grèce ou de la France. L'unification mondiale au forceps conduit à la misère les perdants et à une explosion des inégalités à l'échelle planétaire. Les capitalistes le savent très bien eux. Au moins ils ne font pas semblant de pleurer sur la misère du monde. Nos économistes d'ATTAC chérissent les causes des problèmes qu'ils désignent. Et font semblant de ne pas voir que le cadre actuel est impossible à gérer. La démondialisation c'est vouloir rendre aux politiques le cadre de leur possibilité pratique. Continuer à gesticuler verbalement en donnant des solutions impraticables ne nous mènera à rien si ce n'est à rendre impossible une véritable alternance, je n'ose imaginer que ce soit là le véritable but des gens d'ATTAC.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 21:40

Comme je l'avais dit il y a quelque temps déjà, la croissance économique US va connaître un fort ralentissement, et le premier signe est la dégradation de l'emploi outre-Atlantique les chiffres étant assez mauvais. Le taux de chômage recommence à grimper avec une création d'emploi totalement insuffisante pour absorber l'accroissement de la population active. Et cela au moment où, le gouvernement US continue d'injecter des sommes  énormes dans l'économie du pays. Je rappelle que le déficit public estimé en moyenne annuelle pour cette année 2011 est de 8.8%. Et ce n'est qu'une estimation qui se base elle même sur un retour à la croissance. Et cela malgré deux épisodes de Quantitative easing successifs. Si la croissance n'est pas aussi forte que prévu ce qui est très probable, ce déficit sera largement dépassé. Les USA se retrouvent donc devant une contradiction phénoménale soit arrêter l'endettement et plonger l'économie dans une dépression auto-entretenue soit continuer à injecter de la monnaie dans le tonneau des danaïdes.  Cette contradiction est bien évidemment le fruit des orientations économiques prises par l'oncle Sam depuis trente ans à savoir un libre-échange total. L'argent injecté par l'économie américaine arrosant en fait de plus en plus l'extérieur de l'économie USA comme nous allons le voir par la suite. La puissance américaine est devenue l'empire de l'endettement, mais elle est prise dans ses contradictions et s'est probablement trop élargie en absorbant les nouvelles puissances émergentes. Les USA arrivaient très bien à dominer leur empire lorsqu'il ne s'étendait que sur l'Europe et le Japon, les excédents de ces deux zones dominées étaient encore supportables. Mais avec l'élargissement vers l'Europe de l'Est, l'Asie émergente et la Chine le morceau est probablement devenu trop gros pour l'économie américaine.

 

deficit-public.png

 

 

Les USA sont le seul moteur de la demande mondiale

 

 

Pour l'instant, cette dégradation de l'économie US ne se ressent pas sur le déficit commercial du pays qui recommence à se creuser depuis mai 2009. La reprise mondiale n'a été possible que parce que les US ont appuyé comme jamais sur l'endettement de leur propre économie. On mesure mal cet accroissement parce que les Américains n'ont pas hésité à en monétiser une bonne part. Lorsque le déficit commercial américain s'est seulement divisé par deux entre juillet 2008 et février 2009 la croissance dans les pays exportateurs comme l'Allemagne, le Japon, ou la Chine s'est effondré. Nous avons affaire là au cœur du fonctionnement de l'économie mondiale. Les USA sont le seul moteur de la demande qu'il vienne à caler et toute la structure s'effondre. Je vous laisse imaginer la situation en Europe et en Asie si les USA se mettaient à équilibrer leur balance commerciale. En 2009 l'Allemagne a vu son PIB reculer de 4.7%, la Chine est passée à 8.4% alors qu'elle était habituée à une croissance de plus de 10%, quant au Japon il recula de 6.3%. Si les USA réduisaient leur déficit à néant, on pourrait facilement imaginer une récession de 8% en Allemagne, une croissance à 5% en Chine et un recul de 12% au Japon. On comprend là tout le ridicule qu'il y a chez certains à réclamer de la rigueur aux USA alors qu'une telle politique produirait à court terme un effondrement des principaux donneurs de leçon comptable de la planète.

 

 

balnce-commerciale-long-terme.png

 

Trade.png

 

  Nous en revenons donc toujours à cette question. Pourquoi les nations du reste du monde préfèrent-elles l'asservissement par la dette US? D'où vient cette esprit de servitude volontaire qui conduit toute l'humanité à dépendre ainsi de la capacité des USA à s'endetter indéfiniment? On pouvait croire que la crise allait mettre fin à cette situation, il semble pourtant que le système reparte de plus belle en atteignant des niveaux toujours plus incroyables de déséquilibre. Les Européens et les Asiatiques préférant continuer à torturer leur propre population pour acquérir leurs précieux excédents commerciaux, plutôt que de tirer leur croissance de leur demande intérieure. La raison principale est probablement dans le fait que cette orientation économique permet aux élites des différents pays excédentaires d'avoir de la croissance sans avoir à augmenter les salaires et sans avoir à mieux répartir les richesses. L'inconvénient c'est de devoir supporter la lourdeur de la puissance américaine sur les épaules.

 

  Bientôt une rechute de l'économie mondiale?

 

Cependant, cette stratégie visant à faire des USA l'état keynésien de la planète entière (expression utilisée par Emmanuel Todd dans  « Après l'empire ») a un énorme point faible. L'accumulation de déficits commerciaux rend de moins en moins efficaces les plans de relance américains, comme je l'avais expliqué dans ce texte sur le multiplicateur keynésien. L'affaiblissement de l'efficacité des plans de relance est aujourd'hui palpable, elle décline continument depuis l'époque de Reagan. Avec une franche accélération depuis le début des années 2000. Déjà à l'époque de Bush la croissance américaine après la bulle internet a mis plus de temps qu'à l'accoutumée pour reprendre son souffle et elle a connu une croissance au final assez lente au prix d'une bulle immobilière énorme. Comme les déséquilibres commerciaux du pays n'ont cessé de croitre, une part de plus en plus importante de la masse monétaire sort chaque année du pays. Pour maintenir la croissance, il faut donc que l'état américain injecte des sommes de plus en plus importantes pour maintenir le dynamisme économique à un niveau suffisant. À l'heure actuelle malgré un déficit record et deux QE successifs le chômage recommence à croitre et la croissance retombe. Il faudra donc que les USA aillent plus loin encore avec un troisième QE s'ils veulent toujours maintenir leur système de libre-échange total.

