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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 21:31

 


 

Avec le concerto de sornettes que les sbires du néolibéralisme ne cessent de produire dans nos médias, il est temps de ramener un peu de vérité dans ce monde d'imbéciles. Au moment où notre gouvernement fait exactement ce qu'il ne faut pas faire pour ramener la croissance voilà Pascal Lamy et monsieur Pierre Gattaz qui ramènent encore cette vieille lubie du salaire qui bloque l'emploi et qui serait seul coupable du chômage de masse. L'on aurait pu croire qu'avec les expériences récentes et ratées du néolibéralisme en Grèce, au Portugal ou en Espagne ces idiots auraient mis un peu d'eau dans leur vin, mais c'était gravement sous-estimé leur aveuglement doctrinaire. Bien évidemment, ils savent pertinemment que la baisse des salaires ne fera pas baisser le chômage. C'est un argument pour le populo, celui qui a encore un emploi, mais qui trouve que si le pays va mal c'est la faute aux fonctionnaires et aux salaires trop élevés. La vraie pensée de Lamy et compagnie c'est le célèbre Nairu, le taux de chômage qui n'accélère pas l'inflation. Leur but n'est pas de réduire le chômage, mais de rééquilibrer la balance des paiements de la France dont ils savent qu'elle est dangereusement déficitaire, mais sans employer des méthodes qui pourraient favoriser le salariat et donc in fine l'inflation.

 

Gardez toujours bien en tête que les défenseurs du système ne défendent pas l'intérêt de la France, mais celui des groupes sociaux privilégiés qui tirent une part importante de leur revenue de la rente financière ou immobilière. Le chômage ils s'en fichent éperdument comme l'a montré l'histoire de ces trente dernières années. Qu'ils en soient conscients ou non, les défenseurs de la baisse salariale sont les meilleurs alliés de la rente sous toutes ses formes. La multiplication des emplois aidés, des baisses de charge des stagiaires en tout genre ont en réalité fait flamber le chômage. Alors que notre pays connait une croissance de la population active très inférieure à celle des années 80, nous trouvons le moyen de mettre au chômage des millions de gens. Pourtant l'emploi a été énormément flexibilisé comme le préconisaient les néolibéraux. Il est temps peut-être de faire le bilan de quarante de néolibéralisme et d'admettre une fois pour toutes que le salaire n'a pas le lien avec l'emploi que prétendent les Attila du libéralisme.

 

La démagogie simpliste néolibérale

 

L'idée que la baisse des salaires puisse résoudre le problème du sous-emploi est en réalité le fruit de la logique cartésienne libérale. Celle dont je critiquais il y a peu le caractère extrêmement dogmatique et faux à cause des prémisses d'indépendance des variables. En effet, dire que la baisse salariale facilite la création d'emploi revient à nier ou à négliger l'impact de cette baisse sur l'activité générale de l'économie. Car avant que les supposés effets sur l'emploi se fassent sentir, l'effet de la contraction de la demande par la baisse des salaires aura déjà frappé la consommation. Or comme je l'avais déjà expliqué sur ce blog à maintes reprises c'est la demande qui dicte l'investissement et la création d'emploi, pas le cout de l'emploi en lui même. Les entreprises ne créent pas d'emploi pour le plaisir d'en créer, mais parce qu'elles pensent qu'il est nécessaire pour répondre à la demande de faire appel à plus de main d'oeuvre. Il suffit de voir l'évolution du chômage en Grèce pour voir que ces remèdes ne résolvent absolument pas le problème du chômage bien au contraire. Le niveau salarial en Grèce est retombé à son niveau de 1997. Le salaire minimum a régressé de plus de 20 %. Pourtant, regardez la courbe du chômage. Et quant à tirer la croissance par l'exportation due à une baisse des salaires, on se demande bien pourquoi les entreprises de notre pays iraient investir dans notre pays même pour 20 % de baisse alors qu'elles peuvent aller en Pologne ou en Chine pour faire la même chose. Encore une fois il s'agit d'un attrape-couillon. Si l'on veut réellement réindustrialiser le pays, il faut taxer les importations et dévaluer. Tout le reste n'est qu'écran de fumée. Ou pire des stratégies corporatistes d'intérêt à court terme.

 

 

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Si monsieur Lamy et Gattaz cherchent à résoudre un problème, ce n'est donc pas celui du chômage et ils sont trop bien informés pour ne pas le savoir. Ils cherchent en réalité à sauver l'euro en réduisant le déficit de la balance commerciale de la France sans que celle-ci ait à dévaluer et donc à sortir de la zone. En réalité ils veulent augmenter le chômage et non le réduire. Car ils ont compris qu'en cassant totalement la demande ils parviendront à un nouvel équilibre comme Gèrce ou Espagne. Ils pensent probablement que la population française sera aussi atone que celle de ces pays et que le pays pourra supporter socialement des taux de chômage officiels à 30 % ou plus. On peut donc véritablement dire de ces gens qu'ils sont des criminels. Il faudra un jour ou l'autre faire l'équivalent d'un procès de Nuremberg pour les néolibéraux.

 

 

 

La dévaluation est égalitaire, la baisse des salaires ne l'est pas !

 

À ces arguments montrant l'inanité de la baisse salariale concernant la création d'emploi, ajoutons tout de même son caractère hautement inégalitaire. En effet, les salaires ici visés sont les bas salaires. Comme à l'accoutumée l'on partage les efforts nécessaires au dogme du libre-échange entre les pauvres et les ultra-pauvres. Car comme vous le savez l'état ne contrôle pas les salaires distribués sauf ceux des fonctionnaires. Donc en ne jouant que sur le SMIC vous ne faites que jouer sur le salaire des personnes qui sont déjà en situation de faiblesses vis-à-vis de leur patron. Certainement pas le salaire des cadres ou des professions libérales. On n’imagine guère l'état s'attaquer par exemple aux salaires des docteurs, des huissiers ou des avocats. Et que dire des hauts fonctionnaires et de la totalité des personnels bien placés, dont le copinage et l'activité non industrielle, les protège des effets néfastes de la mondialisation. On va donc taper encore sur ceux qui triment déjà au risque de cette fois les plongées dans la misère la plus complète.

 

 

À côté de cela, la dévaluation aurait comme énorme avantage de faire baisser le cout de tout le monde en même temps. Si nous dévaluions de 20 % par exemple les produits importés couteraient 20 % de plus de la même manière pour un ouvrier ou pour un avocat. Les effets de la dévaluation ont une grande vertu tout comme l'inflation, elle est égalitaire. Tout le monde est traité de la même façon. Et cela Lamy et compagnie ils le savent pertinemment. Raison de plus pour commencer à aiguiser les guillotines.  

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9 avril 2014 3 09 /04 /avril /2014 22:18

Voilà le nouveau premier ministre se lançant à la manière d'Arnaud Montebourg à l'assaut de la citadelle de l'euro fort. Ce n'est pas nouveau. On sait pertinemment que l'euro est beaucoup trop fort pour la France, mais aussi pour la plupart des pays de la zone et c'est parti pour cette raison apparemment rationnelle que la BCE pense se lancer à son tour dans la politique d'assouplissement quantitatif. Comme dans le cas de Montebourg il s'agit là moins d'une stratégie réelle de politique économique que d'une stratégie de communication. Car Valls est bien de son milieu. Un être qui pense avant tous à l'intérêt personnel qu'il peut tirer d'une situation particulière sans se soucier réellement de l'intérêt collectif ou des besoins de la population qu'il est censé représenter. Il sait pertinemment que la structure même de la construction européenne et de l'euro interdit toute forme d'influence politique sur la BCE. C'est même l'un des points cardinaux que l'Allemagne et les ultralibéraux ont bien scellés dans le traité de Maastricht. La banque centrale est indépendante du pouvoir politique. En pratique les banques centrales sont surtout indépendantes de l'intérêt général et bien plus dépendantes de quelques intérêts particuliers et de règles bureaucratiques absurdes. Le résultat pratique de cette réalité est que la zone euro n'a qu'un seul but: l'inflation la plus basse possible, car l'inflation c'est mauvais surtout pour les rentiers. L'autre problématique implicite que Valls comme Montebourg ne sauraient ignorer c'est l'indubitable divergence des intérêts monétaires de la zone. Si la France ou l'Italie ont besoin de dévaluer, ce n'est pas le cas de l'Allemagne. Et d'un point de vue strictement rationnel, la zone euro ayant un excédent commercial, il n'y a aucun besoin de dévaluer.

 

Évidemment cet excédent cache les diversités énormes des situations. Mais d'un point de vue purement logique la BCE n'a aucune raison de dévaluer. Elle pourrait même affirmer que les pauvres en Italie ou en France n'ont qu'à aller s'installer en Allemagne. C'est la logique fédérale que la France et ses élites ont voulu et qui nous conduit dans cette impasse sans solution parce que l'Europe n'est pas une nation. L'UE ne peut conduire qu'à la destruction des nations les plus faibles. Cependant, on peut douter assez largement de l'ignorance de ces faits par Valls. Tout comme notre président il fait partie de ces hommes politiques qui ont fait du libéralisme la pièce centrale de toute leur logique économique et politique. Il a participé ardemment à la construction de l'UE telle qu'elle est. Il est donc peu probable qu'il croit lui même à ce qu'il dit lorsqu'il affirme vouloir changer les politiques de la BCE. Il compte cependant bien profiter de l'éventuel assouplissement monétaire de la banque centrale pour affirmer sur le plan de la communication interne qu'il a réussi à influencer le golem européen. Nous sommes devant un cas typique de politicien moderne qui réduit l'action publique aux verbiages de la communication. L'important n'est pas l'action politique pratique, mais bien l'apparence de l'action politique. Car ce qui compte c'est l'image que l'on donne de soi et non l'action réelle que l'on mène.

 

En effet, un homme politique sensé n'irait nullement demander à la BCE d'assouplir sa politique alors que cela n'aurait aucune influence directe sur le premier déficit commercial de la France qui est avec l'Allemagne. Pays avec qui nous partageons la même monnaie. Un retour aux frontières et à la monnaie nationale voilà la seule mesure ayant une chance quelconque de redresser la barre. Tout le reste n'est que facétie ridicule et communication. Mais ce genre de mesure n'a rigoureusement aucune chance d'advenir en France à l'heure actuelle. Tout ce que l'on peut raisonnablement prédire c'est une plongée de la France dans le bain glacial de la récession permanente en attendant l’inéluctable explosion de la zone euro. Valls communique plus qu'il ne fait de la politique, mais cela nous y sommes habitué depuis au moins Giscard.

 

De la politique de récession en France à l'effondrement économique mondiale

 

L'Europe est aujourd'hui en apparence l'homme malade de l'économie planétaire. Mais c'est une illusion d'optique, le fait que cela aille très mal en Europe ne signifie simplement pas que cela va bien ailleurs. La Chine par exemple traverse un sérieux ralentissement de son activité, ajoutons à cela des bulles spéculatives qui risquent de crever. L'effondrement de la demande dans les pays développés et la dévaluation japonaise ont fait très mal à l'économie chinoise. Et la consommation intérieure n'est pas près de reprendre la relève tant la folie épargnante du chinois moyen est obsessionnelle. De la même manière, les USA ont de plus en plus de mal à cacher la non-reprise qu'il y a sur leur sol. Si les chiffres de la croissance peuvent être trafiqués par diverses méthodes tout comme le chiffre du chômage les simples chiffres de la consommation de pétrole montrent que le pays n'a pas vraiment redémarré. Les USA n'ont pas retrouvé leur niveau de consommation de 2007 et l'augmentation de la production d'autres sources d'énergie ne compense même pas la baisse de consommation du charbon et du pétrole. De la même manière, comme l'avait signalé le blog criseusa, les USA sont à un niveau dramatique de taux d'activité des personnes en âge de travailler qui est à un niveau largement inférieur à ce que l'on peut trouver dans la vieille Europe. On peut aussi parler du taux de pauvreté qui ne cesse de croître. L'injection de monnaie dans le système US ne faisant que relancer la croissance par la bulle financière et non par l'investissement réel. Autre signe que le pays ne redémarre pas. La mobilité économique qui fait partie intégrante de la culture américaine est en baisse. Et il ne s'agit pas ici d'un mouvement culturel, mais d'un effet direct de la dégradation de l'emploi et de la confiance en l'avenir.

 

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La consommation de pétrole aux USA n'a pas retrouvé son niveau d'avant crise. (source: AIE)


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C'est dans ce contexte d'une économie monde profondément malade et fondée sur d'énormes déséquilibres qu'il faut analyser les effets des politiques européennes. Car la zone euro et ses délires macro-économiques ont un impact sur une économie mondiale convalescente et prête à tomber dans le coma. La course planétaire à l'excédent commercial qui prend de nombreuses formes suivant les conditions locales n'en finit plus de conduire le monde à sa perte. Les sorties de crise momentanée se faisant en préparant les crises suivantes dans des « cycles » artificiels produits par l'incompréhension du lien entre déséquilibre commercial et insolvabilité de la demande. La grande lubie libérale qui prône l'excédent pour tous aveugle les politiques. Ces derniers ne savent plus comment ne fonctionne une économie, ni même à quoi doivent servir les gains de productivité. Oubliant le progrès humain et à la rétribution salariale, toujours considérée comme un coût inadmissible. Les élites des pays du monde entier font la course à l'accaparement d'un marché mondial dont la demande stagne ou s'étiole.

 

Les injections monétaires actuelles ont peu d'effet sur l'économie réelle. Ce n'est d'ailleurs pas leur vrai but qui consiste surtout à maintenir les bourses à la hausse pour le petit 1 % de la population qui vit de la rente financière. Au Japon la monétisation a surtout eu pour but de relancer les exportations le Japon essayant comme tout le monde de tirer sa croissance au détriment d'autrui. Mais pour relancer la demande réelle, il faudrait au contraire relancer les salaires et la demande solvable du consommateur. Or ce genre de chose est aujourd'hui interdite par le libre-échange grand destructeur de la masse salariale. En effet la relance des uns sera inéluctablement pompée par la compétitivité des autres en régime de libre-échange. Nous sommes donc coincés dans cet étau qui serre de plus en plus fortement l'économie mondiale au point de l'étouffer complètement.

 

Pour revenir à l'Europe, le continent cherche à tirer lui aussi sa croissance par l'excédent commercial exactement comme l'Asie sans les avantages de celles-ci. Le problème c'est qu'il n'y a qu'un seul moteur de la demande mondiale, les USA et leurs dettes abyssales. Le rôle de l'Europe dans l'aggravation de la crise mondiale est donc directement compréhensible. La zone euro et ses excédents font pression sur une demande mondiale en voie de raréfaction. Dans ce contexte la France a jusqu'à présent servi de tampon amortisseur en absorbant une partie des excédents allemands. On peut se demander si les coupes budgétaires que le nouveau gouvernement français veut voir appliquées ne vont pas finalement faire retomber l'économie européenne et mondiale dans la récession. On peut affirmer que maintenant que les pays latins retrouvent des balances des paiements à l'équilibre faute de demande et grâce à un chômage mirobolant, le déficit français reste le dernier pilier de la demande en Europe. Une fois que celui-ci aura cédé, nous entrerons dans la phase deux de la crise économique mondiale. Avec cette fois-ci une situation bien plus grave que lors de la précédente crise. Les dettes empêchant les états de « sauver » à nouveau le système bancaire.