 

On peut conclure de cette situation que les pays excédentaires sont devenus trop gros et trop nombreux pour que les USA arrivent à en supporter les effets. Et pour cause, les USA ne représentent plus qu'un quart du PIB mondial. Une part qui décroit d'ailleurs chaque année. Il est normal que leur influence décroisse et que leurs plans de relance aient de moins en moins d'effets à l'échelle planétaire. Les autres régions du monde devraient prendre leurs responsabilités, mais elles préfèrent se comporter en prédateur commercial. La politique de Quantitative easing actuelle n'est qu'une réponse à ces déséquilibres monstrueux que l'économie américaine est obligée de supporter. Bon nombre d'économistes pensent que cette politique va nous mener à une hyperinflation mondiale, en réalité cette politique nous a évité pour l'instant une déflation planétaire. Déflation résultant des politiques mercantilistes agressives d'une partie croissante de bon nombre de pays et de la déflation salariale provoquée par le libre-échange entre des zones économiques très hétérogènes. Encore une fois, le déficit américain permet la mondialisation de fonctionner s'il venait à disparaître, s'en serait fini de la mondialisation. Malheureusement, il y a peu de chance pour que nous connaissions une sortie par le haut de cette situation, nous le voyons rien qu'à l'échelle européenne. L'Allemagne et les autres pays excédentaires continuant à tirer la couverture à eux tout en nourrissant les mécanismes qui mettront fin à la monnaie unique.

 

On dit souvent que la crise des années 30 fut le résultat du retour du protectionnisme, quiconque est bien informé sait qu'il n'en est rien. Le protectionnisme fut la nécessaire politique menée par les pays qui ne pouvaient plus supporter les excédents d'autres nations. Nous vivons exactement le même phénomène. Les pays en déficit doivent soit suivre les pays excédentaires et comprimer leur demande intérieure en provoquant misère et chômage ainsi qu'une délation à l'échelle planétaire. Soit se protéger pour permettre un retour à leur demande intérieure sans avoir à se soucier de leurs déséquilibres commerciaux. L'Amérique est aussi dans cette situation, elle doit de plus compter sur le plan intérieur avec une extrême droite libertarienne prônant des politiques qui seraient en pratique suicidaire pour l'oncle Sam. On imagine si les USA essayaient à leur tour de devenir excédentaires dans quel état se retrouverait l'économie mondiale. C'est d'autant plus vrai que comme vous pouvez le voir ci-dessous le Baltic Dry, qui est un bon indicateur de l'évolution du commerce mondial, est loin d'avoir rejoint son niveau d'avant crise.

 

 

Baltic-dry-juin-2011.png

 

On peut aussi imaginer un scénario étrange autre que celui du retour du protectionnisme américain ou d'une déflation planétaire. Ce scénario serait celui évoquer par Todd dans l'ouvrage précédemment cité, de l'arrivée à complétude de l'empire américain. Les USA n'équilibreraient plus du tout leurs comptes extérieurs et se contenteraient d'émettre indéfiniment de la monnaie pour couvrir leurs déséquilibres. Todd ne croyait pas vraiment à un tel scénario, mais qui sait ? On objectera que le dollar devrait tomber, mais force est de constater que trop de monde à intérêt à court terme à le maintenir. L'euro ne risque pas de le remplacer et la Chine est tout aussi obsédée que le Japon ou l'Allemagne par ses excédents pour courir le risque de changer le système. L'Amérique est peut-être en passe de devenir une espèce de banque du monde vis-à-vis de laquelle nul ne se demande d'où viennent ses prérogatives. Est-ce si inimaginable? Nous qui vivons déjà dans un monde étrange où des acteurs privés peuvent faire des bénéfices en prêtant de la monnaie qu'ils n'ont pas par un simple jeu d'écritures.

Partager cet article
Repost0
1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 15:45

 FinEuroSapirJacques Sapir vient de produire une série d'articles sur la sortie de l'euro et sur la crise grecque pour le site de marianne2. Vous pouvez lire les trois articles en question à ces adresses: partie1, partie2, partie3. Ces articles n'apprendront pas grand-chose à ceux qui connaissent déjà les analyses de Jacques Sapir, cependant il fait œuvre de pédagogie en visant probablement un public plus large qu'à ses habitudes. Il faut dire que l'on sait que les Français malgré la crise de l'euro persistent à croire que le maintien de ce dernier est un moindre mal face aux risques de changement monétaire. La propagande européiste a quand même bien fait son office depuis vingt ans et l'on aura beau expliquer que tout ceci est faux, les gens resteront persuadés que le changement est trop risqué. Et pourtant où sont elle les promesses que les promoteurs de l'euro avaient faites à l'époque de Maastricht? Le chômage a-t-il baissé? La croissance fut-elle plus forte ces dix dernières années? Il n'y a pas eu d'inflation? Pourtant les Français malgré les constats qu'ils font sur la monnaie unique ont peur d'en sortir. Nous pouvons pourtant les rassurer, les quelques exemples que nous avions pris récemment montrant que l'on peut avoir une monnaie nationale et même être un minuscule pays et s'en sortir bien mieux que la grande Europe, aujourd'hui homme malade de l'humanité. Nous avions vu récemment l'exemple de l'Islande, un petit pays qui a subi une crise plus grave encore que la Grèce en 2008-09. En bien deux ans plus tard la croissance est repartie, le pays connait des excédents et le chômage baisse. Tout l'inverse de l'Irlande, de la Grèce ou de l'Espagne qui s'enfoncent de plus en plus dans un trou sans fond.  Et pour cause, ces pays ne peuvent pas dévaluer comme l'a fait l'Islande, et ils sont contraints par les multiples règlementations restrictives de la construction européenne. Leur seule solution d'action étant la contraction de la demande intérieure et la hausse du chômage, en attendant l'émigration d'une vaste portion de leur propre population. Il semble d'ailleurs que le Portugal commence à connaître une fuite de sa population active.

 

 

  Alors il est vrai que tout ne s'explique pas que par la monnaie. L'Islande n'a par exemple pas été assez stupide pour renflouer les banques privées qui avaient pris des risques inconsidérés. On voit qu'ici le gouvernement d'un petit pays éclairé vaux mieux qu'une direction technocratique d'une entité gigantesque comme l'UE. Le caractère démocratique de l'Islande ayant empêché les lobbys de prendre le contrôle du pays en l'endettant stupidement. L'immense Europe est finalement plus fragile face au lobbyisme que les petites nations démocratiques, l'union ne fait donc pas nécessairement la force. Le caractère bureaucratique de l'UE lié à sa nature la rendant incapable de décisions rapides, et sa nature multinationale l'empêche d'avoir un sens de l'intérêt général ce qui favorise la corruption et la non-responsabilité face à ses citoyens. Pour en revenir aux propositions de Jacques Sapir il propose dans son dernier texte une solution parallèle à la sortie de l'euro qu'il juge finalement nettement plus préférable que cette dernière. Cette solution consiste en une monétisation des dettes des états européens couplées à une dévaluation de la monnaie unique. C'est de cette stratégie que je pense discutable par certains aspects que je vais parler maintenant.

 

Dévaluer l'euro pour le sauver?

 

Cette stratégie est aussi défendue par mon collègue blogueur Malakine qui en a fait la défense dans un commentaire sur son blog. Un commentaire qu'il avait fait en réponse à un de mes propos sur le débat entre Guaino et Todd. Il soulignait également au passage que c'était le point de vue défendu par Chevènement. Si je reconnais qu'une telle stratégie a potentiellement la possibilité d'alléger notre fardeau commun, je persiste à penser pour plusieurs raisons que je vais étayer que cette stratégie est dangereuse à plusieurs titres. Mais commençons par expliquer en quoi une dévaluation de l'euro couplée à une monétisation pourrait arranger nos affaires.

 

Le principal problème que connaissent les pays de la zone euro les plus fragiles est leurs déficits commerciaux. C'est à cause de ces déficits commerciaux que ces nations sont obligées de s'endetter toujours plus afin de couvrir le déséquilibre de leur balance des paiements. Dans le système économique actuel, totalement libéral et où l'émission de crédit est essentiellement aux mains des banques privées, les états espagnols grecs ou portugais n'ont eu d'autre choix que de s'endetter vis-à-vis d'acteurs privés. Il fut un temps où les états auraient pu s'endetter entre eux, les pays excédentaires prêtant aux pays déficitaires, mais tel n'est plus notre organisation. Donc ces états se sont endettés sur le secteur privé au prix du marché, c'est à dire au taux d'intérêt que les instituts de notation estimée valable pour leur dette. La dégradation actuelle de la situation provient du fait que les perspectives de remboursement de ces prêts sont mises en doute, pour de bonnes raisons, par la majorité des investisseurs privés. Pour de bonnes raisons parce que la source de l'endettement de ces pays, le déficit commercial, ne semble pas pouvoir se réduire dans les conditions économiques qui ont été construites par la monnaie unique. Or pour rembourser un jour leur dette, les pays qui ont emprunté doivent dégager des marges de manœuvre leur permettant de rembourser ces prêts. Une forte croissance et des excédents commerciaux sont ainsi des moyens permettant de dégager des ressources supplémentaires. Cependant, comment obtenir une croissance et des excédents commerciaux quand votre monnaie est surévaluée et que vous comprimez la demande intérieure du pays en réduisant les salaires et les dépenses de l'état? C'est tout simplement impossible et les marchés l'ont bien compris, ils anticipent donc un défaut sur la dette de la plupart de ces pays. C'est pour cette raison que les taux demandés explosent, on ne leur prête qu'à des conditions insupportables.


C'est ici que la solution dans le cadre d'une non-sortie de l'euro de Jacques Sapir prend son sens. Il s'agit pour lui de palier aux problèmes produit par l'euro et par la situation de surendettement des états en utilisant une méthode qui aura un effet positif sur les deux problèmes en même temps. D'une part pour consolider le bilan des états il propose une monétisation des dettes à l'échelle de la zone euro. Ce serait la banque centrale européenne qui liquiderait en quelque sorte la dette grecque espagnole ou portugaise, c'est une espèce de Quantitative easing européen. Sapir estime entre 1100 et 1300 milliards d'euros la monétisation des dettes publiques en question. Il faut préciser d'ailleurs que même si nous sortions de l'euro la question de la monétisation des dettes publiques se poserait, sauf que dans ce cadre nous devrions avec minutie contrôler la circulation des capitaux pour éviter des effets secondaires graves comme la fuite de capitaux ou l'effondrement monétaire. À l'échelle de l'euro, ce genre de risque n'existe pas vraiment, il est vrai qu'il s'agit là d'un avantage de la monnaie unique. Sauf que cet avantage l'UE n'en use pas et pire comme le disait Emmanuel Todd l'Europe use de sa puissance économique pour se torturer. L'effet secondaire de la monétisation de la dette publique Grecque, Espagnole et autre sera aussi de dévaluer l'euro face aux autres monnaies dans des proportions qu'il est en fait difficile d'imaginer. Mais on peut espérer un retour à un dollar pour un un euro c'est-à-dire au taux de change de l'euro des environs de l'an 2000.



Nous voyons ici que la solution de Jacques Sapir résout nos deux problèmes en même temps parce qu’elle produit un désendettement et qu'en même temps elle produit une dévaluation qui permettra aux pays en déficit commercial de renouer avec un certain équilibre. Il y a quand même un problème d'application politique puisque l'on voit mal l'Allemagne et sa peur de l'inflation accepter une monétisation des dettes, le souvenir de la période de la république de Weimar l'ayant apparemment condamné à se fermer pour toujours ce type de solution. Ensuite cette solution ne permet pas un rééquilibrage interne de la zone euro, ce qui nous conduit également à réfléchir aux conséquences néfastes de cette politique à l'extérieur de la zone européenne.