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Effectivement détruire l'économie d'un pays permet de réduire les déficits commerciaux. On peut applaudir au succès des économistes libéraux. La prochaine étape ce sera quoi: exterminer les chômeurs pour mettre fin au chômage? 

 

En effet les pays latins qui retrouvent une balance des paiements à l'équilibre vont chercher à résorber leur chômage en faisant comme tout le monde c'est-à-dire en passant à l'excédent. Mais la courte amélioration qu'ils connaissent va vite se dégrader lorsque la France rentrera dans le rang en rééquilibrant elle aussi ses déficits extérieurs. Attendons-nous d'ailleurs à une très forte poussée du chômage dans les deux ans qui viennent. Étant donné que la France est un pays beaucoup plus dynamique démographiquement que la Grèce, l'Espagne ou l'Italie, notre pays devrait selon toute logique se retrouver avec un chômage des jeunes encore supérieur aux pays susmentionnés. C'est d'autant plus vrai que les salaires en Allemagne recommencent à baisser, c'est une course sans fin.  Malheureusement quoique l'on puisse dire, les politiques libérales seront de toute manière appliquée. La France supprimera donc petit à petit la sécurité sociale, les allocations familiales, l'éducation nationale, la recherche. Nul doute que nous ne sommes qu'au début d'une purge qui n'en finira que lorsque le pays sera exsangue. Avec cette obsession de tirer la croissance par les exportations, il n'y a de toute manière aucune porte de sortie. Il est d'ailleurs toujours très drôle de voir à quel point les économistes libéraux s'enferment dans leur rôle de Shadok pompant en pensant ainsi résoudre la croissance. Vite il faut améliorer la compétitivité. Pourquoi ? Pour exporter vers des pays qui font eux aussi la course à la compétitivité pour exporter chez nous ? Et qui va acheter vos produits et vos services si les salaires se contractent partout et que les états se désendettent ? Les avis des économistes sur le pacte de responsabilité donné dans le Figaro sont ainsi à hurler de rire. Baisse des charges, réduction de la dépense publique, etc. Quarante ans qu'ils radotent, et qu'ils ne comprennent pas. L'histoire est en marche et nous verrons bien ou tout ceci nous conduira de toute façon.

 

 

 

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23 février 2014 7 23 /02 /février /2014 17:19

800px-Montebourg_Toulouse_2012.JPG

Notre ministre du déboulonnement productif monsieur Montebourg s'est fait remarqué il y a peu pour ses impertinences sur l'euro. Des impertinences qui par ailleurs soulèvent grandement la question du positionnement politique d'Arnaud Montebourg. Car le bougre n'ignore nullement le rôle qu'a joué le parti socialiste dans la construction européenne. Un parti socialiste que notre ministre n'a visiblement toujours pas l'intention de quitter. Et cela malgré les multiplications de propos en contradiction avec la ligne directrice toujours plus libérale de son groupe politique de tutelle. Mais cette contradiction entre son appartenance à un parti ultralibérale et européiste ne l'empêche pourtant pas de tenir des propos critiquant la surévaluation de l'euro. Montebourg déclara ainsi récemment que la hausse de l'euro« annihile les efforts de compétitivité » de la France. Entendre ainsi parler un homme de gauche peut paraître surprenant. Mais l'on ne m’ôterapas l'idée que Montebourg fait en réalité preuve de peu de conviction et qu'il est là pour jouer un rôle bien calculé dans le parti socialiste. Car si le propos en lui même n'est pas faux, il convient tout de même de recadrer un peu les choses et de montrer que l'analyse de Montebourg ne va pas assez loin pour être honnête. Et l'accumulation de contradiction suffit à mon sens à décrédibiliser l'homme pour le restant de ses jours. En un sens Montebourg, c'est un peu le Mélenchon du PS. On critique l'euro et le libéralisme, mais on ne va pas au bout des choses pour éviter de compromettre sa propre carrière.

 

Balance des paiements et variation monétaire

 

Avant d'expliquer pourquoi la simple dévaluation de l'euro ne saurait résoudre nos problèmes. Il faut d'abord expliquer brièvement le lien entre la monnaie et la balance des paiements. Théoriquement la valeur de la monnaie d'une nation est intimement liée à ses échanges extérieurs. Dans l'hypothèse farfelue d'un pays totalement autosuffisant et vivant en vase clos, il n'y aura d'ailleurs aucun taux de change puisque personne n'aurait besoin d'échanger la monnaie locale avec la monnaie d'un autre pays. La notion de taux de change est donc le résultat du rapport économique qu'entretient un pays avec d'autres. Toujours en théorie plus une monnaie nationale est demandée ailleurs sans un accroissement de sa production monétaire et plus cette monnaie va voir sa valeur s’accroître. À l'inverse une monnaie peu demandée ailleurs verra sa valeur décroître si sa masse en circulation reste constante. La valeur de la monnaie nationale dépendra donc essentiellement de l'évolution de la balance des paiements du pays, celle-ci incluant à la fois la balance commerciale (biens et services)et celle des flux monétairesdivers et variés. Théoriquement si cette balance est déficitaire la monnaie se dévalue, et inversement la valeur de la monnaie nationale s’accroît si elle est excédentaire.

 

482px-John_Connally.jpgS'ensuit une remarque sur le système monétaire mondial actuel. Depuis 1971 et l'abrogation pratique du traité de Bretton Woods par Richard Nixon, la monnaie de réserve internationale qu'est le dollar n'est plus basée sur une contrepartie d'or. Depuis cette époque et la vague idéologique libérale qui lui a succédé, nous vivons dans un monde dérégulésur le plan commercial et financier. Le seul mode de régulation du commerce accepté étant la variation du taux de change. L'un des gros problèmes de l'économie mondiale actuelle résulte d'ailleurs de cette problématique, car il est bien difficile de réguler le commerce extérieur d'un pays quand on ne possède comme seul outil que la dévaluation. En effetles capitaux et les flux financiers peuvent eux aussi passer les frontières sans problème. Comme nous l'avons vu, la valeur de la monnaie dépend bien évidemment de la balance commerciale, mais aussi de celle des capitaux.

 

De sorte qu'un pays peut bien avoir de gros déficits commerciaux tout en ayant une monnaie qui s'apprécie. Certains pays comme l'Argentine en savent quelque chose. Plus proche de nous la Suisse se voit régulièrement obligée d'intervenir sur sa monnaie pour éviter que le franc suisse n'apprécie trop ce qui risquerait de détruire l'industrie locale. De fait, les libéraux par leur obsession à ne mettre aucune régulation étatique d'aucune sorte ont créé une contradiction fondamentale dans l'économie mondiale. Car la régulation commerciale par la monnaie est impossible dans un monde où les capitaux traversent aussi les frontières.


Cependant même en imaginant un système parfait dans lequel les monnaies nationales ne varieraient qu'en fonction des balances commercial il n'est pas certain qu'un équilibre puisse être trouvé sans l’intervention des états. Car il existe aussi d'autres contraintes que la contrainte purement commerciale. Un pays peut avoir envie de maintenir un chômage bas contrairement aux Européens actuels auquel cas il faudra faire des injections monétaires pour relancer régulièrement la demande intérieure à l'image de ce que font régulièrementles USA. Même si dans le cas de ce pays l'injection monétaire consiste surtout à soutenir les détenteurs de capitaux plus qu'à financer des projets productifs et d'intérêt général. Cependant, ces interventions peuvent fausser elles aussi l'évolution des taux de change. De sorte que là encore même en bloquant les capitaux l'évolution du seul taux de change ne pourrait garantir un équilibre des balances commerciales. Dans tous les cas, il faut faire appel à d'autres mécanismes pour stabiliser le système.

 

Monnaie unique = balance des paiements unique

 

Maintenant que l'on a résumé un peu comment tout cela marche quelle est donc la conséquence pour la zone euro ? La zone euro est composée de plusieurs peuples qui ont chacun leurs spécificités, leurs cultures, leurs systèmes économiques et leurs propres spécificités sociales et démographiques. C'est un fait que personne ne viendra infirmer à moins d'une grande mauvaise foi. Cette diversité se traduit d'ailleurs par une grande diversité de politiques fiscales et de traditions politiques adaptée à la population locale. C'est l'oublie de cette simple réalité qui conditionne l'échec actuel de l'UE. Un échec qui est imputable à la fascination des élites d'après-guerre pour les USA. En se calquant sur ce pays d'une grande homogénéité culturelle pour en faire un modèle pour l'Europe nos élites se sont elles-mêmes condamnées à l'échec. Dans le domaine monétaire, c'est l'euro qui traduit l'impasse dans laquelle nous sommes. En effet comme on l'a vu la monnaie va varier en fonction de l'évolution de la balance des paiements. À l'échelle de la zone euro, cela signifie que l'euro va varier en fonction de la balance des paiements de la zone euro entière et pas en fonction des balances de chacun des membres. Il est normal que la balance commerciale de la zone euro varie surtout par rapport à sa composante la plus forte à savoir l'Allemagne puisque ce pays est aussi le plus gros pays de la zone euro. Tous comme la valeur du franc autrefois étaient plus influencés par le bassin parisien que par le Languedoc Roussillon.

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L'euro divergence dans toute sa splendeur

 

Quoi qu'il en soit la valeur de l'euro est donc le résultat de la valeur de la balance des paiements globale de celle-ci. Évidemment, la hausse de l'euro est liée à l'excédent de la balance des paiements de la zone soit 116 milliards d'euros en 2012 (source Banque de France). Évidemmentc'est l'énorme excédent de l'Allemagne quicache les déficits des autres pays et c'est bien tout le problème de l'euro. Car l'euro protège les pays forts et détruit les pays faibles. En effet en temps normal, l'excédent allemand se serait traduit soit par une forte hausse du Mark soit par une dévaluation des pays voisins. De sorte que la politique mercantiliste allemande aurait été tuée dans l'oeuf. Mais l'euro agit comme une dérivée en mathématique, elle accentue les variations au lieu de les lisser. Car si l'euro est surévalué pour la France, ou pire, pour l'Italie, l'Espagne et la Grèce, il est encore sous-évalué pour l'Allemagne. La zone euro permet à l'Allemagne d'avoir une zone tampon qui la protège des conséquences monétaires de ses pratiques commerciales. Elle empêche aussi les Allemands de réaliser qu'ils accumulent comme les autres des déficits commerciaux avec l'Asie ce que leur cache leur commerce asymétrique d'avec les autres puissances développées. Il est possible que l'Allemagne change d'avis sur le libre-échange si celle-ci faisait face à cette réalité. Au lieu de croire qu'elle tire sa croissance de ses exportations vers l'Asie comme certains semblent encore le croire. Pourtant comme l'avait très bien montré le blogueur Criseua l'Allemagne doit surtout son dynamisme commercial aux anciennes zones développées. Ce qui confirme par ailleurs l’intuition de Todd dans la vidéo que j'ai récemment mise sur le blog.

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Graphique provenant du blog Criseusa

 

Pour Montebourg l'euro c'est notre monnaie et c'est le problème des autres.

 

J'ai paraphrasé John Bowden Connaly dont l'un des conseillers fut Richard Nixon, et qui eut la célèbre formule « Le dollar est notre monnaie, mais c'est votre problème. ». C'est un peu la même analyse que l'on peut faire à l'encontre de ceux qui prônentcomme Montebourg la dévaluation de l'euro. Objectivement, l'euro est même sous-évalué puisque notre balance des paiementss'apprécie. Sauf que bien évidemment cela cache une forte dégradation dans certains pays et une bonne situation apparente dans d'autres. On notera aussi que cet excédent est surtout dû à l'effondrement de la demande dans le sud de l'Europe. Les pauvres vont donc pouvoir mourir guéris. . Mais quel serait l'effet d'une dévaluation concrètement sur la France et l'Europe ? En France cela permettrait d'améliorer notre compétitivité face à l'extérieur de la zone euro. Mais premier petit problème, le premier déficit commercial de la France c'est l'Allemagne. Une dévaluation de l'euro n'aura donc aucun effet sur celui-ci. Soit. Mais est-ce que cela aura de l'effet sur le déficit avec la Chine ? Il y a peu de chance eu égard à l'avantage comparatif de la Chine. À moins d'imaginer une dévaluation de 50 %, ou plus, je ne vois guère comment compenser l'écart compétitivité-coût avec la Chine.

L'Allemagne n'est par exemple pas excédentaire avec la Chine malgré la sous-évaluation de l'euro pour elle. Il y a donc peu de chance que la dévaluation de l'euro suffise à la France pour rééquilibrer sa balance avec la Chine. Il faut le dire avec ce pays seul des mesures de quota et de droit de douane fonctionneront. D'ailleurs, les Chinois n'hésiteront pas à dévaluer s'il trouve le taux de change de l'euro trop en leur défaveur. Ils l'ont déjà fait et recommenceront. Ils ne comprendront que les mesures coercitives plus brutales. Il faut les forcer à se concentrer sur leur demande intérieure, car ils ne le feront pas tous seuls. Ce n'est pas dans l'intérêt de leur classe dominante comme de la nôtre d'ailleurs, mais bien dans celui de leurs salariés et des nôtres.

 


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Balance des paiement de la zone euro largement positive

 

Maintenant la dévaluation permettra à la France et aux pays latins d'améliorer leur situation avec d'autres zones. L'Amérique, l'Océanie et l'Afrique notamment. Des régions avec lesquelles nous avons le plus souvent déjà des excédents ou des équilibres commerciaux. Donc en clair en dévaluant l'euro nous punirons les pays qui sont les plus loyaux commercialement avec nous. Voilà en quoi consiste la dévaluation de l'euro pour sauver les pays latins. C'est exactement le raisonnement de Connaly une exportation impériale des problèmes que nous n'arrivons pas à affronter parce que nous sommes trop lâchespour avouer que l'euro fut une idée idiote. Les USA n'arrivent pas à rompre avec le libre-échange. Ils continuent d'injecter de la monnaie dans leur système en exportant leur inflation monétaire. Nous européens, nous exportons notre déflation en priant pour que cela suffise pour sauver le saint euro. Le monde est vraiment aux mains des fous. Si Montebourg cherche réellement à sauver l'industrie du pays, ce dont je doute, ce n'est pas en prônant une autre Europe que l'on n'y arrivera. Et certainement pas par une dévaluation de l'euro qui ne fera qu'externaliser nos problèmes en entraînant des peuples extérieurs dans la tourmente. L'UE et la zone euro sont mortes, nos élites mettent trop de temps à s'en rendre compte poussant le continent à accumuler les déséquilibres jusqu'à ce que le point de rupture soit atteint. N’entraînons pas d'autres zones du monde dans nos délires en dévaluant l'euro.