L'euro c'est notre monnaie, c'est votre problème.



Pour paraphraser John Connally le secrétaire d'État américain au trésor pendant la période Nixon, celle de l'abandon du système du dollar basé sur l'or, on peut dire que la solution de Jacques Sapir consiste à dire « L'euro c'est notre devise, c'est votre problème ». En effet quelque part pour contrer les problèmes inhérents à la nature de la monnaie unique nous allons produire ici une politique qui va expulser vers d'autres régions du monde nos problèmes économiques. Pour la bonne et simple raison, que les pays qui ont des excédents à l'intérieure de la zone euro, à l'heure actuelle, vont se retrouver excessivement avantagés une fois l'euro revenu à des niveaux plus faibles. Il faut bien voir que d'un point de vue comptable et en moyenne l'euro actuel globalement n'est pas surévalué. La zone euro a juste un léger déficit commercial, donc on ne peut pas dire que la zone euro ait une monnaie surévaluée, elle l'est, mais uniquement pour certains pays membres. Pour les autres membres, ceux qui sont en excédent, l'euro est beaucoup trop faible. Que se passerait-il si l'euro était dévalué pour revenir une parité d’un dollar? C'est simple, les pays qui ont des déficits retrouveraient une balance en équilibre, mais ils compenseraient en fait leurs déficits avec des pays comme l'Allemagne en ayant des excédents avec des pays comme les USA, le Canada, ou l'Australie. De leur côté les pays qui sont déjà en excédent verraient ceux-ci exploser pour atteindre des niveaux difficilement imaginables. En effet, ils maintiendraient leurs excédents avec les PIGS parce que la dévaluation de l'euro ne changerait rien au commerce intracommunautaire, mais en plus ils verraient leurs excédents avec l'extérieur exploser sous l'effet de la dévaluation de l'euro.

 

 

balance-commerciale-zone-euro.png

 

Jusqu'à combien l'Allemagne verrait-elle alors son excédent passer ? 10 ou 15% de son PIB, voir peut-être plus. Et quel effet une telle politique aurait-elle sur la croissance du reste de la planète? L'Europe se transformerait en une gigantesque machine mercantiliste produisant entrainant une baisse mondiale de la demande, car les autres régions du monde aussi auraient comme stratégie de résister en dévaluant face aux excédents accumulés par la zone euro sous-évaluée. Donc comme on le voit la stratégie de Jacques Sapir si elle est théoriquement intéressante pour les pays membres consiste en fait à expatrier notre problème de déséquilibre commercial interne vers d'autres pays. Ce n'est donc pas une solution. Nous sommes toujours coincés dans le fait qu'il est impossible d'avoir une seule monnaie pour des pays aux économies largement divergentes. On ne trouve pas de juste milieu et chaque solution collective à l'échelle de la zone euro, produit des effets collatéraux extrêmement graves. Soit nous laissons le taux de change tel qu'il est, et les PIGS coulent, puis l'Italie et la France. Soit on dévalue, et l'on fait couler les pays à l'extérieur de la zone euro. On remarquera au passage que les seules qui ne risquent rien sont les Allemands dans ces deux solutions. Il nous faudra donc nécessairement envisager des solutions différenciées pour chaque nation de la zone euro. À chaque problème, sa solution, puisqu’une solution globale produit toujours des effets secondaires non désirables.

 

Si on reste dans l'euro alors on peut penser par exemple à une relance de la demande intérieure dans les pays excédentaires. Si l'Allemagne augmentait par exemple de 20% ses salaires, les autres pays pourraient rééquilibrer leur balance commerciale en exportant plus chez elles. Une relance dans les pays excédentaires tirerait la croissance du continent tout en rééquilibrant les balances commerciales au sein de la zone euro. Dans un tel scénario, une dévaluation de l'euro n'aurait pas d'effets dévastateurs à l'extérieur, car les excédents allemands se réduiraient petit à petit. On peut donc imaginer une monétisation des dettes des PIGS couplée à une relance des salaires des pays excédentaires de la zone. On réduirait ici le gonflement de l'excédent de la zone euro qui coïnciderait avec la dévaluation produite par la monétisation. L'autre solution serait de permettre un protectionnisme intérieur et extérieur à la zone euro. On garderait l'euro comme monnaie unique, mais on laisserait à chaque état le soin de protéger son commerce avec des quotas et des droits de douane. Ces derniers ne seraient autorisés que pour les pays en déficit commercial de façon à ce qu'ils remontent la pente jusqu'à rétablir leurs équilibres macroéconomiques.

Partager cet article
Repost0
30 mai 2011 1 30 /05 /mai /2011 20:50

  Hayek.jpg 

Le dernier texte  de Jean Claude Werrebrouck s'attaque aux propositions de Jacques Sapir avec des idées sommes toutes assez classiques et usitées parmi les libéraux. Il cite d'ailleurs l'économiste libéral Friedrich von Hayek, grande marotte libertarienne. On met à toutes les sauces et il sert de mascotte à la plupart des libertariens qui sévissent sur le net. Mais Hayek avait une drôle de conception de la liberté et il en est d'ailleurs de même pour tous ceux qui pensent que le marché libère et que les règles oppriment. Car c'est bien de cela qu'il s'agit en définitive. Combattre la sortie de l'euro en prévenant des dégâts que celle-ci pourrait nous faire courir en nous conduisant vers une nouvelle "servitude", c'est supposé au préalable que l'ordre actuel du marché tout puissant est la réalisation ultime d'une société totalement libre. Mais libre de quoi? Pour paraphraser le général De Gaulle, il ne suffit pas de crier liberté, liberté, liberté, pour que celle-ci se réalise, ce terme seul ne signifie rien en réalité. En mécanique, on parle de degrés de liberté, on est toujours libre, mais par rapport à quelque chose et non dans l'absolu. En l'occurrence, je crois que ceux qui prétendent défendre la liberté en général oublient d'en définir les contours comme les objectifs pour en faire une sorte de symbole verbal sans rapport avec le réel. La vraie question n'étant pas la liberté de l'individu en tout temps et dans n'importe quel lieu, mais la liberté de ce même individu dans le cadre de la réalité et donc de ce qu'il est possible de faire dans notre monde limité.

 

Vivre c'est être limité

 

 

Car la liberté de l'homme est naturellement contrainte par le réel, nous vivons dans un monde limité où toutes nos envies ne peuvent se réaliser. Nous sommes contraints par tout un tas de choses et pas seulement par la loi des hommes. En vérité, il est même certain que la loi des hommes est en réalité la seule chose sur laquelle nous avons une réelle influence si encore nous prenions notre rôle de citoyen au sérieux. En revanche sur la vie, la mort, les désirs sexuels, la faim, sur tout cela nous n'avons guère d'influence. Un homme véritablement libre dans l'absolu n'aurait besoin de rien. Il n'aurait ni besoin de manger, ni besoin de boire, de dormir, ni d'envies sexuelles, il serait immortel, un tel homme serait véritablement libre, mais nous ne sommes pas ainsi fait. Et d'ailleurs, quel sens aurait nos vies si nous n'avions besoin de rien? Peut-on seulement imaginer un esprit pur sans aucune contrainte d'aucune sorte et complètement libre de tout? Nous sommes prisonniers de notre nature, mais c'est paradoxalement ces limites ces contraintes qui donnent sens à nos vies. Les désirs mêmes dont certains pensent que leur étanchement continu est un signe de liberté sont des contraintes que nous impose la nature. Mais sommes-nous réellement libres lorsque nous nous remplissons la pense parce que nous avons faim? Sommes-nous libres lorsque nous sommes obligés de travailler pour remplir nos besoins vitaux? Sommes-nous libres lorsque nous sommes obligés de respirer?

 

 

Les libéraux modernes ont réduit la liberté à cet étanchement du désir jusqu'à plus soif sans jamais se poser la question de savoir si ces désirs, ces pulsions étaient des signes de liberté ou au contraire d'asservissement vis-à-vis de notre propre nature. Ainsi donc le libéral libère les pulsions humaines, les désirs, car il considère ces dernières comme sacrées, comme étant les mécaniques premières d'où doit impérativement découler tout le reste. La société tout entière est priée d'obéir à l'individu et à ses désirs tout puissants. Évidemment en pratique cette société de la pulsion et du désir individuel s'incarne par le marché, grande place où se rencontrent les désirs multiples des différentes individualités qui composent notre société. Mon terme rencontre est d'ailleurs bien faible, je devrai plutôt dire où s'affrontent les désirs multiples des individus en contradiction les uns avec les uns. En contradiction parce que nous vivons comme je l'ai dit dans un monde limité, les désirs s'entrent-chocs, et de ces affrontements naissent la fameuse lutte des classes d'un Karl Marx. La vision libérale de la société celle de la maximisation du remplissage des désirs de chacun ne peut construire qu'une société d'affrontement. C'est encore plus vrai lorsqu'on laisse le marché, c'est-à-dire le rapport de force, décider la répartition de la place des désirs de chacun.

 

 

La société nous libère en partie des contraintes de la nature

 

  On le voit la définition même que donnent des libéraux comme Hayek de la liberté porte en germe la guerre et le conflit social. Les libéraux considèrent que la liberté des individus se définit comme étant l'aptitude de chacun à remplir ses désirs égoïstes les plus grands. Dans ce cadre conceptuel, il est normal que l'on considère la règle, la loi ou la contrainte collective comme étant une servitude, une oppression. Mais la liberté des libéraux est-elle la seule liberté concevable ? Et si ce qu'ils considèrent comme étant une liberté, n'était qu'en fait un piège sémantique pour cacher qu'en réalité ils ne défendent la liberté absolue que de quelques-uns, au détriment de la liberté des autres. À quoi aboutit en pratique la société libérale ? À une immense concentration des richesses qui dans la société marchande se traduit par une immense concentration des libertés. Quelle est donc la liberté d'un SDF dans l'Europe du marché libre et non faussé ? De quelle liberté parle-t-on ? De celle du français moyen ou de celle du milliardaire de Neuilly ? C'est là le deuxième point problématique de la liberté selon les libéraux, ils s'adressent bien souvent à leur propre milieu social et bien peu à la masse de la population. Mais si maximiser la liberté d'un individu extrêmement riche réduit la liberté d'une grande quantité d'individus plus pauvre est-ce que l'on a vraiment dans ce cas augmenté la liberté individuelle telle que l'entendent nos amis libéraux ? C'est pourtant bien le résultat pratique des politiques qu'ils prônent. Le libre-échange et la liberté de circulation des capitaux ont donné une grande liberté aux plus aisés, mais ont détruit les maigres libertés des plus pauvres de la société.

 

 

On peut donc considérer qu'il y a là une contradiction dans la logique même des libéraux. Mais il y a un autre point important qui contredit la logique libérale. La société n'est pas une contrainte qui est née comme ça pour opprimer l'individu. La société s'est construite avant tout parce que le travail collectif des hommes était infiniment plus puissant que le travail individuel et isolé. Si l'homme a rejoint la société et s'est plié à ces contraintes, c'est aussi parce que cette dernière donne des avantages. Elle rend la vie plus douce et finalement nous libèrent en partie des contraintes naturelles. En fait, la vie collective nous rend plus libre que nous ne l'étions en étant chasseurs-cueilleurs comme nos lointains ancêtres. Sur la nature l'homme n'a aucune influence individuellement alors qu'il en a sur les lois de la société en tant que citoyen. Là où les libéraux voient de la servitude, je vois de la liberté, une liberté sous contrainte, mais une vraie liberté et non une liberté illusoire comme celle de se faire ballotté par la colère de la nature hier, ou par celle du marché « libre » aujourd'hui. À la place de la loi du plus fort nous avions mis en place des formes plus policées du rapport entre les hommes. La société a permis à l'homme de maitriser son destin bien plus que sa pauvre nature n'aurait pu lui en laisser le loisir. Voir dans la contrainte sociale une atteinte à la liberté de l'homme est donc une absurdité d'autant que la société nous façonne autant que nous la façonnons. Il est en réalité bien difficile d'extraire l'individu de la société dans laquelle il vit.