 

 

 

 

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16 février 2014 7 16 /02 /février /2014 16:20

625461_0203104741331_web_tete.jpgL'action gouvernementale continue sur sa ligne visant à améliorer la compétitivité du pays par d'autres moyens que l'instrument monétaire. Instrument dont il s'est débarrassé par idéologie et conformisme sociologique plus par la rationalité économique. Encore une fois, l'euro n'est qu'un des multiples problèmes qui empêche la France de retrouver un semblant de dynamisme économique. Un dynamisme nécessaire pour absorber une population active qui s’accroît contrairement à des pays comme l'Allemagne par exemple. Mais même si la dévaluation n'est pas la solution absolue à nos problèmes, elle reste infiniment préférable aux politiques actuellement mis en œuvre et dont on connaît le peu d'efficacité. Rappelons que les politiques de compétitivité et de baisse des charges sont pratiquées à des périodes régulières depuis plus de trente maintenant. Déjà à l'époque de Raymond Barre, l'homme qui a introduit le néolibéralisme en France, on disait qu'il fallait passer le tunnel pour trouver la lumière. Il semble malheureusement que le tunnel libéral n'ait pas de sortie.

 

L'anticipation des acteurs économiques

 

L'idée que l'action des individus et des entreprises soient mues par une certaine rationalité économique n'est pas une idée fausse en soi, même si l'on exagère assez largement l'intelligence des acteurs économiques. Mais cette rationalité individuelle ne signifie nullement que l'action collective qui en découle soit elle rationnelle. Les comportements moutonniers des marchés ont prouvé qu'un amoncellement de décisions individuelles peut accoucher d'un comportement collectif complètement absurde. Comme l'avait si bien expliqué Keynes à son époque la somme des intérêts individuels n'a aucune raison d'être égale à l'intérêt collectif. Nous savons tous que le pétrole s'épuise, nous n'avons pourtant à titre individuel aucune possibilité de réellement nous en passer. Sans une action collective externe provenant d'une logique différente de la logique du marché nous continuerons à en utiliser jusqu'à l'effondrement complet de notre civilisation. De la même manière si en tant de crises du point de vue individuel il est logique et rationnel d'épargner et de réduire ses dépenses. D'un point de vue collectif, ce comportement individuel pratiquait par la majorité de la population, aggrave la crise et produit à long terme une déflation. Surtout si cette épargne est stérilisée ou exportée à l'étranger.

 

Cette contradiction fondamentale entre l'intérêt individuel et l'intérêt collectif donne tout son sens et son intérêt aux politiques macro-économiques. Des politiques qui ont malheureusement été abandonnées en Europe pour un retour à des politiques économiques dignes du 19e siècle le fameux « laissez-faire ». Les politiques macro-économiques consistent essentiellement à combattre des comportements individuels qui collectivement peuvent faire s'effondrer la société. Il n'y a là rien d'abominable ou de dictatorial. Mais l'individualisme libéral qui a fini par se muer en égoïsme totalisant et grégaire, pousse jusqu'à l’absurde aujourd'hui l'inaction collective. L'interdiction de l'action collective allant jusqu'à justifier des comportements contraires à l'intérêt général le plus évident. Ainsi voit-on des ministres conseillers aux jeunes d'aller travailler à l'étranger, promulguant l'inverse du bon sens collectif qui consisterait plutôt à fournir aux jeunes de quoi s'employer et rendre ainsi à la collectivité ce qu'elle leur a fourni durant leur jeunesse. Mais le principe de responsabilité collective est évidemment l'un des premiers piliers de la civilisation à avoir été scié par l'idéologie libérale.

 

Quoi qu'il en soit et pour revenir à mon propos, comprendre les comportements individuels fait aussi partie de la boîte à outils nécessaires pour pratiquer de bonnes politiques macro-économiques. Et l'un des concepts fondamentaux est le principe de l'anticipation. Les acteurs de l'économie anticipent généralement les évolutions de la société et du marché. Mais ces anticipations ne sont pas forcément fondées sur des concepts très rationnels ou scientifiques. Mais plutôt sur des croyances et des phénomènes de suivisme comportementaux. Exactement comme dans le célèbre exemple du concours de beauté de Keynes. Les gens ne votent pas pour la plus belle femme, mais pour la femme qu'il pense que la majorité élira. Et ce comportement moutonnier est en faite extrêmement rationnel, car dans le domaine économique il vaut mieux avoir tort avec la foule que raison contre elle. Ce raisonnement est encore plus vrai pour des individus élevés dans la logique pure de l'intérêt personnel. Il faut une force de caractère bien trempé pour s'opposer seul au mouvement populaire. Étrangement plus l'individu devient égoïste, plus son comportement est moutonnier. C’est un des multiples paradoxes de l'effet du libéralisme. Ceci explique peut-être l'incroyable faiblesse de la pensée individuelle au royaume du libéralisme triomphant. De la même manière, il était impossible pour une banque américaine d'éviter les prêts Subprimes aux USA avant la crise de 2007. Pour la bonne et simple raison que les banques plus rationnelle et timorée se faisaient racheter par les plus grosses qui gonflaient grâce à la bulle spéculative. Il était tout simplement rationnel individuellement d'être irrationnel collectivement. Il ne faut donc guère compter sur le marché pour s'autoréguler.

 

D'un point de vue macro-économique les conséquences sont multiples.Je vais donner un exemple en critiquant les politiques dites de compétitivité. Une telle politique vise à améliorer les bénéfices des entreprises, et suppose que l'amélioration de ces bénéfices va s'accompagner d'un retour à l'investissement. Et ce retour à l'investissement devrait logiquement enclencher un retour positif à la croissance par la création d'emploi et par ricochet à une augmentation de la demande. Il s'agit au passage d'une vieille croyance des libéraux qui consiste à penser que l'offre crée sa propre demande, ce qui suppose que l'épargne est égale à l'investissement. Hypothèse qui est fausse, et qui si elle s'avérait empêcherait toute crise économique par définition. Ignorons cela et passons à la conséquence des anticipations sur l'efficacité des politiques dites de compétitivité. Un chef d'entreprise qui verrait ses bénéfices s'accroître en France grâce à la baisse des charges, la baisse d'impôt ou ce type de technique, aurait-il réellement intérêt à investir ces bénéfices nouveaux sur notre territoire ? Ou au contraire devrait-il utiliser ces bénéfices pour accélérer la délocalisation de sa production hors de la zone euro en prenant en compte l'évolution macro-économique de ces dix dernières années ?

 

Poser cette question c'est déjà y répondre. Pratiquer une politique de compétitivité dans un pays qui est en crise depuis des années c'est exactement faire une politique de la terre brûler dans le domaine économique. Loin de ralentir les délocalisations, cela va les accélérer parce que les chefs d'entreprises n'ont d'un point de vue rationnel et historique aucune raison d'anticiper autre chose qu'une faible croissance et une faible demande pour les dix ans qui viennent. Une telle politique pourrait éventuellement marcher, si elle s'accompagner de mesures de relance de la demande et d'une dévaluation. En changeant les perspectives de long terme des chefs d'entreprises, on pourrait pousser les entreprises à investir sur notre territoire, mais dans le cadre actuel c'est exclu. Ignorer le contexte de l'économie c'est passer à côté d'une solution viable de relancer l'investissement.

 

 

Vidéo que j'avais déjà posté où l'on voit à la fin que le dirigeant de l'usine explique que l'usine aurait délocalisé encore plus vite si les bénéfices avaient été plus grands. 


Les effets de l'anticipation rationnelle : l'exemple de la déflation

 

De la même façon, l'anticipation des consommateurs peut produire la déflation à l'image de l'économie japonaise qui n'en finit pas de stagner depuis vingt ans. Mais qu'est ce que la déflation si ce n'est l'anticipation d'une baisse continue ? Pourquoi acheter un bien aujourd'hui puisque demain on pourra l'acheter pour moins cher ? Pourquoi dépenser notre épargne aujourd'hui puisque demain grâce aux taux d'intérêt et à la baisse des prix nous pourrons avoir plus en dépensant moins ? En tant qu'industriel, pourquoi augmenter les capacités de production puisque demain on vendra moins qu'aujourd'hui ? La déflation est l'une des pires catastrophes produites par les anticipations rationnelles des acteurs individuels de l'économie, et s'il est facile d'y renter par de mauvaises politiques macro-économiques, il est bien difficile d'en sortir comme nous le montre ce pauvre Japon. L'on pourrait également ajouter que des phénomènes démographiques peuvent aussi produire et encourager la déflation. La contraction de la démographie n'étant pas de nature à encourager l'optimisme sur la demande intérieure.

 

 

Comme nous le voyons si laisser fonctionner la société en roue libre en supposant que la société va naturellement remonter la pente grâce à l'action individuelle est un doux rêve au mieux, une idiotie au pire. Agir collectivement en ne prenant pas en compte les anticipations des individus et des entreprises est tout aussi malvenu. L'action collective doit favoriser les comportements bénéfiques à la société en jouant sur les désirs des acteurs de l'économie. Vouloir favoriser les bénéfices des entreprises n'est pas en soi une ignominie. Quoiqu'il faudrait au passage rappeler à quel point c'est l'extirpation des revenus financiers qui pèsent le plus aujourd'hui sur les bénéfices. Et que peu d'efforts sont demandés aux actionnaires en regard des efforts que l'on exige sans arrêt des salariés qui eux ont une réelle utilité pour la production. Mais permettre aux entreprises d'avoir plus de marges ne produira pas nécessairement un retour à l'investissement local. À moins bien évidemment de vouloir aller très loin dans la dégradation des conditions de vie des salariés, et d'aligner la France sur les niveaux de vie de l'Europe de l'Est ou d'Asie. Et encore même dans ces conditions les effets dévastateurs sur la demande intérieure annihileraient toute forme d’enthousiasme entrepreneurial dans le pays. Dois-je vraiment le rappeler, les entreprises n'investissent pas pour créer des emplois, mais pour accroître leur part de marché et leurs bénéfices. Elles ne le feront donc que si nous réunissons les conditions pour permettre à ces investissements d'être rentable. L'accroissement à court terme des bénéfices n'encouragera dans les conditions actuelles qu'une accélération des délocalisations. En permettant à des entreprises de délocaliser alors qu'elles n’avaient pas les moyens jusque là. Par contre si l'importation de produits et de services de l'étranger deviennent plus onéreux à long terme, alors les anticipations peuvent changer. Dévaluation et protection commerciale sont les seuls outils qui puissent permettre à ces bénéfices nouveaux de s'investir sur notre sol. Sans cela ces politiques ne feront qu'accélérer notre déclin.  

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13 février 2014 4 13 /02 /février /2014 17:13

Francois_Hollande_-Journees_de_Nantes_2012-.jpgQue le temps passe vite. Que ce blog est mal entretenu, et son auteur un fainéant. Je l'admets, j'exagère un peu la latence qui s’imprègne entre chacune de mes interventions. Pour tout dire, une lassitude générale des affaires politiques et économiques s'est instillée sournoisement en moi. L'impression d'écrire dans le vide et d'avoir fait le tour des choses ayant fait place à l'engouement et à la verve de bataille. Pourtant plus que jamais alors que la France s'enfonce dans la dégénérescence libérale des voix un peu subversive et rationnelle doivent se faire entendre. L'obstination avec laquelle les pseudo-socialistes et notre élite surannée s'enferment dans l’inefficacité macro-économique est tout simplement stupéfiante. Il y a quelque temps déjà que j'avais pourtant imaginé le scénario qui se déroule sous nos yeux. J'avais même assez largement critiqué le Hollandisme révolutionnaire d'Emmanuel Todd en faisant de Hollande le bras armé du libéralisme doctrinaire. Je dois avouer que cette hypothèse, même si elle me paraissait la plus probable, me plongeait dans l'inquiétude.

 

Mais force est de constater que la réalité dépasse toujours vos plus mauvaises hypothèses. François Hollande est ainsi un zélote du libéralisme plus terrible encore que ce que mes pires cauchemars pouvaient imaginer. Et en ce sens, c'est une bonne nouvelle, car l'hypothèse qu'il puisse plonger l'Europe dans la récession est également favorisée. Je rappellerai ici que pour ma part la seule possibilité qu'un éclatement de la zone euro puisse se faire est par le truchement de l'action allemande. De par leur soumission et leur haine de leur propre peuple, les élites françaises ne peuvent en aucun cas agir dans le sens de l'intérêt du pays. C'est justement leur obstination à défaire la nation française qui est paradoxalement la meilleure chance de salut à long terme pour le pays. Mais j'y reviendrais par la suite.

 

 

Le non-sens économique de l'hypothèse libérale

 

Je vais rappeler ici brièvement pourquoi les politiques de l'offre ne peuvent en aucun cas fonctionner. François Hollande, comme tout bon libéral qui se respecte, n'imagine pas le monde fait de nation de peuples, et d'interactions entre ces différents peuples. Les libéraux sont des cartésiens extrémistes. Ils analysent le monde comme étant le résultat de l'assemblage logique des plus petites particules faisant fonctionner la société, à savoir l'individu. Dans la logique libérale, il n'existe que l'individu, rien d'autre. Il faut vraiment bien comprendre cette hypothèse de départ pour bien appréhender l'échec culturel que produit la pensée libérale et son corollaire extrémiste: le néolibéralisme. Il s'agit d'une forme dévoyée de cartésianisme, ce dernier étant une méthode de pensée décortiquant la réalité en petites parties pour en expliquer le fonctionnement par l'assemblage a posteriori. Le libéralisme agit de la même façon en coupant la société en actions individuelles et en rassemblant celles-ci il suppose pouvoir expliquer l'ensemble total du fonctionnement de la société. Cette méthode cartésienne appliquée à l'économie s'avère malheureusement fausse, car elle oublie une hypothèse qui n'est jamais réalisée dans le monde réel. Celle de l'indépendance des variables. Pour que l'assertion libérale soit juste, il faudrait que l’ensemble qui compose la société n’interagisse en aucun cas avec les parties distinctes le constituant. L'hypothèse libérale présuppose donc que la société n'influence en aucun cas l'individu qui en fait partie. Vous conviendrez ici qu'une simple étude de l'histoire humaine, la simple connaissance de base en psychologie ou la simple connaissance du monde qui nous entoure suffisent à infirmer cette hypothèse absurde.