 

La route de la servitude

 

  On peut donc conclure que l'idée que la liberté individuelle est la vraie liberté est une chimère à plusieurs titres. D'abord, être prisonnier de ses pulsions ce n'est pas être libre, la vie en société nous façonne et c'est bien au contraire en apprenant à dépasser nos propres désirs que nous devenons civilisés et que nous devenons véritablement libres. Ensuite parce que la contrainte sociale, aussi lourde soit-elle, est quand même influençable par l'action des hommes, ce qui n'est ni le cas de la nature, ni le cas du marché pur déifié par certains. La loi, la contrainte et les règles ne sont pas des servitudes, ce ne sont pas des mécanismes qui asservissent, mais bien souvent des mécanismes qui libèrent. Et ils libèrent tous les citoyens de l'oppression des plus forts de la société. La route de la servitude de Hayek c'est la route de la servitude des plus puissants, de ceux qui rêvent d'asservir les autres hommes. Nous ne parlons pas de la même servitude suivant que vous êtes puissant ou misérable. Les riches ont peur de la loi, de la règle, de la contrainte parce qu'effectivement elle réduit en partie leur liberté économique et contraint leurs désirs. Mais c'est pour accroitre la liberté du plus grand nombre, ce n'est pas contre la liberté dans l'absolu.

 

 

Les propositions de Jacques Sapir qui font si peur à monsieur Werrebrouck ne sont des contraintes que pour les plus puissants. En permettant des politiques de plein emploi, des politiques de relance des salaires, elles permettront une meilleure répartition des richesses et donc une plus grande liberté pour les plus faibles. Quant à la peur que lui inspire ce qu'il appelle les entrepreneurs politiques qu'il sache que ceux-ci ont tout de même des comptes à rendre face aux citoyens. Ce n'est absolument pas le cas des élites économiques qui nous dirigent à l'heure actuelle, et dont le lobbyisme incessant à Bruxelles nous impose des lois et des contraintes sur lesquelles nul citoyen n'a de pouvoir. En réalité la route de la servitude nous l'avons déjà suivi et la construction européenne en est le plus illustre chemin.

 

Partager cet article
Repost0
26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 17:30

Cela fait plusieurs décennies maintenant que l'on présente l'inflation comme étant un danger vital pour l'économie. Un texte apparu sur moneyweek semble souligner que cette peur de l'inflation gagne aussi la Chine et sa super croissance économique. Ainsi pour l'analyste économique de moneyweek l'inflation serait un danger pour la croissance chinoise. C'est un vieux débat, mais je crois qu'il y a  là encore une fois quelques confusions. Des confusions qui sont souvent volontaires de la part des économistes qui aiment bien cacher les intérêts réels qu'ils défendent. On va donc parler à nouveau du lien qu'il y a entre ce que l'on appelle inflation et la croissance économique. J'expliquerais aussi que l'inflation et la hausse des prix ce n'est en fait pas la même chose. Ensuite, nous verrons le point le plus important de cette analyse, l'importance qu'il y aurait à vouloir à nouveau indexer les salaires sur l'inflation.

 

La croissance et l'inflation

 

  L'inflation est elle l'ennemie de la croissance économique? C'est l'hypothèse que certains en Europe défendent pour justifier la lutte incessante contre l'inflation par des politiques de restriction de la masse monétaire et de "modération" salariale" imposée aux travailleurs. La réalité historique est pourtant tout autre. En réalité, on constate globalement que si l'inflation ne signifie pas automatique qu'il y ait croissance. Une faible croissance est par contre toujours liée à une faible inflation voir à une déflation. Il est vrai aussi que tout cela est affaire de proportion. Le terme inflation signifiait à l'origine l'augmentation de la masse monétaire en circulation, on parlait d'inflation lorsque la masse monétaire augmentait et de déflation lorsque la masse monétaire diminuait. C'est un raccourci intellectuel réalisé par les économistes d'obédience libérale qui a produit la confusion entre la hausse des prix et l'inflation. Un raccourci bien pratique pour imposer leur point de vue qui vise à réduire au maximum la hausse de la masse monétaire en circulation et ainsi à favoriser le capital par la rareté que lui confèrent de telles politiques. Car la hausse des prix peut très bien se faire même avec une stagnation de la masse monétaire, et une inflation de la masse monétaire ne produit pas automatiquement une hausse des prix. L'évolution de la masse monétaire toute seule ne permet pas de prédire s'il y aura hausse des prix ou inversement. Mais cette confusion volontaire s'explique par le fait que la rareté de la monnaie créée mécanique une hausse du rendement du capital par le jeu de l'offre et de la demande. En raréfiant la monnaie en circulation, vous favorisez sa hausse en terme de valeur. Cela explique l'attachement de certains à l'or comme étalon monétaire. Or comme le disait Keynes si la rareté du capital physique comme les terres agricoles pouvaient justifier une hausse de la valeur intrinsèque de ce capital par sa nature limitée, il n'en va pas de même avec le capital monétaire qui n'est qu'un jeu d'écritures.