 

Encore une fois, tout découle des axiomes libéraux de base. En réduisant la société à un ensemble d'individus qui n'agissent qu'en fonction de leurs intérêts propres, vous ne pouvez pas comprendre l'impossibilité qu'il y a à résoudre la crise actuelle. Car cette crise n'est pas le fruit du hasard de la malchance ou d'un système politique qui se serait trompé précédemment. Ce n'est pas non plus le fruit d'une caractéristique naturelle propre au peuple français. La crise économique actuelle est le résultat de l’application de politiques économiques erronées liée à une vision du monde complètement contraire à son fonctionnement réel. Pour le dire plus crûment, nous sommes dirigés par des gens qui ont une vision du monde aussi proche du réel que celle des astrologues des marabouts ou des membres de l'église de la scientologie. L'une des nombreuses conséquences de cette vision erronée du monde est la fameuse politique de l'offre. Une politique économique qui démontre par l'absurde l'inanité et l'absence de compréhension générale des hommes politiques français et plus généralement occidentaux.

 

Celle-ci consiste à améliorer la sacro-sainte compétitivité du pays pour améliorer la situation de la balance des paiements. Elle présuppose d'ailleurs que le moteur de l'économie est le commerce. Alors qu'en réalité c'est essentiellement l'investissement qui est le moteur de la croissance. Et l'investissement peut être tiré par autre chose que les exportations. Mais ignorons cela et voyons quelle méthode la politique de l'offre utilise pour relancer la croissance. Il s'agit de réduire au maximum le coût local du travail soit par la baisse salariale ce qui implique une maîtrise des salaires distribués qu'aucun pays développé ne possède. L'on voit mal l'état imposer à tous les salariés une diminution des revenus. Ce type de politique se traduisant en pratique par la baisse des salaires minimaux, quand ils existent et par la baisse des salaires de fonctionnaire. La deuxième méthode est la baisse des charges diverses qui s'appliquent aux entreprises. Il s'agit là bien souvent de dégrader les comptes de l'état et l'investissement public en espérant que la simple baisse des charges permette une hausse même éphémère des exportations. Et enfin la dernière méthode la plus efficace consiste à faire une dévaluation monétaire. Ces politiques sont censées permettre de relancer la croissance en stimulant l'investissement par le truchement des exportations.

 

Comme à chaque raisonnement simpliste et pseudo-cartésien celui-ci implique deux hypothèses jamais mises en avant par les tenants de ces politiques. En premier lieu, il faut supposer qu'il y est un marché extérieur pour absorber l'offre nouvelle en quantité suffisante. Et il faut espérer que cette politique ne soit pas suivie par d'autres pays. Dès lors que plusieurs nations se mettent à faire la même politique de l'offre, l'on se retrouve rapidement à faire une guerre et une course à l’amoindrissement de la demande. En second lieu, il faut espérer également que les gains produit par les excédents commerciaux, et les exportations, surpasse les effets de la réduction de la demande intérieure. Car dans le cas contraire les politiques de l'offre produisent l'effet inverse à l'effet recherché en diminuant l'investissement global du pays. Les récents exemples espagnols et grecs montrent que les politiques de l'offre dégradent en pratique plus souvent qu'elles n'améliorent l'investissement local. Et lorsque ces politiques sont généralisés à la planète entière, la déflation née naturellement. Chacun cherchant à tirer la croissance du déficit commercial du voisin. On ne saurait mieux exprimer la catastrophe que représente l'esprit libéral que dans sa capacité à produire régulièrement des déflations. Il l'a fait, et avec quel talent, dans les années 30. Il recommence au centuple aujourd'hui.

 

 

Vous noterez au passage que j'ai bien stipulé que les dévaluations faisaient partie des méthodes pour pratiquer la politique de l'offre. Et c'est bien pour cela que l'on peut voir ici ou là des économistes libéraux prôner sporadiquement la sortie de l'euro et la dévaluation. Mais si je prône moi même la dévaluation et la sortie de l'euro, ce n'est certainement pas pour faire une politique de l'offre à la japonaise, bien au contraire. Car dévaluer simplement pour accroître sa croissance au détriment du voisin voila bien une politique qui ne nous mènera pas plus loin que celle que nous menons à l'heure actuelle. En ce sens, les européistes ont raison de railler ceux qui veulent sortir de l'euro pour simplement dévaluer. Car à l'image de ce qui s'est passé dans les années 90 la guerre des monnaies n'est pas forcément meilleure que l'agonie dans l'euro. Tout juste pourrions-nous mettre fin aux prétentions dominatrices de l'Allemagne sur le continent. Mais tel n'est pas l'enjeu et notre but en tant que nation ne doit pas se réduire à la simple vengeance nationaliste. Si nous devons nous libérer du carcan monétaire européen, c'est avant tout pour pouvoir mener des politiques de relances et de contrôle de la demande. Mais pour cela il ne faut pas simplement rompre avec l'euro et l'UE, il faut rompre avec la tranquillité d'esprit du libéralisme. Il faut rompre avec l'idéologie du tout marché, et de l'autorégulation économique. Rompre avec la croyance que la somme des intérêts individuels produit l'intérêt collectif. C'est une rupture copernicienne qu'il faut opérer et cela va bien plus loin que la simple rupture avec un instrument monétaire absurde.

 

Rompre avec l'esprit libéral

 

Car notre société est culturellement libérale. Du petit patron local qui vocifère sur les fonctionnaires fainéants, aux rentiers inutiles qui pourtant maudissent ces satanées pauvres et leurs « privilèges ». Ces petits bourgeois qui sans arrêt cachent leurs propres intérêts derrière un amoncellement de bienséances verbales. Et qui comme tous cosmopolites cherchent à être généreux envers le lointain pour ne pas l'être vis-à-vis de leurs proches. Ces petits consommateurs égocentriques qui ne mesurent pas que leur souffrance au travail découlent directement de leur façon de consommer. Ces politiciens délirants répétant depuis 40 ans déjà des politiques économiques qui ne marchent pas et ne marcheront jamais, faisant semblant de lutter contre un chômage qui arrange bien leur propre classe sociale. Tous ces gens qui font aujourd'hui la France sont soumis au même mal, celui d'une pensée fausse qui stipule que l'action collective n'existe pas et que seul l'intérêt individuel doit être pris en considération. C'est de deux siècles de propagande libérale qu'il faut débarrasser le peuple français. C'est l'idée que l'on puisse penser chaque chose indépendamment sans voir qu'en réalité elles interagissent les unes avec les autres. Que le destin de l'ouvrier mis au chômage par l’égoïsme de ceux qui vivent dans le secteur tertiaire finira par se retourner contre ses bénéficiaires à court terme. En un mot, il faut réapprendre à vivre un destin commun. Comprendre que l'intérêt général n'est pas une vue de l'esprit, mais une réalité tangible.Qu'un peuple qui l'a trop longtemps ignoré par des raisonnements saucissonnés en robinsonnades, ne peut que dépérir comme la France d'aujourd'hui.

 

 

L'Allemagne est le seul pays à pouvoir faire exploser l'euro

 

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Le miracle du chômage américain un trucage statistique

Mais cessons de tergiverser. La situation actuelle n'a guère évolué. L'économie européenne est toujours dans la tourmente et l'équilibre précaire qui s'établit en apparence dans les médias cache bien mal l'accumulation de déséquilibre au sein de la zone euro. De la même manière les pauvres USA ont-ils bien du mal à cacher la triste réalité macro-économique qui est le leur. Les politiques de relance ne fonctionnement pas. Et les injections monétaires de la Fed se transforment en inflation des marchés financiers sans impact pour l'économie réelle. S’il y a cependant une rupture, elle apparaît dans les statistiques limpides de John Williams. L'écart entre le taux de chômage réel et officiel aux USA ne cesse de se dégrader. La zone atlantique essaie encore de faire croire qu'elle a un quelconque dynamisme alors que pourtant s'étend le spectre de la misère du chômage et de la précarité. Le géant allemand qui accumule les excédents accumule également le sous-investissement chronique. On pourrait ici se demander pourquoi l'excédent augmente alors que l'investissement national chute. C'est en grande partie liée à l'organisation économique allemande qui fait des pays de l'Est une extension à son propre commerce extérieur. L'excédent allemand c'est surtout l'excédent de la Pologne, de la République tchèque et du reste de l'Europe centrale. On produit en Europe de l'Est, on assemble en Allemagne et l'on met un tampon Made in Germany dessus.

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Le formidable dynamisme allemand

 

C'est cette réalité qui explique que malgré un excédent commercial énorme la croissance allemande est en fait assez médiocre. Certes moins mauvaise que les pays qu'elle asphyxie avec l'euro, mais faible tout de même. Les élites allemandes ont tout de même quelques qualités pour nous, elles sont arrogantes , passablement racistes même si ce racisme se trouve emmitouflé sous des tonnes d'hypocrisie, et surtout elles croient encore en l'Allemagne. Et le fait est que l'Allemagne se pense au-dessus des autres. Elle ne peut imaginer sa situation moins dramatique, soit plus due à un hasard, qu'à autre chose. La dégradation économique rapide dans le dernier pays latin solvable à savoir la France devrait donc raviver assez rapidement les velléités d'indépendance de la grande Allemagne en produisant une dégradation économique par baisse des exportations. C'est là notre seul espoir dans l'explosion à court terme de la zone euro. Une explosion qui même si elle n'est pas la solution absolue à nos problèmes pourrait au moins représenter un commencement de prise de conscience de l'échec de la mondialisation libérale dont l'UE ne fut que l'une des multiples facettes. Il ne faut en tout guère penser que l'explosion puisse être volontairement produite par nos politiciens libéraux. Il n'y a rien à attendre de l'UMP ou du PS, si ce n'est une course à l’avilissement politique. Ils ne croient ni à l'existence de la France, ni même à l'existence d'un quelconque intérêt général. Mais il ne s'agit nullement de trahison comme j'ai pu le lire par ailleurs, ils sont simplement totalement libéraux. Pour eux la société n'existe pas, les pays n'existent pas, les frontières n'existent pas, il n'y a donc rien à sauver si ce n'est leur propre peau. Courte vue et absence de pensée collective sont les seules explications rationnelles à la bêtise crasse des dirigeants français et du pompier pyromane qui nous sert de président. Il n'y a rien à attendre d'eux si ce n'est une accumulation d'erreurs qui finira par être fatale.  

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 23:15

J'ai beaucoup parlé de l'Allemagne, du Japon des USA, de l'Europe, etc. Je me rends compte qu'il faudrait peut-être que je parle un peu plus de la France sur le plan économique. Alors que nombre de personnes commencent à imaginer une percée du FN. Ce parti devant malheureusement petit à petit la seule alternative crédible sur le plan électoral. Il est peut-être temps de rappeler les fondamentaux de la crise française et de donner quelques solutions pour extirper notre pauvre pays du bourbier économique dans lequel trente ans d'idéologie dogmatique l'ont plongé.

 

Le déficit commercial est le problème principal

 

On va s'appuyer sur les chiffres de la banque de France qui livre régulièrement ses analyses sous la forme d'un texte récapitulatif très bien fait et accessible à tous. On n’y trouve pas de solution, mais au moins les chiffres sont clairs et bien présentés ce qui a le mérite de poser de bonnes bases pour raisonner. L'on peut d'ailleurs se demander comment les élites françaises peuvent à ce point s'aveugler sur l'euro et le libre-échange tout en ayant sous les yeux de tels chiffres. Mais passons à notre sujet principal. Le déficit commercial français n'a cessé de se creuser depuis 2003, c'est à dire lorsque l'euro est passé au-dessus de 1,1 dollar. On remarque rapidement en regardant les graphiques que la croissance forte de l'ère Jospin était le fruit d'une forte dévaluation qui avait momentanément accompagné l'unification monétaire. C'est que d'un coup nous avions abandonné la politique du franc fort. Cela donna un coup d'accélérateur à l'investissement. Cette période 1999-2001 permit une croissance forte et un recul réel du chômage. Preuve de la puissance de la monnaie, car rien dans les politiques d'alors n'était réellement plus à la hauteur des enjeux macro-économiques que ceux d'aujourd'hui. Les socialistes ne se demandant même pas d'où venait la manne providentielle. Dire qu'il y en a encore probablement quelques-uns pour croire que les 35 heures ont fait baisser le chômage.

 

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Variation du taux de change entre l'euro et le dollar. source : le Senat.fr

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Le plus éclatant dans les chiffres proposés par la banque de France c'est cet incroyable graphique qui démontre de façon fatale que l'euro est en grande partie la source de notre désastre commercial. Il y a bien évidemment la Chine et l'Asie qui nous font du mal, mais c'est bien vis-à-vis de la zone euro et bien évidemment de l'Allemagne que notre déficit est le plus fort. Je crois que le graphique se passe de tout commentaire. Je ne sais pas qui est le malin qui a mis sous cette forme le rapport de force commercial, mais il a certainement voulu marquer les esprits. 

 

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La conséquence de ce déficit commercial est la création d'une dette extérieure, dette qui n'existait pas pour ainsi dire, il y a seulement dix ans.

 

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C'est cette dette et non la dette publique dont on nous bassine les oreilles sans arrêt qui représente le vrai danger pour notre pays. Cette dette est le résultat concret d'une décennie de déficit extérieur continue. De fait, l'économie française singe l'économie US et britannique sans avoir ni le dollar ni la City pour compenser les effets macro-économiques d'une économie de rente. Les USA peuvent monétiser leur dette parce que la valeur de leur monnaie est déconnectée de leur économie réelle, le dollar étant la monnaie universelle. Les producteurs de matières premières ou les nations fortement exportatrices ne pouvant pour l'instant se passer du dollar, ils protègent collectivement sa valeur en intervenant régulièrement sur les marchés. La France n'a pas cette possibilité de vivre avec un crédit indéfini vis-à-vis des puissances étrangères. Il nous sera vraisemblablement demandé de détruire une partie de notre économie pour rembourser cette dette, à l'image de ce qui s'est passé en Irlande en Grèce ou en Espagne. Les fameuses cures d'austérité qui ne mènent nulle part, mais qui permettent aux puissances étrangères de dépecer votre nation en toute « légalité ». Ainsi voit-on le Qatar acheter des bouts de France et nourrir l'islamisme avec le sourire des dirigeants français. Nous n'avons pas non plus les pirates de la City qui ponctionnent des revenus par le truchement de la spéculation financière à Londres. Je noterai finalement que l'absence de ces avantages est à mon avis une bonne chose pour notre pays à long terme parce qu'il va devoir retrouver une économie saine. Une économie fondée sur une production nationale plutôt que fondée sur des avantages qui de toute manière ne pourront pas durer indéfiniment.

 

Autre surprise des chiffres de la banque de France, les revenus issus des investissements à l'étranger sont en forte baisse. Eh oui, la crise économique est mondiale. Il est donc normal que le ralentissement planétaire fasse faire un recul aux revenus ponctionnés à l'étranger. L'idée de faire de la France une nation de rentier a donc du plomb dans l'aile. Nos riches retraités qui pensaient pouvoir vivre en regardant le reste du pays mourir vont devoir revoir leurs équations. Et encore une fois, il est probable comme à l'accoutumée que les investisseurs français se soient largement fait plumer par Wall Street comme en 1987, comme en 2001 et comme leur ancêtre avec les bonds russes. L'épargne française est ainsi gaspillée à l'étranger alors qu'elle serait infiniment mieux utilisée sur son propre sol. Il y aurait des taux d'intérêt plus bas, mais beaucoup plus sûr à long terme. Quoi qu'il en soit au final la balance entre ce que nous gagnons dans l'investissement à l'étranger et ce que nous perdons comme investissement local est très largement négatif pour la France. Comme je l'avais montré dans ce texte, le taux d'investissement en France est beaucoup trop faible. Et ce ne sont pas les maigres revenus issus de nos IDE qui rééquilibreront la balance. D'autant qu'une bonne part de ces revenus échappe à l'impôt et à la redistribution économique. Les multinationales françaises faisant tout pour ne pas jouer le jeu de la solidarité nationale. Pour la France l'Euro, le libre-échange et la libéralisation financière sont un abominable échec. Il va donc falloir pour sortir de notre crise nous attaquer à cette réalité et admettre une fois pour toutes que les frontières sont une nécessité vitale pour la prospérité à long terme d'un pays.

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Comme vous pouvez le voir, le solde des investissements directs pour la France est largement négatif. Nous n'avons jamais eu plus d'investissements rentrants que d'investissements sortant depuis 1999 et c'était le cas également avant cette période. La prochaine fois que quelqu'un vous dira que l'économie française est attractive, sortez-lui ce graphique. L'épargne française sert surtout aux puissances étrangères à commencer par l'Oncle Sam.

 

 

Sortir de la crise.

 

Plaçons d'abord un axiome au préalable à mes futures élucubrations. Le but de l'économie d'un pays n'est pas d'exporter, ou de commercer. Ce n'est pas non plus d'avoir de la croissance à tout prix, ou d'être la première puissance du monde. Le but premier de l'économie pour moi c'est de garantir aux individus qui peuplent un pays leur propre capacité à se reproduire et à prospérer. Quand je parle de reproduire, c'est non seulement au sens démographique ,ce qui implique de pouvoir subvenir aux besoins d'une famille, mais également au sens éducatif et culturel. Une société qui décroit, qui voit sa population s'appauvrir, se rétrécir, et être incapable de faire aujourd'hui ce qu'elle faisait hier est une société en décadence. Il faut mettre en place ce que j'avais appelé un développement autoreproductible, c'est-à-dire une économie dont la prospérité instantanée ne se fait pas au détriment de la prospérité à long terme. Cela va bien plus loin que le développement durable puisque cela inclut également la question du renouvellement des générations sur le plan démographique, éducatif, ainsi que la question des savoir-faire industriels et techniques.

 

Lorsque l'on part sur cette base, l'on est plus à même de comprendre toute la stupidité du libre-échange qui est une vision à court terme. Si le libre-échange a pu momentanément accroître la richesse de notre pays, cela s'est largement fait en détruisant les capacités de production de richesse à long terme. Un simple coup d’œil à l'évolution de la croissance économique en France montre le ralentissement continu depuis l'abandon de la politique de préférence communautaire dans les années 70. Depuis cette époque notre investissement productif n'a cessé de décroître amputant de facto la croissance future en interdisant le développement de nouvelles techniques et de nouvelles industries sur notre sol. La préférence pour l'importation a ainsi créé toute une nouvelle sociologie dans laquelle quelques hurluberlus ponctionnent des revenus essentiellement par l'importation au détriment de l'intérêt général. À ce phénomène s'est adjoint un accroissement déraisonnable de l'emploi dans le service, ce que Paul Bairoch appelait une hypertrophie des services caractéristique des pays du tiers-monde. Cette évolution s'est accompagnée d'ailleurs d'une baisse générale du niveau culturel, abaissement caractérisé par la chute de la maison TF1 qui est passé en trente ans de Cousteau à Nabila. Là où la société de l'ingénieur, de l'ouvrier et des créateurs nous avaient laissé une société digne intelligente, et en ascension culturelle. La société libérale postindustrielle et massivement importatrice nous laisse une société d'incultes glorifiant des frappeurs de balle, des imbéciles à Rolex et des poufs à airbag décomplexées et fières de l'être. Il y a probablement une corrélation entre cet affaissement culturel et nos choix macro-économiques, même si nous avons du mal à en comprendre tous les tenants et aboutissants.

 

Quoi qu'il en soit, sortir de la crise actuelle revient à rompre avec cette société factice relevant du confort de gens qui consomment sans avoir aucune idée de la façon dont on produit. Et si le consommateur est toujours nécessaire, il faudra à nouveau prendre soin du salarié, du producteur, de l'industrie, de l'entrepreneur, de l'enseignement, et des chercheurs. Les premières décisions concerneront la sortie de l'euro et de l'Europe. Il n'y a aucun choix là-dessus, et il n'y a aucun compromis à faire. L'on peut se gargariser des solutions de coopération théoriquement idéales. Elles ne se produiront pas pour la simple et bonne raison que la coopération aurait déjà dû avoir lieu avec la crise. Or loin d'avoir coopéré, les Européens se sont à nouveau collectivement suicidés avec comme d'habitude l'Allemagne comme chef d'orchestre. Je vais résumer quelques propositions de sortie de crise rapidement :

 

1- Sortir de l'Europe et de l'euro par référendum. La question du référendum est à mon sens extrêmement importante, car qui que soit le dirigeant d'alors, il aura besoin d'un appui populaire maximum à opposer aux oligarques et aux différents corps de la population qui gagnent leur vie par le pillage industriel et économique de leur propre pays. Ce référendum demandera aussi clairement aux citoyens français de choisir entre leur courte vue de consommateur égocentrique et leur vision pour leur avenir professionnel et ceux de leurs propres enfants.

 

2- Une fois l'hypothèse de la sortie acceptée. Il faudra préparer minutieusement cette sortie. Cela passe notamment par un retour au contrôle des changes, et par une taxation des mouvements des capitaux. L'on donnera aussi un ultimatum aux possesseurs de dette françaises qui seront obligées de convertir ces titres dans la nouvelle monnaie française. Il n'y a aucune raison pour que les titres de dettes françaises continuent à être libellé en euro une fois la sortie acceptée. Une fois la transition faite, on dévaluera d'au moins 20% le franc par rapport au dollar. Tout indique que la monnaie allemande montera alors si l’Allemagne rompt avec l'euro. La dévaluation s'obtiendra par une monétisation progressive de la dette publique à l'image de ce que font les Anglo-saxons à l'heure actuelle.

 

3- En accompagnement la banque de France redeviendra créditrice des comptes publics. On interdira l'emprunt sur les marchés financiers à l'état et on renouera avec le financement par la banque de France des investissements publics. Le but étant de mettre fin au servage monétaire par les marchés financiers interposés. L'émission monétaire n'aura plus qu’alors comme seul critère le plein emploi même si le taux d'inflation est de 4% par an. On va appeler cette politique l'anti-NAIRU, le taux d'inflation qui n'accélère pas le chômage. Car le chômage nuit à notre axiome de base (voir ci-dessus).

 

4- Nationalisation du système bancaire pour cause de restructuration. Nous devons refaire de nos banques des banques nationales dont le but est le développement de l'économie nationale et non la spéculation à l'étranger.

 

5- Fermeture de la bourse de Paris. Mise en place d'un financement à prêt gratuit (sans intérêt) pour les entreprises industrielles. Le but étant de favoriser rapidement la réindustrialisation. Les entreprises devront à nouveau se financer auprès des banques. La bourse ayant montré sont incroyable incapacité à financer l'économie réelle.

 

6- Mise en Place d'un nouveau commissariat au plan dont le but est de nourrir en projets scientifiques et industriels les politiques de dépense publique. La priorité à court terme étant mise sur l'autonomie énergétique puisque comme nous le savons tous le temps des énergies fossiles est compté. Le gonflement de la facture énergétique n'étant d'ailleurs pas totalement étrangère à la dégradation de notre balance des paiements. De plus l'importation de matière première nous oblige à dégager un léger excédent compensateur sur les biens ou les services en guise de paiement en retour.

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7- Mise en place d'un protectionnisme commercial sous forme de quota et de droit de douane suivant les cas particuliers. L'objectif unique de ce protectionnisme étant la survie d'une autonomie industrielle et l'équilibre de la balance commerciale des biens et des services. L'on pourrait même imaginer une inscription dans la constitution d'une interdiction des déficits ET des excédents commerciaux sur une période de 3 ans en moyenne. Et cela de façon à obliger les responsables publics à ne jamais plus négliger la santé de l'industrie nationale et celle de notre commerce. La France devant prôner une politique économique praticable par tous les peuples du monde en même temps. Une politique totalement fondée sur l'équilibre des comptes extérieurs. Cette politique d’exemplarité ayant pour objectif secondaire d'encourager les autres à faire des politiques de croissance coopérative et non mercantile.

 

8- Enfin les politiques publiques devront favoriser la hausse des revenus et des salaires. Seul un positivisme de la demande pourra redresser les investissements des entreprises privées. Les entrepreneurs n'investissant que s'ils pensent que la demande rendra rentable leurs investissements. Ce n'est pas de la misère que sort l'amélioration de la productivité et du système productif, mais bien au contraire de la hausse des revenus et de l'investissement que cette hausse produit par l'intermédiaire de l'accroissement de la demande et de la nécessité d'y répondre.

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21 juin 2013 5 21 /06 /juin /2013 17:03

 

z_Tombe_canadiens.jpgS'il y avait encore quelques personnes pour douter du caractère fortement américaniste de l'UE, et des organisations européennes. Les doutes sont maintenant dissipés. La construction n'est plus qu'une émanation de la structure impériale américaine. Et après avoir dû transformer la chambre des députés français en chambre d'enregistrement des lois européennes, il va falloir maintenant introduire le droit américain en lieu et place. À bien y réfléchir au lieu d'adhérer à l'euro nous aurions dû adhérer au dollar, cela aurait été plus rapide. Plus le temps passe et plus la vérité se fait jour et les comiques de gauche avec leur Europe sociale doivent aujourd'hui se sentir légèrement contrariés. Un peu à l'image de Jean Quatremer qui semble comme un enfant à qui l'on vient de casser son jouet dans son dernier texte. Peut-être va-t-il enfin devenir adulte et voir la réalité de ce qu'est l'Europe ?

 

L'union d'un sidéen avec un cancéreux en phase terminale

 

Je n'ai pas trouvé mieux comme analogie tant la zone atlantique me semble être une zone économiquement morte. Elle est tellement morte qu'elle arrive à trouver dans l'Allemagne un pays dynamique à imiter. C'est dire l'état de léthargie dans lequel se trouve cette zone économique. Il est dès lors très étrange de voir cette espèce d'ambition incroyable qui consiste à faire fusionner ces deux ensembles cadavériques. Comme si, par la force des choses, une alliance redynamiserait par magie l'économie des pays membres. Un peu comme l'Union européenne qui par la magie de l'unification devait faire couler le lait dans les rivières, et faire rajeunir le continent en faisant exploser la croissance. On sait ce qu'il est advenu de ces ambitions. Plus large est l'union, moins grand est le dynamisme, c'est presque une logique inverse que celle du monde réel. L'Europe était en fait bien plus prospère et puissante lorsqu'elle était désunie. L'on sait donc dès lors où nous mènera ce mariage forcé avec les USA.

 

Mais si je critique cette fuite en avant, ce n'est pas par crainte d'une aggravation économique pour l'Europe. Mon collègue Laurent Pinsolle semble lui être vent debout devant cette alliance absurde. Mettant en garde contre le protectionnisme américain il s'inquiète à mon avis à tort des effets macroéconomiques de cette union sur notre économie. Le fait est qu'il surestime comme beaucoup la puissance américaine. Le protectionnisme américain est d'ailleurs très relatif surtout si l'on regarde les faits macroéconomiques. Le protectionnisme US il est comme la politique socialiste de Hollande purement verbale. Aux USA ce sont les multinationales qui dirigent et elles n'aiment pas les frontières commerciales puisqu'elles ont toutes leurs usines à l'étranger. La vérité c'est que malgré une monnaie qui a perdu beaucoup de sa valeur par rapport à l'euro les USA arrivent tout de même à avoir un déficit commercial de 41 milliards d'euros en 2012. Le plus drôle c'est que les USA ont un déficit avec tous les pays de l'UE y compris la Grèce ou la France. Le plus drôle en regardant les chiffres récents du commerce extérieur américain c'est que le pays de la technologie a de gros déficits sur les biens de technologie avancée. Les USA ont même un déficit dans ce secteur avec le pays des fromages qui puent. Il faut parfois se méfier des idées reçues. Et regarder les chiffres crus des statistiques officielles parce qu'ils sont les seules à pourvoir nous permettre de juger le vrai du faux.

 

Balance comme US-UE

 Balance commerciale entre l'Europe et les USA. On constate que l'euro n'est pas surévalué par rapport au dollars si l'on s'en tient à la balance commerciale. L'Europe a surtout des problèmes avec l'Asie. 

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 Balance commerciale entre l'Asie et les USA

 

On peut assurément se demander en fait si cet accord de libre-échange n'est pas plus dangereux pour les USA que pour l'Europe, et ce pour plusieurs raisons. La première est que la zone euro est en récession et que ses cures d’austérité ne vont pas relancer les importations américaines même en supposant un dollar encore plus faible qu'il ne l'est. Ensuite, l'Allemagne grande exportatrice européenne se cache derrière l'euro. L'euro est largement sous-évalué pour elle. Si les élites allemandes sont pour cet accord, ce n'est pas par dogmatisme contrairement aux Anglais ou aux Français , mais bien parce qu'elle compte encore élargir son périmètre de vente libre sans protection monétaire. Alors que la croissance européenne s'effondre sous les coups de l'absurdité monétaire européenne, l'industrie allemande doit sans cesse élargir son marché. Or comme l'avait très bien analysé criseusa sur son blog que j'avais déjà cité. L’Allemagne n'est réellement compétitive que vis-à-vis d'autres puissances anciennement industrialisées.Contrairement à la légende, l'Allemagne ne gagne rien en Asie et elle est incapable de s'imposer là-bas. Cette région du monde étant largement protectionniste elle. Et au contraire des USA l'Asie se protège, mais sans tenir un discours protectionniste un peu comme la Grande-Bretagne au 18e et 19e siècle. L'Asie est libérale pour les autres et protectionniste pour elle-même. Il ne reste plus pour le commerce allemand que les pays ayant un niveau social comparable au sien l'Europe et l’Amérique du Nord. D'un point de vue allemand le libre-échange total avec les USA, avec l'avantage de sous-évaluation de l'euro, est en fait une une occasion en or. Que cet accord soit mauvais pour les autres nous savons bien que cela n'émeut en aucun cas Berlin comme l'a si bien expliqué Frederic Lordon dans son dernier texte.