 

En l'occurrence, la rente financière ou capitalistique sous forme de dividende monétaire n'est rien d'autre qu'une forme de spoliation d'une population par une autre sans justification réelle. Car le capital se fabrique très facilement. La base de l'échange marchand c'est normalement l'échange d'un travail contre un autre, c'est ce que prétendent d'ailleurs les libéraux eux-mêmes qui croient que la monnaie n'est qu'un voile. Alors en réfléchissant sur cette base qu'elle est donc la production des rentiers qui justifie la ponction qu'ils prennent sur la société ? En échange de quoi ponctionnent-ils des revenus à travers leurs actions ou leurs obligations d'état ? Sous le prétexte qu'ils possèdent un capital, un jeu d'écritures sur un compte ils peuvent s'enrichir indéfiniment grâce au jeu des taux d'intérêt et ça sans rien produire eux même dans l'intérêt de la collectivité. Si l'épargne avec un but de consommation ou de sécurité personnel est compréhensible, le fait d'en tirer un revenu substantiel est autrement plus discutable. Si nous étions dans un système de troc, cela reviendrait à voir une partie de la population se voir offrir gratuitement une part conséquente de la production nationale. C'est bien parce que la monnaie cache cette réalité choquante que ce système absurde est accepté. Il est vrai aussi que l'idéologie libérale essaie de faire croire que tout le monde peut être Calife à la place du Calife, ou plutôt rentiers à la place du rentier. Chacun voulant croire qu'il pourra lui aussi devenir rentier, ce système se perpétue alors qu'il fait bien plus de perdants que de gagnants. La lutte contre l'inflation est donc bien plus un choix idéologique favorisant certaines couches aisées de la population qu'une politique réellement orientée vers le bien-être de la population en général. Durant les trente glorieuses, l'inflation très forte ne gênait personne. Lorsque le Général De Gaule a dévalué le franc en 1958 l'inflation a atteint 20% sur l'année, mais la croissance est repartie et la France a connu sa décennie la plus forte en terme de croissance et de hausse de niveau de vie. Nous investissions massivement dans la recherche et la production industrielle, l'inflation n'était pas si gênantes que ce que certains essaient de faire croire. C'est d'ailleurs la même chose en Chine à l'heure actuelle. Ce qui inquiète les autorités ce sont les hausses de salaire et la possibilité d'une meilleure répartition des richesses dans ce pays à travers l'inflation.

 

Inflation-francaise-depuis-1958.png

la-croissance-eco1copie

 

  Depuis que nous luttons avec succès contre la méchante inflation, la France connait un déclin de sa croissance économique à chaque décennie successive. Les années 2000 sont plus mauvaises que les années 90, qui elles-mêmes sont plus mauvaises que les années 80 etc... Si le chômage a cessé d'augmenter à son rythme maximal des années 80-90 c'est avant tout parce que les Français ont commencé à s'adapter à la misère croissante du pays en faisant moins d'enfants ou en reportant au maximum la naissance de ces derniers produisant ainsi un ralentissement de la hausse de la population active qui a fini par limiter la hausse du chômage. En clair les Français ont adapté leur natalité à l'économie en dépression dans laquelle on les enferme depuis plus de trente ans maintenant. La lutte contre l'inflation est un succès, mais à quel prix pour la majorité de nos concitoyens ou pour les finances publiques. D'autant que l'on voit bien sur les graphiques précédents que la rupture sur l'inflation ne s'est pas fait grâce aux réformes libérales comme la privatisation de l'instrument monétaire en 1973 avec la loi Poupidou-Giscard. En réalité, celle-ci a entrainé une accélération de l'inflation. C'est la disparition de la croissance qui mit fin à l'épisode inflationniste des années 70, le coup fatal étant la désindexation des salaires sur l'inflation en 1984 un coup de marteau sur les salariés dont le pouvoir d'achat ne se remettra jamais. On le voit ci-dessous, la désindexation des salaires en 1984 a permis une dégringolade de la part salariale dans la valeur ajoutée des entreprises. Cela s'ajoute effectivement aux autres sources de la compression salariale les délocalisations et l'immigration de masse.

part-des-salaires-dans-la-valeur-ajoutee-france.1226286582.PNG

 (Source le blog dechiffrage)

 

Bien évidemment, cette politique visant à faire payer toujours les salariés a un prix. Celui de la contraction de la consommation, mécanisme qui finit par gripper la profitabilité des entreprises. Cependant jusqu'à la crise récente les endettements publics et privés ont compensé ce déclin salarial, et depuis 2008 ce mécanisme s'est grippé dans tout l'occident. Comme nous l'avons vu dans le texte précédent, les deux seuls ressorts possibles pour la croissance sont en premier le retour à l'émission de crédit public. Et ceci à fin de faire croitre la masse monétaire sans endettement pour purger le système en réduisant le niveau des dettes actuelles et au passage en investissant dans la sphère productive pour relancer une industrie nationale. Et le deuxième moyen est en relançant les salaires français le tout sous la protection d'une politique monétaire active et de barrières protectionnistes pour éviter la fuite vers l'extérieur des effets de ces politiques de dynamisation de l'économie nationale. 

 

De l'intérêt de l'indexation des salaires sur l'inflation

    

C'est dans l'optique de la première solution celle de l'émission de crédit public et de monétisation de la dette que l'indexation des salaires prend son sens. Il est vrai que ces politiques couplées au protectionnisme et à la dévaluation produiront certainement de l'inflation. L'indexation des salaires sur l'inflation vise donc à prémunir les salariés des effets secondaires que produiront ces politiques. À travers l'inflation il y aura une redistribution de la part de la richesse nationale entre les différents acteurs du pays et l'indexation des salaires sur l'inflation vise à faire en sorte que cette inflation soit surtout favorable aux salariés et défavorable à la rente sous toutes ses formes. Il s'agit d'un choix politique, un choix qui vise à améliorer le sort de ceux qui produisent la richesse plutôt que de ceux qui vivent de leur rente. Et comme tout choix il implique nécessairement des gagnants et des perdants. Il me semble cependant que globalement ce choix fera quantitativement moins de victimes que le précédent. Il permettra surtout au pays d'avoir un avenir, car il produira une réindustrialisation l'inflation n'est que le prix modeste à payer pour notre liberté en tant que peuple. De plus l'inflation ne sera que temporaire à des niveaux important comme on a pu le voir lors des expériences argentines ou islandaises. L'inflation est forte quelques années puis retombe une fois le nouvel équilibre de la société trouvé.