 

 

Le commerce n'est pas le moteur de l'économie

 

L'unification du marché transatlantique marque à mon sens le déclin terminal de cette zone économique comme l'a été l'UE pour les puissances purement européennes. On crée un marché artificiellement gros parce que l'on ne grossit plus. On compense la faiblesse de la croissance par un élargissement du marché. Bien évidemment tout ceci est très théorique puisqu'en réalité cela fait bien longtemps qu'il n'y avait plus de protection en Europe et aux USA. On est plus dans la validation d'un processus ancien que dans la révolution politique. Il ne faut pas s'inquiéter outre mesure de cette évolution d'autant que l'expérience de l'ALENA a montré que ce sont surtout les USA qui y ont perdu commercialement parlant. Les USA enregistrant de lourds déficits commerciaux avec le Canada ou le Mexique. Cette évolution tenant au rôle monétaire des USA les empêchant de connaître une quelconque réindustrialisation. Produire de la monnaie étant la seule spécialisation accessible à la puissance américaine.

 

Mais en face de ce pessimisme qui touche mes collègues souverainistes. Je vais pour une fois opposer un optimisme au moins intellectuel. En effet si l'on peut s'effondrer devant l'ineptie de ces accords, sur le fait qu'ils n'apporteront aucune amélioration de quoi que ce soit pour la France si ce n'est des désagréments. Il faut par contre souligner deux phénomènes positifs. Le premier est que pour une fois le cœur de l’intelligentsia française est touché. Les artistes et autres parasites subventionnés du petit et du grand écran proche du pouvoir politique se retrouvent en effet attaqués par la mondialisation heureuse qu'ils ont eux-mêmes défendue contre les bouseux d'en bas pendant des décennies. La mondialisation a commencé à faire d'énormes dégâts chez les classes moyennes supérieures ce qui a pour effet de voir le discours protectionniste plus présent aujourd'hui dans les médias qu'il ne l'était avant la crise de 2007. Mais jusqu'à présent, la couche médiatique dominante était encore épargnée. Avec la fin du protectionnisme « culturel », l'on pourrait assister à une rebuffade soudaine de l'élite parisienne. Là on touche à la vache sacrée, le libre-échange et la concurrence libre et complètement faussée c'est bon pour les autres. On imagine déjà le dandy bien pensant, Francis Huster, défendre le "made in France" au nom de l'intérêt général. Un intérêt dont il s'est fichu pendant les trente années précédentes. Rien que pour ça, avouons que ces accords sont très intéressants pour la France.

 

Ensuite, ce serait l'occasion, une fois le massacre terminé, de reconstruire une nouvelle forme de développement du cinéma et de la production audiovisuelle française comme je l'avais imaginé dans ce texte. Parce qu’il faut être honnête, les subventions éternelles c'est un protectionnisme coûteux idiot et fondamentalement corrompu. C'est ce système qui empêche en grande partie le renouvellement de la créativité du pays. Les copains et les coquins s'entendant pour se partager la manne financière de l'état qui comme dans l'agriculture ne va qu'aux gros. Cette affaire est l'occasion de faire un tabula rasa du système.

 

Et pour terminer, nous pourrons affirmer qu'une fois toutes les fenêtres ouvertes, il n'y en aura plus d'autres à ouvrir. L'argument tout libéral qui donne le commerce comme moteur premier de la croissance sera ici complètement ridiculisé par les faits. La zone atlantique se transformant à l'image de l'UE en une zone de croissance faible et de fort chômage. Et l’Amérique pourra autant qu'elle veut inonder le marché de dollars, la croissance ne repartira pas à cause justement du libre-échange. En attendant comme nous l'avons vue l'Asie protectionniste et mercantiliste compte les points riant du ridicule des libéraux d'occident tout ouvert qu'ils sont à leurs productions. L'occident ignorant l’origine de sa propre prospérité à savoir les politiques industrielles et protectionnistes se suicide collectivement. Pour l'intérêt de quelques multinationales, les puissances occidentales ont décidé de mettre par terre leurs appareils industriels. Ce n'est pas de plus de liberté dont nos nations ont besoin. Ni d'un plus grand marché, mais bien plutôt d'une régulation du commerce et de l'industrie. Au lieu de s'inspirer dans l'ouest déclinant, la vieille Europe aurait mieux fait de regarder vers l'Est.

 

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 Balance commerciale américaine sur les biens de technologies avancés, comme le matériel informatique ou les biotechnologies. L'on constate que l'avance US n'est pas vraiment visible dans les bilans comptables. Les technologies étant breuvetés aux USA, mais produites ailleurs, cela ne sert pas vraiment l'économie américaine. Mais malgré ces faits les libéraux continuent à vendre la société postindustrielle hitech comme étant notre avenir. 

 

Tous les chiffres sont consultables sur le site du bureau des statistiques US : www.census.gov 

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18 juin 2013 2 18 /06 /juin /2013 16:50

     S'il est vrai que l'on trouve peu de vertus en général au régime politique chinois. Il est dictatorial, peu intéressé par les droits l'homme et il n'est guère tendre avec ses minorités. On lui accorde pourtant souvent le contrôle et la rationalité à long terme comme qualité. Il est vrai que le chaos et la désorganisation des ex-démocraties occidentales empêtrées dans leurs délires libéraux semblent en apparence moins aptes au travail de groupe que l'ogre montant chinois. C'est d'autant plus vrai que la chine bénéficie de la mondialisation et tire largement sa croissance d'un modèle qui peut sembler pertinent aux moins observateurs d'entre nous. La Chine comme l'Allemagne peut servir facilement d'exemple de modèle de croissance pour quiconque n'irait pas plonger dans les méandres des chiffres macro-économiques réels. Alors l'on pourrait se poser cette question. Mais comment font les élites chinoises pour si bien diriger leur pays ? Sont-elles supérieures aux nôtres ? L'on voit déjà poindre l'orgueil chinois à travers des remarques xénophobes présentant le peuple de l'empire du Milieu comme supérieur. C'était d'ailleurs l'une des inquiétudes de Pierre Larrouturou que la chine devienne folle comme l'Allemagne des années 30.  La fin de la croissance forte en Chine pouvant produire une grave crise politique.

 

Il est ainsi que dans le monde moderne pseudo-rationnel l'on attache souvent la réussite d'une nation à un facteur endogène ou essentialiste. Hier la doxa disait que les blancs réussissaient parce qu'ils étaient supérieurs par la race, la culture, et l'intelligence. Aujourd'hui l'on voit presque poindre ce type de raisonnement en Asie. De la même manière que l'homme riche a tendance à oublier que sa réussite n'est jamais le fruit unique de son propre labeur, mais aussi le fruit de relations sociales et de conditions personnelles parfois hasardeuses. Les peuples qui réussissent tendent naturellement à oublier l'origine réelle de leur propre réussite pour s'enorgueillir de fantasmes nourris par leur hubris, et en oubliant les conditions pratiques réelles qui les ont portées au pinacle. De sorte qu'ils oublient même souvent l'origine de leur réussite. Et parfois cela les conduit à leur propre perte. On l'a bien vue avec les USA ou l’Angleterre, grandes nations du protectionnisme et de l'interventionnisme étatique, mais qui dans leur imaginaire collectif s'imaginent prospères grâce au laissez-faire économique passé. Il faut accorder beaucoup de crédit aux croyances populaires et à celles qui tiennent lieu de pensée dans les hautes sphères du pouvoir politique. Car c'est bien plus ces croyances qui façonnent l'action politique des nations que la raison pratique. Car comme nous le savons « Ce sont les hommes qui font l'histoire, mais ils ignorent l'histoire qu'ils font ».

 

L'état chinois ne contrôle rien

 

C'est dans cette optique qu'ils font bien voir le caractère factice de l'idée de puissance de contrôle de la part de l'état chinois sur son économie. J'en veux pour preuve le manque d'efficacité des politiques menées visant à des changements d'orientation macro-économique importants. Il ne faut pas tomber dans l'illusion du verbe comme le fait malheureusement Jacques Sapir dans un interview donné à BFM. Un interview dans lequel il affirme que l'état chinois réoriente son économie vers la demande intérieure et que cette réorientation a comme effet secondaire un ralentissement de la croissance économique. On voit ici chez Sapir, qui est un économiste que je respecte beaucoup, un aveuglement hyper-rationnaliste. Il fait sur la chine la même erreur que sur l'euro. Il disait ainsi que l'explosion de l'euro était inéluctable en 2010. De fait, il a surestimé la capacité des élites à réagir de façon rationnelle. Il faut bien comprendre que l'action des élites n'a pas grand-chose à voir avec l'idée que l'on s'en fait. Loin d'être des choix mue par la réflexion, la politique consiste souvent à faire des compromis à court terme. C'est vrai dans les oligarchies d'occident, mais ça l'est tout autant en chine. Compromis, copinage et corruption ou raisonnement tautologie de bonne tenue sociale visant aux bons rapports dans leurs milieux sociologiques. Autant de choses qui empêchent la raison de l'emporter chez les politiques. Sans parler de l'application des politiques qui nécessite la mise en marche d'une administration qui n'est pas toujours très obéissante, ou qui dispose d'une inertie telle que l'action finale est complètement édulcorée et qu'elle produit même parfois des politiques inverses.

 


 

 

En France et en occident, les administrations sont toutes vouées au libéralisme économique. Ce ne sont pas seulement les décideurs politiques qui baignent dans cette idéologie, mais tous leurs milieux sociaux. Ainsi que toute la chaîne de commandement de nos états. Et bien en Chine tout est fait pour l'exportation comme débouchée. L’idéologie locale est que l'exportation c'est le bien. Le mercantilisme tient lieu de politique depuis Deng Xiaoping, cette culture ne disparaitra pas en un jour.La chine a massacré des pans entiers de ses vétustes industries pour moderniser et orienter vers les marchés occidentaux sa production. Et le résultat est la spécialisation de la chine dans la production de masse de tout ce que la planète consomme en biens manufacturés. On sous-estime assez largement d'ailleurs les dégâts sociaux et humains produits par cette industrialisation accélérée. Nous ne verrons sûrement les effets désastreux de cette surcroissance déséquilibrée que dans quelques années. Lorsque la Chine sera un pays de vieux se dépeuplant. En attendant l'idée que parce que l'état chinois décide de sortir du mercantilisme, cela va se produire est un argument des plus discutable.

 

C'est d'ailleurs d'autant plus vrai que la Chine se retrouve aujourd'hui dans une situation inextricable à court terme. L'on peut d'ailleurs comparer la situation de la Chine à celle des USA en 1929, toute proportion gardée, car les USA avaient une économie beaucoup moins déséquilibrée que celle de la chine à l'époque. Si l'on moque souvent la croissance déséquilibrée des USA. Il ne faut pas oublier qu’à partir du moment où un déséquilibre commercial fait partie de votre modèle économique, vous êtes par nature en danger. Que cette croissance ait comme conséquence un déficit ou un excédant commercial ne change rien au caractère instable de votre croissance, car dans les deux cas vous êtes menacé par un rééquilibrage brutal. Il n'y a pas de vertu dans le déséquilibre, juste une préparation du chaos qui suivra l'inévitable rééquilibrage. La Chine ou l'Allemagne ne sont pas plus vertueuses que les USA parce que ces nations ont des excédents. Raisonner ainsi c'est justifier le mercantilisme et ne pas voir que tous les pays du monde ne peuvent être simultanément en excédents. Et donc oublier que ce modèle est un danger pour la paix du monde. Quelques analyses de données vont nous permettre de voir plus clair dans la situation chinoise. En premier lieu, nous voyons l'excédent commercial qui est à la source de la croissance chinoise.

 

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On voit bien sur ce graphique l'orientation prise par l'économie chinoise surtout depuis le début du 21e siècle.

 

Si l'analyse de Jacques Sapir, qui voit un changement de volonté politique visant à la réorientation de la croissance vers son propre marché intérieur, était vraie, nous en verrions les prémisses. Or rien de cela ne se voit en pratique. La vérité c'est que le ralentissement de l'économie chinoise n'est pas le fruit de la réorientation vers la consommation intérieure, mais de l'effondrement de la demande en occident. Les importations ont baissé en même temps que les exportations. Un coup d'oeil rapide au comportement des consommateurs chinois nous montre d'ailleurs le peu d'épaisseur de l'hypothèse d'une réorientation économique.

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(Source :forexagone)

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Comme nous pouvons le voir sur les deux précédents graphiques, la réorientation vers son marché intérieur ne se voit pas du tout. Le plus étonnant c'est que ces vingt dernières années la part de la consommation dans le PIB chinois n'a cessé de baisser, et ce alors même que la croissance battait son plein. Le taux d'investissement est tous simplement absurde et dépasse les 50% du PIB. Aucune économie ne peut fonctionner comme cela. Seul le caractère mercantiliste de l'économie chinoise permet d'expliquer ce phénomène. Nous avons affaire à une surproduction dépassant l'imagination et donc la fin sera aussi surprenante que son apparition. La crise chinoise qui se prépare va faire très mal et je ne vois aucune politique publique susceptible de l’empêcher même en présentant l'état chinois comme incroyablement rationnel et compétent, ce qu'il n'est pas sinon il ne serait pas dans cette situation. On remarquera de plus que depuis le début de la crise de la mondialisation libérale que malgré la baisse des exportations chinoises la consommation a continué à chuter en proportion du PIB.

 

Cela provient certainement des politiques pseudo-keynésienne chinoises qui ont eu comme effet de maintenir la demande croissante malgré l'effondrement simultané de la consommation extérieur et le tassement de la consommation intérieure. Il y a d'ailleurs de nombreuses incohérences dans les données officielles chinoises. D'un côté l'on voit la part de l'épargne qui reste excessive, de l'autre la part des dépenses publiques est stable et pourtant officiellement la croissance continue. Il faut prendre avec une certaine méfiance les statistiques officielles chinoises comme l'avait rappelé en 2009 le site WSWS.

 

 

Mais si le régime de croissance chinois est en danger, c'est aussi parce que sa structure est fondamentalement inégalitaire. La course à l'inégalité n'est en effet pas l'apanage de l'occident. Comme je l'ai déjà répété à de nombreuses reprises, l'économie mondialisée est un système de domination des riches à l'échelle planétaire. Les élites économiques de chaque pays tirant de la mondialisation un moyen pour faire plier ses propres forces de travail et pour concentrer les richesses vers le haut de la pyramide. La course à l'inégalité est un phénomène mondial pas uniquement occidentale. Il suffit pour s'en rendre de compte de voir les émeutes qui ont lieu en ce moment au Brésil. En général cette croissance des inégalités est le fruit d'une baisse étrange de l'inflation. Une inflation qui est sans cesse présentée comme un poison alors même qu'elle n'a pas vraiment dérangé la France des trente glorieuse. En Chine la baisse de l'inflation coïncide comme par hasard avec l'orientation massivement exportatrice du pays comme on peut le voir sur le graphique suivant.

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Le Brésil l'autre pays de la crise.  

 

L'inflation était en fait largement plus forte dans la période peu excédentaire de la chine. Grâce au libre-échange et à l'excédent, l'économie chinoise a permis une croissance peu inflationniste puisque l'on pouvait se passer de la consommation intérieure. Inutile de hausser les salaires pour que la demande soit là. La baisse de l'inflation étant parfaitement corrélée à la baisse de la part de la consommation intérieure chinoise dans le PIB. À cette époque la croissance du pays était pourtant aussi forte qu'aujourd'hui au cas où certains penseraient que globalement le pays a connu une accélération avec la mondialisation. Ce que le modèle mercantiliste a changé ce n'est pas la croissance chinoise, mais la répartition intérieure des richesses , tout comme les déficits commerciaux ont changé la répartition des richesses aux USA ou en France. On assiste en Chine comme ailleurs à un détachement des élites de leur propre pays.

 

Elles courent vers leurs intérêts à court terme. Il se trouve qu'en Chine cette course inégalitaire a pris l'apparence d'un modèle mercantiliste parce que l'élite chinoise avait une contrainte telle qu'elle n'avait pas le choix pour tirer son épingle du jeu. Le problème évidemment c'est que ce modèle est à bout de souffle et ce ne sont pas des plans d'investissement massifs qui changeront la donne dans le cas chinois. L'on sait par ailleurs que le pays est déjà inondé de villes vides et d'aéroports inutilisés. La Chine a effectivement besoin de recentraliser son système industriel pour sa consommation intérieure, mais cela ne se fera pas par la planification. Cela sera le résultat de contraintes que les autres nations lui imposeront par le biais de douanes et des dévaluations. Le Japon vient d'ailleurs de déterrer la hache de guerre en dévaluant. La fin de la mondialisation poussera la Chine à mieux traité ses salariés pour qu'ils épargnent moins et consomment plus.

 

 

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 16:30

 Mon titre étrange résume à mon sens parfaitement la contradiction du système économique occidentale actuelle. Le fait est que ce que les objecteurs du libre marché oublient sans cesse c'est que l'action individuelle des entreprises est d'abord subordonnée à l'anticipation que ces mêmes entreprises font de l'avenir du marché et de la société en général. L'idée saugrenue d'une autorégulation de l'économie est ainsi battue en brèche par l'intuition simple que nous agissons d'abord en rapport à notre environnement. C'est vrai pour les animaux, les plantes, les hommes, et bien évidemment les entreprises. Les actions individuelles ne sont ainsi jamais réellement individuelles puisqu'en quelque sorte elles dépendent les unes des autres. Cela crée un système d’interaction complexe qui ne converge pas naturellement vers le plus grand bien-être général, mais vers un équilibre instable qui peut vaciller à tout moment autour d'une moyenne économique pas forcement très enviable. Le système économique libre et sans entraves est par nature chaotique. Il n'est ni bon ni mauvais, il est juste irrationnel et imprévisible dans ses évolutions.

 

Les états et les puissances publiques dans le passé n'ont pas mis sous les verrous la finance, les banques et le commerce pour des questions idéologiques, ou par amour du centralisme. De Gaule qui avait mis la finance sous clef et qui n'avait guère d'appétence pour le milieu boursier n'était pas vraiment un communiste. Le marché a été mis sous tutelle après guerre parce que les vivants d'alors avaient en leur mémoire les tristes effets du libre marché et de la finance globalisée qui avait concouru à la crise de 29 et par ricochet à la Seconde Guerre mondiale. Il fallait donner du sens à l'orientation économique. Il fallait maintenir des équilibres qui n'étaient pas possible d'obtenir par le simple jeu de la concurrence libre, et le plus souvent faussée. La situation de sous-investissement actuelle en Europe n'est pas le fruit du hasard, mais bien le résultat à long terme de la dérégulation économique qui tenait lieu de politique publique dans les années 70-80. À force de ne plus investir sur son sol l'occident se retrouve aujourd'hui dépourvu d'entreprise et d'hommes aptes à le faire avancer. Son élite vivant de sa rente en important des masses d'objets que nos pays ne savent plus fabriquer. Aucune nation ne s'est jamais enrichie en achetant aujourd'hui ce qu'elle faisait elle même hier. Tout juste, cette situation permet-elle à quelques groupes sociaux minoritaires de sortir enrichis pendant que la masse de la population s'appauvrit. L'Europe actuelle ressemble à l'ancien Empire ottoman en fin de vie, lui aussi a préféré au 19e siècle échanger ses industries et ses artisans contre un enrichissement commercial temporaire. Cela lui a couté la vie quelques décennies plus tard.

 

L'Europe en panne d'investissement

 

C'est sur le blog de Jacques Sapir que l'on trouve des chiffres très intéressants sur le désastre grec. Des chiffres qui comme d'habitude infirment par l'absurde l'efficience de mesure d’austérité sur l'économie des pays en crise. Et que l'on ne parle pas de faire des économies aujourd'hui pour rebondir demain, car on voit mal comment un pays qui connaît un effondrement de ses investissements productifs, seul à même d'hypothétiquement relancer la machine économique, peut préparer l'avenir. La Grèce est doublement punie. L’effondrement des salaires ne la rend pas suffisamment compétitive pour concurrencer l’Europe de l'Est ou l'Asie. Et dans le même temps, l'effondrement de la demande induite par ces politiques a produit un effondrement de l'investissement productif ce qui se mesure dans l'évolution de la formation brut du capital. Disons-le tout net. Les entreprises n'investissent que si elles pensent que cet investissement est nécessaire. À quoi bon accroître les capacités de production, si la demande que l'on prévoit est en baisse ? Le FMI et la BCE redécouvrent ce que Keynes avait démontré depuis longtemps, le lien entre l'investissement et la demande est l'inverse de ce que pense la doxa libérale. C'est la demande qui pousse l'investissement et non l'inverse.

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 Comment peut-on imaginer un redressement productif avec des investissements qui chutent?  : Source le blog de Jacques Sapir


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                             Evolution de l'investissement en Grèce : Source le blog de Jacques Sapir

 

En dehors de la Grèce, il faut aussi noter la triste situation française que vous pouvez voir sur ces deux graphiques. La FCBF sur les biens d'équipements notamment indique clairement le sous-investissement productif qui frappe notre pays. Plus étonnant, le blog crieusa vient de montrer dans son dernier texte le caractère illusoire de la croissance allemande. Il montre, chiffre à l'appui que l’Allemagne se désindustrialise et perd petit à petit ses capacités productives. C'est notamment la FCBf allemande qui contrairement aux idées reçues stagne, voir recule. Cela confirme l'analyse que Jean Luc Gréau avait faite du capitalisme allemand à savoir qu'effectivement les bons chiffres du commerce extérieur allemand sont complètement trompeurs sur le caractère réel de la force productive allemande. En réalité, l'Allemagne importe la plus-value qu'elle réalise dans les pays de l'Est réinventant au passage une nouvelle forme d'asservissement. Mais le territoire allemand lui se vide de sa substance industrielle hypothéquant ainsi l'avenir. Plus grave, la stratégie allemande est, selon criseusa, consubstantiellement autodestructrice. Le choix du capitalisme allemand est littéralement cannibale. L'Allemagne a un modèle de croissance fondé sur sa propre destruction et celle de ses voisins. Sa croissance étant fondée sur la réduction tendancielle de la demande intérieure et de l'investissement local.

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 L'Allemagne un géant aux pieds d'argile : source le blog de criseusa

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La FBCF de la france n'est même pas revenu au niveau d'avant crise.Le plus inquiétant est l'extrême faiblesse de l'investissement dans les biens d'équipement qui traduit la désindustrialisation accélérée du pays.

 

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Si l'on regarde à plus long terme l'on voit que le sous-investissement est bien le fruit de la vague de libéralisation des années 70. La fin de la préférence communautaire datant de 1974. Source l'INSEE.

 

 

Optimisme et investissement

 

Après ce petit aparté sur la situation de l'investissement en Europe, il faut rappeler quel est le mécanisme qui permet à l'investissement de repartir. L'idéologie, actuellement au pouvoir, ne conçoit l'investissement que comme un mécanisme répondant à un mouvement naturel des marchés. Pour les libéraux, le manque d'investissement ne peut venir que deux sources. La première est que la sphère publique est trop étendue et siphonne en quelque sorte le capital et l'énergie de la population. La lutte contre la fonction publique découle de l'imaginaire libéral qui considère le fonctionnaire comme totalement inutile et la fonction publique comme un gaspillage collectif. Car le privé peut faire mieux et moins cher en tous les cas. Ce raisonnement découle de l'hypothèse de départ du libéralisme qui est que l'homme donne le meilleur de lui même uniquement grâce au moteur de l'intéressement économique. Si vous suivez ce blog depuis longtemps vous savez ce que je pense de cette hypothèse. Il est donc évident en partant de cette hypothèse libérale que le fonctionnaire est inefficace puisque son salaire n'est pas directement le fruit de son labeur. Tous le discours sur la haine de la fonction publique et les discours du comptoir du commerce viennent de là. À ce stade l'on pourrait demander à ceux qui croient en ces fadaises s'ils feraient réellement confiance en un médecin qui ne serait mu que par l'appât du gain. En effet ce dernier aurait-il réellement intérêt à ce que vous soyez en bonne santé?

 

Bon, la première hypothèse libérale est fausse, mais la suivante est peut-être plus proche de la réalité. Celle-ci découle de l'équilibre naturel entre l'offre et la demande. Si l'investissement est trop faible, c'est probablement parce que le coût de l'offre est trop fort pour que la demande se fasse sur les produits proposés par les entreprises. Dans cette hypothèse, il faut réduire le coût de production pour que l'investissement reprenne et que la croissance reparte. C'est visiblement cette hypothèse qui sous-entend toute la politique dite de l'offre et qui vise à réduire autant que possible le prix des produits locaux. On remarquera cependant que dans ce cadre d'analyse et en supposant que l'on y adhère il existe de nombreuses solutions au problème. Pour réduire le prix des produits locaux, la solution la plus évidente est de réduire les salaires, ou en cassant l'état et en baissant les charges sociales. Cependant, il y a d'autres variables sur lesquelles nos amis libéraux pourraient pourtant jouer. Par exemple en réduisant la part de revenu de la finance à travers la réduction des dividendes pour les actionnaires. Une solution qui a l'avantage de ne pas comprimer la demande locale. On pourrait rajouter le fait que le protectionnisme commercial et la dévaluation ont exactement le même effet que les baisses de salaires sans en avoir les conséquences sociales. Mais aucune de ces solutions alternatives n'est jamais proposée. Preuve, s'il y en avait besoin, que ce sont bien les intérêts de la finance et de la rente qui tirent les ficelles de la commission européenne ou de l'état français.

 

Mais oublions le libéralisme et revenons à la réalité. Il y a d'abord plusieurs problèmes à l'investissement dans nos pays. Le premier est une folie de la rente capitaliste qui réclame des rendements de plus en plus délirants et qui rend des activités même très rentables non intéressantes. Pour rétablir l'investissement dans des secteurs peu propice à la profitabilité il nous faudra un jour ou l'autre rétablir la main mise de l'état sur les banques et produire du crédit à coût nul pour ce type d'activité. Car ce n'est pas parce qu'une activité a une faible rentabilité qu'elle est inutile. Ne tombons pas dans le piège de l'utilitarisme délirant des libéraux. L'agriculture est bien plus essentielle que l'industrie des semi-conducteurs elle est pourtant bien moins profitable. Ensuite, il faut bel et bien rompre avec l'idée que nous aurions besoin de capital. L'on présente souvent le capital comme un truc qui circule et que personne en particulier ne contrôle. Une ressource rare et précieuse qu'il nous faudrait apprendre à extraire avec l'aide de nos bons docteurs libéraux. Il faut attirer le capital étranger pour qu'ils investissent. Pour cela, cassons le Code du travail, privatisons l'éducation, euthanasions les vieux, etc.. Tout est bon pour attirer le capital si rare et si précieux. Cette vision du capital étonnait déjà Keynes qui y voyait une réminiscence de la société agricole fondée sur la rente terrienne. Les libéraux et la population considérant le capital financier comme le capital terrien et agricole. Sauf que cela n'a rien à voir. Si la terre est rare, le capital il se fabrique. Et que l'on ne sorte pas l'argument de l'hyperinflation. Car avec l'avalanche délirante de produits financiers et d'émission monétaire actuelle, le loup inflationniste met pourtant bien du temps à se montrer. L'émission monétaire publique permettra de se passer de la bourse et des produits dérivés et je crois que l'on ne s'en portera que mieux.

 

Les entreprises n'investissent que lorsqu'elles n'ont pas d'autres choix

 

Ensuite il faut rendre rentable un investissement en France. Là on en revient à la question monétaire et au libre-échange. À l'heure actuelle, la différence du coût du travail interdit l'investissement productif dans notre pays. Mais il faut bien se rendre compte de l'écart salarial phénoménal qu'il y a entre nos vieilles nations et les nouvelles puissances industrielles . Un écart qui s'ajoute au fait que les puissances agressives d’Asie utilisent abondamment leur monnaie pour tailler nos industries en pièces. Les politiques de baisse des charges sont en ce sens complètement à côté de la plaque puisqu'elles ne sont absolument pas à l'échelle du problème. Dans le meilleur des cas, nous diviserions par deux le coût du travail local et cela en ignorant le coût qu'engendre la privatisation des services publics qui accompagnerait inéluctablement la baisse des charges. Les USA nous montrent par exemple l'inefficacité spectaculaire d’un système de santé privé. Les entreprises US doivent dépenser bien plus d'argent au final que les entreprises françaises pour la santé de leurs salariés et cela pour une efficacité largement inférieure. La suppression des charges sociales ne produira aucun effet positif en France parce que les entreprises savent bien que le coût de l'importation du travail asiatique restera, même dans ce cadre, largement inférieur. Paradoxalement, il est probable que les baisses de charge accélèrent en fait la baisse de l'investissement puisque les économies réalisées grâce à ces baisses de charge permettent aux entreprises de délocaliser plus vite.