 

Quant à ceux qui s'inquiètent d'une éventuelle baisse de l'investissement à cause d'une baisse de la rentabilité des entreprises. Je leur rappellerai que la hausse phénoménale de la profitabilité des entreprises françaises n'a pas vraiment fait décoller l'investissement en France. Et pour cause, mieux valait spéculer que d'investir dans des activités à la rentabilité faible et à long terme. Qui plus est pourquoi investir en France alors que la demande stagne et qu'on peut investir là où les salaires sont encore plus faibles tout en exportant en France? La justification de la contrition des salaires par la nécessité de l'investissement ne tient pas la route deux minutes, d'autant qu'une bonne part des gains des entreprises ne se retrouve pas dans l'investissement, mais dans les dividendes des actionnaires. Ensuite pour que les entreprises investissent il faut certes qu'elles en aient la possibilité, mais aussi l'intérêt. Seule la hausse de la demande pour leur produit fabriqué sur le territoire national peut les pousser à investir en France. La hausse salariale est donc un très bon moyen de relancer l'investissement contrairement à ce que la vulgate commune essaie de nous faire croire.

 

Partager cet article
Repost0
25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 19:24

 

Le gouvernement s'est réjoui dernièrement des chiffres de l'INSEE qui tablaient sur une croissance de 1% au dernier trimestre. Une croissance qui annuellement aurait donné 4% si elle s'était maintenue. Seulement ces chiffres entrent largement en contradiction avec d'autres, beaucoup plus négatifs. La statistique française commence sérieusement à ressembler à celle de l'ex-URSS. Entre les chiffres de l'inflation régulièrement contredits par des analyses indépendantes ou les chiffres de la croissance qui sont incohérents avec les données du chômage ou de la consommation, il y a de quoi se poser quelques questions sur la fiabilité et l'indépendance des statisticiens français.  Ainsi l'un des principaux moteurs de l'économie française étant la consommation, celle-ci étant surtout produite par la hausse de l'endettement privée puisque les salaires stagnent. Nous devrions sentir dans les chiffres du crédit à la consommation la fameuse reprise de madame Lagarde. Or il se trouve que les chiffres du crédit à la consommation sont mauvais.

 

  Les prêts personnels sont en baisse de 10% et les encours actuels stagnent. Nous savons par ailleurs que la masse monétaire en Europe fait du surplace, le seul moteur depuis des années étant l'augmentation de la masse en circulation par la production de crédit et d'emprunt public ou privé. La panne de l'endettement signifie en pratique la disparition de la croissance économique, car c'est ainsi que fonctionne le petit monde de l'économie totalement financiarisée de l'argent-dette.  Les chiffres commerciaux sont aussi mauvais pour l'économie française. Le déficit commercial atteint encore près de 5.7 milliards d'euros en Mars et la dégradation de la balance commerciale française est bien visible sur ce graphique.

 

balance-comm-francaise-mars2011.png

 

 

Comment avoir de la croissance sans hausse de l'endettement?

 

La question de base que devrait se poser le gouvernement est pourtant simple. Comment faire pour avoir de la croissance économique en France ? Et cela alors que les exportations ne peuvent pas redémarrer, la planète et l'Europe étant entrées dans une course suicidaire à l'excédent. C'est extrêmement vrai en Europe avec une Allemagne qui a décidé de ne tirer sa croissance qu'avec ses exportations au détriment de sa demande intérieure, stratégie totalement non coopérative. D'autre part, il faudra compter sans l'endettement privé puisque manifestement la population française ne peut pas aller plus loin dans l'endettement personnel. Ajoutons à cela l'endettement public qui lui aussi a atteint ses limites. Et l'obtention d'une croissance dans ces conditions avec le moteur habituel relève de la quadrature du cercle. C'est un problème qui est sans solution dans le cadre actuel. Pour relancer la croissance à l'heure actuelle, il ne reste que deux choses à faire. La première c'est d'augmenter les salaires et mieux répartir les richesses à l'intérieur de l'économie française. Seulement manque de chance tout a été fait pour que cette solution ne puisse advenir ou ne puisse même être pensée. « Quoi augmenter les salaires? C'est de la démagogie. » Mais en réalité, c'est bien l'absence du véritable moteur de la consommation, la hausse des salaires, qui nous a mis dans la situation actuelle. On peut d'ailleurs affirmer qu'il est démagogique de vouloir avoir une croissance tout en ayant une monnaie surévaluée, une stagnation salariale et une période de désendettement. S'il y a bien une démagogie en France, c'est bien celle des partis politiques dominants et du gouvernement actuel. On peut tourner le problème dans tous les sens que l'on veut, pour écouler la production il faut des consommateurs, et pour qu'il y ait des consommateurs, il faut des salariés payés à leur juste mesure. Ce ne sont pas les esclaves chinois qui pourront compenser l'absence de hausse de salaire en Europe ou en Amérique. D'autant que même dans l'hypothèse peu réaliste que ces derniers finissent pour nous remplacer en tant que consommateur, il ne restera pas grand-chose de nos propres rentiers et multinationales. En effet, ils auront entre-temps été mangés par leurs homologues chinois assis sur la dernière vraie nation industrielle de la planète.



Mais là évidemment on nous ressort le coup de l'impossibilité de hausse des salaires à cause de la concurrence libre et complètement faussée. Un argument tautologique en réalité puisque c'est bien cette politique qui a abouti à cette stagnation-régression dans laquelle nous sommes. La concurrence libre n'est pas un accident ou le sens de l'histoire, mais bien un choix politique qui a été validé y compris par la gauche française. Faire fi comme beaucoup du caractère éminemment politique de cette orientation économique c'est encore une fois faire croire que l'économie est une science naturelle ce qui est complètement faux. L'autre mécanisme pour relancer la croissance est aussi interdit par la doxa dominante, celle du crédit public et de l'émission monétaire sans contrepartie. Là c'est le risque d'inflation qui sert de justification au laisser-faire. Nous sommes donc bien dans une situation de blocage complet et de pourrissement lent. Il n'y aura pas de reprise et la croissance en France et en Europe pour la prochaine décennie pourrait bien être négative en permanence. Nous sommes dans une situation plus grave encore que celle que le Japon connait depuis les années 90, car ce dernier a gardé sa monnaie et n'a pas hésité à faire régulièrement des plans de relance. Il ne reste qu'à espérer une réaction de la population qui de toute façon sera contrainte à un moment ou à un autre de réagir face à ce qu'il faut bien appeler un génocide économique.

 

 

Partager cet article
Repost0