 

Pour réorienter l'investissement en France, il faut avant tout faire en sorte que les entreprises n'aient pas d'autre choix que de le faire. Tout d'abord en rendant les importations non compétitives en jouant sur la dévaluation, les quotas et les droits de douane. Ces politiques devront être à la mesure du problème. Ensuite en redonnant à la demande un vrai dynamisme, car comme je l'ai dit précédemment ce n'est pas l'investissement qui crée la demande, mais le contraire. Étrangement et contrairement aux idées actuellement très en vogue, relancer les salaires en France ne refera pas reculer l'investissement bien au contraire. En anticipant une demande en hausse et en bloquant les possibilités de faire appel à l'étranger pour produire nos entreprises seront beaucoup plus en clin à investir dans notre pays. On l'a bien vue dans la courte période 1998-2000, il a suffi d'une dévaluation et d'un retour à l'anticipation positive pour que l'investissement reparte fortement pendant quelque temps. Bien payer les salariés ce n'est pas amoindrir l'investissement, c'est bien au contraire le favoriser. Il faut sortir de l'idée absurde qui conduit à penser le dynamisme économique comme contraire au bien-être de la population.

 

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 16:03

 Emmanuel-Todd_IsUgoria_5-12-11_DSC88321.jpg Le dernier débat de l'émission de Frédéric Taddéi a vu un affrontement entre Emmanuel Todd et le célèbre eurobéat certifié Jean Quatremer. Un débat qui n'en était pas vraiment un puis qu’à mon sens on ne débat pas avec des intégristes et des idéologues, on les affronte. Les idéologues européistes et germanophiles compulsifs s'en prennent en ce moment à Todd. D'après eux il serait un infâme germanophobe à cause de ses attaques verbales répétées contre l'Allemagne. Emmanuel Todd, dont j'adore les œuvres, est, il faut bien le dire, un sacré poil à gratter national. Et si je l'ai souvent critiqué pour ses orientations politiques, ou ses propos légèrement angéliques sur l'immigration. Il n'en demeure pas moins l'un des esprits les plus importants de l'histoire française récente. Et nul doute que l'on parlera encore des œuvres de Todd en 2100 alors que le pauvre Quatremer aura depuis longtemps été oublié et son UE avec lui. Enfin j'exagère, il paraîtra sûrement dans les œuvres d'un historien parlant des penseurs décadents du début du 21e siècle. On pourrait toutefois ici dire que le Todd s'est encore laissé emporter par ses propos et son exubérance habituelle en faisant aussi ouvertement un procès à l'Allemagne et à son élite. 

 

Après tout, ce ne serait pas la première fois que Todd s'emporte. Ce n'est pas un homme de média qui calcule ses propos en fonction du nombre de caméra qui l'observe. Il est toujours naturel, et peut éventuellement avoir des termes qu'il regrettera ensuite. Cependant sur l'Allemagne je lui donnerais entièrement raison, et je pense même qu'il a été bien timoré sur ce coup.

 

L'Allemagne un pays sans avenir

 

Car la seule véritable critique que l'on peut faire de Todd c'est son étrange surestimation de la nation allemande. Loin d'être germanophobe, il y a même chez Todd une espèce de méfiance excessive quant à la puissance allemande. Une méfiance étrange puisque Todd est mieux placé que quiconque en tant que démographe pour savoir que l'Allemagne est un pays qui décline et qui va décliner de plus en plus vite. La situation actuelle est d'ailleurs en grande partie le fruit de ce déclin démographique qui aura nécessairement des effets extrêmement graves sur l'économie de ce pays à long terme. On pourrait dire en un sens que l'excédent allemand actuel est une espèce de chant du signe, ou de dernier feu d'artifice avec extinction définitive. Osons le dire, au rythme démographique actuel les allemands parleront le turc bien avant que l’Europe ne se mette à parler l'allemand.

 

Cet étrange paradoxe qui nous fait voir une nation mourante comme dynamique tient à la perception purement économique de l'homme moderne. La vision éconocentrique, si je puis user d'un néologisme, rend la perception de la réalité des nations étrange. Les intelligentsias modernes ne voyant et n'analysant la réalité qu'à l'aune du PIB ou du commerce extérieur d'un pays. Pourtant l'économie n'est qu'un paramètre lui-même assez secondaire. La démographie, la pensée, le progrès technique, la géographie, les ressources naturelles sont tous des données largement plus importantes que le taux de croissance du PIB qui dépend d'ailleurs essentiellement de ces éléments précité. La nation allemande est en train de se vider de ses hommes. Un coup d’œil rapide au taux de natalité et à l'évolution démographique suffit à s'en convaincre. Il ne faut pas avoir peur de l'Allemagne, il faut avoir peur pour elle et pour les conséquences macroéconomiques que cette situation va engendrer.

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(Source : dastatis.de

 

Les Allemands nous entraînent avec eux

 

Ce déclin démographique allemand extrêmement prononcé a évidemment de nombreuses conséquences sur l'économie allemande. Mais comme dans tous processus démographiques, ces conséquences suivent une évolution avec des phases séquentielles fort différentes au fur et à mesure que le temps passe. De la même manière, la transition démographique dans tous les pays du monde a eu des conséquences macroéconomiques différentes suivant le stade de la transition dans lesquels les pays se sont retrouvés. Un mécanisme qui peut être favorable à un pays à un moment donné de l'histoire économique peut aussi casser ce dernier à long terme. La transition démographique passe ainsi toujours par une phase dans laquelle la population active gonfle très fortement lorsque la natalité baisse . Il existe ainsi un laps de temps d'une trentaine d’années où les vieux sont encore rares et les jeunes sont en moins grand nombre. Cet allègement collectif du nombre de personnes à charge permet momentanément d'avoir une surcroissance et d'élever la quantité de capital par tête plus rapidement. L'Asie de l'Est et la Chine notamment sont dans cette phase particulièrement favorable de leur transition démographique. On notera d'ailleurs que moins un pays va avoir d'enfants et plus à court terme il va pouvoir élever le capital disponible par tête. On pourrait citer la Corée du Sud pour l'illusion de dynamisme fourni à court terme par la très faible natalité. Malheureusement, cet effet produira un très fort ralentissement économique lorsque le ciseau démographique aura fait son œuvre. Les jeunes actifs en surnombre devenant des retraités en surnombre. L'hiver démographique certains pays le connaissent déjà, le Japon et l'Allemagne notamment. Et l'on va voir que les conséquences économiques sont extrêmement désagréables non seulement pour ces pays, mais aussi pour leurs voisins.

 

La décision récente du premier ministre japonais de dévaluer le Yen a surpris beaucoup de monde. Et effectivement entre novembre et aujourd'hui le Yen est passé de 82¥pour un dollar à plus de 103¥. Mon collègue Laurent Pinsolle s'est empressé de voir dans l’accélération de la croissance japonaise au premier trimestre les effets bénéfiques de la dévaluation. Évidemment il défend la dévaluation en France à travers la sortie de l'euro, ce que je veux moi aussi. Il peut y voir un argument favorable aux idées qu'il défend à court terme pour la France. Sauf que la situation du Japon avant la dévaluation est très différente de celle de la France. Ce pays n'avait pas de déficit commercial majeur. Le Japon doit faire face comme tout le monde à la concurrence de la Chine et de la Corée du Sud. Il y a eu aussi l'affaire Fukushima qui a dégradé la balance des paiements en augmentant la dépendance au pétrole du pays. Mais on ne peut pas dire que le Japon avait un gros problème de déficit commercial surtout avec l'Europe et les USA. Or la dévaluation va surtout permettre au Japon d'exporter plus en occident c'est-à-dire avec une région du monde avec laquelle il était déjà en excédent. En fait loin de nous réjouir nous devrions plutôt nous inquiéter, car le Japon a compris une chose, il doit imiter l'Allemagne.... Il n'y a pas eu de relance au Japon, les salaires font du surplace et la demande intérieure est neurasthénique à cause de la démographie déclinante et d'une forte hausse des inégalités de revenu. Le Japon est l'un des pays développés où le coefficient de Gini s'est le plus dégradé depuis les années 90. Avec la dévaluation le Japon a choisi de faire comme l'Allemagne et de tirer sa croissance par l'excédent commercial avec les pays développés. Il va aggraver la crise mondiale en tirant vers lui la maigre demande de l'occident. On est dans un immense jeu de chaise musicale ou chaque pays essaie de faire son beurre au détriment du voisin. Les Américains étant hors jeu puisque produisant la monnaient pour que le jeu continue. 

 

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Exportation japonaises jusqu'en 2011 (sources stat.go.jp)

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 Importations japonaises jusqu'en 2011 (sources stat.go.jp)

 On voit bien en comparant les deux tableaux que le Japon avait des excédents avec l'Europe et les USA. Sans relance de la demande intérieure rien ne justifiait la dévaluation avec ces deux zones commerciales. Le vrai problème du Japon étant l'Asie de l'Est. 

 

Taux du Yen 

Dévaluation du Yen (source Bloomberg) 

 

Les Japonais ont des conceptions commerciales et économiques très proches de nos voisins allemands. Ils partagent en plus avec eux le même destin démographique. La différence entre les deux pays dans l'évolution commerciale récente est que l'Allemagne a un précarré de nations imbéciles soumises qui partage la même monnaie qu'elle. Le Japon n'a pas la possibilité comme l'Allemagne d'avoir une monnaie « faible » comme l'euro, tout en engendrant des excédents commerciaux pour stimuler sa croissance anémiée par sa démographie. En effet, l'euro évolue en fonction de la balance commerciale de l'ensemble des pays membres. Les déficits français, italiens, espagnols et autre compensent en quelque sorte les excédents allemands faisant de la zone euro une zone monétaire à l'équilibre. De fait, l'euro reste à son niveau stable, et l'Allemagne peut grâce à la faiblesse de ces voisins faire exploser ses excédents commerciaux. Le Japon, lui, est obligé de payer monétairement le prix de sa politique. Il faut bien comprendre que le Japon et l'Allemagne sont des nations mercantilistes anciennes, elles sont aujourd'hui concurrencées par les nouvelles venues et elles adaptent leurs stratégies de strangulation de l'occident à ces nouvelles venues.

 

Cependant si à l'origine ces stratégies commerciales agressives sont nées dans les années 70-80 avec l'ouverture aux échanges de leurs futurs victimes, la motivation de ces nations a quelque peu changé. En effet, la gueule de bois démographique commence à sérieusement se faire sentir que ce soit en Allemagne, ou encore pire au Japon. Le Japon ne faisant aucune politique migratoire il ne peut cacher comme l’Allemagne son effondrement humain. L'Allemagne quant à elle fait venir des immigrés en grand nombre, mais les problèmes s'accumulent comme chez nous. À long terme les démographes d'ailleurs pour dire que les nouvelles venues finissent souvent par faire aussi peu d'enfants que les locaux ce qui ne fait que prolonger l'agonie en quelque sorte. Cette contraction de la population produit mécaniquement une stagnation, voire une contraction du PIB, et ceci même si le PIB par tête augmente. Il induit dans les entreprises et la population un certain pessimisme sur le plan économique poussant à la réduction des investissements. La seule façon de compenser est alors de chercher ailleurs la demande qui manque à l'intérieur. De fait, au mercantilisme triomphant germano-nippon des années 70-90 a succédé un mercantilisme de survie. Il est probablement plus dangereux, car il est mu par un instinct de survie économique de ces nations. En un sens, on pourrait dire qu'avec la dévaluation du Yen intervenue cette année le Japon et l'Allemagne ont reformé l'Axe sur le plan commercial. Mais à la place d'un espace vital, ces pays cherchent maintenant une demande vitale chez les pays moins démographiquement suicidaires.

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Démographiquement l'Allemagne et le Japon ont le même destin. Va-t-on vers l'Axe des vieux?  

 

Stop à la francophobie française

 

Avec tout ceci on pourrait se dire comme Obélix « ils sont fous ces japonais et ces Allemands ». En quelque sorte oui puisque leur logique nous conduit irrémédiablement dans l'impasse, eux y compris. Puisque leurs excédents finissent par tuer leurs clients. Pour corser le tout, les Chinois et les Coréens sont aussi mercantilistes et ils suivent les mêmes traces démographiques que les prédécesseurs avec des déséquilibres encore plus graves d'ailleurs. On pourrait croire que quelques voix vont s'élever au milieu de cette folie pour dire qu'il faut peut-être relancer la natalité locale, et augmenter les salaires pour tirer la demande intérieure. Cependant, je crains qu'à moins d'une vraie réaction des victimes ces pays ne changent pas de politique. Nous nous dirigeons nécessairement vers un choc en retour, qu'il soit volontaire ou non.

 

Ce qui est cependant étrange c'est l'incroyable haine de soi que dégagent les élites françaises et une partie de sa population. Qui n'a pas entendu « les Français sont nuls », on a même des guignols d'extrême droite suisse nous disant du haut de leur paradis fiscal que la France est foutue, surtout à cause des immigrés. Cette haine de soi prend d'ailleurs des allures de farce chez l'extrême droite du FN dont le site fdesouche se fait le porte-parole. Pas un seul texte économique parlant de la France n'évitant les sempiternels délires sur la « France n’est qu'un pays d'assistés » ou le « imitons l'Allemagne, eux y sont travailleurs » . Avec des patriotes de ce genre, la France n'a plus besoin d'ennemis. De l'extrême gauche à l'extrême droite, tout le parc politique semble nourrir une incroyable haine de la nation française, un pessimisme totalement délirant. Pourtant notre démographie, même si trop faible, n'est pas catastrophique. Et étant donné les politiques absurdes pratiqués par nos élites depuis trente ans c'est un miracle que le pays ne soit pas dans une situation bien pire. Cela prouve au contraire l'incroyable résistance du pays. Plus tôt que d'essayer d’imiter une nation mourante comme l'Allemagne, laissons là s'enfoncer seul dans son délire. La simple sortie de l'euro fera déjà beaucoup de bien à l'économie française. Imposons à l'Allemagne l'équilibre de la balance commerciale à travers des taxes et des dévaluations, ils finiront par arrêter leur folie et retrouveront alors peut-être le chemin de la raison. Comme l'avait bien vue Todd dans l'illusion économique, les Français par leur veulerie et leur mentalité de dominé, poussent les Allemands à donner le pire d'eux mêmes.

 

Dans tous les cas, l'Allemagne ne peut pas être donnée en exemple. Ni le Japon d'ailleurs. Si encore Shinzo Abe avait relancé la demande intérieure et les salaires, la dévaluation aurait pu être considérée comme une relance keynésienne. Mais il n'en est rien. Les avantages comparatifs de ces pays mercantilistes se font au détriment de son propre avenir. Si tous les pays du monde pratiquaient la même politique qu'eux, nous irions droit vers l’extinction. Ce n'est donc pas un modèle généralisable. À nous français, d'inventer un modèle équilibré, fondé sur une politique d'équilibre extérieur et de relance intérieure. Nous devons inventer un modèle qui pourrait être généralisé. Pour cela il devra être fondé sur des équilibres économiques démographique et écologique à long terme. Le modèle germano-nippon est une impasse.

 

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